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La nature dans le roman provençal : les cas de Jean Giono, Henri Bosco et Joseph d’Arbaud

En prolongement du colloque de l’Institut Iliade consacré cette année au thème de la nature, il nous a paru opportun d’étudier la manière dont cette dernière se caractérise chez trois romanciers provençaux d’importance : Jean Giono, Henri Bosco et Joseph d’Arbaud.

La nature dans le roman provençal : les cas de Jean Giono, Henri Bosco et Joseph d’Arbaud

En prolongement du colloque de l’Institut Iliade consacré cette année au thème de la nature, il nous a paru opportun d’étudier la manière dont cette dernière se caractérise chez trois romanciers provençaux d’importance : Jean Giono, Henri Bosco et Joseph d’Arbaud.

Par­mi les thèmes majeurs de la lit­té­ra­ture des années 1930–1940 figure sans aucun doute le retour à la terre ; et les œuvres de Jean Gio­no et Hen­ri Bos­co l’illustrent lar­ge­ment. Dans Que ma joie demeure (1935), un per­son­nage mys­té­rieux, Bobi, se pré­sente aux habi­tants du pla­teau déshé­ri­té de Gré­mone et leur apprend à vivre sai­ne­ment et sim­ple­ment, en har­mo­nie avec la nature. Le livre aura un impact cer­tain, au point que Jean Gio­no devien­dra le maître à pen­ser d’une par­tie de la jeu­nesse et qu’il ensei­gne­ra in situ le retour à la terre. En effet, il invi­te­ra plu­sieurs des admi­ra­teurs lui ayant écrit à le rejoindre sur le pla­teau du Conta­dour (l’avatar réel du pla­teau de Gré­mone). La petite com­mu­nau­té acquer­ra fina­le­ment deux fermes et déci­de­ra de se retrou­ver deux fois l’an – ce qu’elle fera jusqu’à la décla­ra­tion de guerre de 1939. En retour, l’expérience ins­pi­re­ra un livre à Gio­no, Les Vraies Richesses (1936), dédié « à ceux du Conta­dour » et oppo­sant aux joies de la vie rurale « l’entassement[1] » des gens de Paris, qu’un tra­vail « laid, inutile et dévo­rant[2] » épuise et qui n’ont pour cer­tains « plus sen­ti de terre sous leurs pieds depuis qui sait com­bien ». Gio­no va jusqu’à faire du mou­ve­ment d’éloignement de la terre la cause fon­da­men­tale du mal­heur : « Les hommes ont créé une pla­nète nou­velle : la pla­nète de la misère et du mal­heur des corps. Ils ont déser­té la terre[3]. »

Dans Le Mas Théo­time d’Henri Bos­co, le nar­ra­teur, qui a vécu à la ville, hérite de la ferme de son grand-oncle : il y trou­ve­ra le bon­heur, en dépit de son cousin/voisin Clo­dius qui le pour­sui­vra de son mépris pen­dant une grande par­tie du roman. Les der­niers mots sont expli­cites : « Et de la voir ain­si je me sen­tais heu­reux, parce qu’elle […] mar­chait près de moi, avec confiance, à pas lents, comme une vraie femme de la terre. »

Ces œuvres abondent en images de fer­ti­li­té : le jar­din para­di­siaque de la Fleu­riade dans L’Âne Culotte, que M. Cyprien fait naître d’un pan de mon­tagne où il n’y avait que des rocs et des ronces ; les hec­tares de forêt plan­tés par Elzéard Bouf­fier, qui redonnent vie au « désert lavan­dier »… La fer­ti­li­té de la nature est sou­vent asso­ciée à la fer­ti­li­té fémi­nine : ain­si, c’est l’arrivée d’Arsule qui per­met­tra de faire renaître le vil­lage déser­té d’Aubignane. À la fin du roman, Pan­turle a la satis­fac­tion de contem­pler la terre « toute ronde » qui s’est mise à « mûrir comme un fruit[4] », tan­dis que sa femme est enceinte de son pre­mier enfant. Même dénoue­ment heu­reux dans Un de Bau­mugnes : après avoir libé­ré Angèle, Albin retourne dans son vil­lage de Bau­mugnes ; et le nar­ra­teur découvre à la fin que sa famille s’est heu­reu­se­ment élargie.

La sym­pa­thie entre la terre et les hommes est affir­mée à plu­sieurs reprises. Les lignées ont un rôle très impor­tant dans Le Mas Théo­time et dans Mali­croix : la psy­cho­lo­gie com­plexe du per­son­nage prin­ci­pal est expli­quée à chaque fois par des consi­dé­ra­tions sur les ascen­dances pater­nelle et mater­nelle. Les Déri­vat sont notés depuis long­temps pour l’égalité de leur carac­tère ; et Pas­cal lui-même attri­bue sa sau­va­ge­rie au sang des Clo­dius : « nos humeurs avaient une com­mune source, qui était notre sang[5] ». Fata­li­té pou­vant rap­pe­ler le Zola des Rou­gon-Mac­quart… Dans Mali­croix, les Mégre­mut sont « doux et patients[6] », mais le nar­ra­teur fera preuve, comme son grand-oncle mater­nel, d’une force de carac­tère peu com­mune. Bos­co croit au lien du sang et au lien entre le sang et la terre. Les Déri­vat sont asso­ciés étroi­te­ment à San­cergues, où ils ont vécu sans heurts depuis plu­sieurs géné­ra­tions ; et de la même façon, la terre pros­père et pai­sible du Cas­te­let a inflé­chi le tem­pé­ra­ment des Mégre­mut. Dans Regain, la vieille Mamèche ne reste à Aubi­gnane que parce que le sang des siens repose dans la terre : « Moi, tout ce qui me tenait le cœur, c’est deve­nu l’herbe et l’eau de cette terre et je res­te­rai ici tant que je ne serai pas deve­nue cette terre, moi aus­si[7]. » Albin emporte son vil­lage avec lui : « Moi, j’ai dans moi Bau­mugnes tout entier, et c’est lourd, parce que c’est fait de grosse terre qui touche le ciel, et d’arbres d’un droit élan[8] ». Il est son vil­lage : « C’est son pays qui l’avait fait ce qu’il était ».

