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L’homme héroïque

Ce texte est tiré d'un cycle de conférences données par Ivan Blot entre septembre 2015 et mai 2017 dans le cadre de l'association « Dialogue Franco-Russe » à Paris. Il fut l'auteur de nombreux essais, dont L'homme héroïque, un idéal pour notre survie. Hommage au héros (livre-hommage au colonel Beltrame), paru en octobre 2016 aux éditions Apopsix. Reproduit avec l'aimable autorisation de Polémia.

L'homme héroïque

Comme pour le colonel Beltrame ou pour les deux nageurs de combat du commando Hubert morts en opération au Burkina Faso, la disparition tragique des treize militaires français au Mali a soulevé une intense émotion. Ainsi que l’écrivait Dominique Venner, « dans les sociétés industrielles bourgeoises ou socialistes qui sécrètent un égal ennui, l’homme de guerre, dans son isolement, son insolence, est seul à porter une part de rêve (…) Les militaires qui veulent assumer leur condition se trouvent nécessairement en rupture avec l’esprit des sociétés utilitaires soumises aux seuls impératifs économiques. Les hommes de guerre viennent d’un autre temps, d’un autre ciel. Ce sont les derniers fidèles d’une austère religion. Celle du courage et de la mort. »
Le culte des héros, par delà les siècles et malgré le règne de l’individualisme marchand, continue de vivre dans l’esprit de nos contemporains. Nous avons rassemblé à ce titre une partie des textes d’une série de conférences d’Ivan Blot consacrées à l’homme héroïque.

L’histoire de nos héros
Les héros tragiques d’Homère jusqu’à Schiller ; les personnages historiques de Jeanne d’Arc à Napoléon.

Le Club de Val­daï, où se rend chaque année Vla­di­mir Pou­tine, a consa­cré une bro­chure entière à « l’identité natio­nale et l’avenir de la Rus­sie ». Les auteurs estiment que l’identité natio­nale repose moins sur des prin­cipes abs­traits que sur des figures héroïques pui­sées dans l’histoire comme Alexandre Nevs­ki, Pierre le Grand, Cathe­rine II, le géné­ral Kou­tou­sov, vain­queur de Napo­léon, le maré­chal Jou­kov, vain­queur de Hit­ler. La bro­chure demande que les jeunes géné­ra­tions se voient pro­po­ser des modèles héroïques de cet ordre et en donne une liste en annexe. Notre Troi­sième Répu­blique avait une péda­go­gie ana­logue pour for­ger de vrais citoyens. On ensei­gnait Ver­cin­gé­to­rix, Clo­vis, Louis XIV ou Napo­léon. Les restes de cet ensei­gne­ment ont pra­ti­que­ment dis­pa­ru après Mai 1968 et la révo­lu­tion cultu­relle qui a accom­pa­gné ces évé­ne­ments. L’emblème de l’Etat russe figure le modèle du héros : saint Georges ter­ras­sant le dra­gon. En France, la figure héroïque majeure est Jeanne d’Arc : elle ne figure évi­dem­ment pas sur le bla­son répu­bli­cain.

Le culte du héros com­mence avec le pre­mier livre de la tra­di­tion occi­den­tale, L’Iliade, d’Homère, écrite vers le VIIe siècle avant notre ère. C’est le per­son­nage d’Achille qui res­te­ra un modèle pour l’éducation grecque : celui-ci pré­fère une vie courte et glo­rieuse à une vie longue et sans gloire. Achille dit qu’on lui a appris à tou­jours vou­loir être le pre­mier et à sur­pas­ser tous les autres.

Le chris­tia­nisme n’a pas éra­di­qué ce culte. La sain­te­té chré­tienne est d’ailleurs sou­vent proche de l’héroïsme, témoins saint Georges et Jeanne d’Arc. Le Christ lui-même meurt héroï­que­ment sur la Croix, sup­plice qu’il accepte par amour des hommes. Le héros se carac­té­rise par son cou­rage excep­tion­nel mais aus­si par son amour pour une cause plus grande que lui, sa famille, sa patrie ou son dieu. L’alliance de l’héroïsme et du chris­tia­nisme donne la che­va­le­rie.

