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#ColloqueILIADE 2019 : rétablir les frontières de l’Europe

Conclusions de Benoît Couëtoux, secrétaire général de l’Institut ILIADE, au colloque « Europe, l'heure des frontières » le 6 avril 2019.

Conclusions de Benoît Couëtoux, secrétaire général de l’Institut ILIADE, au colloque « Europe, l’heure des frontières » le 6 avril 2019.

L’Europe représente aujourd’hui la seule région du monde dont les frontières ne sont pas défendues. L’Europe n’est pas défendue car l’Union européenne n’a pas de projet européen. C’est une organisation mondialiste qui n’a de définition, ni géographique, ni culturelle de l’Europe.

Pour l’entité bruxel­loise, l’Europe repré­sente un espace indif­fé­ren­cié, sans exté­rieur et indé­fi­ni­ment exten­sible, qui a pour seule voca­tion le libre échan­gisme mon­dial, l’ouverture des fron­tières et la reli­gion des droits de l’homme. Son pro­jet est por­té par l’alliance malé­fique de l’oligarchie mon­dia­liste, du capi­ta­lisme finan­cier et du trots­kysme de bas étage.

Der­rière la sil­houette, titu­bante, de Jun­cker, se cache le visage gri­ma­çant de Soros, comme l’illustre une affiche du par­ti hon­grois Fidesz qui a scan­da­li­sé les bien-pen­sants.

Soros tra­vaille au meurtre de la civi­li­sa­tion euro­péenne par la des­truc­tion de son iden­ti­té et l’abolition de ses fron­tières, avec la com­pli­ci­té des oli­garques euro­péens. Sa fon­da­tion, Open Socie­ty, a davan­tage inves­ti en 2017 dans les réseaux « No Bor­der » que le total du bud­get alloué par Bruxelles pour la mis­sion « Fron­tex » en Médi­ter­ra­née.

I — L’impératif des frontières

Les frontières inhérentes à la nature humaine

Julien Freund consi­dé­rait que l’impolitique des droits de l’homme repré­sen­tait la seule fron­tière de l’Europe bruxel­loise. Cette notion floue et vague ne pou­vait sus­ci­ter l’adhésion des Euro­péens. Il ajou­tait, « toute socié­té poli­tique est une socié­té close […] l’identité col­lec­tive exige des fron­tières. Elle entre en crise quand toute démar­ca­tion s’efface » (Pierre Bérard, Conver­sa­tion avec Julien Freund).

Le dés­in­té­rêt des peuples pour l’Union euro­péenne tient à cette absence de fron­tières et de den­si­té his­to­rique vou­lue par les oli­garques de Bruxelles.

Depuis la nuit des temps, les fron­tières sont inhé­rentes à la nature humaine : bor­nages des cités, for­ti­fi­ca­tions des villes médié­vales, limes des empires.

Dans son livre Éloge des fron­tières (Gal­li­mard, 2010), Régis Debray décrit celles-ci comme ras­sem­blant des indi­vi­dus au sein d’un peuple, c’est-à-dire un ensemble « de mythes et de formes, une légende et une carte, des ancêtres et des enne­mis ». La fron­tière per­met de « sau­ve­gar­der l’exception d’un lieu et, à tra­vers lui, la sin­gu­la­ri­té d’un peuple. »

La fron­tière n’enferme pas. En sépa­rant, elle dis­tingue et pro­tège la diver­si­té et la beau­té du monde.

L’ordre qu’elle crée est por­teur de sacra­li­té. « Sacré » comme « sanc­tuaire » relève de la même éty­mo­lo­gie latine « sen­cire » qui signi­fie « déli­mi­ter, entou­rer, inter­dire ».

Un sanc­tuaire est ain­si tou­jours pro­té­gé par une enceinte, qu’il s’agisse d’une forêt mys­té­rieuse, d’un cercle de pierres dres­sées vers le soleil, des colon­nades d’un temple grec ou du chœur d’une cathé­drale gothique.

L’Europe, une civilisation mais aussi un territoire

Notre Europe, c’est une civi­li­sa­tion, mais c’est aus­si un ter­ri­toire qui repré­sente jus­te­ment notre sanc­tuaire invio­lable et sacré.

Si les Euro­péens sont allés à la décou­verte du monde, c’est ici, sur ce cap occi­den­tal à la pointe de l’immense conti­nent eur­asia­tique, qu’est située notre grande patrie.

Cer­tains consi­dèrent que l’Europe aurait des fron­tières floues, mal défi­nies, sub­jec­tives.

