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L’Epiphanie

L’Epiphanie, du grec epihenia « apparition », qui célébrait à l’origine la Nativité, honorait au XVe siècle le souvenir du baptême du Christ, mais aussi son premier miracle et l’adoration des mages.

L’Epiphanie

Elle a lieu 12 jours après Noël. Six jours après Noël et six jours avant l’Epiphanie, se déroule le passage à la nouvelle année. L’Epiphanie fut donc longtemps fêtée le 6 janvier mais pour plus de commodité, l’Eglise catholique la célèbre le dimanche qui suit le 1er janvier.

L’E­pi­pha­nie fut long­temps consi­dé­rée comme la date du sol­stice d’hiver (Noël le fut aus­si) et don­nait lieu à d’importantes célé­bra­tions reli­gieuses. C’est le 6 jan­vier notam­ment que les dieux solaires orien­taux ou grecs étaient fêtés, comme Osi­ris et Dio­ny­sos.

L’E­pi­pha­nie, fête des Rois, com­mé­more l’a­do­ra­tion des « Rois » mages pour Jésus, sa recon­nais­sance en tant que Mes­sie. La fête des Rois cor­res­pond par ailleurs au début du car­na­val.

Les Rois mages repré­sentent la fonc­tion sacer­do­tale de l’ancienne Perse, fon­da­men­ta­le­ment indo-euro­péenne, dans le culte de Mithra. Le Christ reprend ici les attri­buts de Mithra, appe­lé « sol invic­tus », asso­cié à la renais­sance de la lumière, le soleil. La repré­sen­ta­tion ori­gi­nelle des rois mages, éloi­gnée de celle, per­ver­tie, de notre époque, mon­trait ces per­son­nages coif­fés du bon­net phry­gien rouge — rouge comme le feu et le soleil auro­ral.

Le bon­net phry­gien, coiffe de feutre qui repré­sente un casque, était por­té par les pha­lan­gistes d’Alexandre le Grand, sous forme de casque, et était aus­si uti­li­sé dans les armées de l’ancienne Perse. Ce bon­net est for­mé par la double spi­rale, repré­sen­ta­tion uni­ver­selle de la force vitale, de ce qui donne la vie et forme le monde. Dans ses résur­gences (comme pen­dant la Révo­lu­tion fran­çaise), on en a per­du la forme essen­tielle qui don­nait à ce bon­net toute sa signi­fi­ca­tion.

La tra­di­tion de la fève des rois pour­rait être d’origine païenne. Cer­tain y voient une trans­po­si­tion des Satur­nales romaines, fête d’inversion des rôles afin de déjouer les jours néfastes de Saturne, divi­ni­té chto­nienne, célé­brée fin décembre. Lors des Satur­nales, les Romains dési­gnaient un esclave comme « roi d’un jour ». Au cours du ban­quet (au début ou à la fin des Satur­nales, selon les dif­fé­rentes époques de la Rome antique), au sein de chaque grande fami­lia, les Romains uti­li­saient la fève d’un gâteau comme « bul­le­tin de vote » pour élire le « Satur­na­li­cius prin­ceps » (Maître des Satur­nales ou Roi du désordre). Cela per­met­tait de res­ser­rer les affec­tions domes­tiques et don­nait au « roi d’un jour » le pou­voir d’exaucer tous ses dési­rs pen­dant la jour­née (comme don­ner des ordres à son maître), avant d’être mis à mort, ou plus pro­ba­ble­ment de retour­ner à sa vie ser­vile à l’issue de celle-ci.

L’historien et huma­niste Etienne Pas­quier a décrit dans ses Recherches les céré­mo­nies qui s’observaient en cette occa­sion :

« Le gâteau, coupé en autant de parts qu’il y a de conviés, on met un petit enfant sous la table, lequel le maître interroge sous le nom de Phébé (Phœbus ou Apollon), comme si ce fût un qui, en l’innocence de son âge, représentât un oracle d’Apollon. À cet interrogatoire, l’enfant répond d’un mot latin : domine (seigneur, maître). Sur cela, le maître l’adjure de dire à qui il distribuera la portion du gâteau qu’il tient en sa main, l’enfant le nomme ainsi qu’il lui tombe en la pensée, sans acception de la dignité des personnes, jusqu’à ce que la part soit donnée où est la fève ; celui qui l’a est réputé roi de la compagnie encore qu’il soit moindre en autorité. Et, ce fait, chacun se déborde à boire, manger et danser. »

C’est cet usage qui est pas­sé jusqu’à nous. On en retrouve la trace non seule­ment dans le rituel de la galette des Rois, mais aus­si dans la fête des Fous médié­vale et des « rois et reines » des car­na­vals actuels.

La galette, qui res­sem­blait à l’origine à une brioche en forme de cou­ronne (ce qui est tou­jours le cas dans le Sud de la France), n’est appa­rue qu’après. Sa forme ronde et sa cou­leur dorée en fai­saient un sym­bole solaire évo­quant le « dieu » soleil, les jours qui se remettent à ral­lon­ger et le réveil pro­chain de la nature. Elle est mar­quée de croi­sillons, comme les filets qui cap­turent la vie sans la bles­ser, et repré­sentent toute la vie que l’on cap­ture avec le Livre de la Connais­sance. Ils sont une autre forme de l’Odal, une rune qui est aus­si une liga­ture.

La fève repré­sen­tait sou­vent le « Petit Jésus ». Dans la recons­ti­tu­tion popu­laire de la crèche, on le voit allon­gé sur la paille for­mant un soleil rayon­nant tout autour de lui, figu­rant la nais­sance du soleil. Donc, on va cher­cher l’Enfant solaire à l’intérieur du Livre de la Connais­sance (la pâte feuille­tée de la galette), autre­ment dit la dimen­sion solaire de notre être que nous avons le devoir de faire gran­dir.

Aujourd’hui, on peut voir dans la tra­di­tion de la galette, dans laquelle se cache la fève qui dési­gne­ra le roi ou la reine du jour, une trans­po­si­tion de la recon­nais­sance d’un roi au sens des mages, autant que les rémi­nis­cences d’une tra­di­tion popu­laire de trans­gres­sion.

Sources : Paul-Georges San­so­net­ti, Eliane Novi­na­da

Illus­tra­tion : William Bou­gue­reau, La jeu­nesse de Bac­chus (1884)

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