Le modèle du héros gran­dit l’homme, l’oblige à avoir une cer­taine tenue : il a la « magna­ni­mi­té » des Anciens, c’est-à-dire la gran­deur d’âme. Chez lui, ni mes­qui­ne­rie, ni jalou­sie, ni maté­ria­lisme sor­dide, ni obses­sion de son confort per­son­nel. Il ne recherche pas le bon­heur pour lui-même, idéal mépri­sable que Nietzsche réser­vait « aux vaches et aux Anglais » (injuste pour ces der­niers). Le modèle héroïque se trouve dans les beaux-arts, avant tout dans la tra­gé­die, inven­tion des Grecs. Il se trouve aus­si dans l’histoire, laquelle peut faire aus­si l’objet de pièces de théâtre ou de romans héroïques. Le théâtre de Cor­neille met des héros antiques en scène. Frie­drich Schil­ler pré­fère les per­son­nages his­to­riques héroï­sées, d’où ses pièces Guillaume Tell ou La Pucelle d’Orléans. Le héros est sou­vent l’objet de films, héros his­to­riques ou tota­le­ment inven­tés comme ceux du Sei­gneur des Anneaux. Il y a aus­si un héros de roman mais dans un contexte his­to­rique qui a exis­té, comme le colo­nel Nichol­son dans Le Pont sur la rivière Kwaï, film tiré du roman de Pierre Boulle.

Le mythe du héros nous semble par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire en démo­cra­tie où le régime repose sur les ver­tus des citoyens. Sa dis­pa­ri­tion montre la dégéné­rescence de la démo­cra­tie en oli­gar­chie, ce que nous connais­sons aujourd’hui. De Gaulle a fort bien décrit le héros dans Le Fil de l’épée : « lut­teur qui trouve au-dedans son ardeur et son point d’appui, joueur qui cherche moins le gain que la réus­site et paie ses dettes de son propre argent, l’homme de carac­tère confère à l’action sa noblesse ; sans lui, morne tâche d’esclave, grâce à lui, jeu divin du héros ».

Les maté­ria­listes déca­dents ful­minent contre « le sabre et le gou­pillon », c’est-à-dire l’armée et l’Eglise, mais, si le sabre et même le gou­pillon ont pu com­mettre des crimes, ils ont éle­vé l’humanité à un niveau éthique excep­tion­nel comme le montre le phi­lo­sophe russe Nico­las Ber­diaev dans sa Phi­lo­so­phie de l’inégalité. Ils nous ont aus­si sau­vés de l’occupation étran­gère comme de la tyran­nie tota­li­taire « laïque » d’un Robes­pierre ou d’un Hit­ler. « L’enfer est pavé de bonnes inten­tions », dit la sagesse popu­laire. Ce n’est pas en quit­tant le modèle héroïque et le sens de l’honneur pour une vie facile et maté­ria­liste, même bien­veillante, que l’on connaî­tra le vrai bon­heur et la paix. L’homme est tel qu’il ne peut être heu­reux sans maî­tri­ser le rep­tile qui est en lui, le cer­veau pri­mi­tif cajo­lé par la socié­té de consom­ma­tion. Il ne peut être heu­reux s’il est enfer­mé dans son ego, fût-il cal­cu­la­teur ou « cha­ri­table » (les Pha­ri­siens). Il ne peut être heu­reux dans l’esclavage.

Les décadences dans l’histoire
La Grèce (Aristophane), Rome (Suétone), l’Europe et la France actuelle.

Le thème héroïque par­court l’histoire de notre civi­li­sa­tion. Mais il y a des époques de déca­dences qui peuvent s’avérer fatales. Ce fut le cas pour la Grèce et la Rome antique. Nous vivons actuel­le­ment une période de déca­dence en Europe occi­den­tale et sin­gu­liè­re­ment en France. Une période de déca­dence se recon­nait au déclin des valeurs morales qui per­mettent la sur­vie d’une socié­té.

Mais aux yeux de beau­coup, la déca­dence n’apparait pas. Cer­tains croient même vivre une période de « pro­grès », se fiant au seul pro­grès maté­riel, tech­nique et éco­no­mique. Ils sont insen­sibles aux fac­teurs de mort qui les envi­ronnent (effon­dre­ment de la famille et de la nata­li­té, inva­sion migra­toire) et à l’appauvrissement inté­rieur des âmes (indi­vi­dua­lisme exa­cer­bé, déclin du niveau cultu­rel, absence d’idéal, mépris des racines).