En de pareils havres fami­liaux et fami­liers, la menace ne peut venir que de l’extérieur. C’est le Mar­seillais Louis, dans Un de Bau­mugnes, qui emporte Angèle et la perd. S’il y a conflit, c’est autant entre sa per­son­na­li­té et celle d’Albin qu’entre deux « pays » (celui de la rura­li­té et celui de la ville) : « le mien, droit et solide, l’autre tors et le cœur pour­ri[9] ». Dans L’Enfant et la Rivière, des Bohé­miens venus d’ailleurs arrachent Gat­zo à sa famille. Rédu­pli­ca­tion d’un évé­ne­ment fon­da­men­tal de la tri­lo­gie d’Hyacinthe, puisque c’est l’enlèvement du mal­heu­reux per­son­nage épo­nyme par des Caraques (certes gui­dés par M. Cyprien, ce qu’on n’apprend avec cer­ti­tude que dans Le Jar­din d’Hyacinthe) qui déclenche la quête ; et c’est aus­si avec eux qu’apparaît le ser­pent por­teur de mort dans L’Âne Culotte. Même les semences étran­gères (en l’occurrence du « blé d’Inde[10] ») ont le pou­voir de trou­bler l’harmonie locale : « Si on avait fait du blé de notre race, du blé habi­tué à la fan­tai­sie de notre terre et de notre sai­son, il aurait peut-être résis­té[11] ».

On le voit : l’isolement, l’éloignement de la ville n’apparaissent pas dans cet uni­vers roma­nesque comme des han­di­caps. Bien au contraire, les endroits qui semblent avoir le plus de valeur, ceux qui révèlent les per­son­nages à eux-mêmes, sont aus­si les plus iso­lés. Ain­si, l’île camar­guaise de Mali­croix, la terre d’Aubignane (décrite comme éloi­gnée de la route venant de Manosque) qui donne à la fin du blé quand les grands pro­prié­taires de la région font chou blanc, la Fleu­riade per­due dans la mon­tagne et abri­tée de la vue du vil­lage… À pro­pos de cette der­nière, il y a plus : le fait que son accès en soit long­temps inter­dit (et plus tard gar­dé par le ser­pent) contri­bue à en faire « l’un des plus graves habi­tats de l’enfance » avec Noir-Asile (le refuge de Hya­cinthe). Le pla­teau Gré­mone est éga­le­ment un lieu recu­lé, à l’écart de l’agriculture inten­sive pra­ti­quée dans la plaine (la vue des machines agri­coles qui y sont uti­li­sées, et notam­ment d’une fau­cheuse ani­mée par la seule force d’un che­val, occa­sionne des cau­che­mars à Ran­dou­let[12]). Pour autant, il est le théâtre de scènes de liesse col­lec­tive, peut-être parce que l’âpreté de la vie y a ame­né les habi­tants à par­ta­ger les biens de la terre. Sur ce pla­teau, même les ani­maux sont associés…

C’est un élé­ment impor­tant : le rôle d’initiateur joué par les ani­maux. Bobi, après s’être absen­té quelques jours, revient sur le pla­teau Gré­mone avec un cerf cen­sé aider les habi­tants. Cerf mi‑domestique, dont la pen­sée sera ren­due acces­sible au lec­teur : « j’ai été obli­gé d’en cher­cher un qui soit presque un homme pour qu’on fasse bien le mélange[13] », « une bête […] déjà habi­tuée mais qui conserve encore assez de liber­té[14] ». Ce qui frappe d’emblée : ses yeux capables d’éclairer l’ombre, et par là-même d’éclairer le regard d’humains n’ayant plus « que des pierres mortes sur les pau­pières » – et là, on pense au Rilke de la hui­tième Élé­gie de Dui­no : « De tous ses regards le vivant per­çoit “l’ouvert”. / Seuls nos yeux à nous sont à l’envers, / posés comme piège autour des issues. / Ce qui est dehors, nous ne le savons que par le regard des ani­maux[15]. » Idem chez Bos­co : c’est l’âne Culotte qui emmène Constan­tin au-delà du domaine qu’il connaît, au-delà du pont de la Gayolle, à Belles-Tuiles. Âne domes­tique et auto­nome, qui aux dires de M. Cyprien « ne veut pas ser­vir mais être asso­cié », ce qui l’autorise à par­ler d’« ami­tié[16] ». Constan­tin le remarque lui aus­si, dans un très beau pas­sage : « Jamais je n’oublierai ce regard, le plus grave, le plus rai­son­nable regard de bête qui se soit levé jusqu’à moi. […] Non plus un regard de bête sou­mise, mais un regard de bête libre, de bête asso­ciée[17]. » L’animal, ici, semble intro­duire à un monde régi par des règles dif­fé­rentes, un peu comme le lapin blanc d’Alice aux pays des mer­veilles

