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Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18–20 août 480 av. JC)

Batailles mémorables de l’Histoire de l’Europe. Première partie

Batailles mémorables de l’Histoire de l’Europe. Première partie : Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18-20 août 480 av. JC)

Introduction

L’ouvrage collectif « Ce que nous sommes » édité par l’Institut Iliade nous rappelle qu’être européen c’est avant tout « transmettre l’héritage ancestral, défendre le bien commun ». C’est tout l’enjeu de notre combat : transmettre nos valeurs pour les défendre mais aussi transmettre en les défendant. Car il existe un lien indéniable entre la vitalité d’un peuple et sa volonté de combattre.

Domi­nique Ven­ner l’avait par­fai­te­ment illus­tré dans un article inti­tu­lé « Guerre et Mas­cu­li­ni­té », paru dans La Nou­velle Revue d’Histoire. Au risque de cho­quer, il y sou­li­gnait le carac­tère en quelque sorte tra­gique qu’avait revê­tu pour les Fran­çais la conjonc­tion entre la fin de la guerre d’Algérie, « res­sen­tie comme la fin de toutes les guerres » et l’évolution vers une socié­té entiè­re­ment vouée aux valeurs mar­chandes et au consu­mé­risme.

Dans Le Choc de l’Histoire il écri­vait encore que « les lieux de paix ne sur­vivent que par les ver­tus exi­gées dans la guerre ».

Tout ceci nous ramène au constat sui­vant : si la guerre est un grand mal­heur pour celui qui doit la subir, elle consti­tue non seule­ment une néces­si­té pour tout peuple qui a la volon­té de sur­vivre mais aus­si un phé­no­mène qui fait (re)naître chez l’Homme les qua­li­tés les plus exal­tantes.

D’ailleurs, dans la tra­di­tion spi­ri­tuelle des anciens peuples d’Europe, la guerre avait une fonc­tion trans­cen­dan­tale au tra­vers des pro­messes d’immortalité faites aux guer­riers qui tom­baient sur le champ de bataille.

Plus proche de nous, le socio­logue fran­çais Gas­ton Bou­thoul, fon­da­teur de la polé­mo­lo­gie, recon­naît « qu’il existe dans les guerres un aspect moral incon­tes­table. Même les plus déter­mi­nés des paci­fistes ne peuvent nier que la guerre n’exalte des ver­tus émou­vantes : le cou­rage, le dévoue­ment, la fidé­li­té, l’amitié entre com­bat­tants, la cama­ra­de­rie, la loyau­té. C’est dans la guerre que se mani­festent à leur plus haut degré l’amour de la patrie et la fidé­li­té à ses lois ».

C’est au rap­pel de ces véri­tés immuables que sou­haite contri­buer la pré­sente étude au tra­vers d’une antho­lo­gie, lar­ge­ment par­tielle, des batailles mémo­rables qui ont mar­qué l’Histoire de la civi­li­sa­tion euro­péenne.

Elle se com­pose de fiches qui abordent cha­cune une bataille en décri­vant son contexte, le ou les per­son­nages clés ain­si que les qua­li­tés qu’ils ont illus­trées.

Bien sûr, y sont lar­ge­ment dépeints le sens du devoir, celui des res­pon­sa­bi­li­tés qui incombent à tout chef de guerre ou encore l’esprit de sacri­fice qui per­met au com­bat­tant euro­péen de se battre pour une idée ou une repré­sen­ta­tion qui lui est supé­rieure (Rome, l’Empire, la Chré­tien­té…).

Mais le lec­teur y retrou­ve­ra aus­si, notam­ment à tra­vers l’évocation de cer­tains corps d’élite, le sou­ve­nir d’une tra­di­tion mar­tiale que les Euro­péens d’aujourd’hui ont tout inté­rêt à entre­te­nir dans la pers­pec­tive des épreuves futures.

Domi­nique Ven­ner n’écrivait-il pas dans Le Choc de l’Histoire :

« Je crois aux qualités spécifiques des Européens qui sont provisoirement en dormition. Je crois à leur individualité agissante, à leur inventivité et au réveil de leur énergie. »

Bonne lec­ture !