Hei­deg­ger appelle ce phé­no­mène « l’oubli de l’être », qui fait que l’homme en vient à oublier son essence et sa voca­tion sur terre. Il ne vit plus que pour vivre des sen­sa­tions éphé­mères : c’est l’homme « esthé­tique » de Kier­ke­gaard qu’il oppose à l’existence éthique et à la vie spi­ri­tuelle dans la pers­pec­tive de l’éternité.

En Grèce, l’idéal héroïque a com­men­cé à être cri­ti­qué au Ve et au IVe siècle avant notre ère. Dans les comé­dies d’Aristophane comme les Nuées, l’auteur met en scène le père et le fils, qui argu­mentent l’un contre l’autre. Le fils uti­lise sa rai­son pour démo­lir les tra­di­tions et la morale et pour jus­ti­fier son aban­don à ses ins­tincts rep­ti­liens chao­tiques. Mais la Grèce conserve alors glo­ba­le­ment ses ver­tus et elle ne s’effondre vrai­ment qu’avec sa défaite mili­taire contre Rome.

Dans des auteurs romains comme Caton, puis Sué­tone ou Juvé­nal, on s’indigne de l‘effondrement de l’esprit civique de la Rome ancienne et de la dépra­va­tion des nou­veaux Césars. L’historien Tacite oppose les ver­tus des Ger­mains aux vices de la Rome déca­dente. Là aus­si, outre la déca­dence, la défaite mili­taire est le signe de la mort d’une civi­li­sa­tion. La Rome occi­den­tale est vain­cue au Ve siècle par les enva­his­seurs ger­ma­niques. La Rome orien­tale, Constan­ti­nople est vain­cue mili­tai­re­ment par le Sul­tan Meh­met II Fatih (le conqué­rant) mais mille ans plus tard !

Un scé­na­rio ana­logue à celui de Rome et de Constan­ti­nople est-il en train de se mettre en place ? L’Europe occi­den­tale semble fati­guée de vivre. Elle résiste peu à l’invasion migra­toire et se démi­li­ta­rise tou­jours plus, espé­rant que les Etats-Unis garan­ti­ront sa sécu­ri­té éter­nelle.

Par contre l’Europe orien­tale résiste mora­le­ment et la Rus­sie connait une renais­sance démo­gra­phique, mili­taire, morale et spi­ri­tuelle sans équi­valent à l’ouest. Comme l’a écrit De Gaulle, « l’épée est l’axe du monde » et rien ne peut rem­pla­cer une défaite mili­taire inté­grale. Ce der­nier disait de l’Allemagne qu’on lui avait cas­sé les reins pour long­temps. Les Etats-Unis en pro­fitent aujourd’hui.

La dis­pa­ri­tion ou la mar­gi­na­li­sa­tion du modèle héroïque est carac­té­ris­tique du phé­no­mène de la déca­dence. Pour Hei­deg­ger, il faut être en veille pour pou­voir accom­pa­gner l’éclaircie de l’être quand elle se pro­dui­ra. Alors, l’homme rede­vien­dra un homme véri­table qui tel saint Georges réus­si­ra à vaincre le dra­gon par l’alliance de la force du cœur et de l’élévation de l’esprit.

Héroïsme et philosophie
Les rapports de l’héroïsme et de la philosophie de quatre points de vue : le point de vue du christianisme, le point de vue de l’anthropologie, celui des traditions culturelles et celui de la philosophie de l’être.

Héroïsme et christianisme

Le chris­tia­nisme est une reli­gion héroïque. Le Christ est la figure héroïque par excel­lence puisqu’il donne sa vie pour sau­ver les autres hommes. Sa mère, la Vierge Marie, est héroïque pour avoir accep­té le sacri­fice de son fils. Beau­coup de saints sont en même temps des héros (mais tous ces héros ne sont pas des saints). Jeanne d’Arc est l’exemple fran­çais par excel­lence. Pour les phi­lo­sophes exis­ten­tiels chré­tiens comme Pas­cal et Kier­ke­gaard, le héros chré­tien donne du sens à sa vie en se tour­nant vers l’immortalité. Saint Jean Cli­maque (VIIe siècle de notre ère) décrit le che­mi­ne­ment héroïque du chré­tien qui se rap­proche de Dieu. Dans son livre, L’échelle sainte, il décrit la mon­tée de l’échelle qui mène à Dieu par la mai­trise des ins­tincts, des pas­sions et de l’intellect. Il y a de l’héroïsme dans ce mys­ti­cisme. Plus récem­ment, on retrouve le thème dans Les sept colonnes de l’héroïsme de Jacques d’Arnoux.

