Institut ILIADE
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Vu d’Italie. Un manifeste pour la renaissance de l’Europe

L’Institut Iliade, né après le sacrifice de Dominque Venner, livre aux jeunes Européens un bréviaire théorique qui balaye beaucoup de malentendus et met enfin les choses au clair du point de vue idéologique.

Vu d’Italie. Un manifeste pour la renaissance de l’Europe

“Quel est notre but ultime, le mythe, l’image qui nous anime ? Une nouvelle renaissance de l’Europe.” Le manifeste de l’Institut Iliade qui vient d’être publié en France sous la plume de jeunes cadres du groupe de réflexion identitaire, a indubitablement le mérite de ramener tout un milieu, pouvant apparaître encore désorienté, aux fondements d’une vision du monde.

Fondé en 2014, en continuité directe avec le message testamentaire de Dominique Venner, l’Institut Iliade pour la longue mémoire européenne est en quelque sorte l’héritier désigné du GRECE, le Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne qui fut, dans les années de sa plus grande influence, le moteur de la Nouvelle droite, avec laquelle il partage plusieurs animateurs. Aujourd’hui comme hier, de la centrale parisienne rayonnent des idées, des analyses, des mots d’ordre, des mythologèmes destinées à germer un peu partout en Europe, même dans des lieux géographiques et idéaux très éloignés de l’origine.

Ce petit volume habile, synthétique et exhaustif, est donc le bienvenu pour un éclairage conceptuel à l’intérieur du milieu identitaire européen dans son ensemble.

La crise la plus profonde

Le Manifeste part du constat que «l’Europe vit la crise la plus grave de son histoire. Une crise existentielle, au sens strict : non seulement une interrogation sur le sens de l’existence, mais une menace sur la possibilité même de continuer à exister physiquement et culturellement. » Cette crise se manifeste par deux symptômes majeurs : le grand remplacement et le grand effacement.

C’est-à-dire le changement du substrat anthropologique et le reset de la culture qui ont caractérisé l’histoire du Vieux continent. Si ce diagnostic de la crise – brièvement résumé – n’aura pas de mal à faire consensus dans le milieu identitaire européen, y compris dans de nombreuses entités «modérées», la précision qui arrive immédiatement après est particulièrement bienvenue car elle va , au contraire, mettre le doigt dans la plaie de certaines dérives en cours dans ces mêmes mouvances : «Face aux périls, deux écueils sont à éviter : l’écueil collapsologiste ou survivaliste, qui considère un effondrement à venir comme certain, et l’écueil strictement conservateur, qui se borne à vouloir protéger ce que nous pouvons encore chérir.».

Ce sont précisément les impasses dans lesquelles beaucoup de droites, même «radicales», s’enfoncent en ce moment: «Si l’effondrement est sous nos yeux, alors notre tâche principale est de rebâtir. Cessons de voir notre temps comme une lente agonie, et tout sursaut comme un simple répit dans la course à la mort de notre civilisation. Ce que nous vivons est une époque de transition qu’il nous appartient de faire fructifier, un interrègne, la gestation de formes nouvelles qui réactualiseront notre héritage plus ancien.»

La crise existentielle du vieux continent se manifeste principalement par deux phénomènes : le grand remplacement et le grand effacement.

Quelle identité

La réponse offerte par l’Iliade pour surmonter la crise de notre temps a évidemment à voir avec la redécouverte de notre identité. Dans un passage crucial du texte, nous lisons : « Le préalable à toute action politique ou métapolitique constructive est une prise de conscience communautaire. À l’heure du brouillage général des identités – par oubli, par effacement, par remplacement et par métissage obligatoire –, chaque Européen doit prendre conscience du fait qu’il est porteur d’un héritage ethnoculturel spécifique qu’il lui faut préserver et faire fructifier. Pour nombre de nos contemporains, cette prise de conscience passe par un acte traumatique – être le seul « Blanc » dans le métro ou la cour d’école. Souvent très violente, trop violente, cette prise de conscience a quelque chose de stupéfiant, de paralysant, et est rarement suivie d’un bouleversement fondamental dans la manière d’être. Elle peut parfois conduire au désespoir, au renoncement, au sentiment que « tout est foutu ». L’Institut Iliade a pour vocation de susciter et d’accompagner cette prise de conscience communautaire, mais en la tirant vers le haut : en la rendant féconde plutôt qu’incapacitante. »

