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Premières leçons de l’épidémie de Coronavirus 19

Que nous dit le coronavirus ? Que la nature n’est ni bonne, ni méchante, qu’elle est, qu'elle est indifférente. Par Jean-Yves Le Gallou

Premières leçons de l’épidémie de Coronavirus 19

L’institut Iliade devait tenir le 25 avril son VIIe colloque sur le thème : « la nature comme socle ». Par un singulier rappel à l’ordre de la nature, le Conoravirus 19 a conduit à reporter cette manifestation au 19 septembre prochain. Que nous dit le coronavirus ? Que la nature n’est ni bonne, ni méchante, qu’elle est, qu’elle est indifférente.

Répé­tons-le : le coro­na­vi­rus n’est ni bon, ni méchant, il est indif­fé­rent. Le virus s’est pro­pa­gé en pro­fi­tant des fai­blesses offertes par la mon­dia­li­sa­tion : entas­se­ment dans les villes, mul­ti­pli­ca­tion des échanges et des com­mu­ni­ca­tions, goût du lucre, éloi­gne­ment des centres de pro­duc­tion et de com­mu­ni­ca­tion. En même temps, dans le silence des villes et des forêts impo­sé par le confi­ne­ment, la nature sau­vage reprend ses droits. Mal­gré les uto­pies pro­gres­sistes, la com­pé­ti­tion des espèces n’a jamais ces­sé.

« L’histoire est le lieu de l’inattendu » : jamais la leçon de Domi­nique Ven­ner ne s’est mon­trée aus­si pro­fonde. L’imprévu ici ce n’est pas le coup de feu tuant un archi­duc mais une épi­dé­mie mon­diale remet­tant en cause l’ensemble du sys­tème éco­no­mique. Comme la Grande peste mar­qua la fin du Moyen Âge et les mau­vaises récoltes de 1788 pré­pa­rèrent la Révo­lu­tion. Sans doute le libre-échan­gisme mon­dial se mon­tre­ra rési­lient mais tout porte à pen­ser que la thèse de la « mon­dia­li­sa­tion heu­reuse » aura du mal à se remettre de l’épidémie.

D’autant que le retour des fron­tières – thème du VIe col­loque de l’Institut Iliade — s’impose comme une réponse à la fois sani­taire, éco­no­mique, socié­tale, poli­tique. Au moment même le refus idéo­lo­gique des fron­tières entre peuples et nations débouche sur le réta­blis­se­ment de fron­tières inté­rieures et le confi­ne­ment à domi­cile.

« Est sou­ve­rain celui qui décide des cir­cons­tances excep­tion­nelles » : l’analyse de Carl Schmitt prend ici tout son sens. Ouvrir ou fer­mer des fron­tières, confi­ner ou non la popu­la­tion, faire appli­quer par­tout ou non ces mesures, mobi­li­ser des moyens pri­vés et publics, réqui­si­tion­ner ou non des pro­duits, sont des déci­sions poli­tiques. Et seule­ment poli­tiques. S’abriter der­rière des « experts » (sou­vent bien défaillants d’ailleurs) ou un pseu­do conseil scien­ti­fique pré­sente un côté déri­soire. Avec la Ve Répu­blique en France le sou­ve­rain c’est le pré­sident de la Répu­blique. Qu’il soit bon ou mau­vais c’est une autre affaire. Qu’il ait un jour ou l’autre des comptes à rendre, c’est enten­du, mais aujourd’hui c’est à lui déci­der. Pour­tant un autre sys­tème se pro­file : la théo­cra­tie judi­ciaire. Sai­si par des col­lec­tifs de méde­cins, le Conseil d’État s’est jugé com­pé­tent pour sta­tuer sur la néces­si­té de ren­for­cer ou non le confi­ne­ment des Fran­çais. Certes il s’est gar­dé de tran­cher trop net­te­ment mais c’est une avan­cée de plus vers le gou­ver­ne­ment des juges.

« Poli­tique d’abord » : si le Conseil d’État s‘est rete­nu d’aller trop loin, c’est qu’il a pris conscience des dif­fi­cul­tés d’envahir le champ de la déci­sion poli­tique : car en prendre une exige de s’assurer d’abord de son oppor­tu­ni­té mais aus­si de sa pro­por­tion­na­li­té, de sa per­ti­nence (coût/ avan­tages), de son accep­ta­bi­li­té et tout sim­ple­ment de sa fai­sa­bi­li­té. Dans la tri­lo­gie de la sépa­ra­tion des pou­voirs, le pou­voir judi­ciaire juge a pos­te­rio­ri, le pou­voir légis­la­tif orga­nise a prio­ri, l’exécutif agit dans le pré­sent et pour le futur. C’est le rôle du poli­tique.

