Qu’est-ce qu’un événement ?

Qu’est-ce qu’un événement ?

Qu’est-ce qu’un événement ?

Imprimer en PDF

Les attaques islamistes de ce début janvier 2015 à Paris constituent à l’évidence un événement. Tant au sens historique que politique et métapolitique – c’est-à-dire total, culturel, civilisationnel. Il provoque une césure, un basculement vers un monde nouveau, pour partie inconnu : il y aura un « avant » et un « après » les 7–9 janvier 2015. Au-delà des faits eux-mêmes, de leur « écume », ce sont leurs conséquences, leur « effet de souffle », qui importent. Pour la France et avec elle l’Europe, les semaines et mois à venir seront décisifs : ce sera la Soumission ou le Sursaut.

Dans la masse grouillante des « infor­ma­tions » actuelles et sur­tout à venir, la sidé­ra­tion poli­ti­co-média­tique et les mani­pu­la­tions de toute sorte, être capable de déce­ler les « faits por­teurs d’avenir » va deve­nir cru­cial. Une approche par l’Histoire s’impose. La cri­tique his­to­rique, la phi­lo­so­phie de l’histoire et la phi­lo­so­phie tout court per­mettent en effet cha­cune à leur niveau de mieux recon­naître ou qua­li­fier un évé­ne­ment. « Pour ce que, brus­que­ment, il éclaire » (George Duby).

C’est donc en essayant de croi­ser ces dif­fé­rents apports qu’il devient pos­sible de mesu­rer et « pré-voir » les moments poten­tiels de bifur­ca­tion, l’avènement de l’imprévu qui tou­jours bous­cule l’ordre — ou en l’espèce le désordre — éta­bli. Et c’est dans notre plus longue mémoire, les plis les plus enfouis de notre civi­li­sa­tion — de notre « manière d’être au monde » — que se trouvent plus que jamais les sources et res­sorts de notre capa­ci­té à dis­cer­ner et affron­ter le Retour du Tra­gique.

Tout commence avec les Grecs…

Ce sont les Grecs qui, les pre­miers, vont « pen­ser l’histoire » — y com­pris la plus immé­diate.

Thu­cy­dide ouvre ain­si son His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse : « Thu­cy­dide d’Athènes a racon­té com­ment se dérou­la la guerre entre les Pélo­pon­né­siens et les Athé­niens. Il s’était mis au tra­vail dès les pre­miers symp­tômes de cette guerre, car il avait pré­vu qu’elle pren­drait de grandes pro­por­tions et une por­tée dépas­sant celle des pré­cé­dentes. (…) Ce fut bien la plus grande crise qui émut la Grèce et une frac­tion du monde bar­bare : elle gagna pour ain­si dire la majeure par­tie de l’humanité. » (1)

Tout est dit.

Et il n’est pas ano­din que, enga­gé dans le pre­mier conflit mon­dial, Albert Thi­bau­det ait fait « cam­pagne avec Thu­cy­dide » (2)

Le Centre d’Etude en Rhé­to­rique, Phi­lo­so­phie et His­toire des Idées ana­lyse comme suit ce court mais très éclai­rant extrait :

1) Thu­cy­dide s’est mis à l’œuvre dès le début de la guerre : c’est la guerre qui fait évé­ne­ment, mais la guerre serait tom­bée dans l’oubli sans la chro­nique de Thu­cy­dide. La notion d’événement est donc duale : s’il pro­vient de l’action (acci­dent de l’histoire), il doit être rap­por­té, faire mémoire, pour deve­nir pro­pre­ment « his­to­rique » (c’est-à-dire mémo­rable pour les hommes). C’est-à-dire qu’un évé­ne­ment peut-être mécon­nu, mais en aucun cas incon­nu.

2) Il n’y a pas d’événement en géné­ral, ni d’événement tout seul : il n’y a d’événement que par le croi­se­ment entre un fait et un obser­va­teur qui lui prête une signi­fi­ca­tion ou qui répond à l’appel de l’événement. Ain­si, il y avait déjà eu des guerres entre Sparte et Athènes. Mais celle-ci se détache des autres guerres — de même que la guerre se détache du cours ordi­naire des choses.

3) Etant mémo­rable, l’événement fait date. Il inau­gure une série tem­po­relle, il ouvre une époque, il se fait des­tin. Irré­ver­sible, « l’événement porte à son point culmi­nant le carac­tère tran­si­toire du tem­po­rel ». L’événement, s’il est fugace, n’est pas tran­si­toire : c’est comme une rup­ture qui ouvre un nou­vel âge, qui inau­gure une nou­velle durée.

4) L’événement ouvre une époque en ébran­lant le pas­sé — d’où son carac­tère de catas­trophe, de crise qu’il fau­dra com­men­ter (et acces­soi­re­ment sur­mon­ter). Ce qu’est un évé­ne­ment, ce dont l’histoire conserve l’écho et reflète les occur­rences, ce sont donc des crises, des rup­tures de conti­nui­té, des remises en cause du sens au moment où il se pro­duit. L’événement est, fon­da­men­ta­le­ment, alté­ri­té.

