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#ColloqueILIADE 2019 : Allemagne, le réveil d’un peuple

L'Est désormais bien réveillé se dresse avec inquiétude mais résolution, dans une grande proximité avec ses voisins d’Europe centrale et orientale, tandis que l’Ouest cherche encore à retourner au confort très relatif d’un sommeil agité.

#ColloqueILIADE 2019 : Allemagne, le réveil d'un peuple

François Savy est ingénieur. Après avoir longtemps parcouru les domaines de Neptune, il s’est éprit de la culture des terres germaniques et s’est installé en Allemagne.

Deux anniversaires

On célébrera cet automne deux anniversaires : le 70ème anniversaire de la fondation de la République Démocratique Allemande – et donc de la partition, et les 30 ans de la chute du mur de Berlin, prélude à la réunification. Au cours de cette période des trente dernières années, l’Allemagne aura justement connu la réunification, mais aussi 15 ans de règne d’Angela Merkel et deux vagues migratoires de grande ampleur.

La 1ère vague survenue au début des années 1990 fut provoquée par la dislocation de la Yougoslavie et de la guerre balkanique qui en a résulté, avec un pic d’environ 440.000 réfugiés, essentiellement bosniaques, en 1992. Le choc initial de cette première vague fut presque intégralement absorbé par les vieux et riches Länder du Sud, Bavière et Bade-Wurtemberg, et n’aura provoqué qu’une courte poussée de fièvre dans le champ politique avec les Republikaner.

La 2ème vague – j’utiliserai à dessein deuxième plutôt que seconde, laissant ouverte la possibilité d’une poursuite de l’énumération, conséquence de la guerre en Syrie, mais grossie des migrants d’Afrique subsaharienne et orientale et favorisée par le chaos libyen, s’est dressée à l’été 2015, laissant pour cette seule année 2015 890.000 migrants échoués sur le sol allemand.

Que cette période mouvementée – toute chose étant égale par ailleurs – ait coïncidé avec un réveil de la conscience nationale allemande est indiscutable. Cependant, ce réveil présente des contrastes forts et suscite des oppositions, tant au sein du peuple lui-même que de la part des cercles de pouvoirs.

Un réveil

Le 3 juin 1998 à 11:00, à proximité d’Eschede, à 60 km au nord-est de Hanovre, le train à grande vitesse ICE 884 « Wilhelm Conrad Röntgen » déraillait, emportant dans la mort 101 passagers et techniciens de la Deutsche Bahn, et blessant grièvement 88 personnes. Cet accident souleva une autre vague, d’émotions celle-là, qui parcourut l’Allemagne entière, se jouant de l’ancienne frontière intérieure. Un observateur attentif, en voyant les nombreux bâtiments officiels mais aussi les jardins des particuliers arborant les couleurs nationales en berne, en respirant cette atmosphère de recueillement et de compassion qui couvrait le pays tout entier, pouvait comprendre que les Allemands communiaient à nouveau, fusse dans le deuil – et que la nation allemande faisait son retour.

De ce réveil, on ne peut douter, en réalité. Les signes les plus évidents – pas nécessairement les plus profonds – de ce côté-ci de la frontière en sont évidemment le chamboulement complet du paysage politique allemand, avec l’effondrement du vieux parti social-démocrate (SPD), la forte érosion des chrétiens-démocrates de la chancelière, celle concomitante de ses alliés chrétiens-sociaux bavarois, la montée des Verts et évidemment le développement de l’Alternative für Deutschland, qui lui-même s’est accompagné d’un glissement progressif de son centre de gravité, du national-libéralisme des origines vers la défense toujours plus affirmée de l’identité nationale.

Moins visibles sont les tensions et les fractures qui traversent tous les partis allemands, et que la crise migratoire de 2015 a mises à jour : il faut tout particulièrement citer, au sein de « Die Linke », le pendant allemand de la « France Insoumise », la très forte personnalité de Sahra Wagenknecht et son mouvement « Aufstehen », ou encore, chez les « Grünen », le très médiatique maire de Tübingen, Boris Palmer, qui se montre lui aussi très critique vis-à-vis de la politique du « Wir schaffen das ».