La nour­ri­ture peut concou­rir éga­le­ment, quand elle est simple et natu­relle, à ren­for­cer le sen­ti­ment de fusion pan­théiste avec la terre. Celle que Pas­cal et Gat­zo pêchent, dans L’Enfant et la Rivière, donne « de mira­cu­leuses facul­tés » à celui qui l’ingère car « elle unit sa vie à la nature[18] ». S’ensuit un « mer­veilleux contact » avec les élé­ments natu­rels : « L’eau, la terre, le feu et l’air nous furent révé­lés. » Des remarques simi­laires par­sèment Que ma joie demeure, au moment de la grande scène du ban­quet : le vin noir du pla­teau fait entendre « le tam­bour de danse qui suin­tait plus fort des bois, des forêts, des arbres, des herbes, et on aurait dit de la terre même[19] », et il s’harmonise mer­veilleu­se­ment avec « la chair noire du lièvre faite avec le meilleur des col­lines[20] ».

Ce carac­tère enivrant de la nature ne sau­rait occul­ter tout ce qu’elle peut avoir, dans ces œuvres, d’inquiétant. Sans sur­prise, elle est per­son­ni­fiée – or, toute forme de vie qu’on connaît mal, natu­rel­le­ment, inquiète. Dès le début de Col­line, le hameau des Bas­tides blanches est pré­sen­té comme cer­né par une nature vivante : « C’est entre les col­lines, là où la chair de la terre se plie en bour­re­lets gras[21]. » Et très tôt dans L’Âne Culotte, la mon­tagne fait l’objet de per­son­ni­fi­ca­tions : Constan­tin, n’osant s’y aven­tu­rer, observe, fas­ci­né, « ses grandes griffes [qui] arri­vaient jusqu’au pont[22] ».

L’immersion dans la nature a ceci d’angoissant qu’elle menace l’individuation, la « grande bar­rière » (titre d’une nou­velle de Gio­no) don­nant un sta­tut par­ti­cu­lier à l’homme. Dans Col­line, la décou­verte que « tout vit » (pour reprendre les mots d’Hugo[23]) est une source de tour­ments pour les vil­la­geois : « C’est cruel parce que ce n’est plus seule­ment l’homme, et tout le reste en des­sous, mais une grande force méchante et, bien en des­sous, l’homme mêlé aux bêtes et aux arbres[24]. » L’échec final de la ten­ta­tive de coha­bi­ta­tion est mar­qué par le sang noir du san­glier, qui goutte sur le sol… Échec éga­le­ment dans L’Âne Culotte : Constan­tin mon­té sur l’âne Culotte se décrit comme un « qua­dru­pède humain[25] », mais cette hybri­da­tion ne lui por­te­ra pas chance, puisqu’elle le condui­ra sur le ter­ri­toire du magi­cien Cyprien, d’où il fau­dra l’éloigner pour le pré­ser­ver. Le « Para­dis ter­restre[26] » de la Fleu­riade s’avérera avoir été une effrayante uto­pie, ache­vée dans le sang d’un renard égor­gé, tout comme celui du pla­teau Gré­mone, à pro­pos duquel Marthe sen­tait déjà que l’homme n’y était pas à sa place : « Elle pen­sait tou­jours au para­dis ter­restre à tous les moments », mais « quand les oiseaux s’envolèrent autour d’elle et qu’elle vit qu’ils étaient chez eux, […] quand elle se sen­tit étran­gère[27] », elle finit par appe­ler sa mère.

Cet affai­blis­se­ment de la supré­ma­tie et de la sin­gu­la­ri­té de l’homme peut être mis en rap­port avec la nature des figures mythiques qui sous-tendent ces récits. À ce pro­pos, Alain Romes­taing écrit que « Pan est mi-homme mi-chèvre tan­dis que Dio­ny­sos, s’il a forme humaine, est fré­quem­ment asso­cié à un bouc ou à un tau­reau, voire à un faon, un tigre, une pan­thère[28]. » Autre­ment dit, ces deux dieux incarnent eux-mêmes l’hybridation.

De manière expli­cite, Gio­no a pla­cé ses pre­miers romans publiés sous le signe de Pan. La tri­lo­gie homo­nyme devait d’abord être accom­pa­gnée d’un texte limi­naire de fic­tion, « Pré­lude de Pan », dans lequel le dieu infli­geait toute une nuit de démence à un vil­lage. Mais la tona­li­té fan­tas­tique de ce récit s’accordait mal avec la mer­veilleuse sug­ges­ti­vi­té de Col­line. Rai­son pour laquelle, pro­ba­ble­ment, Gio­no lui a sub­sti­tué « Pré­sen­ta­tion de Pan », un texte d’une nature très dif­fé­rente, qui revient sur sa décou­verte réelle de la mon­tagne de Lure – dont le seul nom le fas­ci­na dès qu’il l’entendit. Comme dans L’Âne Culotte[29], le pié­mont des col­lines s’anime et se fait entre­met­teur : « Alors, un beau matin, sans rien dire, la col­line me haus­sa sur sa plus belle cime, elle écar­ta ses chênes et ses pins, et Lure m’apparut au milieu du loin­tain pays. Elle était vau­trée comme une taure dans une litière de brumes bleues[30]. » Ailleurs, il com­pare cette mon­tagne à « l’échine mons­trueuse du tau­reau de Dio­ny­sos[31] », ce qui montre bien que dans son esprit les ava­tars de Pan et Dio­ny­sos se confondent. Ce n’était cepen­dant qu’une pre­mière étape pour Gio­no : il lui res­tait à che­vau­cher le « monstre[32] ». Disons-le d’emblée, le terme de cette quête sera heu­reux : « Un matin, j’ai com­pris que l’apprentissage panique était fini : je n’avais plus peur de la vie. Pan me cou­vrait désor­mais de fris­sons heu­reux comme le vent sur la mer[33]. » Mais Gio­no n’a pas oublié les ter­reurs du che­min, la déam­bu­la­tion au milieu de « cet effroyable amas de matière vivante[34] ». Tout jeune déjà, il devi­nait, der­rière les appa­rences radieuses de la nature pro­ven­çale, une pré­sence panique : « Voi­là les pre­miers traits de la figure de Pan. À l’époque où, petit ber­ger béné­vole, j’accompagnais le Père Mas­sot à la garde des ouailles, je fus mar­qué par cette ter­reur divine qui ruis­se­lait des col­lines mal­gré le plein soleil, le beau vent, l’odeur sucrée des rouvres en sève[35]. »