La personne héroïque

Elle est au centre d’une bonne par­tie de notre lit­té­ra­ture et notam­ment dans les tra­gé­dies. Elle fait l’objet du célèbre livre de Car­lisle Les Héros. L’anthropologie de Geh­len montre l’importance de la per­son­na­li­té héroïque dans notre civi­li­sa­tion.

Tradition et héroïsme

Les tra­di­tions cultivent l’héroïsme comme le montrent Hayek, Burke, Dumé­zil ou Ilyine. Les tra­di­tions contiennent une sagesse sélec­tion­née par l’histoire : les peuples qui honorent leurs héros sur­vivent mieux aux épreuves.

L’héroïsme et la philosophie de l’être

Pour ces phi­lo­sophes, l’authenticité est dans l’héroïsme : Nietzsche pro­pose aux humains qui ont per­du Dieu un suc­cé­da­né sous la forme du Sur­homme. Ber­diaev voit l’étincelle divine dans l’homme dans sa capa­ci­té de créa­tion. Solo­viev voit dans l’héroïsme la façon de culti­ver le bien face à la ten­ta­tion uti­li­ti­ta­riste (voir son livre sur La jus­ti­fi­ca­tion du Bien). Hei­deg­ger, comme Nietzsche, remonte à la Grèce antique qui a le culte des héros depuis Homère et les Tra­giques. Il tire sa vision de l’homme de Sophocle dans Anti­gone : l’homme est l’être le plus dan­ge­reux qui s’aventure par­tout et qui emploie la vio­lence, tech­nique, pour s’affirmer dans l’histoire face à la jus­tice cos­mique. L’homme est le site de l’œuvre qui est ris­quée mais qui est le signe de sa part de divi­ni­té.

En ce sens, l’homme héroïque incarne la plé­ni­tude de l’être humain. Le refus de l’héroïsme est un refus d’assumer plei­ne­ment la condi­tion humaine sur terre.

L’antihéros contemporain
L’héroïsme n’est plus vraiment enseigné mais son idéal demeure, notamment dans certains films et romans. Mais le monde moderne fabrique un modèle dominant d’antihéros caractérisé par le narcissisme et par la barbarie intérieure.

L’analyse du nar­cis­sisme a été notam­ment bien mise en valeur par le socio­logue amé­ri­cain Chris­to­pher Lasch dans son ouvrage La Culture du Nar­cis­sisme. Les caprices de l’égo sont deve­nus le cœur du sacré dans notre socié­té, ce sacré pre­nant une forme juri­dique auto­ri­taire, voire tota­li­taire avec « les Droits de l’homme ». Les tra­di­tions, les obli­ga­tions liées à une vision aris­to­cra­tique de l’homme (noblesse oblige), la capa­ci­té de sacri­fier sa vie pour sa famille, sa patrie ou son Dieu, tout cela doit plier devant les pul­sions de l’égo rep­ti­lien. Ce nar­cis­sisme fait notam­ment des ravages dans la jeu­nesse, cen­trée sur la satis­fac­tion de ses caprices chao­tiques et ne se recon­nais­sant aucun devoir envers les autres géné­ra­tions, pas­sées ou à venir (les parents comme les enfants sont des gêneurs dans la quête du plai­sir immé­diat et éphé­mère).

La per­son­na­li­té nar­cis­sique rem­place les obli­ga­tions morales par la pré­oc­cu­pa­tion thé­ra­peu­tique. L’homme ne se voit pas en héros créa­teur et bien­fai­sant mais comme un égo agres­sé par la socié­té, par « les autres » et « recher­chant des thé­ra­pies » pour mieux rééqui­li­brer son moi égo­cen­tré et amé­lio­rer sa satis­fac­tion per­son­nelle. La men­ta­li­té thé­ra­peu­tique est une consé­quence du nar­cis­sisme illi­mi­té. La poli­tique elle-même devient nar­cis­sique. Le sys­tème édu­ca­tif régresse en com­pé­tence et en appren­tis­sage du sens moral. Le tri­ba­lisme resur­git sur le vide du civisme. La fuite devant les sen­ti­ments et les enga­ge­ments à long terme est géné­rale car la rai­son est mise au ser­vice des ins­tincts et les sen­ti­ments tra­di­tion­nels sont éli­mi­nés comme « réac­tion­naires ». Le bar­rage que la reli­gion for­mait contre la noyade dans le nar­cis­sisme a cédé et l’individu nar­cis­sique est mûr pour la bar­ba­rie.