C’est là dis­cu­ter du sexe des anges alors que les bar­bares sont à nos portes ! Dans son livre sur les mythes et réa­li­tés d’Al-Andalus, Dario Fernàn­dez-More­ra sou­li­gnait que « la fron­tière où existe la dif­fé­rence la plus visible entre deux mondes est celle sépa­rant l’Es­pagne du Maroc » (Dario Fernàn­dez-More­ra, Chré­tiens, juifs et musul­mans dans Al-Anda­lus, mythes et réa­li­tés, éd. Jean-Cyrille Gode­froy, 2018).

La fron­tière fon­da­men­tale de l’Europe est bien celle qui nous sépare du monde musul­man, qui nous est radi­ca­le­ment autre et avec lequel nous sommes en conflit depuis treize siècles. Cette fron­tière majeure, cette ligne de frac­ture civi­li­sa­tion­nelle, c’est la Médi­ter­ra­née. Tout pays au sud de cette ligne n’est pas en Europe.

II — Rétablir les frontières de l’Europe

Rétablir nos frontières territoriales et civilisationnelles

Faute de fron­tières maî­tri­sées, l’Europe est aujourd’hui en proie à deux dan­gers, la mena­çant dans sa sub­stance comme dans son essence.

La mon­dia­li­sa­tion, en favo­ri­sant la libre cir­cu­la­tion des mar­chan­dises, des hommes et des capi­taux, contri­bue à la fabri­ca­tion de l’individu déra­ci­né, « sans patrie, ni fron­tières », mû par ses seuls inté­rêts, qui ne sait plus qui il est, ni d’où il vient.

Vouant la terre et les hommes au règne de la mar­chan­dise, elle engendre catas­trophe éco­lo­gique, des­truc­tion éco­no­mique, mal-être social et iden­ti­taire.

Contre le libre échan­gisme des­truc­teur, il nous faut pri­vi­lé­gier le local au glo­bal, dans la poli­tique des Etats comme dans tous les gestes de la vie quo­ti­dienne, mais aus­si encou­ra­ger ceux qui veulent « vivre et tra­vailler au pays ». Face aux anyw­here, les « gens de nulle part », nous sommes réso­lu­ment dans le camp des somew­here, les « peuples de quelque part » (David Good­heart, The Road to Somew­here : The Popu­list Revolt and the Future of Poli­tics, C Hurst & Co Publi­shers Ltd).

L’autre grand dan­ger qui nous menace, faute de fron­tières, c’est la sub­mer­sion migra­toire. Le cœur caro­lin­gien de l’Europe, bat­tu depuis la nuit des temps par le grand res­sac des inva­sions, mais que l’Histoire avait tou­jours pro­té­gé des conquêtes extra-euro­péennes, est désor­mais occu­pé, mena­cé d’un Grand Rem­pla­ce­ment sans équi­valent dans son his­toire.

Sem­blables à des méta­stases can­cé­reuses, la « socié­té ouverte » se hérisse de fron­tières inté­rieures, fron­tières des enclaves ter­ri­to­riales étran­gères qui gan­grènent nos villes, fron­tières des « cita­delles invi­sibles » dénon­cées par Chris­tophe Guilluy (Le cré­pus­cule de la France d’en haut, Flam­ma­rion 2016), ces quar­tiers chics ou ten­dance des grandes métro­poles où se cla­que­mure la bour­geoi­sie nomade…

Le réta­blis­se­ment des fron­tières, néces­saire et vital, dépasse aujourd’hui le cadre étroit des nations. Une réponse seule­ment sou­ve­rai­niste serait un faux-sem­blant, parce que la sou­ve­rai­ne­té sans la puis­sance ne conduit à rien et parce que seule la puis­sance peut garan­tir l’identité.

Cette puis­sance aujourd’hui ne peut être que civi­li­sa­tion­nelle et conti­nen­tale.

Quoiqu’en pensent les sou­ve­rai­nistes, le dan­ger, aujourd’hui, n’est plus sur le Rhin, mais aux fron­tières de l’Europe, sur la Médi­ter­ra­née, dans les Bal­kans, dans les aéro­ports. Face au défi migra­toire, les menaces comme les solu­tions concernent tous les Euro­péens. À l’heure où, par­tout, émergent les grands blocs civi­li­sa­tion­nels, c’est ensemble que nous sau­ve­rons notre civi­li­sa­tion, comme à Las Navas de Tolo­sa en 1212, à Lépante en 1571 ou devant les murs de Vienne en 1683.

Rétablir nos frontières mentales et intérieures

Mais pour être maître chez soi, encore faut-il être maître de soi.