On en retrouve les traces dans les romans. La cam­pagne de Cor­bières, telle que Gio­no la décrit dans Jean le Bleu, est enva­hie par les bles­sures et par le sang ver­sé : « Chaque mot me disait l’importance du sang », si bien que le petit Jean « pens[e] chaque fois à la mort[36] ». Dès son arri­vée à Cor­bières, les acci­dents fatals et les sui­cides se suc­cèdent… Idem dans Col­line : la terre y est pré­sen­tée comme « cou­verte de cica­trices et de bles­sures[37] », et les habi­tants, tarau­dés par les diva­ga­tions du vieux Janet, en arrivent à craindre que la « créa­ture vivante[38] » qu’est la terre ne se retourne contre eux pour les écra­ser de sa « masse ».

Pan est d’ailleurs direc­te­ment repré­sen­té dans les romans, par ses ava­tars ou par ses attri­buts. Nous avons déjà par­lé de ce texte sin­gu­lier qu’est « Pré­lude de Pan », dans lequel le dieu fait dan­ser les hommes en une bac­cha­nale éche­ve­lée. Plus signi­fi­ca­tives peut-être sont les scènes cen­trales de L’Âne Culotte et d’Un de Bau­mugnes, au cours des­quelles M. Cyprien et Albin jouent res­pec­ti­ve­ment de la flûte de Pan et de la « moni­ca ». Cette musique donne à M. Cyprien le contrôle des ani­maux mais aus­si – puisqu’il se déci­de­ra, après de longues hési­ta­tions, à enfreindre le tabou suprême – d’Hyacinthe. Quant à Albin, il délivre Angèle de l’enfermement auquel les conven­tions la contraignaient.

Ici, il nous faut citer un autre auteur pro­ven­çal, dont l’influence a été à notre avis déci­sive. Le mou­ve­ment du Féli­brige, grou­pé autour de Fré­dé­ric Mis­tral, avait su don­ner à la poé­sie pro­ven­çale ses lettres de noblesse – et même une large renom­mée. Mais il n’avait pas connu les mêmes suc­cès dans le roman, jusqu’à l’entrée en scène de Joseph d’Arbaud. Per­son­nage sin­gu­lier que ce fils d’une féli­bresse s’étant reti­ré en Camargue pour deve­nir gar­dian. Dans La Bête du Vac­ca­rès, qu’il situe plu­sieurs siècles avant son époque, il décrit la ren­contre entre un gar­dian et une créa­ture ter­rée dans le del­ta. Créa­ture bipède mais dotée de cornes : elle rap­pelle évi­dem­ment le grand dieu Pan. Dans la scène la plus mar­quante, le nar­ra­teur voit la « Bête » trans­for­mer les tau­reaux en « roue vivante[39] ». Effrayé par ce « sab­bat de bêtes[40] », il envi­sa­ge­ra de dénon­cer la pré­sence de la Bête. Fina­le­ment, il sera pris de remords après avoir aper­çu le « pauvre être » malade et affa­mé. Réac­tion trop tar­dive : le roman s’achève sur la dis­pa­ri­tion de la Bête. Peut-être a‑t-elle été englou­tie dans le trou d’eau du Grand-Abîme ? Dans tous les cas, cette mort pro­bable est allé­go­rique. C’est au déclin de l’esprit du paga­nisme que pense d’Arbaud – et peut-être à celui de la culture provençale.

Il nous semble pos­sible – et il s’avère qu’Alain Romes­taing est du même avis – de retra­cer la des­cen­dance de cette scène capi­tale chez Jean Gio­no et Hen­ri Bos­co. Dans « Pré­lude de Pan », les bêtes finissent par se joindre aux hommes et tous sont pris dans le même mou­ve­ment de rota­tion : « Ça virait, ça tour­nait[41]. » Les consé­quences de cette « abo­mi­na­tion[42] » offensent la morale reçue. Tout comme la Bête de Joseph d’Arbaud, qui tirait d’une « flûte bizarre » une musique « sau­vage » qui « tor­dait tous les nerfs[43] », M. Cyprien fait tour­ner les ani­maux à l’aide d’une flûte à cinq roseaux – et lui-même danse « comme un démon[44] ». Signi­fi­ca­ti­ve­ment, la seule lec­ture qui soit men­tion­née, dans L’Âne Culotte, c’est celle de Joseph d’Arbaud…