5) Thu­cy­dide, enfin, qui est à la fois l’acteur, le témoin et le chro­ni­queur de la guerre entre Sparte et Athènes, se sent convo­qué par l’importance de l’événement lui-même. Celui-ci ne concerne abso­lu­ment pas les seuls Athé­niens ou Spar­tiates, ni même le peuple grec, mais se pro­page pro­gres­si­ve­ment aux Bar­bares et de là pour ain­si dire à presque tout le genre humain : l’événement est sin­gu­lier mais a une voca­tion uni­ver­sa­li­sante. Ses effets dépassent de beau­coup le cadre ini­tial de sa pro­duc­tion – de son « avè­ne­ment ».

Repé­rer l’événement néces­site donc d’évacuer immé­dia­te­ment l’anecdote (le quel­conque remar­qué) comme l’actualité (le quel­conque hic et nunc). Le « fait divers » n’est pas un évé­ne­ment. Un dis­cours de Fran­çois Hol­lande non plus…

Il s’agit plus fon­da­men­ta­le­ment de se deman­der « ce que l’on appelle évé­ne­ment » au sens propre, c’est-à-dire à quelles condi­tions se pro­duit un chan­ge­ment remar­quable, dont la sin­gu­la­ri­té atteste qu’il est irré­duc­tible à la série cau­sale — ou au contexte — des évé­ne­ments pré­cé­dents.

Histoire des différentes approches historiques de « l’événement »

La recherche his­to­rique a contri­bué à défri­cher uti­le­ment les contours de cette pro­blé­ma­tique.

L’histoire « posi­ti­viste », exclu­sive jusqu’à la fin du XIXe siècle, a fait de l’événement un jalon, au moins sym­bo­lique, dans le récit du pas­sé. Pen­dant long­temps, les nais­sances, les mariages et les morts illustres, mais aus­si les règnes, les batailles, les jour­nées mémo­rables et autres « jours qui ont ébran­lé le monde » ont domi­né la mémoire his­to­rique. Chro­nos s’imposait natu­rel­le­ment en majes­té.

Cette his­toire « évé­ne­men­tielle », qui a fait un retour en force aca­dé­mique à par­tir des années 1980 (3), conserve des ver­tus indé­niables. Par sa recherche du fait his­to­rique concret, « objec­tif » parce qu’avéré, elle rejette toute géné­ra­li­sa­tion, toute expli­ca­tion théo­rique et donc tout juge­ment de valeur. A l’image de la vie humaine (nais­sance, mariage, mort…), elle est un récit : celui du temps qui s’écoule, dont l’issue est certes connue, mais qui laisse place à l’imprévu. L’événement n’est pas seule­ment une « butte témoin » de la pro­fon­deur his­to­rique : il est un révé­la­teur et un cata­ly­seur des forces qui font l’histoire.

Mais, reflet sans doute de notre volon­té nor­ma­tive, car­té­sienne et quelque peu « eth­no-cen­trée », elle a ten­du à scan­der les périodes his­to­riques autour de rup­tures nettes, et donc arti­fi­cielles : le trans­fert de l’Empire de Rome à Constan­ti­nople mar­quant la fin de l’Antiquité et les débuts du Moyen Age, l’expédition amé­ri­caine de Chris­tophe Colomb inau­gu­rant l’époque moderne, la Révo­lu­tion de 1789 ouvrant l’époque dite « contem­po­raine »… C’est l’âge d’or des « 40 rois qui ont fait la France » et de l’espèce de conti­nuum his­to­rique qui aurait relié Ver­cin­gé­to­rix à Gam­bet­ta.

Cette vision pure­ment nar­ra­tive est sévè­re­ment remise en cause au sor­tir du XIXe siècle par une série d’historiens, par­mi les­quels Paul Lacombe (De l’histoire consi­dé­rée comme une science, Paris, 1894), Fran­çois Simiand (« Méthode his­to­rique et science sociale », Revue de Syn­thèse his­to­rique, 1903) et Hen­ri Berr (L’Histoire tra­di­tion­nelle et la Syn­thèse his­to­rique, Paris, 1921).

Ces nou­veaux his­to­riens contri­buent à trois avan­cées majeures dans notre approche de l’événement (4) :

1) Pour eux, le fait n’est pas un atome irré­duc­tible de réa­li­té, mais un « objet construit » dont il importe de connaître les règles de pro­duc­tion. Ils ouvrent ain­si la voie à la cri­tique des sources qui va per­mettre une révi­sion per­ma­nente de notre rap­port au pas­sé, et par­tant de là aux faits eux-mêmes.