Le retour du réel  et du risque : le confi­ne­ment a opé­ré bru­ta­le­ment un clas­se­ment entre les tâches essen­tielles et celles qui le sont moins. Les tâches essen­tielles : les mis­sions de ser­vice public (san­té, sécu­ri­té, élec­tri­ci­té, eau, trans­ports, enlè­ve­ment des ordures ména­gères) et l’approvisionnement (agri­cul­ture, agro-ali­men­taire, livrai­sons). Les acti­vi­tés qui le sont moins ? Rem­plir des tableaux Excel ou pré­pa­rer un Power Point ! L’épidémie a mis aus­si en avant les métiers les plus expo­sés : soi­gnants mais aus­si caissier(e)s. Les plus expo­sés mais pas tou­jours les plus consi­dé­rés, et sou­vent les plus mal payés. Tel qu’il s’est expri­mé jusqu’au 15 mars, le corps médi­cal n’a pas vu venir la crise, mais il est aujourd’hui sur la ligne de front, expo­sé à la conta­gion, et son pres­tige remonte.

La faillite de l’État : aux mains d’experts décon­nec­tés (pour mémoire le Direc­teur géné­ral de la san­té est pro­fes­seur de méde­cine et infec­tio­logue) l’État a per­du la main. Il n’offre plus sa pro­tec­tion aux citoyens, ce qui est sa pre­mière fonc­tion. D’où le retour à la sub­si­dia­ri­té : des soi­gnants fabriquent eux-mêmes leurs masques avec du tis­su. D’autres soi­gnants décident de trai­ter des patients atteints du Covid 19 avec la méthode du pro­fes­seur Raoult alors que celle-ci n’est pas homo­lo­guée, voire décon­seillée. Des maires décrètent un couvre-feu.

Le sur­vi­va­lisme n’est pas idiot : les Fran­çais découvrent qu’il faut se méfier de l’État et s’organiser de façon auto­nome. La crise a mon­tré les défaillances du gou­ver­ne­ment : manque de gels hydro-alcoo­liques, manque de masques, annonces mal pré­pa­rées, déci­sions tar­dives, perte de contrôle d’une par­tie du ter­ri­toire. Dès l’annonce du confi­ne­ment les vieux réflexes d’autoprotection ont repris droit de cité : consti­tu­tion de stocks ali­men­taires et phar­ma­ceu­tiques, exode depuis les villes. La crainte d’autres évé­ne­ments –pillages, émeutes — dans les ban­lieues ne peut conduire qu’à prendre d’autres pré­cau­tions : la déten­tion d’armes notam­ment.

Les ban­lieues de l’immigration font séces­sion : alors que dans leur immense majo­ri­té les Fran­çais ont accep­té les mesures très contrai­gnantes de fer­me­ture des écoles, arrêt des entre­prises et confi­ne­ment, la loi com­mune est par­ti­cu­liè­re­ment mal appli­quée dans les quar­tiers à majo­ri­tés afro musul­manes. Pour une rai­son simple : beau­coup d’habitants ne se sentent pas concer­nés par le des­tin com­mun des Fran­çais et n’ont pas le sen­ti­ment d’appartenir au même peuple.

La micro cel­lule fami­liale a repris la place cen­trale dans la vie des Fran­çais et des Euro­péens.

L’État, les com­munes, les entre­prises, découvrent qu’ils devront se pas­ser à l’avenir de leurs four­nis­seurs chi­nois, ou à tout le moins limi­ter leur dépen­dance à l’égard de toute zone de pro­duc­tion hors Union euro­péenne.

L’Union euro­péenne est res­tée hors-jeu en ne fer­mant pas suf­fi­sam­ment tôt ses fron­tières exté­rieures par pure idéo­lo­gie sans-fron­tiè­riste. Et en étant par­fai­te­ment inutile par la suite : ses 43 000 bureau­crates n’étant d’aucune uti­li­té ni pour soi­gner, ni pour pro­duire les biens de pre­mière néces­si­té.

Jean-Yves Le Gal­lou