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Le Rhin romantique en famille

« O nobles donjons ! ô pauvres vieux géants paralytiques ! ô chevaliers affrontés ! un bateau à vapeur, plein de marchands et de bourgeois, vous jette en passant sa fumée à la face ! »
Victor Hugo, Le Rhin, 1839

Le Rhin romantique en famille
Pays : Allemagne
Région : Rhénanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz)
Thématique générale du parcours : Randonnées à la découverte du Rhin, des châteaux et des légendes.
Mode de déplacement : A pied, avec des transferts en voiture, en bateau, en bac et en train.
Durée du parcours : Trois randonnées d’une journée chacune.
Difficulté du parcours : Ces trois randonnées sont accessibles en famille, avec des enfants dès 8 ans.
Période possible : Toute l’année, sauf temps de neige.

« Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes. »

Apollinaire, Mai, in Alcools

Présentation géographique

Lorsqu’il traverse le massif schisteux rhénan, le Rhin a déjà parcouru plus de 530 km depuis sa source dans les Alpes suisses et s’est grossi de nombreux affluents – dont l’Aar, le Neckar et le Main. De Bingen à Coblence, le cours du « Rhin moyen supérieur » se heurte, sur 65 km, à des roches dures, dans lesquelles le fleuve a creusé son lit, tout en méandres et en étroitures aux remous dangereux. Les coteaux bien exposés se sont couverts de vignes et de vergers. Le cours du Rhin a été artificiellement recreusé et ses rives ont été endiguées afin de rendre la navigation moins dangereuse. Aujourd’hui, le fleuve reste l’une des voies navigables les plus fréquentées au monde : vrac (solide et liquide) et conteneurs représentent, en 2010, 180 millions de tonnes de marchandises. Il voit aussi passer nombre de bateaux de croisière. Une voie ferrée et une route longent la rive droite et la rive gauche.

Cadre historique et culturel

L’archéologie a démontré une présence humaine très précoce sur le Rhin, importante route commerciale nord-sud dès la préhistoire. Il y a plus de 600 000 ans, le Rhin était au même niveau que le plateau. Deux « longues maisons » de l’âge du Bronze ont ainsi été découvertes sur le plateau de la Lorelei. Sur le site celte de Boudobriga (aujourd’hui Boppard), les Romains ont installé un fort au IVe siècle ; la vallée a été christianisée dès le VIe siècle, notamment par saint Goar.

Au Moyen-Age, plus de quarante châteaux, postes de garde et de péage, sont construits sur les coteaux des deux rives, âprement disputées par les princes et les archevêques voisins. Régulièrement mis à mal par des querelles dynastiques, passés parfois aux mains de brigands, la plupart des châteaux tombent en désuétude dès le début du XVe siècle. En 1672, la vallée est dévastée par les troupes de Louis XIV, les donjons, tours et remparts sont incendiés (cf. la chanson des Dragons de Noailles). Au XVIIIe siècle, les troupes révolutionnaires se heurtent aux armées des nobles émigrés à Coblence : les derniers châteaux encore debout leur paient un lourd tribut. Dès le début du XIXe siècle, le « Rhin romantique » devient une attraction touristique majeure : Byron, Turner, Victor Hugo, Gérard de Nerval et tant d’autres s’extasient devant les ruines. Traduisant Brentano et Heine, les poètes chantent la Lorelei, ses longs cheveux d’or et son chant funeste aux bateliers. La restauration prussienne de 1815 engage une politique de sauvetage sans précédent pour les paysages et les monuments historiques. Les châteaux sont peu à peu reconstruits, voire réinventés, un peu à la manière de ce que réalise Viollet-le-Duc en France. Dans les années 1950, de nouvelles campagnes de restauration sont entreprises, de nombreux châteaux deviennent des hôtels de luxe.

« Du temps des Romains et des barbares, c’était la rue des soldats. Au Moyen-Age, comme le fleuve presque entier était bordé d’états ecclésiastiques, […] on nommait le Rhin la rue des prêtres. Aujourd’hui, c’est la rue des marchands », constatait déjà Victor Hugo.

