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Disparition de Jean-François Gautier

Qui fut Jean-François Gautier ? Que nous dit-il, que nous lègue-t-il ? L’Institut Iliade rend hommage à l’un de ses principaux fondateurs, inspirateurs et piliers.

Disparition de Jean-François Gautier

Jean-François Gautier était d’abord un Charentais. On ne peut saisir son œuvre sans la référence au territoire et surtout au fleuve auprès duquel il choisit de vivre et de mourir. C’était d’ailleurs à cette Charente s’écoulant lentement vers la mer qu’il comparait le travail de sa pensée. On en eut une merveilleuse allégorie dans son ouvrage La sente s’efface. Comme ce fleuve bordé d’abbayes et de vignobles dont l’épicentre symbolique est Cognac – alcool des alcools – la pensée doit se frayer un chemin sans se soucier du temps, maturer et vieillir, avec douceur et patience. Il ne peut y avoir de pensée authentique sans enracinement dans une terre : cette évidence restait pour lui un socle.

Homme complet, habile de ses mains, d’un esprit aussi agile que rigoureux, Jean-François Gautier restait simple en toutes circonstances, bien que ses connaissances philosophiques et proprement encyclopédiques fussent connues de tous. Il faisait souvent référence à deux grands esprits qui avaient contribué à sa formation, Lucien Jerphagnon et Julien Freund. Sur leurs brisées, il se livra à une fréquentation assidue de l’antiquité gréco-latine et à une appréhension des affrontements politiques et géopolitiques du monde fondée sur le réalisme. Lisant le grec dans le texte, écrivant dans une langue alliant la beauté à la profondeur, fin connaisseur de l’histoire des idées et des arts, il s’efforçait de faire ressurgir la pensée originelle de notre Europe pour la redéployer ici et maintenant, pour lui permettre un nouvel envol et ce, toujours dans une perspective éminemment politique, à savoir comment penser sur un mode tout à la fois subtil et pratique le devenir d’un peuple ancré dans un territoire.

Jean-François fut aussi un homme dont l’élévation de la pensée avait pour corollaire la délicieuse simplicité de l’existence. Ceux qui furent ses amis savaient à quel point derrière le puits de science il y avait l’homme, dans sa merveilleuse architectonique. Humain, il l’était, de manière noble et fine, sachant être à l’égard de ses proches d’une fidélité inébranlable, d’une discrétion absolue, d’une confiance aussi totale que la détermination dont il faisait montre dans les circonstances les plus difficiles. Cette hauteur d’âme s’accompagnait d’un authentique savoir-vivre au quotidien. Fin cuisinier, il était excellent musicien. Après avoir disserté sur Aristote, il empoignait une guitare, une viole ou se mettait au piano pour chanter tour à tour de vieilles ritournelles ou des chants de carabins… Enfin, homme de réflexion, Jean-François savait aussi soigner les corps. Sa passion de la logique qu’il avait hérité du Stagirite se retrouvait dans la pratique musicale de Palestrina ou de Debussy, mais aussi de manière tout aussi concrète dans l’étiopathie. Une même logique était à l’œuvre à travers lui, que ce soit pour soigner les corps, jouer d’un instrument de musique ou décortiquer les failles d’une pensée géopolitique. Ne rien accepter qui ne soit vérifié ou confirmé par l’expérience, savoir douter pour mieux avancer, s’engager à explorer les chemins de traverse fussent-ils sulfureux, et surtout, construire inlassablement et donner aux jeunes le goût d’apprendre à penser, c’était la mission qu’il s’était assignée. Il l’a remplie jusqu’à l’extrême limite de ses forces, jusqu’à ce que la mort vienne le cueillir.

Sa vie entière fut un questionnement inlassable auquel la logique intime du système aristotélicien l’aida à répondre, ou du moins à esquisser des tentatives de réponse. Ainsi, c’est d’abord par sa vie et sa manière d’être au monde, de par l’extraordinaire complexité de son personnage, que Jean-François Gautier s’impose comme une Figure, au sens que les frères Jünger donnent à ce terme. Les mille facettes de l’homme font qu’il échappe de fait à la compréhension de nos contemporains. Qu’importe ! Jean-François s’en souciait comme d’une guigne. En revanche, lui être fidèle consiste d’abord à poursuivre l’œuvre entreprise, en donnant corps à la logique d’être, de penser et d’agir qu’il prônait, en reprenant les armes et les cartes qu’il nous a léguées, pour continuer à nous battre et à vivre, en pleine lumière ou en soldats de l’ombre.

Homme de tête et homme d’action, sachant fusionner esthétique et politique en une alchimie des plus nobles, Jean-François Gautier laisse à ceux qui le connurent l’image d’un seigneur de la Renaissance italienne, puissant, noble et raffiné, indifférent aux honneurs, aux blâmes ou aux louanges, vivant en parfaite symbiose avec sa loi intérieure. Maintenant qu’il nous a quitté, certains le savent. À travers nous, JFG vivit et non vivit

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Photo : Jean-François Gautier à Athènes, juin 2014.