Raisonnement encore une fois irréfutable, qui fournit aux dilemmes identitaires de l’homme européen une solution «vers le haut» et évite de titiller les rancunes à la white trash envers lesquelles, encore une fois, une partie du milieu anticonformiste a été trop indulgente. Oui, il est possible de se comprendre à travers la frustration éprouvée dans une rame de métro, mais ce choc doit ensuite être cultivé par une prise de conscience identitaire. Le Manifeste poursuit en analysant les différents cercles de l’identité, à partir du cercle biologique (mais en avertissant que «si l’homme est le fruit d’un substrat biologique, il ne s’y réduit évidemment pas.»), familial («un fil qui parcourt les générations»), territorial, jusqu’au plus grand cercle, celui de la civilisation. Quelle est notre civilisation d’appartenance, pour l’Iliade, ce devrait désormais être clair : «La civilisation dans laquelle nous nous enracinons et que nous défendons, c’est l’Europe». La principale menace pour notre identité, « notre bataille décisive », est celle contre les idées universalistes, contre « la réduction de l’Autre au Même ».

Au-delà de certains points critiques, il est bon de lire à nouveau des confrères européens qui ont les idées claires et combattent dans la même tranchée.

Le nœud de la technique

Ce qui laisse un peu plus perplexe – mais peut-être seulement pour une question de nuances plutôt que de véritables criticités profondes -, est la partie consacrée à la technique. Envers laquelle l’Iliade n’adopte évidemment pas de position technophobe ou primitiviste. Dans le Manifeste, nous lisons même que «l’Europe n’a d’autre choix que de persister dans l’excellence technique : les découvertes à venir sont celles qui pourront lui redonner puissance et autonomie». Face à cette reconnaissance de la nature politiquement cruciale des défis technologiques de l’avenir, il y a cependant, dans le chapitre consacré à ce thème, un ton généralement négatif, plombé, comme si la principale manifestation technique de l’époque actuelle était des enfants collés au portable de parents négligents.

Le préalable à toute action politique ou métapolitique constructive est une prise de conscience communautaire.

L’occasion a peut-être été manquée de réactiver cette étincelle prométhéenne qui a animé les phases les plus fécondes de la parabole de la Nouvelle Droite, et qui transparaît tout de même dans l’imaginaire de l’Institut Iliade (voir par exemple l’œuvre Génie européen, en vente sur le site de l’Institut, qui montre précisément le génie aventurier européen, des drakkar aux vaisseaux spatiaux). L’atmosphère solaire, zarathoustrienne, exubérante de certains vieux articles de Guillaume Faye, que les proches de l’Iliade ont certainement en mémoire, pourrait non seulement aider à encadrer certains phénomènes dans un style plus audacieux et original, mais encore, il pourrait augmenter le potentiel iconique, esthétique, et mobilisateur de la communication.

Le manifeste de l’Iliade met en garde la mouvance non conforme des raccourcis et des impasses d’empreinte réactionnaire.

Mais il ne s’agit là que de nuances. Le Manifeste de l’Institut Iliade vient à point nommé, et reste bien au-dessus de la plupart des productions théoriques apparues dans le milieu (plus ou moins prétendument) non-conforme ces dernières années. Dans le panorama de grisaille et d’obsession paranoïde croissante qui traverse les franges anti-système depuis un certain temps, il est beau de pouvoir lire à nouveau des confrères européens qui ont des idées claires. Car la tranchée est une. Et peut-être qu’un jour, la patrie le sera aussi.

La longue mémoire européenne

L’Institut Iliade a été fondé en France en 2014, en continuité directe avec le message testamentaire de Dominique Venner. Beaucoup de ses animateurs proviennent des rangs de la dite Nouvelle Droite, c’est-à-dire la nouvelle droite française. Comme indiqué sur le site de l’association, l’Iliade entend lutter contre l’extinction des peuples européens menacés par le «grand remplacement». En d’autres termes, l’objectif est «l’éveil de la conscience européenne», à savoir la réappropriation de l’identité et de la civilisation continentale commune à tous les Européens. L’activité de l’institut, à laquelle ont adhéré des personnalités de différentes nations, se manifeste concrètement dans l’organisation de colloques et de cours de formation, ainsi que dans la publication de livres. Les œuvres éditées par l’Iliade ont été traduites en italien (ou le seront prochainement) par les éditions Passaggio al Bosco.

Adriano Scianca

Texte original paru en italien dans Il Primato Nazionale de janvier 2022. Télécharger ici.