2) Autre avan­cée : l’unique, l’individuel, l’exceptionnel ne détient pas en soi un pri­vi­lège de réa­li­té. Au contraire, seul le fait qui se répète, qui peut être mis en série et com­pa­ré peut faire l’objet d’une ana­lyse scien­ti­fique. Même si ce n’est pas le but de cette pre­mière « his­toire sérielle », c’est la porte ouverte à une vision « cyclique » de l’histoire dont vont notam­ment s’emparer Spen­gler et Toyn­bee.

3) Enfin, ces his­to­riens dénoncent l’emprise de la chro­no­lo­gie dans la mesure où elle conduit à jux­ta­po­ser sans les expli­quer, sans les hié­rar­chi­ser vrai­ment, les élé­ments d’un récit dérou­lé de façon linéaire, cau­sale, « biblique » — bref, sans épais­seur ni rythme propre. D’où le rejet de l’histoire évé­ne­men­tielle, c’est-à-dire fon­da­men­ta­le­ment de l’histoire poli­tique (Simiand dénon­çant dès son article de 1903 « l’idole poli­tique » aux côtés des idoles indi­vi­duelle et chro­no­lo­gique), qui ouvre la voie à une « nou­velle his­toire » incar­née par l’Ecole des Annales.

Les Annales, donc, du nom de la célèbre revue fon­dée en 1929 par Lucien Febvre et Marc Bloch, vont contri­buer à renou­ve­ler en pro­fon­deur notre vision de l’histoire, notre rap­port au temps, et donc à l’événement.

Fon­dée sur le rejet par­fois agres­sif de l’histoire poli­tique, et pro­mou­vant une approche de nature inter­dis­ci­pli­naire, cette école va mettre en valeur les autres évé­ne­ments qui sont autant de clés de com­pré­hen­sion du pas­sé. Elle s’attache autant à l’événementiel social, l’événementiel éco­no­mique et l’événementiel cultu­rel. C’est une his­toire à la fois « totale », parce que la tota­li­té des faits consti­tu­tifs d’une civi­li­sa­tion doivent être abor­dés, et anthro­po­lo­gique. Elle sti­pule que « le pou­voir n’est jamais tout à fait là où il s’annonce » (c’est-à-dire exclu­si­ve­ment dans la sphère poli­tique) et s’intéresse aux groupes et rap­ports sociaux, aux struc­tures éco­no­miques, aux gestes et aux men­ta­li­tés. L’analyse de l’événement (sa struc­ture, ses méca­nismes, ce qu’il intègre de signi­fi­ca­tion sociale et sym­bo­lique) n’aurait donc d’intérêt qu’en per­met­tant d’approcher le fonc­tion­ne­ment d’une socié­té au tra­vers des repré­sen­ta­tions par­tielles et défor­mées qu’elle pro­duit d’elle-même.

Par croi­se­ment de l’histoire avec les autres sciences sociales (la socio­lo­gie, l’ethnographie, l’anthropologie en par­ti­cu­lier), qui pri­vi­lé­gient géné­ra­le­ment le quo­ti­dien et la répé­ti­tion rituelle plu­tôt que les fêlures ou les rup­tures, l’événement se défi­nit ain­si, aus­si, par les séries au sein des­quelles il s’inscrit. Le constat de l’irruption spec­ta­cu­laire de l’événement ne suf­fit pas : il faut en construire le sens, lui appor­ter une « valeur ajou­tée » d’intelligibilité (5).

L’influence mar­xiste est évi­dem­ment domi­nante dans cette mou­vance, sur­tout à par­tir de 1946 : c’est la seconde géné­ra­tion des Annales, avec Fer­nand Brau­del comme figure de proue, auteur en 1967 du très révé­la­teur Vie maté­rielle et capi­ta­lisme.

Déjà, la thèse de Brau­del publiée en 1949 (La Médi­ter­ra­née et le monde médi­ter­ra­néen à l’époque de Phi­lippe II) intro­dui­sait la notion des « trois temps de l’histoire », à savoir :

1) Un temps qua­si struc­tu­ral, c’est-à-dire presque « hors du temps », qui est celui où s’organisent les rap­ports de l’homme et du milieu ;

2) Un temps ani­mé de longs mou­ve­ments ryth­més, qui est celui des éco­no­mies et des socié­tés ;

3) Le temps de l’événement enfin, ce temps court qui ne consti­tue­rait qu’« une agi­ta­tion de sur­face » dans la mesure où il ne fait sens que par rap­port à la dia­lec­tique des temps pro­fonds.

Dans son article fon­da­teur sur la « longue durée », publié en 1958, Brau­del explique le double avan­tage de rai­son­ner à l’aune du temps long :

  • l’avantage du point de vue, de l’analyse (il per­met une meilleure obser­va­tion des phé­no­mènes mas­sifs, donc signi­fi­ca­tifs) ;
  • l’avantage de la méthode (il per­met le néces­saire dia­logue – la « fer­ti­li­sa­tion croi­sée » — entre les dif­fé­rentes sciences humaines).