Léonidas et les spartiates à la bataille des Thermopyles (18–20 août 480 av. JC)

Contexte et personnage

Au Ve siècle avant Jésus-Christ, le monde grec étend son influence à tra­vers toute la Médi­ter­ra­née grâce à ses 1500 cités-États et aux colo­nies qu’elles implantent en bord de mer. Deux cités pré­do­minent : Athènes et Sparte. Pour Athènes, le siècle de Péri­clès va bien­tôt s’ouvrir. Cette cité décide de sou­te­nir les Etats grecs de la côte ouest de l’Asie, en lutte avec le très puis­sant empire perse, doté d’un réser­voir humain gigan­tesque et dis­po­sant de res­sources finan­cières et maté­rielles à la mesure de sa dimen­sion — un ter­ri­toire vingt fois plus grand que celui de la Grèce ! Après la répres­sion des cités ioniennes et la défaite de l’Erétrie, prin­ci­pale alliée d’Athènes, le roi perse Darius décide de punir Athènes pour le sou­tien que cette cité a appor­té à ses enne­mis. Il envoie donc une expé­di­tion atta­quer les Grecs en débar­quant à Mara­thon où l’armée perse connaît néan­moins, en 490 av JC, une cui­sante défaite sans par­ve­nir à inquié­ter la cité athé­nienne. Une décen­nie plus tard, Xerxès, deuxième fils de Darius, décide d’une nou­velle expé­di­tion pour laquelle il mobi­lise les gigan­tesques moyens de son empire. C’est ain­si qu’après quatre ans de pré­pa­ra­tion, une armée esti­mée à 210 000 hommes, accom­pa­gnée de 1200 navires de guerre, tra­verse l’Hellespont (détroit des Dar­da­nelles) en mai 480 av. JC pour enta­mer l’une des plus grandes inva­sions qu’ait connues l’Europe. Tra­ver­sant la Grèce du nord au sud, l’impressionnante armée perse avance en direc­tion d’Athènes et de Sparte. Grâce à l’action diplo­ma­tique de Thé­mis­tocle, chef mili­taire et homme poli­tique athé­nien influent, la plu­part des cités qui com­posent alors la Grèce, acceptent de faire front com­mun au sein de la Ligue de Corinthe pour défendre ce qu’ils ont en com­mun : « une race, une langue et une reli­gion ». Une fois fixée sur les cités ral­liées à la résis­tance et après les ater­moie­ments de ses membres quant à la défi­ni­tion de la meilleure stra­té­gie à adop­ter, la ligue décide d’envoyer sa flotte remon­ter la côte à hau­teur d’une ligne reliant le défi­lé des Ther­mo­pyles au détroit de l’Artémision.

C’est alors que Léo­ni­das, roi de Sparte, accepte la lourde charge de mener une troupe de quelques mil­liers d’hommes dont 300 guer­riers issus du corps d’élite des hoplites, afin de retar­der la gigan­tesque armée Perse au fameux défi­lé des Ther­mo­pyles. Cette déci­sion devait avoir la double ver­tu de faire gagner du temps à l’armée grecque et d’encourager les der­nières cités hési­tantes du Sud à ral­lier la ligue de Corinthe.

A cette époque, Léo­ni­das règne déjà à Sparte depuis dix ans. Il a démar­ré sa car­rière mili­taire à 20 ans comme tous ses com­pa­triotes. En tant que chef de guerre, il dirige la redou­tée pha­lange hopli­tique, infan­te­rie d’élite de l’armée grecque, à laquelle n’accèdent que cer­tains citoyens en fonc­tion de leur classe sociale et de leur âge. Pra­ti­quant une exis­tence très aus­tère (nour­ri­ture simple, vie fami­liale réduite, inter­dic­tion d’exercer leurs droits poli­tiques, entrai­ne­ment mili­taire constant), les guer­riers à la célèbre cape rouge étaient répu­tés dans toute la Grèce pour leur valeur guer­rière et sur­tout pour leur cou­rage. Inci­tant à s’inspirer de leur exemple, Mau­rice Bar­dèche écrit, dans son livre « Sparte et les Sudistes » (1969) : « [A Sparte] le pré­cepte de cou­rage était clair et résol­vait toutes les dif­fi­cul­tés. Le cou­rage don­nait accès à l’aristocratie et l’on était exclu de l’aristocratie si l’on man­quait de cou­rage… L’éducation n’avait pas d’autre but que d’exalter le cou­rage et l’énergie. » L’auteur nous rap­pelle aus­si que, loin d’une lit­té­ra­ture qui, majo­ri­tai­re­ment, réduit Sparte à une cari­ca­ture de socié­té mili­ta­ri­sée, Sparte doit en réa­li­té d’abord être vue comme une idée basée sur le fait qu’un homme ne vaut que par le des­tin qu’il se donne et que son sta­tut tient bien plus à ses actes qu’aux richesses qu’il pos­sède. Pour Bar­dèche, Sparte incarne aus­si une cer­taine idée de la liber­té : c’est la cité où la liber­té consiste jus­te­ment à faire le choix de renon­cer à une part de sa liber­té indi­vi­duelle pour consa­crer celle-ci à la pro­tec­tion du groupe, de ses mœurs et de ses lois.