D’autres scènes nous paraissent pou­voir être reliées à La Bête du Vac­ca­rès. Gene­viève arrête une harde de san­gliers au galop dans Le Mas Théo­time. Le drame de Mali­croix s’explique par une scène pri­mi­tive impli­quant un tau­reau blanc. Tau­reau blanc objet de légendes, en cette terre sau­vage où « les vieux cultes ne sont qu’assoupis[45] ». Le cadre camar­guais, les pro­pos de l’avocat qui assi­mile ce tau­reau à « la bête » et pré­cise qu’« on a vu ici des demi-dieux », tout évoque Joseph d’Arbaud. D’autant que Bos­co a consa­cré à ce der­nier un article employant la même ter­mi­no­lo­gie : « le Tau­reau ici est la Bête sacrée, vrai demi-dieu du sol camar­guais où sur­vit l’an­tique obses­sion de Mithra[46] ». Sym­boles des forces de la nature, les tau­reaux jouent éga­le­ment un rôle dans Le Chant du monde de Gio­no : ils sont le vrai capi­tal de Mau­dru et de ses hommes du haut-pays – les­quels, en un dénoue­ment de wes­tern, en perdent le contrôle à cause d’un incendie.

L’ambivalence avec laquelle la nature est envi­sa­gée chez Bos­co et Gio­no se double d’une ambi­va­lence à l’égard de ceux qui semblent en maî­tri­ser les secrets. Mon­sieur Cyprien avait ini­tia­le­ment de bonnes inten­tions (éta­blir un domaine d’où le sang et la guerre seraient ban­nis), mais il sera ame­né par son orgueil de démiurge à tuer, ce dont le jeune Constan­tin avait peut‑être eu le pres­sen­ti­ment, lui qui avait été frap­pé dès sa pre­mière ren­contre par la dure­té de son regard : « deux yeux pâles, immo­biles, un peu effrayants[47] ». On pense à un autre vieillard, le Janet de Col­line, dont Jaume et Gon­dran déplorent la séche­resse de cœur… Mais l’imaginaire d’Henri Bos­co est sur­tout han­té par des scènes d’enfance capi­tales, répli­quées dans L’Âne Culotte et dans Le Mas Théo­time : dans les deux cas, le nar­ra­teur éprouve de l’antipathie à l’encontre d’une jeune fille entre­te­nant une rela­tion étroite avec les forces de la nature (anti­pa­thie allant jusqu’à la haine dans Le Mas Théo­time, puisque Pas­cal gifle publi­que­ment Gene­viève, cau­sant par là-même la dés­union et la ruine de deux familles liées). Qu’on en juge : Gene­viève « sem­blait vivre au milieu d’un monde réel d’amitiés invi­sibles », au point qu’à son approche des êtres « sor­taient de l’herbe, des arbres, des fleurs, des murs[48] » ; et elle appa­raît comme la prê­tresse d’une reli­gion de la nature incon­nue, construi­sant des « autels pué­rils[49] » et des « cha­pelles ». Avant-goût de sa facul­té à ani­mer les objets en appa­rence les plus insen­sibles et à entre­voir un pay­sage de cris­tal dans l’eau d’une source… La vie d’Hyacinthe s’entoure pareille­ment de mys­tère : elle est asso­ciée « par d’inconnaissables démarches » aux « secrets d’enfant » de Constan­tin et « liée aux puis­sances obs­cures[50] ». L’antipathie du nar­ra­teur recouvre en fait un amour mal com­pris, ren­du violent par ce qu’il per­çoit comme de l’« indif­fé­rence[51] ». Il faut dire que le culte du secret est tel qu’il débouche sur une stricte divi­sion du ter­ri­toire : Pas­cal observe Gene­viève dis­si­mu­lé der­rière une haie et Hya­cinthe, nous l’avons dit, se réfu­gie dans Noir-Asile… Plus tard, Gene­viève est vue comme une « créa­ture à part, issue de quelque ardeur char­nelle de la terre[52] », ce qui rap­pelle les mots de Constan­tin au sujet de Hya­cinthe : « figure à part[53] ». Peut-être ces jeunes filles sont-elles d’abord haïes car trop libres ?

En somme, la nature comme ses repré­sen­tants fas­cine et inquiète tout à la fois. Mais la contra­dic­tion n’est qu’apparente : c’est parce que la nature est forte, parce qu’elle recèle des tré­sors de vita­li­té, qu’elle peut inquié­ter les êtres humains. Ambi­va­lence bien résu­mée par Hen­ri Bos­co : la plu­part des gens de la cam­pagne aiment la terre (cette « créa­ture étrange et ter­rible, qui est quel­que­fois une mère[54] ») avec « pru­dence[55] ».