Mal­gré ses avan­cées fécondes, ce qui devien­dra la « nou­velle his­toire » (l’histoire des men­ta­li­tés et donc des repré­sen­ta­tions col­lec­tives, avec une troi­sième géné­ra­tion ani­mée par Jacques Le Goff et Pierre Nora en par­ti­cu­lier) a fina­le­ment achop­pé :

  • par sa rigi­di­té idéo­lo­gique (la construc­tion de modèles, l’identification de conti­nui­tés pré­va­lant sur l’analyse du chan­ge­ment – y com­pris social) ;
  • et sur la pen­sée du contem­po­rain, de l’histoire contem­po­raine (par rejet ini­tial, dog­ma­tique, de l’histoire poli­tique).

Pierre Nora est pour­tant obli­gé de recon­naître, au milieu des années 1970, « le retour de l’événement », qu’il ana­lyse de façon défen­sive comme suit : « L’histoire contem­po­raine a vu mou­rir l’événement ‘natu­rel’ où l’on pou­vait idéa­le­ment tro­quer une infor­ma­tion contre un fait de réa­li­té ; nous sommes entrés dans le règne de l’inflation évé­ne­men­tielle et il nous faut, tant bien que mal, inté­grer cette infla­tion dans le tis­su de nos exis­tences quo­ti­diennes. » (« Faire de l’histoire », 1974).

Nous y sommes.

L’approche morphologique : Spengler et Toynbee

Paral­lè­le­ment à la « nou­velle his­toire », une autre approche a ten­du à réha­bi­li­ter, au XXe siècle, la valeur « arti­cu­la­toire » de l’événement – et donc les hommes qui le font. Ce sont les auteurs de ce qu’il est conve­nu d’appeler les « mor­pho­lo­gies his­to­riques » : Toyn­bee et bien sûr Spen­gler.

L’idée géné­rale est de déduire les lois his­to­riques de la com­pa­rai­son de phé­no­mènes d’apparence simi­laire, même s’ils se sont pro­duits à des époques et dans des socié­tés très dif­fé­rentes. Les auteurs des mor­pho­lo­gies cherchent ain­si dans l’histoire à repé­rer de « grandes lois » qui se répètent, dont la connais­sance per­met­trait non seule­ment de com­prendre le pas­sé mais aus­si, en quelque sorte, de « pro­phé­ti­ser l’avenir ».

Avec Le déclin de l’Occident, publié en 1922, Oswald Spen­gler frappe les esprits — et il frappe fort. Influen­cé par les néo­kan­tiens, il pro­pose une modé­li­sa­tion de l’histoire ins­pi­rée des sciences natu­relles, mais en s’en remet­tant à l’intuition plu­tôt qu’à des méthodes pro­pre­ment scien­ti­fiques. Sa méthode : « La contem­pla­tion, la com­pa­rai­son, la cer­ti­tude inté­rieure immé­diate, la juste appré­cia­tion des sen­ti­ments » (7). Comme les pré­sup­po­sés idéo­lo­giques pour­raient induire en erreur, la contem­pla­tion doit por­ter sur des mil­lé­naires, pour mettre entre l’observateur et ce qu’il observe une dis­tance — une hau­teur de vue — qui garan­tisse son impar­tia­li­té.

De loin, on peut ain­si contem­pler la coexis­tence et la conti­nui­té des cultures dans leur « longue durée », cha­cune étant un phé­no­mène sin­gu­lier, et qui ne se répète pas, mais qui montre une évo­lu­tion par phases, qu’il est pos­sible de com­pa­rer avec celles d’autres cultures (comme le natu­ra­liste, avec d’autres méthodes, com­pare les organes de plantes ou d’animaux dis­tincts).

Ces phases sont connues : toute culture, toute civi­li­sa­tion, naît, croît et se déve­loppe avant de tom­ber en déca­dence, sur des cycles mil­lé­naires. Etant enten­du qu’« il n’existe pas d’homme en soi, comme le pré­tendent les bavar­dages des phi­lo­sophes, mais rien que des hommes d’un cer­tain temps, en un cer­tain lieu, d’une cer­taine race, pour­vus d’une nature per­son­nelle qui s’impose ou bien suc­combe dans son com­bat contre un monde don­né, tan­dis que l’univers, dans sa divine insou­ciance, sub­siste immuable à l’entour. Cette lutte, c’est la vie » (8).

Certes, le terme de « déca­dence » est dis­cu­table, en rai­son de sa charge émo­tive : Spen­gler pré­ci­se­ra d’ailleurs ulté­rieu­re­ment qu’il faut l’entendre comme « achè­ve­ment » au sens de Goethe (9). Certes, la méthode conduit à des rac­cour­cis hasar­deux et des com­pa­rai­sons par­fois mal­heu­reuses. Mais la grille d’analyse pro­po­sée par Spen­gler reste tout à fait per­ti­nente. Elle réin­tro­duit le tra­gique dans l’histoire. Elle rap­pelle que ce sont les indi­vi­dus, et non les « masses », qui font l’histoire. Elle sti­mule enfin la néces­si­té de déce­ler, « recon­naître » (au sens mili­taire du terme) les élé­ments consti­tu­tifs de ces rup­tures de cycles.