Le phi­lo­sophe Jean-Fran­çois Mat­téi a trai­té de façon géniale de la bar­ba­rie inté­rieure dans son livre ain­si titré et sous-titré Essai sur l’immonde moderne. L’homme rem­place Dieu par le sujet, lui-même sou­mis à l’animalité des ins­tincts, il devient « creux », sans sub­stance, c’est l’homme du « diver­tis­se­ment » dénon­cé par Pas­cal. Cette démarche le conduit à reje­ter le monde et à lui pré­fé­rer « l’immonde ». Mat­téi scrute les ravages de cette bar­ba­rie dans l’éducation, la culture contem­po­raine, la poli­tique moderne de l’Occident. L’homme nar­cis­sique cir­cule dans son envi­ron­ne­ment inté­rieur et exté­rieur domi­né par « l’immonde ».

Hei­deg­ger a appe­lé cette constel­la­tion dans laquelle l’homme est pri­son­nier par l’utilitarisme et son moi, le « Ges­tell ». Ce terme alle­mand est dif­fi­cile à tra­duire : c’est la dic­ta­ture de l’utilitarisme qui est des­truc­trice du bon, du bien et du vrai. Les caprices de l’égo, l’argent, la tech­nique, les masses deviennent les idoles du monde désor­mais sans Dieu. Plus de place pour l’héroïsme par consé­quent. C’est le règne de l’antihéros. La socié­té anti­hé­roïque est alors atteinte de mala­die mor­telle car elle contre­vient aux lois de la vie : la repro­duc­tion n’est plus assu­rée car l’enfant devient un gêneur dans la vie quo­ti­dienne. Face aux menaces mon­tantes, ter­ro­risme et immi­gra­tion, le citoyen (en est-il encore un ou n’est-il plus qu’un consom­ma­teur ?) est désar­mé. L’Occident est mena­cé de déca­dence interne, d’invasion externe, comme le fut autre­fois l’Empire romain. Comme disait Marie-France Garaud, « il n’est plus capable ni de tuer ni d’enfanter », donc il est inadap­té au monde réel et voué à la dis­pa­ri­tion.

La socié­té anti­hé­roïque est en réa­li­té une socié­té sui­ci­daire. Elle est tolé­rante à l’égard des cri­mi­nels et est d’ailleurs gou­ver­née par des élites cri­mi­nelles même si elles n’en ont pas tou­jours conscience. La déshu­ma­ni­sa­tion de l’homme, trans­for­mé en rouage inter­chan­geable pour les besoins de l’économie et de la tech­nique, s’accomplit peu à peu. Encore faut-il poser le diag­nos­tic avant de voir les causes puis les remèdes.

Le retour des héros : l’épreuve incontournable

L’héroïsme renait tou­jours avec les épreuves confor­mé­ment à la nature tra­gique de l’histoire. Les épreuves sont aujourd’hui ce que l’on appelle des « crises ». Voyons les prin­ci­pales crises majeures qui nous attendent désor­mais, à l’aide de notre méthode aris­to­té­li­cienne. A chaque étape, on trou­ve­ra une coexis­tence de deux évé­ne­ments graves d’où une catas­trophe pos­sible.

Com­men­çons par la cause finale : les peuples dis­pa­raissent de la mort de leur Dieux. Les deux évé­ne­ments majeurs en Occi­dent sont : la déchris­tia­ni­sa­tion et la mon­tée de l’islam révo­lu­tion­naire. La coexis­tence des deux crée les condi­tions des conver­sions au « radi­ca­lisme » (voca­bu­laire offi­ciel hypo­crite) et au ter­ro­risme. Les jeunes sans aucun idéal peuvent se conver­tir et pas­ser à l‘action. L’immigration crée le ter­reau néces­saire. La guerre contre l’islam révo­lu­tion­naire sus­ci­te­ra des héros comme ce jeune offi­cier russe à Pal­myre qui a deman­dé à l’aviation russe de le bom­bar­der afin de n’être pas cap­tu­ré vivant et que ses enne­mis qui l’encerclent soient aus­si éli­mi­nés.

