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Contre l’übercapitalisme du XXIe siècle, rétablir l’équilibre olympien !

Cette pandémie, et tout ce qui s’ensuit, n’est pas de l’ordre d’un simple « évènement sanitaire », mais de celui d’un saut qualitatif brusque, pour parler comme un marxiste, qui nous mène directement à la prophétie proposée par Zbigniew Brzezinski dans l’ère technétronique. Celle d’un monde dirigé par une poignée d’individus, produits de la nouvelle économie über-capitaliste

Contre l’übercapitalisme du XXIe siècle, rétablir l’équilibre olympien !

Entretien avec André Archimbaud à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : Anahita et la vipère des sables (un confinement peut en cacher un autre).

André Archimbaud, vous publiez Anahita et la vipère des sables, un roman écrit pendant le confinement québécois résultant de la COVID-19. Vous y mettez en scène une jeune femme d’origine persane, qui réunit virtuellement un réseau international d’initiés pour préparer l’après-confinement. Pourquoi ?

Parce qu’ils ont l’intuition que cette pandémie n’est pas ordinaire, et qu’une page se tourne dans l’histoire du monde. Ils pressentent que l’humanité est prête à renoncer à sa singularité prométhéenne pour rejoindre le confort animal, « épiméthéen » de l’absence de conscience, de l’obédience, de la servitude volontaire. Pourquoi ? Parce que la surinformation et le sensationnalisme médiatique ont brouillé son sens critique, avec un résultat bien clair : la peur de mourir.

D’où, j’imagine, votre sous-titre mystérieux, « un confinement peut en cacher un autre ». Mais ce groupe ne philosophe pas seulement pour le plaisir ?

Les protagonistes de ce livre en forme de journal vont donc construire ensemble, sous l’égide d’Anahita, une méthode philosophique de renforcement de la conscience et d’annulation de l’angoisse, qui devrait éclairer toutes stratégies collectives futures, en particulier à l’égard du défi du XXIe siècle, celui, pensent-ils, de l’ardente nécessité d’une écologie et d’une anthropologie intégrales et intégrées. Ils puiseront dans le savoir de l’humanité, celui des traditions primordiales (zoroastrienne, grecque, védantique) et de l’ésotérisme juif, chrétien et islamique.

Vaste programme pour un livre écrit en six semaines ! Et la gestion de la pandémie, dans tout ça ?

Ce livre s’inscrit dans la continuation de mon précédent ouvrage, Pour l’amour d’Ariane (combat pour l’hémisphère nord) qui mêlait pensée sacrée et géopolitique, dont il emprunte quelques thèmes. Mais, par ses nombreuses interrogations, mon deuxième ouvrage semble aussi suggérer que les grands enjeux géopolitiques perdent progressivement de leur pertinence. Les initiés d’Anahita essaient surtout de comprendre si le monde de demain sera chaotique et vide, ou s’il sera olympien, cosmique, harmonieux. Alors, pour ces initiés de l’interrègne, le confinement n’est que secondaire, dans la mesure où le vrai problème de l’humanité, enfermée dans sa bulle psychologique, est de ne voir de la réalité extérieure que ses ombres portées sur les parois de la caverne, sans accéder jamais à l’air libre.

Et cet extérieur, c’est quoi ?

La disparition de l’équilibre olympien par la marchandisation des hommes, l’irruption de l’hubris parmi les géants de ce monde. Ce livre est fondé sur une prémonition, analogique, celle d’une nouvelle gigantomachie en action, car Gaïa a en quelques décennies permis l’avènement du règne titanesque de Cronos/Chronos, celui qui dévore ses enfants, autrement dit l’übercapitalisme du XXIe siècle qui décide de tout. Y compris des stratégies sanitaires. Et Gaïa, désemparée, endémique et pandémique, ne sait plus comment faire entrer en lice les Olympiens, ou encore les cyclopes des temps à venir. Autant de drames, que le lecteur saisira à la fin de l’ouvrage.

Car votre livre contiendrait une surprise ?

Effectivement, mais je me tais sur ce point. Je reviens sur ceci : cette pandémie, et tout ce qui s’ensuit, n’est pas de l’ordre d’un simple « évènement sanitaire », mais de celui d’un saut qualitatif brusque, pour parler comme un marxiste, qui nous mène directement à la prophétie proposée par Zbigniew Brzezinski dans l’ère technétronique. Celle d’un monde dirigé par une poignée d’individus, produits de la nouvelle économie über-capitaliste

Autrement dit, ceux qui continuent de se poser la question de savoir quand « la vie va reprendre comme avant », se mettent le doigt dans l’œil ?

Exactement ! Nous avons franchi un cap. Nous n’en sommes plus au complexe militaro-industriel qui tire les ficelles, ou au grand capital, comme l’on disait encore il y a quelques décennies, ou encore à la finance, comme l’on disait encore il y a quelques mois. Nous en sommes à l’aube d’une nouvelle organisation du monde, voulue par les géants du business planétaire, qui annoncent le dépérissement de l’État, tout en s’immisçant, par leurs stratégies hygiénistes, ou celles de l’intelligence artificielle, dans le destin de l’homo sapiens.

Oui, mais pourquoi nous autres, en bas de l’échelle, nous trompons-nous sur le retour à la normale ?