Mais ce sont aussi les très nombreux articles de journaux consacrés au thème de l’identité – on retiendra, sous la plume de Robert Lammert, un article de la Frankfurter Allgemeine Zeitung en date du 4 janvier 2017 au titre évocateur : « Qui sommes-nous », ou encore dans un article de « Die Zeit », en date du 8 août 2018 une définition qui se voulait définitive du mot « Deutschsein », littéralement « être Allemand », et une réponse à un précédent article du même journal, du 16 août 2017, dont l’auteur, Bernd Ulrich, notait « Wir sind stolz drauf, nicht stolz zu sein » (« Nous sommes fiers de ne pas être fiers ») et écrivait encore : « Tatsächlich ist es leichter, in Deutschland zu leben, als ein Deutscher zu sein » (« De fait, il est plus facile de vivre en Allemagne que d‘être Allemand »). Mais il faudrait aussi citer « Die Welt » avec un article du 7 septembre 2018 sous la plume du germano-turc Zafer Senokak : « Nationale Identität : Es gibt etwas Sonderbares im Deutschsein » (« Identité nationale : il y a quelque chose d’étrange dans le fait d’être Allemand »), ou encore le magazine en ligne « Cicero » avec ce titre un brin provocateur du 8 avril 2017 : « Deutsch sein : Patriotismus als Fremdenliebe » (« Être Allemand : le patriotisme comme amour du Lointain/de l‘Étranger »).

C’est aussi, bien entendu et avant cela le débat lancé dès 1996 par un professeur de sciences politiques allemand d’origine syrienne, Bassam Tibi, sur la « Leitkultur », la culture dominante, avec un livre paru en 1998 : « Une Europe sans identité ? La crise de la société multiculturelle », débat repris par un certain Friedrich Merz, de la CDU, en 2000, et qui n’a depuis, cessé d’agiter la société allemande. C’est aussi la controverse suscitée par la question de savoir si l’Islam faisait partie de l’Allemagne, controverse régulièrement tranchée par les politiciens les plus en vue, comme Merkel et Schäuble, de la manière la plus définitive et la plus catégoriquement positive – et pourtant ils doivent sans cesse y revenir, alors qu’aucun contradicteur sérieux ne se dresse face à eux, comme s’il régnait encore quelques doutes.

Enfin, et pour le coup bien visibles, ce sont les manifestations répétées de PEGIDA – « les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident » de Dresde et ses émanations comme LEGIDA à Leipzig, mais aussi les très nombreuses manifestations spontanées, comme à Köthen, Bautzen, Kandel, Cottbus ou Chemnitz, généralement suscitées par des faits divers et autres crimes impliquant des migrants. On remarquera ici que les premières manifestations PEGIDA ont eu lieu en octobre 2014, soit bien avant que n’éclate la crise migratoire de l’été 2015.

Deux Allemagnes

Pour autant, il faut convenir que les signes concrets de ce réveil diffèrent selon les Länder, coupant l’Allemagne en deux selon une ligne bien connue, même si cette différence est peut-être moins marquée en Mecklembourg-Poméranie-occidentale que dans les Länder de la « Mitteldeutschland », Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe. Rien d’étonnant à cela si l’on veut bien considérer l’histoire des deux Allemagnes depuis 1945.

Il faut d’abord constater, même si l’analyse en est encore à écrire, que la façon dont les Américains d’un côté et les Russes de l’autre ont entrepris de rééduquer et dénazifier n’ont pas produit les mêmes effets – mais à l’inverse de ce que les Soviétiques ont pu affirmer. La méthode américaine a eu pour résultat de couper tous les fils de la Transmissions, à interdire tout regard bienveillant ou reconnaissant sur le passé – le second anéantissement de la Prusse en 1947 en est un signe visible. La repentance imposée aux générations de l’Après-guerre a produit ses effets, si bien qu’il est aujourd’hui impossible à ceux-là de ressentir la moindre fierté de leur passé. Circonstance aggravante, l’allemand utilise le mot « Stolz » pour désigner indifféremment orgueil et fierté. Et c’est bien ce mot qui figure parmi les sept péchés capitaux. Cette connotation négative achève d’interdire un tel sentiment chez les rééduqués. Ainsi, lorsque des Allemands de ces générations visitent un musée ou assistent à un concert, contemplent un monument ou admirent l’œuvre d’un artiste allemand, ils peuvent certes en éprouver un plaisir esthétique, mais à l’instar des touristes chinois qu’ils côtoient au cours de ces visites, ils ne pourront se dire : cette œuvre a surgi de notre sein, elle est nôtre – et grand est le peuple qui l’a suscitée.