Au-delà des fron­tières phy­siques et géo­gra­phiques, il y a les bornes de l’âme et de l’esprit que tout peuple doit pos­sé­der s’il veut res­ter vivant.

Le « no bor­der » pro­cède de la même idéo­lo­gie décons­truc­trice que le « no limit ». C’est le règne de l’hubris, dénon­cée et crainte par les Anciens, où l’individu trans­gresse toutes les limites propres à sa nature. Un indi­vi­du sans père et sans mère, ni homme et ni femme, qui ne veut plus trans­mettre, ni mou­rir…

Contre cette « méta­phy­sique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes » (La der­nière lettre de Domi­nique Ven­ner : les rai­sons d’une mort volon­taire, pré­sen­tée par Robert Ménard, www.bvoltaire.fr, 21/05/2013), selon les mots de Domi­nique Ven­ner, seules les « cita­delles de l’esprit » nous per­met­tront de conser­ver notre iden­ti­té.

C’est pour­quoi le retour des fron­tières de l’Europe passe éga­le­ment par le retour des limites. Le « Bon Euro­péen » est un homme ou une femme issu d’une lignée, enra­ci­né sur un ter­ri­toire, por­teur d’un héri­tage, conscient de ses déter­mi­nismes natu­rels et cultu­rels.

Le retour des fron­tières men­tales, c’est aus­si le refus de l’islamisation et de l’africanisation de nos socié­tés. Vivre en Euro­péen, c’est choi­sir la liber­té contre la sou­mis­sion.

Alors, face aux lai­deurs du temps que nous tra­ver­sons, nous devons avoir « la volon­té de sanc­tuaires » (Julien Roche­dy, « La volon­té de sanc­tuaires », polemia.com, 25 novembre 2013) comme autant de fron­tières spi­ri­tuelles où per­du­re­ra l’esprit de l’Europe : un camp de jeu­nesse sous le soleil de l’été, un orchestre phil­har­mo­nique jouant la VIIe sym­pho­nie, une cor­dée d’alpinistes, une classe d’écoliers réci­tant Cor­neille. Là est l’Europe.

« Notre monde sera sau­vé par les veilleurs pos­tés aux fron­tières du royaume et du temps » écri­vait encore Domi­nique Ven­ner (Domi­nique Ven­ner, His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Le Rocher 2011).

C’est une des mis­sions de l’Institut Iliade, sans doute la plus noble et la plus ambi­tieuse, que cette volon­té de sanc­tuaires, en gar­dant à l’esprit le jour où, peut être, les Euro­péens ne seront plus majo­ri­taires sur leur terre.

Mais ce temps-là n’est pas encore venu.

Plu­tarque nous rap­porte cette réponse du roi Age­si­las à quelqu’un qui s’enquérait pour­quoi Sparte était sans murailles. Le roi mon­tra alors les citoyens cou­verts de leurs armures : « Voi­là, dit-il, les rem­parts des Lacé­dé­mo­niens. »

Plus que der­rière des rem­parts, c’est d’abord en nous-même que nous trou­ve­rons des rai­sons de com­battre.

Pour cela, c’est aux ori­gines, à notre mère la Grèce, encore, que nous devons reve­nir.

Athé­na, la déesse à la borne, pro­tec­trice de la cité, nous montre la limite.

Cette limite, dont Hei­deg­ger nous ensei­gnait qu’elle « n’est pas ce où quelque chose cesse, mais bien, comme les Grecs l’avaient obser­vé, ce à par­tir de quoi quelque chose com­mence à être » (Mar­tin Hei­deg­ger, L’espace et le temps, 1951).

Venue des terres loin­taines de l’Est, une lumière auro­rale semble irra­dier l’horizon euro­péen. Sui­vant la course du soleil, elle éclaire peu à peu le coeur his­to­rique de l’Europe avant, peut être demain, d’illuminer tout un conti­nent émer­geant d’une trop longue nuit.

« Le temps revient ». Cette devise de Laurent le Magni­fique qui annon­çait la Renais­sance fait écho à la phrase d’Hervé Juvin, dans son livre « Le Ren­ver­se­ment du monde » : « Le temps est reve­nu des sépa­ra­tions vitales, des dis­cri­mi­na­tions fécondes, de la fron­tière fon­da­trice ».

Contre ceux qui veulent impo­ser l’idéologie du Même, oui, le temps est reve­nu pour l’Europe de réta­blir ses fron­tières ter­ri­to­riales, civi­li­sa­tion­nelles et men­tales afin d’affirmer son des­tin, de renaître et de rede­ve­nir ce qu’elle est.

Benoît Couë­toux

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