L’historien bri­tan­nique Arnold Toyn­bee va pro­lon­ger en quelque sorte cette intui­tion avec sa monu­men­tale Etude de l’histoire (A Stu­dy of His­to­ry) en 12 volumes, publiée entre 1934 et 1961 (10). Toyn­bee s’attache éga­le­ment à une « his­toire com­pa­rée » des grandes civi­li­sa­tions et en déduit, notam­ment, que les cycles de vie des socié­tés ne sont pas écrits à l’avance dans la mesure où ils res­tent déter­mi­nés par deux fon­da­men­taux :

1) Le jeu de la volon­té de puis­sance et des mul­tiples obs­tacles qui lui sont oppo­sés, met­tant en pré­sence et déve­lop­pant les forces internes de chaque socié­té ;

2) Le rôle moteur des indi­vi­dus, des petites mino­ri­tés créa­trices qui trouvent les voies que les autres suivent par mimé­tisme. Les pro­ces­sus his­to­riques sont ain­si affran­chis des pro­ces­sus de nature sociale, ou col­lec­tive, propres à l’analyse mar­xiste – mal­gré la théo­rie des « mino­ri­tés agis­santes » du modèle léni­niste.

En dépit de ses limites métho­do­lo­giques, et bien que sévè­re­ment remise en cause par la plu­part des his­to­riens « pro­fes­sion­nels », cette approche mor­pho­lo­gique est par­ti­cu­liè­re­ment sti­mu­lante parce qu’elle intègre à la fois la volon­té des hommes et le « temps long » dans une vision cyclique, et non pas linéaire, de l’histoire. Mais elle tend à en conser­ver et par­fois même ren­for­cer le carac­tère pro­phé­tique, « hégé­lien », méca­nique. Sur­tout, elle semble faire de l’histoire une matière uni­ver­selle et inva­riante en soi, domi­née par des lois intan­gibles. Pour­tant, Héra­clite déjà, phi­lo­sophe du deve­nir et du flux, affir­mait que « Tout s’écoule ; on ne se baigne jamais dans le même fleuve » (Frag­ment 91).

Le questionnement philosophique

La phi­lo­so­phie, par son approche concep­tuelle, per­met jus­te­ment de pro­lon­ger cette pre­mière approche, his­to­rique, de l’événement.

Il n’est pas ques­tion ici d’évoquer l’ensemble des pro­blé­ma­tiques sou­le­vées par la notion d’événement, qui a bien évi­dem­ment inter­ro­gé dès l’origine la réflexion phi­lo­so­phique par les pro­lon­ge­ments évi­dents que celui-ci intro­duit au Temps, à l’Espace, et à l’Etre.

L’approche phi­lo­so­phique exige assez sim­ple­ment de réflé­chir aux condi­tions de dis­cri­mi­na­tion par les­quelles nous nom­mons l’événement : à quelles condi­tions un évé­ne­ment se pro­duit-il ? Et se signale-t-il comme évé­ne­ment pour nous ? D’un point de vue phi­lo­so­phique, déce­ler l’événement revient donc à inter­ro­ger fon­da­men­ta­le­ment l’articulation entre la conti­nui­té suc­ces­sive des « ici et main­te­nant » (les évé­ne­ments quel­conques) avec la dis­con­ti­nui­té de l’événement remar­quable (celui qui fait l’histoire) (11).

Dès lors, quelques grandes carac­té­ris­tiques s’esquissent pour qua­li­fier l’événement :

1) Il est tou­jours rela­tif (ce qui ne veut pas dire qu’il soit intrin­sè­que­ment sub­jec­tif).

2) Il est tou­jours double : à la fois « dis­con­ti­nu sur fond de conti­nui­té », et « remar­quable en tant que banal ».

3) Il se pro­duit pour la pen­sée comme ce qui lui arrive (ce n’est pas la pen­sée qui le pro­duit), et de sur­croît ce qui lui arrive du dehors (il fau­dra d’ailleurs déter­mi­ner d’où il vient, qui le pro­duit). Ce qui n’empêche pas l’engagement, comme l’a sou­li­gné – et illus­tré –Thu­cy­dide.

Le plus impor­tant est que l’événement « fait sens » : il se détache des évé­ne­ments quel­conques, de la série cau­sale pré­cé­dente pour pro­duire un point sin­gu­lier remar­quable — c’est-à-dire un deve­nir.

