Institut ILIADE
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Présentation de la Promotion Frédéric Mistral

« Vous autres, les jeunes gens Qui savez le secret, Faites que point ne croule Le monument mystique ; Et, en dépit De la vague qui le sape, Apportez votre pierre Pour hausser le monceau. » Frédéric Mistral, extrait du « Cinquantenaire du Félibrige », chanté à Font-Ségugne le 23 mai 1904.

Promotion Roi Arthur

XIVème promotion de l’Institut Iliade mais première promotion provençale, le choix de nous placer sous le signe de Frédéric Mistral, chantre de notre identité, s’est imposé comme une évidence.

À l’heure américaine de l’uniformisation, nous choisissons de réaffirmer la beauté de la diversité, non pas celle de la culpabilisation et de la repentance, mais celle des multiples identités régionales qui constituent notre patrie charnelle : l’Europe.

« Avons-nous le droit, alors qu’il est plus urgent de le faire, de laisser se diluer, dans une culture mondiale qui représente de plus en plus le triomphe de la monotonie, des groupes humains dont il serait pour nous même profitable de sauvegarder au moins l’image ? »
André Leroi-Gourhan, « Plaidoyer pour une discipline inutile, la science de l’homme », Le Monde, 27 mars 1974.

Par-delà son parcours politique à certains égards complexe, l’œuvre de Frédéric Mistral reste d’une grande clarté. Son apologie et sa défense de la Provence sont un pied de nez lancé à l’idéologie centralisatrice et uniformisatrice. Conscient d’être la branche d’un “arbre aux racines profondes”, il consacre une vision de l’homme intimement lié à la terre de ses ancêtres et à son héritage. Son engagement pour la réhabilitation de la langue provençale prend alors des allures de devoir : associé à Roumanille et cinq autres poètes, les primadiés, il fonde le Félibrige sous le patronage de Sainte Estelle. Regroupant les différents dialectes d’oc dans un dictionnaire provençal-français, Lou Tresor dóu Felibrige, il les codifie dans une graphie mistralienne et contribue à la « respelido » de la « lengo nostro » en la portant aux plus hauts sommets de la poésie épique. Il offre ainsi un socle à son peuple : une épopée, un récit dans lequel celui-ci peut retrouver ses origines.

« Nous les rejetons de la Grèce immortelle,
Nous sommes tes enfants, Orphée, homme divin !
Car nous sommes tes fils, ô Provence comtale. »
Frédéric MistralLes Iles d’or, Enfance d’Orphée, 1875.

L’œuvre de Frédéric Mistral, à la fois spirituelle, lyrique et politique, est celle d’un poète et d’un tribun. Aux yeux du Mestre de Maiano, la Provence s’incarne en une femme, Mireille ou, dans Calendal, Estérelle, qui comme telle doit être défendue et honorée. La grandeur de ses créations lui vaut le Prix Nobel de littérature en 1904 mais, au-delà de l’aspect littéraire, nous retrouvons en Mistral nos propres considérations sur l’homme enraciné. Notre figure titulaire nous permet, tout comme celle de son disciple Charles Maurras, de nous garder de la tentation cosmopolite et d’affirmer notre devoir de mémoire au service du devenir des peuples.

Si son régionalisme ne s’inspire pas des formes doctrinales des nationalismes modernes, il n’en demeure pas moins l’un des inspirateurs de nos propres aspirations. Parmi elles : la relation entre Europe et patries charnelles, le fédéralisme, le combat culturel comme forme d’action politique ainsi qu’une vision de long terme consacrant l’œuvre du temps.

Mistral n’est donc pas seulement un poète. Une véritable politique se dégage de son œuvre dont nous, identitaires européens « aux cent drapeaux », devons assurément nous saisir. Refuser à Mistral cette dimension idéologique reviendrait à le reléguer dans un musée et à le réduire à son accent ensoleillé, bref, à le rendre inoffensif et à ne pas faire honneur à son œuvre, ni à sa pensée. Reprendre ses mots d’ordre, c’est le comprendre vraiment et, à sa suite, travailler à redonner à un peuple une conscience nationale et une fierté.

« Noun se fasié la trìo
Dóu mendre ni dóu mai
De « petito patrìo »
Se parlavo jamai :
Vers Mount-Ventou
Butant nosto barioto,
Erian de patrioto
Prouvençau avans tout.
Pèr d’obro magnifico
S’esmouvié la nacioun
E fasian, pacifico,
Uno revoulucioun.
Au grand calèu
Abrant nòstís audàci,
Foundavian dins l’espàci
L’Empèri dóu Soulèu. »
Frédéric Mistral, extrait du « Cinquantenaire du Félibrige », chanté à Font-Ségugne le 23 mai 1904.