Par­mi les sym­boles des forces de la nature, il en est un qui est com­mun aux œuvres de Jean Gio­no et Hen­ri Bos­co : le fleuve. C’est la Durance (dont Gio­no a dit qu’elle était un fleuve plus qu’une rivière) qui rythme le récit du Chant du Monde. Elle per­met le dépla­ce­ment dans une région mon­ta­gneuse puis immo­bi­lise les pro­ta­go­nistes. Dans L’Enfant et la Rivière, elle sus­cite la « ten­ta­tion[56] » chez le jeune Pas­ca­let, mais au « désir[57] » se mêle de la « peur », car la Durance cause à la fois du bien et du mal : « Tan­tôt elle fer­ti­li­sait la terre, tan­tôt elle la pour­ris­sait[58]. » Rivière défen­due, mais comme dans L’Âne Culotte, les repré­sen­ta­tions effrayantes faites au jeune nar­ra­teur vont entre­te­nir sa rêve­rie jusqu’à ce qu’il s’avance sur le che­min de son ini­tia­tion. Che­min alors per­son­ni­fié[59]. La Durance sera per­son­ni­fiée éga­le­ment et jus­ti­fie­ra les craintes ini­tiales : Pas­ca­let a « peur », dans L’Enfant et la Rivière, à cause de sa « puis­sance » et de son « mur­mure confus[60] ». Dans Mali­croix, c’est le Rhône qui ins­pire la crainte et le res­pect : « le fleuve me hant[e][61] ». Il réveille une « antique ter­reur des eaux » chez le nar­ra­teur, pour qui les fleuves et rivières sont des « êtres sinueux et insi­nuants ». Quand il découvre plei­ne­ment le Rhône, il a des mots qui rap­pellent quelque peu la très belle lettre de Höl­der­lin à sa mère après sa décou­verte du Rhin – lettre aux accents mys­tiques. Le fleuve per­son­ni­fié appa­raît lui-même habi­té par un esprit, une « bête des eaux », un « génie[62] ». À nou­veau, le lien entre la terre et les êtres qui la peuplent est affir­mé : Mar­tial de Mégre­mut est comme péné­tré à son tour de sau­va­ge­rie ; il se sent deve­nir « une créa­ture du fleuve[63] ». Davan­tage accli­ma­té à son milieu d’adoption, il croi­ra devi­ner dans le fleuve quelque chose qui excède lar­ge­ment la mesure de l’homme : « un être redou­table » à la « bouche vorace » ; « antique élé­ment, depuis des mil­lé­naires enga­gé dans un long tra­vail de frot­te­ment, d’imbibation sour­noise et de lente usure du monde[64] ». Cette vision accom­pa­gne­ra le nar­ra­teur jusque dans les der­nières pages : « Il sor­tait du sein de la nuit, comme un grand être de la terre[65] ».

Pré­ser­ver les forces de cet être : ce fut l’un des com­bats de Gio­no, qui s’aventura pour­tant rare­ment hors du champ de la fic­tion après 1945. L’Eau vive (son pre­mier film, dou­blé d’un roman assez dif­fé­rent, Hor­tense ou l’Eau vive) porte témoi­gnage de son enga­ge­ment contre la construc­tion du bar­rage de Serre-Pon­çon, appe­lé à domp­ter les colères de la Durance. Dans Que ma joie demeure, déjà, il invi­tait les hommes à s’accommoder de la nature, à en lais­ser les forces s’exprimer au lieu de les amoin­drir sous les fers du dis­po­si­tif tech­nique. Idée expli­ci­tée plus tard dans un entre­tien avec Jean Car­rière : « Ce n’est pas seule­ment l’homme qu’il faut libé­rer, c’est toute la terre… la maî­trise de la terre et des forces de la terre, c’est un rêve bour­geois chez les tenants des socié­tés nou­velles. […] Je ne veux pas de ce champ ; je veux vivre avec ce champ et que ce champ vive avec moi, qu’il jouisse sous le vent et le soleil et la pluie, et que nous soyons en accord[66]. »

Si les points com­muns entre Bos­co et Gio­no ne manquent pas, nous ne sau­rions pour autant nier une dif­fé­rence fon­da­men­tale : le rap­port au chris­tia­nisme. Dans l’entretien cité, Gio­no ajoute : « Voi­là la grande libé­ra­tion païenne[67]. » Ce paga­nisme s’accompagne d’une hos­ti­li­té ancienne au chris­tia­nisme, qui le condui­sit à bif­fer le pre­mier mot du titre du fameux cho­ral de Bach « Jésus, que ma joie demeure » pour son roman de 1935 : « je l’ai sup­pri­mé parce qu’il est un renon­ce­ment. Il ne faut renon­cer à rien. Il est facile d’acquérir une joie inté­rieure en se pri­vant de son corps. Je crois plus hon­nête de recher­cher une joie totale, en tenant compte de ce corps, puisque nous l’avons, puisqu’il est là, puisque c’est lui qui sup­porte notre vie, depuis notre nais­sance jusqu’à notre mort[68]. » Tout juste Gio­no consent-il à faire du Christ un dieu par­mi les autres – un dieu infé­rieur : « Le Jésus, dit Bous­carle, c’est le plus petit de tous les dieux. Un ber­ger, rien qu’un ber­ger. Il y avait, d’abord, celui dont nous sommes tous le corps, avant d’être les mor­ceaux[69]. » Inté­gra­tion dans le pan­théon païen qui rap­pelle les der­niers hymnes de Höl­der­lin et même cer­tains textes de Ner­val. À l’inverse, on ne trou­ve­ra pas chez Hen­ri Bos­co, qui fré­quen­tait les églises (en par­ti­cu­lier celle de Vau­gines, qua­li­fiée de « plus belle église du monde[70] »), de cri­tique à l’endroit du catho­li­cisme. Dans L’Âne Culotte, même si la magie de M. Cyprien opère, la voie de la sagesse est incar­née par l’abbé Chi­chambre. C’est à lui qu’incombe la tâche de tirer une morale de cette aven­ture : il lui paraît « d’un esprit éco­nome de l’âme de réser­ver une part de désir jusqu’à la fin », et il juge que les « les pro­messes du Ciel […] sont les plus belles[71] ». À com­pa­rer avec Jean Gio­no, qui voyait dans « l’immortalité de l’âme […] une gri­mace de clown pour amu­ser les enfants[72] »… Même M. Cyprien semble recon­naître l’existence du Dieu chré­tien : « Le Dieu de la plaine est humain, en ce pays[73] » – et l’abbé le per­çoit ain­si : « Il aimait Dieu[74] ». L’échec final de M. Cyprien est à mettre sur le compte de son orgueil – un orgueil dont Bobi, autre démiurge, mani­feste lui aus­si les signes[75] – ain­si que de l’ingratitude de la voie pan­théiste qu’il a choi­sie : il a ser­vi « la Terre », « cette vieille Mère », mais n’a pas reçu d’amour en retour (« quel mot de ten­dresse m’a‑t-elle dit[76] ? »). L’aporie est résu­mée de manière sai­sis­sante : « Prier ?… mais qui ?… Prier la Terre[77] ? »