L’événement pro­jette de façon pros­pec­tive, mais aus­si rétro­ac­tive, une pos­si­bi­li­té nou­velle pour les hommes. Il n’appartient pas à l’espace temps stric­te­ment cor­po­rel, mais à cette brèche entre le pas­sé et le futur que Nietzsche nomme « l’intempestif » et qu’il oppose à l’historique (dans sa Seconde Consi­dé­ra­tion intem­pes­tive, jus­te­ment). Concept que Han­nah Arendt, dans la pré­face à La Crise de la culture, appelle « un petit non espace-temps au cœur même du temps » (12).

C’est un « petit non espace-temps », en effet, car l’événement est une crise irré­duc­tible aux condi­tions anté­cé­dentes — sans quoi il serait noyé dans la masse des faits. Le temps n’est donc plus cau­sal, il ne se déve­loppe pas tout seul selon la fina­li­té interne d’une his­toire pro­gres­sive : il est bri­sé. Et l’homme (celui qui nomme l’événement) vit dans l’intervalle entre pas­sé et futur, non dans le mou­ve­ment qui condui­rait, naï­ve­ment, vers le pro­grès.

Pour autant, Arendt conserve la leçon de Marx : ce petit non-espace-temps est bien his­to­ri­que­ment situé, il ne pro­vient pas de l’idéalité abs­traite. Mais elle cor­rige l’eschatologie du pro­grès his­to­rique par l’ontologie du deve­nir ini­tiée par Nietzsche : le deve­nir, ce petit non espace-temps au cœur même du temps, cor­rige, bou­le­verse et modi­fie l’histoire mais n’en pro­vient pas — « contrai­re­ment au monde et à la culture où nous nais­sons, [il] peut seule­ment être indi­qué, mais ne peut être trans­mis ou héri­té du pas­sé. » (13) Alors que « la roue du temps, en tous sens, tourne éter­nel­le­ment » (Alain de Benoist), l’événement est une faille, un moment où tout semble s’accélérer et se sus­pendre en même temps. Où tout (re)devient pos­sible. Ou bien, pour reprendre la vision « sphé­rique » propre à l’Eternel Retour (14) : toutes les com­bi­nai­sons pos­sibles peuvent reve­nir un nombre infi­ni de fois, mais les condi­tions de ce qui est adve­nu doivent, tou­jours, ouvrir de nou­veaux pos­sibles. Car c’est dans la nature même de l’homme, ain­si que l’a sou­li­gné Hei­deg­ger : « La pos­si­bi­li­té appar­tient à l’être, au même titre que la réa­li­té et la néces­si­té. » (15)

Prédire ? Non : pré-voir !

Pour conclure, il convient donc de croi­ser les apports des recherches his­to­riques et des réflexions phi­lo­so­phiques — et en l’espèce méta­phy­siques — pour ten­ter de déce­ler, dans le bruit, le chaos et l’écume des temps, ce qui fait évé­ne­ment.

On aura com­pris qu’il n’y a pas de recette miracle. Mais que s’approcher de cette (re)connaissance néces­site de décryp­ter sys­té­ma­ti­que­ment un fait dans ses trois dimen­sions :

1) Une pre­mière dimen­sion, hori­zon­tale sans être linéaire, plu­tôt « sphé­rique » mais ins­crite dans une cer­taine chro­no­lo­gie : il faut inter­ro­ger les causes et les remises en causes (les pro­lon­ge­ments et les consé­quences) pos­sibles, ain­si que le contexte et les acteurs : qui sont-ils et sur­tout « d’où parlent-ils » ? Pour­quoi ?

2) Une deuxième dimen­sion est de nature ver­ti­cale, d’ordre cultu­rel, social, ou pour mieux dire, civi­li­sa­tion­nel : il faut s’attacher à ins­crire l’événement dans la hié­rar­chie des normes et des valeurs, le dis­cri­mi­ner pour en déce­ler la néces­saire alté­ri­té, l’« effet rup­ture », le poten­tiel révo­lu­tion­naire qu’il recèle et révèle à la fois.

3) Une troi­sième dimen­sion, plus per­son­nelle, à la fois onto­lo­gique et axio­lo­gique, est enfin néces­saire pour que se croisent les deux dimen­sions pré­cé­dentes : c’est l’individu qui vit, et qui pense cette vie, qui est à même de (re)sentir l’événement. C’est son his­toire, bio­lo­gique et cultu­relle, qui le met en réso­nance avec son milieu au sens large.

C’est donc fon­da­men­ta­le­ment dans ses tripes que l’on res­sent que « plus rien ne sera comme avant ». L’observateur est un acteur « en dor­mi­tion ». Domi­nique Ven­ner a par­fai­te­ment illus­tré cette indis­pen­sable ten­sion.

Il convient cepen­dant de res­ter humbles sur nos capa­ci­tés réelles.