Le Rhin, Vater Rhein, a aussi engendré de nombreuses légendes. On retiendra celle de l’évêque Hatto, si avare et hostile au bon peuple qu’il fut mangé par les rats dans la tour de Bingen. Celle de la Lorelei se décline en plusieurs versions. Ce mythe littéraire né au XIXe siècle n’a pas de source connue dans des légendes traditionnelles. Pour Clemens Brentano, Lore est une jeune beauté de Bacharach, qui veut mourir car son amant lui est infidèle. L’évêque devant lequel elle est conduite, subjugué par son charme, tente de la convaincre de se retirer au couvent. En chemin, elle s’arrête pour regarder une dernière fois le château de son amant – et se jette dans les flots. Une autre version voit dans la Lorelei une ondine ou une nixe aux cheveux blonds ou verts d’eau qui, par son chant mélodieux, charme les bateliers. Ceux qui se laissent captiver, ne guidant plus leur embarcation, finissent précipités sur le rocher ou dans les remous toujours violents de ce coude du fleuve. Ainsi Ronald, fils du comte palatin du Rhin, entend parler de la beauté fascinante de la Lorelei. Fasciné par la jeune fille, il perd le contrôle de son bateau et se jette par-dessus bord pour la rejoindre, mais il est englouti par le Rhin. Son père, pour se venger de la mort de son fils, descend alors le Rhin dans l’unique but de s’emparer de cette maudite sorcière. Accompagné d’un puissant équipage, il cerne le rocher. La jeune fille, se sentant menacée, fait appel à son père, le Rhin, qui déclenche une véritable tempête avec des vagues qui atteignent le sommet du rocher et emportent la jeune nymphe qui disparaît à jamais. Seul l’écho de sa voix se fait désormais entendre – cet « écho » est lui-même une exagération littéraire, mais il est vrai que les sons sont amplifiés par les falaises.

Quant à « L’Or du Rhin », il constitue le prologue du Ring, « L’Anneau des Nibelungen », la Tétralogie de Richard Wagner. Trois ondines, les filles du Rhin, ont pour mission de garder l’or du Rhin – mais elle ne se méfie pas du nain Alberich, ce qui déclenche la légendaire série de catastrophes. Qui osera réveiller Fafnir ?

Description des itinéraires

Itinéraire 1

Environ 5 km, une demi-journée de marche. Comptez une journée entière si vous visitez les châteaux. Laissez votre véhicule à Trechtingshausen, sur le parking en face du Burg Reichenstein (accès possible en train, dans ce cas, empruntez la piste cyclable pour rejoindre le point de départ). La randonnée démarre dans une petite rue perpendiculaire à la route, le long du Morgenbach. Le sentier des ânes (Eselpfad) monte ensuite dans la forêt pour atteindre le Burg Rheinstein. Ce château a été construit au XIVe siècle. Tombé en ruine dès la fin du XVIe siècle, il a été racheté par le prince Frédéric de Prusse qui l’a fait rebâtir de 1823 à 1829. Il est aujourd’hui privé. Visite possible, petite restauration en saison.

Le sentier repart derrière le château et atteint une ferme-auberge (Schweizerhaus). De là, empruntez le sentier qui monte en forêt. Vous passez devant une colonne de grès sur laquelle on lit encore « Friedrich von Preußen – 1886 ». Sur la ligne de crête, au carrefour des Trois Chênes (Drei Eichen), il ne reste qu’un grand chêne, majestueux. La route forestière redescend vers le Morgenbachtal, puis longe le ruisseau pour rejoindre le point de départ. Le Burg Reichenstein est un château-hôtel. Tombé en ruine au XVIe siècle, il est l’un des derniers châteaux de la vallée à avoir été reconstruit dans le style « romantique ». Un musée réunit une collection d’armes et d’équipements militaires.

Pour compléter la journée, vous pouvez aller visiter le Burg Sooneck (visite guidée, petite restauration en saison). Edifié au XIIIe siècle, il a été détruit par les Français en 1689 lors de la guerre de Neuf Ans (ou guerre de la Succession palatine), comme la plupart des châteaux de la rive gauche du Rhin. La maison royale de Prusse a racheté les ruines en 1834 et a reconstruit un château de chasse.

