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Coronavirus : le déclin du courage

C’est la peur qui a inspiré nos dirigeants. Peur de s’éloigner de la doxa idéologique. Peur de s’écarter du conformisme managérial. Par Jean-Yves Le Gallou

Coronavirus : le déclin du courage

30 000 morts en France à la fin du premier épisode épidémique (fin mai), c’est plus qu’une grippe saisonnière tuant 10 000 à 15 000 personnes. Ce n’est pas non plus une grande peste : si le coronavirus infectait la moitié des Français, avec un taux de létalité de 0, 5%, il tuerait 150 000 personnes : une surmortalité annuelle de 25%, socialement difficilement acceptable, mais sans commune mesure avec les épidémies des temps anciens anéantissant la moitié d’une population.

Le respect des procédures, maladie sénile des bureaucrates

Pour­tant le coro­na­vi­rus a été un for­mi­dable révé­la­teur du manque de cou­rage de nos élites poli­tiques et admi­nis­tra­tives. Inca­pables de déci­der à temps. Inca­pables de prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Sou­mis à ses dogmes et ember­li­fi­co­té dans les règles de Schen­gen, le gou­ver­ne­ment a refu­sé de fer­mer les fron­tières. Quant aux Fran­çais qui manquent de masques et de tests, qu’ils soient ras­su­rés : les normes AFNOR, les pro­cé­dures ISO, les exi­gences « qua­li­té », et le code des mar­chés publics ont été res­pec­tés !  « L’action, jeu divin du héros », disait le géné­ral de Gaulle. « Le res­pect des pro­cé­dures, mala­die sénile des bureau­crates ! », pour­rait-on dire de la Ve Répu­blique finis­sante.

Le grand Soljenitsyne

C’est le grand Sol­je­nit­syne, dans son dis­cours de Har­vard en 1978, qui explique le mieux notre situa­tion :

« Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis […] Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »

Un gouvernement apeuré qui gouverne par la… peur

C’est la peur qui a ins­pi­ré nos diri­geants. Peur de s’éloigner de la doxa idéo­lo­gique. Peur de s’écarter du confor­misme mana­gé­rial. Peur d’avoir à faire face à telle ou telle pro­cé­dure judi­ciaire. Tout cela a conduit à ouvrir tou­jours plus de para­pluies, tou­jours plus grands.

C’est la peur qui dicte les actes de nos diri­geants. La peur qu’ils res­sentent au fond d’eux-mêmes au moment de prendre une déci­sion. Pire, la peur qu’ils ins­pirent à la popu­la­tion pour la gou­ver­ner par la sidé­ra­tion média­tique : énu­mé­ra­tion de sta­tis­tiques mor­tuaires iso­lées de leur contexte, images et musiques angois­santes, annonces catas­tro­phistes, extra­po­la­tions hasar­deuses, répé­ti­tion en boucle des mêmes évé­ne­ments et des mêmes infor­ma­tions.

C’est la peur qui a conduit le gou­ver­ne­ment à impo­ser aux Fran­çais des mesures dis­pro­por­tion­nées par rap­port aux seules néces­si­tés de la dis­tan­cia­tion phy­sique : péna­li­sa­tion des petits com­merces, fer­me­ture des librai­ries et des biblio­thèques, clô­ture des fleu­ristes, inter­rup­tion des acti­vi­tés spor­tives, inter­dic­tion d’accès aux parcs, aux plages, aux forêts, aux sen­tiers de mon­tagne, pro­hi­bi­tion de la messe. Une dic­ta­ture sani­taire a été mise en place, dis­pro­por­tion­née par rap­port aux exi­gences de la lutte contre le virus. Une dic­ta­ture sani­taire qui se pour­suit et qui se péren­nise à l’occasion du décon­fi­ne­ment.

Antigone contre Créon

Pire, l’État est allé jus­qu’ à inter­dire de rendre d’ultimes visites aux mou­rants et la tenue de funé­railles décentes. Il s’est hélas trou­vé peu d’Antigone pour défier la loi inique de Créon.

Pour­tant la mort fait par­tie de la vie. Et la vie en soi n’est pas un but. Le but c’est une vie digne. Le temps de la dis­si­dence est venu.

Jean-Yves Le Gal­lou

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