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Renovatio Europae, sous la direction de David Engels

Malgré la bonne volonté affichée par ces travaux, fruit d’un projet de recherche basé à l’ « Instytut Zachodni » à Poznan (Pologne), l’ouvrage est traversé, pour ne pas dire criblé par les contradictions et les atermoiements.

Renovatio Europae, sous la direction de David Engels

« Quel avenir politique pour l’Europe » ? Telle est la question qui habite David Engels et les participants à cet ouvrage collectif qu’est Renovatio Europae. Car en effet, une fois dissipées les chimères du souverainisme national, tout bon Européen, pour reprendre les mots de Nietzsche, doit s’interroger sur les possibilités qui s’offrent à notre continent pour construire et affirmer une véritable puissance européenne. Puissance qui est la seule à même de protéger et de donner une place aux Européens parmi les grandes nations de ce monde. Face aux États-Unis, face à la Chine, face à la Russie et demain face à l’Inde et au Brésil pour ne citer que ces derniers, les nations d’Europe ne pourront faire le poids que collectivement. Le monde a toujours été dominé par des logiques de masse et le futur ne dérogera pas à cette règle comme le rappelle Gérard Dussouy dans son ouvrage consacré à la question européenne1. « La civilisation occidentale du XXIe siècle ne pourra survivre que si toutes les nations européennes forment un seul front commun contre les dangers qui pourraient venir de l’Est, de l’Ouest ou du Sud » avertit donc en conséquence et en préambule de cet ouvrage David Engels.

Une nation, un empire, une (con)fédération peuvent être envi­sa­gés sous plu­sieurs angles mais il en est un dont on ne peut faire l’économie lorsqu’il s’agit d’en défi­nir l’essence : c’est l’identité. Ain­si, et quel que soit le volet consi­dé­ré : éco­no­mie, reli­gion, immi­gra­tion, famille, esthé­tique… c’est tou­jours par le prisme de l’identité qu’ils sont abor­dés dans cet ouvrage. C’est cela la vision « hes­pé­ria­liste » de l’Europe défen­due par David Engels et ses collaborateurs.

Cepen­dant, mal­gré la bonne volon­té affi­chée par ces tra­vaux, fruit d’un pro­jet de recherche basé à l’ « Ins­ty­tut Zachod­ni » à Poz­nan (Pologne), l’ouvrage est tra­ver­sé, pour ne pas dire cri­blé par les contra­dic­tions et les ater­moie­ments. En effet, si l’on applau­dit la volon­té d’un David Engels de « non seule­ment limi­ter l’immigration illé­gale, mais aus­si de ren­ver­ser les ten­dances », on peut s’étonner de lire Chan­tal Del­sol décla­rer dans ce même ouvrage que « nos conci­toyens approu­ve­ront des entrées mas­sives d’immigrés si on cesse de leur men­tir » ou bien que « quand on fait venir des tra­vailleurs, on n’a pas le droit de les pri­ver de leur famille » et de citer en exemple la poli­tique migra­toire de la Suisse où dans cer­taines petites villes « 40% de la popu­la­tion est étran­gère, la plu­part du temps musul­mane » sans que cela ne pose de pro­blème par­ti­cu­lier tou­jours selon Mme Delsol.

Si le pro­jet d’inscrire les racines antiques et chré­tiennes de l’Europe ne peut qu’être salué, on se demande quelle vision de l’Europe est défen­due par Alvi­no-Mario Fan­ti­ni lorsqu’il livre une vision cari­ca­tu­rale du poly­théisme euro­péen et se met à rêver d’une nou­velle Europe chré­tienne où l’on pour­rait admi­rer dans nos rues « la pro­fes­sion visible des anciennes fois par de jeunes hommes arbo­rant kip­pa et papillotes et par de vieux curés en sou­tane et béret ». Il n’est pas sûr du reste que les chré­tiens de vieille tra­di­tion appré­cient de voir leur reli­gion mise au même niveau d’importance que le judaïsme.

Au niveau géo­po­li­tique, si les auteurs ne se jettent pas dans les bras de la Rus­sie comme mal­heu­reu­se­ment trop de nos contem­po­rains dit conser­va­teurs, on regret­te­ra avec une cer­taine colère que David Engels lui-même pré­co­nise qu’à terme « tous les États membres euro­péens deviennent membres de l’OTAN ».

La volon­té poli­tique de David Engels est pour­tant mani­feste et salu­taire. En plus de la seule coopé­ra­tion inter­éta­tique défen­due par les sou­ve­rai­nistes natio­naux, il pré­co­nise un sou­ve­rai­nisme euro­péen basée sur une vision confé­dé­rale de l’Europe, s’appuyant sur un sys­tème bica­mé­ral et à la tête de laquelle se trou­ve­rait les États mais éga­le­ment un pré­sident euro­péen qui « se consa­cre­rait à la poli­tique exté­rieure, repré­sen­tant l’Union euro­péenne au Conseil de sécu­ri­té per­ma­nent des Nations Unies (sur la base d’une fédé­ra­li­sa­tion du siège fran­çais), et diri­ge­rait les opé­ra­tions des forces euro­péennes en cas de conflit. D’un autre côté, le Pré­sident ten­te­rait de régler les conflits qui se pré­sen­te­raient soit entre nations euro­péennes, soit entre celles-ci et l’Union elle-même, en pré­si­dant une cour d’arbitrage per­ma­nente dont la com­po­si­tion et le mode de scru­tin devraient, une fois de plus, favo­ri­ser le com­pro­mis et l’unanimité ». Ce der­nier serait aidé dans sa tâche par des secré­taires d’État qui se par­ta­ge­raient les por­te­feuilles sui­vants : Défense (impli­quant l’organisation et le déploie­ment d’une véri­table force armée euro­péenne), Police, Infra­struc­ture, Har­mo­ni­sa­tion Légale, Res­sources stra­té­giques, Édu­ca­tion et Recherche, Finances. Le tout por­té par une nou­velle consti­tu­tion euro­péenne fai­sant la part belle à l’identité (on serait d’ailleurs ten­té de pro­po­ser un secré­taire d’État dédié à ce seul domaine).

L’impression géné­rale qui res­sort de ce livre et de ses ambi­guï­tés est que David Engels cherche à ne pas frois­ser ses éven­tuels lec­teurs, que ce soit par leur pro­ve­nance géo­gra­phique ou intel­lec­tuelle. Les pro­chains ouvrages qui seront publiés par le jeune cher­cheur sur le sujet seront donc déci­sifs pour appré­hen­der le poten­tiel du pro­jet euro­péen qu’il défend.

Adrien — Pro­mo­tion Domi­nique Venner

Reno­va­tio Euro­pae. Plai­doyer pour un renou­veau hes­pé­ria­liste de l’Europe. Sous la direc­tion de David Engels, Les édi­tions du Cerf, coll. Patri­moines (246 pages), 22 €

Notes

  1. Contre l’Europe de Bruxelles, fon­der un État euro­péen. Gérard Dus­souy. Édi­tions Tata­mis (189 pages)