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Epicure en Corrèze

« Humble et émouvant bréviaire païen », écrit très justement Bruno de Cessole pour qualifier le dernier livre du philosophe Marcel Conche, Epicure en Corrèze.

Epicure en Corrèze

Sous la forme d’une conversation à bâtons rompus, aussi limpide que simple, l’amant de la sagesse explique comment il est devenu ce qu’il est : un sage qui « croit » aux dieux païens.

L’importance de la nature et de ses cycles éternels

Marcel Conche, Epicure en Corrèze Dans cette confes­sion, Mar­cel Conche revient sur son enfance et son ado­les­cence pay­sannes dans la Cor­rèze des années 20 et 30, quand cet orphe­lin de mère découvre peu à peu l’importance de la Nature et de ses cycles éter­nels : le vent, les flots de la Dor­dogne, les arbres et les bêtes, le lierre cher à Dio­ny­sos lui sont des com­pa­gnons de médi­ta­tion et des alliés. Pay­san, il apprend à « faire les choses dans l’ordre, en temps et en heure » (à l’opposé des actuelles doc­trines pédo­cra­tiques en vigueur dans les écoles, où l’on apprend le brouillage des repères et la dis­per­sion).

Ele­vé à la dure, il se révèle vite homme de connais­sance et de réflexion, pas­sion­né par la seule quête de véri­té, et donc rem­pli de méfiance pour tous les débor­de­ments. Il explique ain­si pour­quoi il n’a pas rejoint ses cama­rades au maquis, pré­fé­rant potas­ser sa gram­maire grecque, et com­ment il a pu résis­ter au délire amou­reux, choi­sis­sant sa pro­fes­seur de lettres, avec qui il vivra un demi-siècle. Sui­vant d’Apollon, Mar­cel Conche incarne l’adepte de la phro­né­sis épi­cu­rienne, de cette pru­dence et de cette modé­ra­tion qui forcent à dédai­gner les dési­rs qui nous éloignent de la nature en nous enga­geant dans l’illimité – la faute par excel­lence que les Grecs, nos Pères, nomment hubris.

Penser toute chose sur le fond de l’infini

Ses réflexions sur le temps, illi­mi­té et tout sauf illu­soire, sur la liber­té de juge­ment (« ce que je dois faire, je l’entends non pas selon le juge­ment d’autrui, mais selon mon propre juge­ment à par­tir du devoir que je sais avoir envers moi-même »), sti­mulent nos esprits anes­thé­siés de mora­line. Un exemple : « la clef de la sagesse, dit-il, est qu’il faut pen­ser toute chose sur le fond de l’infini » — n’est-ce pas aus­si lumi­neux que bien­ve­nu, ce rap­pel des apho­rismes d’Anaximandre ? Sur le dieu per­son­nel des mono­théismes, sa posi­tion est claire : un refus sans conces­sion. Non à la soi-disant pro­vi­dence, une illu­sion ! Non à la théo­rie absurde d’un dieu per­son­nel, infi­ni­ment bon et omni­scient, dont l’existence jus­ti­fie la souf­france des enfants ! Non aux phi­lo­so­phies modernes (de Des­cartes à Hegel), qua­li­fiées à juste titre d’impures, car pol­luées par le théo­lo­gisme judéo-chré­tien ! « Mieux vaut savoir que croire » est son seul cre­do. Oui à Héra­clite, à Pyr­rhon et à Epi­cure, maîtres de sagesse tra­gique. Oui à Mon­taigne, le com­pa­gnon des jours et des nuits, l’ami fidèle.

Lisons Conche, reli­sons Héra­clite et Lucrèce. Et jouis­sons de la vie en choi­sis­sant la sin­gu­la­ri­té contre tous les condi­tion­ne­ments, fussent-ils ras­su­rants !

Source : archaion.hautetfort.com

Mar­cel Conche, Epi­cure en Cor­rèze, Stock, 160 pages, 17 €.

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