La posi­tion de Joseph d’Arbaud peut appa­raître comme celle de la conci­lia­tion : du bout des lèvres, la Bête recon­naît un « Dieu éter­nel » tout en affir­mant l’existence de « dieux nés du monde (et morts aujourd’hui) » et de « demi-dieux[78] ». Le motif de la mort des dieux place Joseph d’Arbaud dans le sillage des roman­tiques : Ner­val évoque la mort de Pan et des dieux grecs dans le Voyage en Orient, et Le Cen­taure de Mau­rice de Gué­rin décrit la fin pathé­tique d’un demi-dieu dans l’isolement de la nature. Sur Le Cen­taure (dont on ne peut s’empêcher de pen­ser qu’il a été la source d’inspiration prin­ci­pale de Joseph d’Arbaud, avec « La Mort de Pan » de Paul Arène), on lira avec pro­fit « De la mort de Pan aux mots de la mort : la Camargue de Joseph d’Ar­baud, lieu de toutes les fins[79] » de Phi­lippe Gar­dy. On pour­ra aus­si se repor­ter à notre article « Poé­sie roman­tique et résur­gence des tra­di­tions reli­gieuses euro­péennes », qui traite de Ner­val et Mau­rice de Guérin.

Alban de Brisach

Notes

[1] Jean Gio­no, Les Vraies Richesses, Paris, Gras­set, coll. « Les Cahiers rouges », 2018, p. 45.
[2] Ibid., p. 37.
[3] Jean Gio­no, pré­face des Vraies Richesses, op. cit., p. 22.
[4] Jean Gio­no, Regain, Paris, Gras­set, coll. « Le Livre de poche », 1989, p. 180.
[5] Hen­ri Bos­co, Le Mas Théo­time, Paris, Gal­li­mard, coll. « Folio », 1990, p. 10.
[6] Hen­ri Bos­co, Mali­croix, Paris, Gal­li­mard, coll. « Folio », 2019, p. 14.
[7] Jean Gio­no, Regain, op. cit., p. 32.
[8] Jean Gio­no, Un de Bau­mugnes, Paris, Gras­set, coll. « Le Livre de poche », 1970, p. 22.
[9] Ibid., p. 18.
[10] Jean Gio­no, Regain, op. cit., p. 139.
[11] Ibid., p. 140. Voir aus­si la page 152 : « ce blé du dehors, pour nos terres, ça ne vaut pas le blé du pays ».
[12] Idée chère à Gio­no, qui l’exprime en son nom dans Les Vraies Richesses : « la machine tue­ra les hommes, la joie, l’équilibre et la civi­li­sa­tion même d’où elle sort[12] » (p. 86).
[13] Jean Gio­no, Que ma joie demeure, Paris, Gras­set, coll. « Le Livre de poche », 2020, p. 89.
[14] Ibid., p. 90.
[15] Rai­ner Maria Rilke, Les Élé­gies de Dui­no, Paris, Seuil, coll. « Points », 2006, p. 71.
[16] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, Paris, Gal­li­mard, coll. « Folio », 1976, p. 153.
[17] Ibid., p. 43.
[18] Hen­ri Bos­co, L’Enfant et la Rivière, Paris, Gal­li­mard, coll. « Folio Junior », 1992, p. 70.
[19] Jean Gio­no, Que ma joie demeure, op. cit., p. 149.
[20] Ibid., p. 154.
[21] Jean Gio­no, Col­line, Paris, Gras­set, coll. « Le Livre de poche », 1992, p. 9.
[22] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 29.
[23] Les expres­sions simi­laires chez Gio­no abondent : « C’est donc tout vivant ? » (p. 51), « C’est fait d’une chair et d’un sang que nous ne connais­sons pas, mais ça vit » (p. 59), etc.
[24] Jean Gio­no, Col­line, op. cit., p. 116.
[25] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 45. Constan­tin ajoute, exal­té : « Je n’étais plus moi-même ; […] j’étais la mon­tagne et le ciel. »
[26] Voir par exemple à la page 109, quand l’abbé Chi­chambre raconte sa ren­contre avec M. Cyprien. On trouve aus­si les variantes « Para­dis sur terre » (p. 112, 113…) et « jar­din ter­restre » (p. 183).
[27] Jean Gio­no, Que ma joie demeure, op. cit., p. 294.
[28] « La peur du grand Tout, ou l’ombre de Pan/Dionysos chez Hen­ri Bos­co et Jean Gio­no », Bru­no Cura­to­lo et Bri­gitte Den­ker-Ber­coff (dir.), Du Tout. Tout, tota­li­té, tota­li­sa­tion dans la lit­té­ra­ture. Mélanges offerts au pro­fes­seur Jacques Poi­rier, Dijon, EUD, 2015.
[29] P. 41–42 : « Et tout à coup je trem­blai, car alors je sen­tis sous mes pieds le pre­mier mou­ve­ment de la terre. Elle mon­tait. Un brusque élan du sol me por­ta jusque dans le bois de chênes. Cette terre sau­vage me sou­le­vait ; d’autres pentes, d’autres tra­cés s’emparaient de mes pas. »