A l’Est, on a cultivé avec une volonté claire et affirmée ce que nous appellerions l’esprit de défense : les gamins de Saxe ou de Thuringe qui ont assisté en 1991 à la réunification, et qui aujourd’hui n’ont pas encore quarante ans, se souviennent encore des séances de sport au cours desquelles ils lançaient des poids en forme de grenade à main et s’exerçaient au tir. Ils ne vous l’avoueront pas facilement, mais lorsqu’ils le feront, vous surprendrez parfois un sourire au coin des lèvres, quête de compréhension mais surtout signe d’un heureux souvenir.

Les souvenirs heureux justement, nos Ossies (surnom donné aux Est-Allemands ; le pendant pour l’Ouest est Wessie), aujourd’hui, en ont plein la tête. C’est que la société est-allemande a connu la sociabilité plus ou moins volontaire des régimes communistes, qu’elle soit organisée par l’État, dirigée contre lui ou simplement destinée à rendre la vie plus supportable au sein de la communauté locale. Il n’était pas rare que tel mécanicien employé d’une entreprise étatique, à ses heures perdues, accomplissent quelques menus travaux chez l’un ou l’autre de ses voisins. Société de l’entraide et du troc, à des années-lumière de l’individualisme forcené importé par le vainqueur avec un succès indiscutable à l’Ouest. Personne n’affirmera que la vie en République Démocratique était facile, mais comme en Hongrie, en Tchécoslovaquie ou encore en Pologne, les gens y étaient capables de se penser comme communauté. Et comme l’a justement écrit l’éditorialiste Peter Hahne, « ceux qui déblatèrent sans cesse sur la sombre Allemagne n’ont aucune idée de ce que les « Mitteldeutsche » (les habitants de l’Allemagne Centrale, peu ou prou identifiés aux Allemands de Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe) ont réalisé. Pendant que beaucoup, à l’Ouest, suivaient la Révolution Pacifique de 1989 vautrés sur leurs divans devant leurs téléviseurs, les citoyens de la RDA risquaient leur vie pour renverser une dictature. »

Il y a sans doute encore un élément pour expliquer la différence des réveils entre Est et Ouest. Les Länder de l’Est, traditionnellement peu catholiques (les Sorabes constituent ici encore une exception – très minoritaire), ont connu en outre une forte chute de la pratique religieuse chez les Luthériens. A « l’abri » du Rideau de Fer, les Chrétiens allemands qui subsistaient ont été préservés, comme leurs voisins Polonais ou Hongrois, des divagations de Rome. Après la chute et la réunification, l’influence romaine, dans ses aspects les plus contestables y est restée négligeable, alors que l’Ouest était submergé par le nouveau commandement d’amour du Lointain, qui venait combler le vide créé par la haine de soi.

Si l’on considère tout d’abord le champ politique, les sondages, confirmés par les élections, montrent que l’AfD, à l’Est, consolide son emprise à des niveaux importants – supérieurs à 20% – tandis qu’à l’Ouest elle s’affaisse, à mesure que la crise migratoire s’éloigne. Ceci ne signifie pas que les « Volksparteien » récupèrent nécessairement les brebis égarées, comme l’a montré le succès des « Freie Wähler » en Bavière en octobre 2018. Horst Seehofer a bien tenté d’incarner une ligne dure sur l’immigration face à Merkel – au moins en paroles – il n’aura pas réussi à éviter l’hémorragie. Aujourd’hui, la CDU perd des adhérents, tandis que son aile conservatrice, la « Werteunion », à laquelle Hans-Georg Maaßen, ancien patron du Bundesverfassungsschutz, limogé après qu’il ait débusqué la Fakenews de Chemnitz, a adhéré, en gagne.