« […] Déjà l’air fraîchit, le soir tombe
Le Rhin coule, tranquille ;
Le sommet seul flamboie
Dans le soleil couchant.
La plus belle des nymphes se tient
au sommet, magnifique
sa main, où sa bague étincelle,
Peigne ses cheveux d’or. […] »

Heinrich Heine, La Lorelei (1824)

Itinéraire 2

De Sankt Goar à Oberwesel, le panorama de la Lorelei – environ 9 km – Entre 75 m et 252 m – Environ 3h30. Comptez une journée entière si vous visitez les châteaux.

Si vous séjournez à Bacharach, vous pouvez rejoindre Sankt Goar par la navette fluviale. Vous passerez alors devant le célèbre château de Pfalz (ou Pfalzgrafenstein), qui se dresse au milieu du fleuve. Le retour se fait en train depuis Oberwesel.
La visite des ruines de Rheinfels peut occuper une demi-journée (prévoir des lampes de poche pour visiter les souterrains). De la terrasse, vous voyez les deux châteaux du Chat (Burg Katz) et de la Souris (Burg Maus).
A Sankt Goar, passez derrière l’église et rejoignez la gare. Empruntez le passage souterrain sur votre droite. Le sentier, balisé « Rheinburgenweg », passe devant un mince filet d’eau coulant entre deux rochers. C’est la « Wunschwasserquelle », la source aux vœux. Il est suggéré de graver un vœu sur une ardoise et de la laisser dans la source… Est-ce la présence de cette source-fée qui a incité l’ermite saint Goar à s’installer au VIe siècle sur le site, pour soigner, assister et convertir les bateliers ? Du pied d’une vieille tour, une volée de marches permet de vite gagner de l’altitude. Le sentier oblique à gauche. Il longe d’un côté les falaises qui dominent le Rhin, de l’autre des champs cultivés : de nombreux points de vue s’ouvrent sur le célèbre rocher de la Lorelei (132 m). Vous entendrez sans doute l’air de la Lorelei diffusé par l’un des nombreux bateaux de croisière. Le sentier est ponctué de panneaux informatifs et de bancs souvent protégés par un toit. Une bifurcation propose deux sentiers pour rejoindre Maria Ruh : prenez celui de gauche, qui descend dans un vallon avant de remonter sur le plateau. A Maria Ruh, places de pique-nique et restaurant. Un monument a été élevé en souvenir de Clemens Brentano, Heinrich Heine et Friedrich Silcher : à eux trois, ils ont célébré la Lorelei, cette ondine dont le chant mélodieux détournait les mariniers – pour leur malheur.

Un kilomètre plus loin, au niveau d’un kiosque à pique-nique, vous pouvez emprunter, si le temps est sec, le sentier alpin « Oelsbersteig » (déconseillé aux enfants de moins de 8 ans). Equipé de câbles et de quelques échelons scellés dans le rocher, il se faufile entre les vignes et des terrains en déprise. Il existe une variante en cas de pluie. Le sentier devient ensuite une route agricole et rejoint la petite ville d’Oberwesel. Si vous en avez le temps, vous pouvez en longer les remparts. L’église abrite un jubé, un triptyque en bois doré et plusieurs tableaux anciens. Il ne reste qu’à rejoindre la gare toute proche de l’église.

Variante : Seule la tour du château de Schönburg est ouverte à la visite, mais le sentier qui y grimpe offre de belles vues sur le Rhin. Construit au XIIe siècle, détruit par les Français en 1689, Schönburg a été racheté en 1885 par un Germano-Américain qui en a commencé la reconstruction. Celle-ci s’est poursuivie après son décès dans les années 1951-53 pour devenir un centre de jeunesse catholique. En 1957, l’aile sud est reconstruite et abrite un hôtel.

Itinéraire 3

En boucle, des « Frères ennemis » à Filsen, rive droite du Rhin – environ 12 km (avec la variante : + 4 km) – 4 h (+ 1h30) – Dénivelés importants.

Passez par un bac sur la rive droite du Rhin. Parking possible au pied du couvent et de l’église de pèlerinage à l’entrée de Bornhofen.