La bataille

Les com­bats se déroulent du 18 au 20 août de l’an 480 av JC, ce qui donne déjà une idée de la résis­tance des Spar­tiates qui retiennent durant 3 jours une armée dont la dimen­sion était sans com­pa­rai­son pos­sible avec celle des Grecs. Tou­te­fois, la supé­rio­ri­té numé­rique des Perses est ren­due inopé­rante par la confi­gu­ra­tion des lieux. L’étroitesse du pas­sage des Ther­mo­pyles contraint les fan­tas­sins perses à se jeter sur les larges bou­cliers et les armures de bronze des hoplites et à s’empaler sur leurs longues lances. Durant les jour­nées des 18 et 19 août 480, de plus en plus érein­tés mais gar­dant, grâce à leur dis­ci­pline et leur endu­rance, une com­ba­ti­vi­té inébran­lable, les com­bat­tants de la pha­lange grecque repoussent tous les contin­gents envoyés contre elle, y com­pris les troupes d’élite de Xerxès, les fameux Immor­tels. Mais la tra­hi­son d’un Grec, Ephialte, per­met à Xerxès de prendre connais­sance d’un sen­tier mon­ta­gneux qui peut lui per­mettre de contour­ner la posi­tion défen­due par Léo­ni­das et de faire prendre à revers sa troupe, pen­dant que l’armée perse conti­nue à mettre la pres­sion sur le mur de défense des Lacé­dé­mo­niens. Il est dit alors que Léo­ni­das, se sachant condam­né, pré­fé­ra pré­ser­ver une grande par­tie de son armée en lui ordon­nant la retraite tan­dis qu’avec un bataillon de 300 de ses hoplites et quelques autres braves, il choi­sit de se sacri­fier non seule­ment pour don­ner le temps à ses sol­dats d’exécuter leur retraite, mais aus­si pour que son sacri­fice, véri­table acte de devo­tio avant l’heure, serve d’électrochoc capable d’emporter le ral­lie­ment des cités réti­centes à rejoindre la ligue de Corinthe.

Après un solide déjeu­ner et la pro­messe que Léo­ni­das leur avait faite « qu’ils sou­pe­raient le soir même dans l’Hadès », les Spar­tiates se mettent pour la der­nière fois sur le pied de guerre, atten­dant silen­cieu­se­ment le choc des lignes perses. Mais afin de rendre leur défaite aus­si coû­teuse que pos­sible pour Xerxès et de ne pas attendre les volées de flèches des troupes char­gées de les prendre à revers, Léo­ni­das fait char­ger ses hommes droit sur l’ennemi. Même après la mort de leur roi, les Spar­tiates se battent jusqu’à la fin, avec toutes les armes qu’il leur reste et jusqu’au der­nier.

Demeu­ré comme l’un des exemples les plus illustres du dévoue­ment à la patrie, ce com­bat, bien qu’étant une défaite tac­tique qui n’empêcha pas l’armée perse de reprendre sa pro­gres­sion, fut une vic­toire stra­té­gique puisqu’elle pro­vo­qua une sorte de sur­saut qui condui­sit aux vic­toires grecques déci­sives de Sala­mine (480) et de Pla­tées (479).

Ce qu’il faut retenir

Le sacri­fice de Léo­ni­das et des Spar­tiates aux Ther­mo­pyles est l’exemple même de l’engagement pour la défense de sa terre, le choix entre « vivre libre ou mou­rir ».

Mais il est aus­si une illus­tra­tion de la capa­ci­té à pri­vi­lé­gier l’intérêt com­mun. En effet, Léo­ni­das ne se fai­sait sans doute aucune illu­sion sur sa capa­ci­té à stop­per l’armée aché­mé­nide mais il savait que son geste offri­rait non seule­ment du temps mais sur­tout un exemple à suivre pour les Spar­tiates et plus lar­ge­ment pour tous les Grecs.

Des­sin : John Steeple Davis (1900), illus­tra­tion tirée du livre The sto­ry of the grea­test nations, from the dawn of his­to­ry to the twen­tieth cen­tu­ry : a com­pre­hen­sive his­to­ry, foun­ded upon the lea­ding autho­ri­ties, inclu­ding a com­plete chro­no­lo­gy of the world, and a pro­noun­cing voca­bu­la­ry of each nation. Source : Wiki­me­dia (cc)

Voir aussi