La puissance des manifestations est encore un signe palpable de cette différence. Rien de comparable, en effet, entre PEGIDA, avec ses effectifs, sa durée et sa régularité, sa symbolique aussi, avec le slogan « Wir sind das Volk » (nous sommes le peuple) directement inspiré des manifestations du lundi qui préludèrent à la chute du régime est-allemand, ce lundi justement choisi par PEGIDA en écho à 1989, et les manifestations isolées et plus confidentielles à l’Ouest. C’est qu’à l’Ouest, manifester est une activité vulgaire, réservée à la Gauche et à l’Extrême-droite. Observer l’étonnement, teinté d’admiration mais surtout vaguement inquiet du bourgeois Rhénan à la vue des manifestations françaises contre la loi Taubira était une vraie « Delikatesse ».

La Guerre au Peuple

Il en est, bien sûr, que ce réveil indispose, et qui voudraient renvoyer aux bras de Morphée ces « besorgte Bürger » (citoyens inquiets). Quelles sont les armes et moyens à leur disposition ?

La première de ces armes est indiscutablement le « Wohlstand » (prospérité, aisance matérielle), Veau d’Or de la République Fédérale : s’il est une religion commune aux Wessies, c’est bien celle-ci. Au « Wohlstand » on sacrifiera tout, par le « Wohlstand » on justifiera tout – y compris de faire entrer 10 millions de travailleurs extra-européens d’ici 2060 pour subvenir aux besoins en main d’œuvre des entreprises allemandes. Le brave électeur de la CDU peut bien se laisser aller brièvement à quelques tirades bien senties contre la politique migratoire de Merkel, une simple allusion au fait que son train de vie est en jeu si les gens sérieux – économiquement parlant – sont chassés du pouvoir suffira à doucher ses ardeurs et à le ramener à la raison. De ce dieu, Wolfgang Schäuble est aujourd’hui le grand-prêtre.

La deuxième arme, déjà évoquée, est celle de la repentance. Elle fonctionne d’autant mieux que les Allemands, en toute chose, font profession d’être les meilleurs. En matière de repentance, cette prétention coïncide clairement avec la réalité. Vis-à-vis des récalcitrants – il peut s’en trouver malgré tout – on rappellera le souvenir des réfugiés de 1945, en provenance du Baltikum et de Prusse Orientale, afin d’exciter leur fibre altruiste – avec plus ou moins de succès.

La troisième arme est certainement celle de la respectabilité et de la fréquentabilité, deux critères essentiels pour des Allemands très imprégnés des valeurs de la très petite-bourgeoise république rhénane. On cherchera ainsi à convaincre qu’il est possible de discuter des questions d’identité, d’immigration, en restant entre gens convenables. C’est tout le sens des rodomontades du patron de la CSU bavaroise pendant la Crise des Migrants, gesticulant bruyamment pour montrer son opposition à la politique de la chancelière – alors qu’il s’accorde avec elle sur l’essentiel, c’est-à-dire la nécessité de pourvoir Baal-Moloch, l’économie allemande, avec la main d’œuvre et les consommateurs qu’elle exige. C’est aussi la fonction endossée par Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a succédé à Merkel à la tête de la CDU, et veut soumettre à la critique la gestion de la crise de l’été 2015. C’est qu’il est si confortable de se rendormir, persuadé que des politiciens fréquentables vont faire le nécessaire. Faites lire les vœux que Viktor Orbán avait adressés à la nation hongroise à la Noël 2017 à l’un de ces sexagénaires aisés et correctement rééduqués, en prenant bien soin de taire le nom de son auteur et le peuple auquel il s’adresse : ce ne seront que louanges et adhésion enthousiaste. Donnez alors le nom, et vous assisterez à une opération de rétropédalage qui serait du plus haut comique si elle n’était pas si pathétique.