Et pour ce faire, au risque de l’apparente contra­dic­tion, relire Nietzsche. Et plus pré­ci­sé­ment Par-delà le bien et le mal : « Les plus grands évé­ne­ments et les plus grandes pen­sées — mais les plus grandes pen­sées sont les plus grands évé­ne­ments — sont com­pris le plus tard : les géné­ra­tions qui leur sont contem­po­raines ne vivent pas ces évé­ne­ments, elles vivent à côté. Il arrive ici quelque chose d’analogue à ce que l’on observe dans le domaine des astres. La lumière des étoiles les plus éloi­gnées par­vient en der­nier lieu aux hommes ; et avant son arri­vée, les hommes nient qu’il y ait là … des étoiles. »

Gré­goire Gam­bier

Ce texte est une reprise actua­li­sée et légè­re­ment rema­niée d’une inter­ven­tion pro­non­cée à l’occasion des IIe Jour­nées de réin­for­ma­tion de la Fon­da­tion Pole­mia, orga­ni­sées à Paris le 25 octobre 2008.

Notes

(1) His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse de Thu­cy­dide, tra­duc­tion, intro­duc­tion et notes de Jac­que­line De Romil­ly, pré­cé­dée de La cam­pagne avec Thu­cy­dide d’Albert Thi­bau­det, Robert Laf­font, coll. « Bou­quins », Paris, 1990.

(2) Ibid. Dans ce texte péné­trant, Thi­bau­det rap­pelle notam­ment l’histoire des livres sibyl­lins : en n’achetant que trois des neuf ouvrages pro­po­sés par la Sybille et où était conte­nu l’avenir de Rome, Tar­quin condam­na les Romains à ne connaître qu’une frac­tion de véri­té – et d’avenir. « […] peut-être, en pen­sant aux six livres per­dus, dut-on son­ger que cette pro­por­tion d’un tiers de notre connais­sance pos­sible de l’avenir était à peu près nor­male et pro­por­tion­née à l’intelligence humaine. L’étude de l’histoire peut nous ame­ner à conclure qu’en matière his­to­rique il y a des lois et que ce qui a été sera. Elle peut aus­si nous conduire à pen­ser que la durée his­to­rique com­porte autant d’imprévisible que la durée psy­cho­lo­gique, et que l’histoire figure un apport inces­sant d’irréductible et de nou­veau. Les deux rai­son­ne­ments sont éga­le­ment vrais et se met­traient face à face comme les preuves des anti­no­mies kan­tiennes. Mais à la longue l’impression nous vient que les deux ordres aux­quels ils cor­res­pondent sont mêlés indis­cer­na­ble­ment, que ce qui est rai­son­na­ble­ment pré­vi­sible existe, débor­dé de toutes parts par ce qui l’est point, par ce qui a pour essence de ne point l’être, que l’intelligence humaine, appli­quée à la pra­tique, doit sans cesse faire une moyenne entre les deux tableaux ».

(3) Après bien des tâton­ne­ments mal­heu­reux, les manuels sco­laires ont fini par réha­bi­li­ter l’intérêt péda­go­gique prin­ci­pal de la chro­no­lo­gie. Au niveau aca­dé­mique, on doit beau­coup notam­ment à Georges Duby (1919–1996). Médié­viste qui s’est inté­res­sé tour à tour, comme la plu­part de ses confrères de l’époque, aux réa­li­tés éco­no­miques, aux struc­tures sociales et aux sys­tèmes de repré­sen­ta­tions, il accepte en 1968 de rédi­ger, dans la col­lec­tion fon­dée par Gérald Wal­ter, « Trente jour­nées qui ont fait la France », un ouvrage consa­cré à l’un de ces jours mémo­rables, le 27 juillet 1214. Ce sera Le dimanche de Bou­vines, publié pour la pre­mière fois en 1973. Une bombe intel­lec­tuelle qui redé­couvre et exploite l’événement sans tour­ner le dos aux intui­tions brau­de­liennes. Cf. son avant-pro­pos à l’édition en poche (Folio His­toire, 1985) de cet ouvrage (re)fondateur : « C’est parce qu’il fait du bruit, parce qu’il est ‘gros­si par les impres­sions des témoins, par les illu­sions des his­to­riens’, parce qu’on en parle long­temps, parce que son irrup­tion sus­cite un tor­rent de dis­cours, que l’événement sen­sa­tion­nel prend son ines­ti­mable valeur. Pour ce que, brus­que­ment, il éclaire. »

(4) Cette ana­lyse, ain­si que celle qui suit concer­nant l’Ecole des Annales, est direc­te­ment ins­pi­rée de La nou­velle his­toire, sous la direc­tion de Jacques Le Goff, Roger Char­tier et Jacques Revel, CEPL, coll. « Les ency­clo­pé­dies du savoir moderne », Paris, 1978, pp. 166–167.

(5) Cf. la revue de socio­lo­gie appli­quée « Ter­rain », n°38, mars 2002.