La reli­gion a deux dimen­sions essen­tielles : spi­ri­tuelle et morale. La spi­ri­tua­li­té n’existe plus guère et Pla­ton voyait là une cause essen­tielle de la déca­dence de la Cité. La mora­li­té sans assise reli­gieuse que l’on pré­tend fon­der sur des prin­cipes abs­traits est illu­soire car elle ignore l’énergie du cer­veau affec­tif. On est moti­vé mora­le­ment par des sen­ti­ments et non par des prin­cipes théo­riques. Exemples : Jeanne d’Arc, Alexandre Nevs­ky, Saint Jacques de Com­pos­telle le Mata­more, etc.

Du point de vue de la cause for­melle qui concerne l’Etat et la poli­tique, les deux phé­no­mènes dont la coexis­tence est dra­ma­tique sont le culte des droits et non des devoirs, et tout spé­cia­le­ment le culte des droits de l’homme, et l’absence de tout patrio­tisme ensei­gné aux jeunes géné­ra­tions. Dans une famille de patriotes comme on en trouve d’innombrables en Rus­sie, pas de dan­ger de se faire conver­tir pour poser des bombes contre ses com­pa­triotes. Il faut réta­blir comme en Rus­sie depuis Pou­tine l’éducation patrio­tique et mili­taire (et non pas une édu­ca­tion civique froide où les prin­cipes tuent les sen­ti­ments comme disait Schil­ler) et le culte des héros de l’histoire de France qui en fait par­tie. Exemples : Guillaume Tell, Louis XIV, Napo­léon, Mar­ga­reth That­cher, etc.

Du point de vue de la cause effi­ciente, donc des valeurs qui font des hommes accom­plis, les deux phé­no­mènes mor­tels sont la super­sti­tion ratio­na­liste si bien décrite par le Prix Nobel Hayek et le mépris des tra­di­tions et des devoirs qui y sont liés. Une socié­té sans tra­di­tions est une socié­té sans repères et sans res­sors. On le voit bien avec la dégé­né­res­cence de l’art contem­po­rain. Les héros cultu­rels sont sur­tout d’historiens et hommes de lettre : Lavisse, Renan, Burke, Schil­ler, Cha­teau­briand, etc.

Enfin, la cause maté­rielle cor­res­pond aux domaines de la famille et de l’économie. Aujourd’hui, l’économie détruit la famille. Le veau d’or règne et la pro­prié­té qui lie l’économie et la famille est détruite par la fis­ca­li­té et la mon­tée des « mana­gers » hors sol. La chute démo­gra­phique accom­pa­gnée d’un endet­te­ment mas­sif créé les condi­tions d’une grave crise à terme, ren­for­cée par l’invasion migra­toire. Les redres­seurs de l’économie sont des éco­no­mistes (Rueff, Hayek) des hommes poli­tiques (Pinay), etc.

Les héros seuls nous sau­ve­ront : car ils sont au-des­sus de la véna­li­té, ils sont les défen­seurs des tra­di­tions, ils sont patriotes et ne font pas un abso­lu des droits abs­traits, ils ont le sens du sacré (les Sovié­tiques eux-mêmes appe­laient leur guerre contre Hit­ler, la « guerre sacrée », ce qui n’est pas très maté­ria­liste ni mar­xiste !).

Au nom des prin­cipes moraux, on détruit le spi­ri­tuel ; au nom du pri­mat de l’économie, on détruit la famille, au nom du droit, on détruit l’armée et son esprit, au nom de la rai­son, on détruit les tra­di­tions.

La pri­mau­té de l’économie et du droit, le mépris des tra­di­tions et l’indifférence envers la patrie notre mère nous conduisent à la déca­dence et à la dis­pa­ri­tion. Mais dans l’épreuve, l’histoire montre l’émergence des héros défen­seurs de la vie et de l’existence supé­rieure. Gar­dons cou­rage !

Ivan Blot
Source :
Polé­mia

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