Enfin, lorsque les méthodes douces ne suffisent pas, il reste les moyens plus brutaux comme la mise sous surveillance par le Verfassungsschutz fédéral ou d’un Land, le service de protection de la Constitution, qui traque et observe les faits et gestes des individus et groupes soupçonnés de vouloir attenter à l’ordre démocratique allemand issu de la seconde guerre mondiale. Pour entrer dans le club assez peu prisé des « surveillés » rien de plus simple : il suffit d’avoir de mauvais amis ou de prononcer les mots interdits, de fréquenter ou d’être réputé proche de personnes ou d’organisation qui sont déjà membres. Ainsi, le mouvement identitaire, en Allemagne, est sous surveillance : toute personne qui s’en rapproche est susceptible de « bénéficier » à son tour de la surveillance. C’est précisément ce qui provoque actuellement une crise sérieuse au sein de l’AfD, les « Realos » cherchant à éviter la contamination, tandis que les « Fundis » ont quelques difficultés à couper des liens inévitables. Mais si vous commencez à utiliser publiquement des expressions telles que « substitution de population », « grand remplacement », « submersion par l’Étranger », « rééducation », « populicide » ou que vous affirmez de manière un peu générale que « les migrants sont des criminels » ou que « les vieux partis politiques sont corrompus », vous éveillerez immanquablement l’intérêt du Verfassungsschutz. Et si le Verfassungsschutz, en la personne de son chef, ne montre pas l’engagement attendu contre les factieux, il en supportera alors les conséquences, comme l’a appris à ses dépens Hans-Georg Maaßen, qui prétendait récuser des éléments de preuves fournis par … les Antifas sur de prétendues agressions de migrants en marge des manifestations de Chemnitz. Pour parachever le bouclage, on assiste également à une évolution perverse – cela devrait évoquer quelque chose en France – avec la nomination de politiques à la cour constitutionnelle de Karlsruhe, l’instance suprême en matière de protection de la constitution. Stefan Harvarth, de la CDU, a rejoint la cour comme juge en novembre 2018 – et devrait d’ici deux ans en prendre la présidence.

Les Croix de Bautzen

Ainsi, le réveil de l’Allemagne est bien à l’œuvre. Comme on l’a vu, cependant, l’Allemagne de Merkel se désunit à nouveau, l’Est désormais bien réveillé se dresse avec inquiétude mais résolution, dans une grande proximité avec ses voisins d’Europe centrale et orientale, tandis que l’Ouest cherche encore à retourner au confort très relatif d’un sommeil agité, hanté par les cauchemars du passé, n’espérant rien de l’avenir, encore trop faible pour renouer le lien de la Tradition. Cependant, il existe, à l’Ouest aussi, des îlots de résistance, au sein des jeunes générations. La course contre la montre est engagée, là aussi, et les oppositions au réveil sont nombreuses et sans merci.

Pour conclure sur deux notes d’espérance, pénétrons dans la grotte de Lichtenstein, à proximité d’Osterode, dans le Harz, à la suite des explorateurs qui la découvrirent en 1972 : c’est là qu’on trouva, en 1980, les restes de 65 à 70 personnes de tous âges – à l’exception de très jeunes enfants – et des deux sexes, datant clairement de l’âge de bronze. En 2000, l’analyse ADN de certains ossements permit d’identifier 22 membres d’une même famille représentée sur trois générations. Et en 2007, à la suite d’un appel lancé aux habitants de la région, on mit en évidence l’incontestable parenté de certains avec les ancêtres de la grotte. Bien mieux, deux hommes vivant à proximité immédiate (10 km) présentaient une telle identité de signature ADN que l’on put affirmer qu’ils en étaient des descendants directs – à la centième génération. Voilà pour la légende de nos ancêtres les migrants.

Enfin, contemplons Bautzen (Budisse en français), aux confins de la Saxe, de la Pologne et de la Tchéquie, capitale de la Haute-Lusace, le pays des Sorabes, ce petit reste d’un ancien peuple slave, qui a su préserver au cours des siècles son identité et ses traditions – dont celle des Osterreiter, les cavaliers de Pâques, qui parcourent bourgs et campagnes annonçant la nouvelle de la Résurrection. Sur le Protschenberg, au cours des nuits des 12 et 13 janvier derniers, des inconnus ont plantés 23 croix, marquées des noms de victimes tombées sous les coups de terroristes islamistes ou d’invités de madame Merkel. Le nom sorabe de Bautzen est Budyšin. Parmi les étymologies et explications avancées sur son origine, je retiendrai celle-ci : le substantif féminin « Budiša », comme un clin d’œil à l’Allemagne et à l’Europe, signifie « Éveilleuse ».

François Savy