(6) Cf. L’histoire, Edi­tions Gram­mont, Lau­sanne, 1975, dont s’inspire éga­le­ment l’analyse pro­po­sée des auteurs « mor­pho­lo­gistes » — Article « Les mor­pho­lo­gies : les exemples de Spen­gler et Toyn­bee », pp. 66–73.

(7) Ibid.

(8) Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques – Pen­sées, pré­face d’Alain de Benoist, Edi­tions Coper­nic, Paris, 1979, p. 135.

(9) Ibid., article « Pes­si­misme ? » (1921), p. 30.

(10) Une tra­duc­tion fran­çaise et conden­sée est dis­po­nible, publiée par Else­vier Séquoia (Bruxelles, 1978). Dans sa pré­face, Ray­mond Aron rap­pelle que, « lec­teur de Thu­cy­dide, Toyn­bee dis­cerne dans le cœur humain, dans l’orgueil de vaincre, dans l’ivresse de la puis­sance le secret du des­tin », ajou­tant : « Le stra­tège grec qui ne connais­sait, lui non plus, ni loi du deve­nir ni décret d’en haut, incli­nait à une vue pes­si­miste que Toyn­bee récuse tout en la confir­mant » (p. 7).

(11) L’analyse qui suit est direc­te­ment ins­pi­rée des tra­vaux du Centre d’Etudes en Rhé­to­rique, Phi­lo­so­phie et His­toire des Idées (Cer­phi), et plus par­ti­cu­liè­re­ment de la leçon d’agrégation de phi­lo­so­phie « Qu’appelle-t-on un évé­ne­ment ? », www.cerphi.net.

(12) Pré­face jus­te­ment inti­tu­lée « La brèche entre le pas­sé et le futur », Folio essais Gal­li­mard, Paris, 1989 : « L’homme dans la pleine réa­li­té de son être concret vit dans cette brèche du temps entre le pas­sé et le futur. Cette brèche, je pré­sume, n’est pas un phé­no­mène moderne, elle n’est peut-être même pas une don­né his­to­rique mais va de pair avec l’existence de l’homme sur terre. Il se peut bien qu’elle soit la région de l’esprit ou, plu­tôt, le che­min frayé par la pen­sée, ce petit tra­cé de non-temps que l’activité de la pen­sée ins­crit à l’intérieur de l’espace-temps des mor­tels et dans lequel le cours des pen­sées, du sou­ve­nir et de l’attente sauve tout ce qu’il touche de la ruine du temps his­to­rique et bio­gra­phique (…) Chaque géné­ra­tion nou­velle et même tout être humain nou­veau en tant qu’il s’insère lui-même entre un pas­sé infi­ni et un futur infi­ni, doit le décou­vrir et le frayer labo­rieu­se­ment à nou­veau » (p. 24). Etant enten­du que cette vision ne vaut pas néga­tion des ver­tus fon­da­trices de l’événement en soi : « Ma convic­tion est que la pen­sée elle-même naît d’événements de l’expérience vécue et doit leur demeu­rer liés comme aux seuls guides propres à l’orienter » – Citée par Anne Amiel, Han­nah Arendt – Poli­tique et évé­ne­ment, Puf, Paris, 1996, p. 7.

(13) Ibid. Ce que le poète René Char tra­dui­ra, au sor­tir de quatre années dans la Résis­tance, par l’aphorisme sui­vant : « Notre héri­tage n’est pré­cé­dé d’aucun tes­ta­ment » (Feuillets d’Hypnos, Paris, 1946).

(14) Etant enten­du que le concept n’a pas valeur his­to­rique, ni même tem­po­relle, car il se situe pour Nietzsche en dehors de l’homme et du temps pour concer­ner l’Etre lui-même : c’est « la for­mule suprême de l’affirmation, la plus haute qui se puisse conce­voir » (Ecce Homo). L’Eternel retour découle ain­si de la Volon­té de puis­sance pour consti­tuer l’ossature dia­lec­tique du Zara­thous­tra comme « vision » et comme « énigme » pour le Sur­homme, dont le des­tin reste d’être sus­pen­du au-des­sus du vide. Pour Hei­deg­ger, les notions de Sur­homme et d’Eternel retour sont indis­so­ciables et forment un cercle qui « consti­tue l’être de l’étant, c’est-à-dire ce qui dans le deve­nir est per­ma­nent » (« Qui est le Zara­thous­tra de Nietzsche ? », in Essais et confé­rences, Tel Gal­li­mard, 1958, p. 139).

(15) « Post-scrip­tum – Lettre à un jeune étu­diant », in Essais et confé­rences, ibid., p. 219. En conclu­sion à la confé­rence sur « La chose », Hei­deg­ger rap­pelle uti­le­ment que « ce sont les hommes comme mor­tels qui tout d’abord obtiennent le monde comme monde en y habi­tant. Ce qui peti­te­ment naît du monde et par lui, cela seul devient un jour une chose »…