[30] Jean Gio­no, « Pré­sen­ta­tion de Pan », dans Œuvres roma­nesques com­plètes, Paris, Gal­li­mard, coll. « Biblio­thèque de la Pléiade », 2013, t. 1, p. 759.
[31] Jean Gio­no, pré­face des Vraies Richesses, op. cit., p. 18.
[32] Jean Gio­no, « Pré­sen­ta­tion de Pan », op. cit., p. 761.
[33] Jean Gio­no, pré­face des Vraies Richesses, op. cit., p. 19.
[34] Ibid., p. 18.
[35] Jean Gio­no, « Pré­face à l’édition des Exem­plaires (1930) », dans Œuvres roma­nesques com­plètes, Paris, Gal­li­mard, coll. « Biblio­thèque de la Pléiade », 2013, t. 1, p. 949.
[36] Jean Gio­no, Jean le Bleu, Paris, Gras­set, coll. « Le Livre de poche », 2020, p. 144.
[37] Jean Gio­no, Col­line, op. cit., p. 51.
[38] Ibid., p. 52.
[39] Joseph d’Arbaud, La Bête du Vac­ca­rès, Paris, Gras­set, coll. « Les Cahiers Rouges », 1995, p. 221.
[40] Ibid., p. 217.
[41] « Pré­lude de Pan », dans Soli­tude de la pitié, Paris, Gal­li­mard, coll. « Folio », 2020, p. 41.
[42] Ibid., p. 47.
[43] Joseph d’Arbaud, op. cit., p. 207.
[44] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 90.
[45] Hen­ri Bos­co, Mali­croix, op. cit., p. 93.
[46] Hen­ri Bos­co, « La Camargue et sa poé­sie », La Revue de la Médi­ter­ra­née, mai-juin 1949, p. 259.
[47] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 47. D’autres pas­sages pour­raient être cités : « Un esprit inhu­main ani­mait son regard » (p. 55), etc.
[48] Hen­ri Bos­co, Le Mas Théo­time, op. cit., p. 18.
[49] Ibid., p. 20.
[50] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 121.
[51] Ibid., p. 96.
[52] Hen­ri Bos­co, Le Mas Théo­time, op. cit., p. 34. Gene­viève est aus­si dis­tincte en qu’elle fait par­tie, selon Pas­cal, des « créa­tures aériennes » (p. 36)…
[53] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 95.
[54] Hen­ri Bos­co, Le Mas Théo­time, op. cit., p. 141–142.
[55] Ibid., p. 141.
[56] Hen­ri Bos­co, L’Enfant et la Rivière, op. cit., p. 20.
[57] Ibid., p. 13.
[58] Ibid., p. 12.
[59] Hen­ri Bos­co va jusqu’à le faire par­ler, à la page 24 de L’Enfant et la Rivière, op. cit.
[60] Hen­ri Bos­co, L’Enfant et la Rivière, op. cit., p. 46.
[61] Hen­ri Bos­co, Mali­croix, op. cit., p. 28.
[62] Ibid., p. 45.
[63] Ibid., p. 46.
[64] Ibid., p. 186–187.
[65] Ibid., p. 377.
[66] Cité dans Jean Car­rière, Jean Gio­no, Besan­çon, La Manu­fac­ture, 1991, p. 56.
[67] Ibid.
[68] Jean Gio­no, pré­face des Vraies Richesses, op. cit., p. 19–20.
[69] Jean Gio­no, Le Ser­pent d’étoiles, Paris, Gras­set, coll. « Les Cahiers rouges », 2011, p. 44.
[70] Hen­ri Bos­co, Un rameau de la nuit, Paris, Flam­ma­rion, 1950, p. 219. Der­rière Géne­val, on devine faci­le­ment Vau­gines…
[71] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 148.
[72] Jean Gio­no, Enne­monde et autres carac­tères, dans Œuvres roma­nesques com­plètes, Paris, Gal­li­mard, coll. « Biblio­thèque de la Pléiade », 1983, t. 6, p. 327.
[73] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 187.
[74] Ibid., p. 114.
[75] Bobi, à la fin, est ten­té de croire qu’il est « plus » que « le reste » de « ce qui est sur la terre » (p. 396). Quant à L’Âne Culotte, les exemples y abondent : l’abbé Chi­chambre met en garde M. Cyprien contre « l’orgueil » qui a cau­sé la chute du pre­mier Para­dis (p. 113), fait le constat a pos­te­rio­ri que « tout s’est écrou­lé » à cause d’un « mou­ve­ment d’orgueil » (p. 114–115), etc. Ne pas en exa­gé­rer cepen­dant la por­tée chez Bobi, qui demeure un per­son­nage posi­tif. Dans son pro­jet d’épilogue, Gio­no vou­lait mon­trer com­ment il se sur­vi­vait dans la nature et dans la mémoire des gens.
[76] Hen­ri Bos­co, L’Âne Culotte, op. cit., p. 186.
[77] Ibid., p. 192.
[78] Joseph d’Arbaud, op. cit., p. 125.
[79] Dis­po­nible sur : https://journals.openedition.org/lengas/3185?lang=oc (consul­té le 21/12/2020).

Illus­tra­tion : Jean Gio­no, des­sin de Jacques Ter­pant (détail). © Jacques Terpant