En remontant le vallon, peu après les hôtels, prenez à droite un sentier qui monte vers le château de Sterrenberg. Vous en traversez la cour pour reprendre la route. Vous pouvez tourner à droite vers le château de Liebenstein ou continuer la route. Ces deux châteaux sont les « frères ennemis ». 151 m au-dessus du Rhin, Sterrenberg a été édifié à la fin du XIe siècle. Plusieurs fois agrandi, il tombe en ruine et devient une carrière au XVIIe siècle. Propriété des Nassau puis de la Prusse, il appartient au Land de Rhénanie-Palatinat, qui a réalisé d’importantes restaurations et des ajouts, telle la « maison des dames ». Le Burg Liebenstein, construit entre 1284 et 1290, tomba dès 1320 entre les mains des princes de Trêves.

Deux princes pour surveiller un seul méandre du fleuve… vite ennemis – d’autres disent que les deux frères étaient épris de la même dame.

La route vous mène en bas du vallon ; juste en face, empruntez l’escalier et suivez le sentier dans une forêt méditerranéenne. Arrivés à la cabane Bruno-Löhr, continuez tout droit. Les écoliers locaux ont chaque année planté des arbres, panneaux explicatifs à l’appui. Sur 4 km, le sentier suit le coteau et domine le Rhin. Le coteau, exposé Sud et Sud-Ouest, profite d’un microclimat chaud et sec. Les cultures en terrasse ont été abandonnées. Sentier pédagogique avec de nombreux panneaux illustrés. Au point 224,7, vous pouvez continuer, en aller et retour, jusqu’à la Filsener Lei (cabane) et même descendre jusqu’aux cerisiers de Filsen. Vue superbe sur la ville de Boppard.

De ce point 224,7, un sentier vous permet de descendre vers Kamp. Ce village, comme son voisin Bornhofen, dut son essor aux radeliers transporteurs de bois, aux mariniers et aux vignerons. Vous rejoignez le Rhin, que vous pouvez longer jusqu’à votre point de départ. En effet, une « promenade » sur la digue évite la voie ferrée et la route.

Activités connexes

Deux sentiers de longue randonnée longent le Rhin et permettent de relier Bingen à Coblence en une semaine. Il existe aussi deux pistes cyclables, l’une en rive droite, l’autre en rive gauche. Elles ne sont pas très protégées et longent la route et la voie ferrée.

De mai à septembre, le Rhin s’enflamme lors de grands spectacles pyrotechniques : rhein-in-flammen.com

Cartographie

1:25 000 – Oberes Mittelrheintal, Rüdesheim am Rhein – Bingen am Rhein– Unesco Welterbe.

1:25 000 – Oberes Mittelrheintal, Loreley – Boppard – Unesco Welterbe.

Disponibles dans les offices de tourisme et les marchands de journaux locaux. Ces cartes répertorient les sentiers et les itinéraires avec leur balisage spécifique.

Bibliographie

  • Clemens Brentano, Zu Bacharach am Rheine…, 1801
  • Heinrich Heine, La Loreley, 1824
  • Victor Hugo, Le Rhin – Diverses éditions.
  • Gérard de Nerval, Lorely, souvenirs d’Allemagne, récit de son voyage sur les bords du Rhin – Diverses éditions.
  • Guillaume Apollinaire, Alcools – Diverses éditions.

Accès et données GPS

Par les autoroutes allemandes, puis par l’une des routes qui longent le Rhin. Il n’y a pas de pont entre Mayence et Coblence, mais des bacs (voitures, vélos, piétons), toutes les 20 minutes environ. Pas de réservation, paiement sur le bac.

Navettes fluviales de Mayence à Coblence, puis à Cologne, avec de nombreux arrêts : kdrhine.com

Trains régionaux toutes les heures, arrêts dans chaque village. Horaires : bahn.de/rheinland-pfalz

Matériel spécifique, équipement

Chaussures de randonnée et vêtements de saison, casse-croûte et boisson. Equipement de randonnée.

Art de vivre

Les vignerons organisent régulièrement visites de caves et dégustations.

La vie de château au prix d’une auberge de jeunesse ? N’hésitez pas à réserver une chambre familiale au Burg Stahleck, perché au-dessus de Bacharach. Vue imprenable sur le Rhin ! De plus, l’AJ (fondée en 1925) est à l’écart du trafic ferroviaire.

Liens

Année où cet itinéraire a été parcouru

Avril 2016