Je ne pense pas que ces géants ont en tête de gérer le petit bonheur bourgeois des descendants de soubrettes et de valets de ferme que nous sommes. En quelques générations nos aïeux nous ont hissé à ce statut de classe moyenne, nous offrant le meilleur du monde en un clic ou à moins d’un bloc de chez soi, sous forme d’épiceries fines, de restaurants exotiques, ou de compagnies aériennes. Non, ces géants planétaires, qui ont accompli des choses extraordinaires, sont devenus plus riches que les États. Ils ont fini par devenir mégalomanes, saisis par l’ivresse de la puissance.

Vous n’y allez pas un peu fort ?

Je ne crois pas. C’est un phénomène naturel qu’un général romain au retour d’une campagne victorieuse, veuille contrôler le consulat et le sénat pour diriger l’Empire. Mais au moins, lors de son triomphe, un serviteur est appointé à ses côtés, sur son char, pour lui rappeler qu’il n’est qu’un homme. Au contraire, aujourd’hui, les serviteurs se bousculent pour monter dans son jet privé pour se rendre dans les conclaves de l’élite internationale qui décidera de l’allocation planétaire du capital, physique et humain. Parmi ces serviteurs on trouvera moult ministres et experts internationaux, devenus les nouveaux chefs de filiale et cadres supérieurs de la « planète.inc ».

Donc un nouvel élitisme est en train de naître, qui n’a rien à voir avec l’ancien ?

Précisément! Car ces élites ne sont pas prédatrices. Elles sont transformatrices, parfaitement capables à elles seules, du moins elles le croient, de reconstruire le monde, la planète, l’humanité, voire-même l’espèce humaine. Il faut avouer que c’est un projet énivrant. Un projet tellement beau, tellement parfait, qu’il justifie de mettre fin à la mauvaise gestion des États, des provinces, des entreprises de la vieille économie, et de tout ce tissu égoïste de l’individualisme : les PME et les petits commerces.

On a l’impression en vous entendant de revivre le livre d’Orwell, 1984, qui décrivait déjà une organisation sociale similaire. Mais quelles sont les leçons à tirer de la gestion de la pandémie ?

Ce qui m’a frappé c’est l’extrême facilité avec laquelle les États ont décidé d’amputer l’économie mondiale de 30 à 40%. Et de laisser le chômage remonter à des taux dignes de ceux de la grande crise des années 30 et 40. Cependant que les géants s’enrichissaient. Mais ce qui m’a surpris le plus, c’est l’extrême docilité des populations, tenaillées par la peur de mourir. Le pli a été pris.

Que voulez-vous dire ?

Le sanitaire devient la nouvelle religion, ce qui donne des sueurs froides. Placés en de mauvaises mains, les outils technétroniques de l’hygiénisme, du transhumanisme, et de l’intelligence artificielle, alliés à la peur de mourir des populations, me font penser à des périodes noires de l’histoire du XXe siècle.

Vous auriez aussi bien pu intituler ce livre Biopolitique et Philosophie. Revenons à l’héroïne : vous avez choisi une Québécoise d’aujourd’hui, d’origine persane, et zoroastrienne. Une marginale ?

Oui et non. Oui, car transplantée dans un pays bien différent de celui de ses racines ; oui, parce qu’elle a été initiée sexuellement et philosophiquement par un homme beaucoup plus âgé qu’elle, pour atteindre la transcendance absolue. Non, parce qu’elle a réussi au Québec, et qu’elle a une vie sociale riche et stimulante. Mais, si j’ose dire, contrairement à bien des Canadiens, elle a l’expérience de la souffrance géopolitique, qui, j’en sais quelque chose personnellement, ouvre la voie de la pensée latérale.

Vous affirmez qu’Anahita est un exemple de la femme ultime. Je ne comprends pas l’idée.

Je reprends dans mon livre un certain nombre de concepts développés par le kabbaliste français Raymond Abellio, à qui je dois beaucoup dans mon évolution personnelle. Il a présenté au long de son œuvre romanesque le personnage de la femme ultime, qui apparait en des moments clé de l’aventure de la vie pour résoudre l’impossible, car on ne peut pas la dissoudre. Elle seule comprend et enveloppe le chaos autant que le cosmos. Mais je laisse le soin au lecteur d’en découvrir la nature.

Je constate que dans ce monde de brouillage des signes, pour reprendre votre maître Abellio, vous avez effleuré l’ensemble des sujets, en posant beaucoup de questions tout en étant parcimonieux sur les réponses. Vous ne seriez pas un peu jésuite ?

Ce livre déroule selon moi un parcours initiatique. Il faut que l’apprenti dispose des outils, pour se prendre en charge, outils que j’espère avoir apportés. Ce sera à l’apprenti d’utiliser un certain nombre de recettes que je lui propose, venue des temps où Dante écrivait la Divine Comédie. J’ai ici choisi l’approche du mentorat, celle du savoir-être plutôt que du savoir-faire.

Avez-vous d’autres ouvrages en préparation ?

Oui, le prochain ouvrage présentera Anahita, ou son avatar, dans le rôle de la prêtresse qui chassera les brigands de ce monde, et dans le suivant, Anahita nous fera voyager dans l’extra-monde, en compagnie d’Albert Camus, afin d’interroger les mânes des illustres sur le sens de l’absurdité du monde.

Propos recueillis par Grégoire Gambier pour l’Institut Iliade.
Pour commander le livre : cosmosetchaos.com