Témoignages

Appreso della dipartita del nostro amico e camerata,
la comunità di Fons Perennis tutta
esprime le sue più profonde condoglianze.
In attesa di incontrarlo nuovamente nella Terra di Luce, tra i combattenti dello spirito.
Che la terra gli sia lieve
Appris le décès de notre ami et camarade,
toute la communauté de Fons Perennis
présente ses plus sincères condoléances.
Au plaisir de le retrouver au Terre de la Lumière, parmi les combattants de l’esprit.
Que la terre lui soit légère
Fons Perennis

Jean-François Gautier, l’Européen polyphonique
« Jean-François Gautier (1950-2020) était un homme brillant et complet, un véritable esprit de la Renaissance, dont la sagesse s’étendait à des domaines de connaissance nombreux et variés.
Docteur en philosophie, avec Lucien Jerphagnon comme maître, il était un profond connaisseur de l’Antiquité classique, grecque et romaine. En plus d’être un philosophe, il s’est également consacré à la science et à son histoire. Sa Grande aventure des sciences a été traduite et publiée au Portugal en 1993. Il était musicologue : il a publié des ouvrages sur Debussy et Palestrina ; en plus, il était thérapeute : il a étudié, pratiqué et enseigné l’étiologie, étant l’auteur de plusieurs livres dans ce domaine. Il a également publié deux essais qu’il convient de souligner : La sente s’efface, une poétique du paysage, principalement celui de sa Charente familiale, qu’il habitait et dont il explorait les profondeurs, et Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme en politique.
Il a été l’un des grands noms de l’école de pensée du GRECE, d’Alain de Benoist, collaborant à plusieurs publications et signant une page régulière dans le magazine Éléments, intitulée « Anti-manuel de la philosophie ». Il a également joué un rôle clé au sein de l’Institut Iliade, tant par sa participation à des colloques que par la paternité du premier volume de la collection « Longue Mémoire », lancée cette année, À propos des dieux. L’esprit des polythéismes.
J’ai eu l’honneur de deviser avec lui à la Maison de la Chimie, à Paris, lors du IIe Colloque de l’Institut Iliade, en 2015. Son discours inspirant portait sur la polyphonie, véritable révolution musicale dans l’Europe médiévale, où l’on redécouvre l’esprit du polythéisme ancien. Lors du dîner des orateurs, j’ai eu l’occasion de parler avec lui et de percevoir son intelligence captivante. Après le repas, je me suis assis à sa table et je me souviens de son sourire tranquille et de la facilité avec laquelle il a répondu à mes questions et m’a interrogé sur le Portugal tout en dégustant un verre de vin rouge. Nous avons surtout parlé de son livre L’Univers existe-t-il ?, un essai au titre provocateur qui m’a séduit et auquel je lui ai demandé de me consacrer un billet. Il a accepté ma demande avec une humilité que seuls ont les érudits au-dessus de la célébrité éphémère et, avec amitié, il m’a dédié le livre qu’il a décrit comme « un peu de physique et un peu plus de philosophie ».
Il nous a quitté le 6 décembre dernier, à l’âge de 70 ans, et ce jour-là, je suis retourné à ses livres pour lui rendre un hommage silencieux et personnel. Malgré la richesse de son œuvre, l’Europe devient plus aride, surtout parce que, comme il l’a si bien écrit, il manque le sens du mot « oikos », « le bien commun, c’est-à-dire à la fois la ville et ses institutions, ses terres, sa langue, ses monuments ou ses lois, toutes les ressources que chacun peut protéger et faire fructifier, dans son propre intérêt comme dans celui des autres ». Un sens qui « ne peut être instruit que par la mémoire de nos origines et par ce qui, du passé, n’est pas effacé dans le présent, mais continue.
Sa vie, qui fut polyphonique, devrait inciter les Européens de notre époque sombre à redécouvrir la sagesse d’autres temps. »
Duarte Branquino, journaliste, écrivain. O Diabo, 11 décembre 2020.

« Essayiste, étiopathe, philosophe, musicologue, Jean-François Gautier eut été druide à l’époque de Merlin et humaniste à la Renaissance. Il était présent sur l’Olympe lors de la fondation de l’Institut Iliade. Il a rejoint le banquet des Immortels. »
Jean-Yves Le Gallou, cofondateur de l’Institut Iliade

« Au colloque [de l’]Institut Iliade en 2018, son intervention m’avait impressionné. Comme ses articles. Pour une fois, je ne me sens pas à la hauteur de la nécrologie à écrire. »
Jean-Yves Camus, journaliste et politologue

