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Vidéo : la nature comme socle

La pandémie actuelle est un choc supplémentaire pour les peuples mondialisés et hors-sols qui font face à une nouvelle crise sanitaire et écologique ? La Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise, se rappelle donc avec force aux hommes. Pour les Européens, qui en font le socle de leur génie civilisationnel, cette crise est l’occasion de repenser en profondeur leur place dans la Nature et de débuter un réel ressourcement. Un questionnement au cœur du colloque La Nature comme socle – Pour une écologie à l’endroit, le grand rendez-vous annuel de l’Institut Iliade qui aura lieu le 19 septembre prochain à La Maison de la chimie.

Prendre la nature comme socle, c’est la respecter. C’est refuser son arraisonnement violent par le système marchand. C’est s’opposer à l’industrialisation du vivant. Sans pour autant tomber dans les délires végans autant hors sols que bien des abattoirs.

Prendre la nature comme socle, c’est pro­té­ger les dif­fé­rences entre popu­la­tions humaines comme la diver­si­té du règne ani­mal et du règne végé­tal. C’est être lucide sur le désastre en cours sans som­brer dans le catas­tro­phisme. C’est recon­naitre que l’animal est une per­sonne sans glis­ser dans la confu­sion anti-spé­ciste. C’est être pré­oc­cu­pé de l’équilibre des espèces sans oublier que la nature n’a jamais été immuable. C’est admettre que la nature façonne l’homme mais qu’en retour il la trans­forme.

Pendre la nature comme socle c’est recon­naître la diver­si­té du monde. La dif­fé­rence des sexes. La plu­ra­li­té des peuples et des cultures. C’est recon­naître les lois de la filia­tion. C’est consen­tir à rece­voir et à don­ner la vie. Mais c’est aus­si accep­ter la mort qui vient, voire de don­ner la mort.

Prendre la nature comme socle c’est pré­fé­rer l’homme libre à l’homme domes­ti­qué. C’est ne pas geindre dès qu’il fait froid, ni quand il pleut, ni quand il neige, pas davan­tage quand la cha­leur et l’orage arrivent. Mieux c’est accep­ter avec ardeur de s’y confron­ter. C’est s’adapter au rythme des sai­sons et prendre avec bonne humeur les aléas cli­ma­tiques.

Prendre la nature comme socle c’est faire corps avec les élé­ments, l’air, les cou­leurs, les par­fums, les sons ; c’est vivre plei­ne­ment les cou­chers — et les levers ! — de soleil. C’est échap­per à la pol­lu­tion lumi­neuse pour regar­der la Voie lac­tée C’est se plon­ger dans des « bains de forêts ». Savoir dor­mir à la belle étoile. Et allu­mer un feu. Être encore capable de se laver à l’eau froide. Écou­ter le gazouillis des pas­se­reaux, appré­cier le chant du coq, le sif­fle­ment du merle, le hulu­le­ment de la chouette, la cym­ba­li­sa­tion des cigales et des grillons.

Prendre la nature comme socle c’est reprendre des forces auprès des sources sacrées. Y voir la demeure des fées. Regar­der les fleuves et les rivières comme des divi­ni­tés. Ima­gi­ner dans les mon­tagnes le trône des dieux.

Prendre la nature pour socle c’est res­pec­ter les arbres comme des êtres vivants. C’est savoir que « Tu trou­ve­ras dans les forêts plus que dans les livres. Les arbres et les rochers t’en­sei­gne­ront les choses qu’au­cun maître ne te dira » (Ber­nard de Clair­vaux). « Il y a dans les forêts des bruits qui res­semblent à des paroles » (Gio­no).

Prendre la nature pour socle c’est échap­per au monde des robots. C’est mar­cher, cou­rir, accep­ter les dures lois de l’effort et la souf­france qui peut les accom­pa­gner. C’est pré­fé­rer les esca­liers aux ascen­seurs. C’est par­cou­rir les « che­mins noirs » et les lignes de crêtes. C’est appri­voi­ser le vent sur les mers ou dans les airs.

Prendre la nature comme socle c’est se sou­ve­nir de notre loin­tain pas­sé de chas­seurs-cueilleurs. C’est s’inscrire sans fai­blesse dans le fleuve du vivant. C’est récol­ter des cham­pi­gnons et ramas­ser des baies sau­vages. C’est pécher et chas­ser. C’est por­ter un cou­teau. Être capable de faire face aux élé­ments déchai­nés ou aux forces hos­tiles.

Prendre la nature comme socle c’’est évi­ter de por­ter atteinte aux rares espaces sau­vages qui nous res­tent, en Europe du moins. C’est aus­si res­pec­ter la beau­té des pay­sages huma­ni­sés, fruits d’une lente his­toire.

Pendre la nature pour socle c’est la recon­naitre comme ins­pi­ra­trice de la mytho­lo­gie, de la poé­sie, de la lit­té­ra­ture, de la pein­ture : “La glo­ri­fi­ca­tion artis­tique de la nature, et la mémoire d’une inté­gra­tion har­mo­nieuse de l’humanité à son milieu natal, est la réponse de l’âme immor­telle aux fièvres de puis­sance de l’esprit déchaî­né.” (Slo­bo­dan Des­pot)