« Grande tristesse, mais infinie reconnaissance. J’ai rencontré Jean-François Gautier il y a six ans, quasiment jour pour jour. L’automne était ensoleillé dans le Vexin. Son intervention sur la philosophie européenne le samedi soir s’était conclue de façon bien mystérieuse, par l’affirmation que l’esprit européen était « polyphonique ». Mais c’est avec un exposé musical qu’il nous tira le dimanche matin de la somnolence. Pendant deux heures, il nous fit écouter Schubert ou Stravinsky, nous intimant de prêter l’oreille à un seul et unique instrument. Cloisonner rigoureusement, pour ensuite décloisonner, déployer la raison, la rendre volumineuse. Cette fois, tout devint clair : j’avais compris ce qu’était l’esprit polyphonique. Gautier lui-même en était doté, toujours affable, avec son regard de faune espiègle. Au revoir, maître. »
Édouard Chanot, rédacteur en chef à Sputnik

« Jean-François Gautier est mort. Il était philosophe nominaliste, étiopathe (rebouteux comme il se décrivait lui-même), musicologue (Bach, Debussy, Palestrina …) et auteur de traités de médecine circulatoire et de cosmologie. Ne cherchez pas. Aucune autre vidéo que celle-ci ne lui rend justice. »
Laurent Ozon

« Jean-François Gautier est mort ce dimanche 6 décembre, des suites d’une longue maladie. Bien que très peu de personnes le connaissent ou aient jamais lu ses livres, il fut assurément un des plus grands esprits de sa génération. Ce phare admirable allumé dans la nuit sera toujours resté dissimulé par l’épaisseur du brouillard contemporain. Quand d’autres attirent la lumière, lui habitait les ombres. Les hommes dont l’intelligence m’a autant impressionné au cours de mon existence se comptent sur les doigts de la main. Savoir qu’il arpentait le monde en même temps que moi donnait du sens à mon passage sur cette terre. Jean-François me manquera terriblement. Il demeurait discret, et le brouhaha imbécile du temps ne se souciait guère de lui. Mais le silence lui-même pleure aujourd’hui en sa mémoire. Désormais, chaque parcelle de silence sera pour l’éternité une pierre sacrée plantée dans le jardin spirituel de ce merveilleux érudit. Retourne auprès des dieux, mon ami. Ta place n’est plus parmi nous. Puisse ton héritage nous inspirer. »
Thibaud Isabel, Directeur de publication de L’Inactuelle

« Je salue comme elle le mérite la mémoire de mon vieux camarade Jean-François. À lui s’applique la formule qu’aimait Jean Mabire : « À ses côtés je ferais bien la guerre ».. Peu d’hommes méritent ces mots : Jean-François en était. »
Pierre Vial, Président de Terre & Peuple

« Jean-François Gautier, un savoir universel contre l’universalisme
Décédé dimanche 6 décembre d’une longue et cruelle maladie, Jean-François Gautier était l’une des voix les plus puissantes et les plus secrètes de notre temps. Sa disparition laisse un vide, dans sa famille bien sûr, dans la nôtre, celle de la Nouvelle Droite, d’Éléments, de l’Institut Iliade. Il en était la colonne dorique. Adieu Jean-François ! »
François Bousquet, Éléments

« C’était une intelligence souveraine. Cela, on ne peut le dire que d’une poignée de personnes. De celles qui forment et qui élèvent. Abrupte, comme les cols, qu’il abordait toujours par la face nord. Un pic, de la Mirandole forcément, à l’âge de l’expertise et de la spécialisation. Autant dire qu’il semblait tomber d’on ne sait quelle Olympe. Trop sibyllin, trop ésotérique pour notre temps. Lui prenait date avec le futur. Demain viendra à lui. Il fallait le suivre, jamais sans effort. Mais le voyage en valait la chandelle. Collaborateur de longue date d’Éléments, docteur en philosophie, disciple de Lucien Jerphagnon, Jean-François Gautier avait repris le chemin des écoliers, en nous livrant tous les deux mois son « Anti-manuel de philosophie », en répondant aux questions du baccalauréat.
Historien des sciences, il avait consacré à la cosmophysique son maitre ouvrage, L’univers existe t-il ?, chez Actes sud, dans lequel il mettait en cause l’histoire du Big Bang, et, plus généralement, la volonté de la science de décréter et de redire, à l’instar des religions révélées, un commencement. C’est en philosophe qu’il avait poursuivi sa réflexion dans un essai passionnant Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme, chez Ellipses (« L’histoire est-elle un poison ? », Chroniques de la vieille Europe). Musicologue, il a publié Palestrina ou l’esthétique de l’âme du monde, en 1994 et Claude Debussy, la musique et le mouvant, toujourschez Actes Sud, en 1999.
Ce qui éclaire ne brille pas, dit Lao Tseu. Jean-François Gautier éclairait, loin des feux de l’actualité. Il n’a jamais sacrifié aux rites médiatiques. Il savait mieux que personne combien ils sont éphémères, frappés de péremption et d’inutilité. Il a fait une exception devant les caméras de TV Libertés, au micro de Paul-Marie Couteaux, dans une série d’émissions « Conversations : Jean-François Gautier, penseur du GRECE ». Étonnante autorité de sa voix. Celle d’un maître. En peinture, musique, sciences, philosophie, dont la philosophie politique. En philologie, comme Nietzsche, dont il était un disciple, comme nous sommes désormais les siens. »
François Bousquet et Pascal Eysseric, Éléments