La réécriture des mythes européens dans le Seigneur des Anneaux (3/3)

La réécriture des mythes européens dans le Seigneur des Anneaux (3/3)

La réécriture des mythes européens dans le Seigneur des Anneaux (3/3)

Imprimer en PDF

La réécriture des mythes européens dans le Seigneur des Anneaux. Troisième et dernière partie.

Symbolique chrétienne

Fro­do a 33 ans au début du roman, âge de la mort du Christ com­me cha­cun sait. Il est déjà remar­qua­ble puisqu’il est « plus grand que la moyen­ne et mieux que la plu­part », curieux du mon­de au-delà du pays qu’il connaît et aime, « le meilleur Hob­bit » d’après Gan­dalf et Bil­bo. Au cours de son péri­ple, il accep­te de pren­dre sur ses épau­les le poids du péché des hom­mes, en por­tant l’Anneau uni­que et en pro­met­tant de le détrui­re, bien que cela entraî­ne de ter­ri­bles souf­fran­ces psy­cho­lo­gi­ques et phy­si­ques. Il sera « cloué » au mur par la lan­ce d’un Troll dans la Moria et cap­tu­ré puis fouet­té par les Orques à Ciri­th Ungol. Figu­re chris­ti­que et ima­ge de la Pas­sion, il prend conscien­ce au cours de sa quê­te du sacri­fi­ce qu’il lui faut fai­re, allant jusqu’à mou­rir sym­bo­li­que­ment en se ren­dant en Mor­dor. Pour­tant, Fro­do n’est pas tout à fait Jésus ; il cède à la ten­ta­tion en refu­sant fina­le­ment de fai­re ce à quoi il s’était enga­gé. Tol­kien sou­li­gne dans ses let­tres qu’il ne condam­ne pas son héros, car ce der­nier ne pou­vait pas résis­ter à l’Anneau. La quê­te sera tout de même menée à bien grâ­ce à la misé­ri­cor­de, ver­tu chré­tien­ne par excel­len­ce. Fro­do en a plu­sieurs fois fait preu­ve en choi­sis­sant d’épargner Gol­lum, empê­chant les archers gon­do­riens de lui tirer des­sus ou rete­nant la main de Sam qui vou­lait le châ­tier. Que de chan­ge­ments par rap­port au début du récit, lorsqu’il regret­tait que Bil­bo n’ait pas tué Gol­lum, pour à la fin le pro­té­ger et même aller jusqu’à refu­ser de por­ter une arme au sein du Mor­dor.

Un par­cours ini­tia­ti­que, qui sou­li­gne sa « sanc­ti­fi­ca­tion », ain­si que l’explique Tol­kien dans une autre let­tre. Il y dit aus­si que son nom est issu de Fró­da, d’origine ger­ma­ni­que, qui signi­fie « celui qui devient sage par expé­rien­ce ». Son péri­ple, depuis la Com­té jusqu’au cœur de l’Enfer, lui appren­dra la pitié. En épar­gnant Gol­lum, Fro­do se sau­ve, et la Ter­re du Milieu avec lui, puis­que c’est cet­te créa­tu­re qui accom­plit fina­le­ment ce que Fro­do échoue à fai­re : jeter l’Anneau dans le feu de la Mon­ta­gne du Des­tin. Cela se fait au prix de son huma­ni­té, sym­bo­li­sée par Gol­lum lui-même, son dou­ble malé­fi­que qui est détruit en même temps que l’Anneau. Fro­do, lui, est res­sus­ci­té ou divi­ni­sé, et devra quit­ter la Ter­re du Milieu à laquel­le il n’appartient plus vrai­ment. Il aura le temps de fai­re preu­ve de misé­ri­cor­de, une der­niè­re fois, en ten­tant d’épargner à Saru­man un châ­ti­ment qui le rat­tra­pe­ra quand même.

En miroir, Gol­lum repré­sen­te la part humai­ne de Fro­do, son ima­ge cor­rom­pue, au point que ce der­nier décla­re qu’« elle est liée à moi, et moi à elle ». La créa­tu­re incar­ne les pul­sions aux­quel­les on s’abandonne, les vices, la lai­deur mora­le et phy­si­que. Autre­fois un Hob­bit qui a tué son meilleur ami pour s’emparer de l’Anneau, il a dégé­né­ré, s’est déna­tu­ré pour deve­nir un être en sur­sis, qui ne vit que par et pour l’Anneau. Il est un mort-vivant qui s’introduit « par les fenê­tres en quê­te de ber­ceaux » et « [boit] du sang ». Gan­dalf avait aver­ti au début de l’aventure que « [l’Anneau] asser­vi­rait tout mor­tel qui en serait pos­ses­seur ». Il pré­fi­gu­re ce que devien­drait Fro­do s’il cède, com­me Bil­bo lorsqu’il essaye de gar­der l’Anneau au début du tome 1 : « L’anneau est à moi, je vous dis. À moi per­son­nel­le­ment. Mon tré­sor, oui, mon tré­sor. » Gol­lum n’est pour­tant pas tout à fait per­du car, dans la reli­gion chré­tien­ne, si le repen­tir est sin­cè­re alors le par­don est tou­jours pos­si­ble. Quand il se lais­se aller à une mar­que de ten­dres­se envers Fro­do endor­mi, « pres­que une cares­se », où il res­sem­ble à un « vieux Hob­bit fati­gué […] vieille cho­se pitoya­ble et affa­mée », il mon­tre qu’il pour­rait être sau­vé. Mais cela ne dépend que de lui : il fera son choix sui­te à une inju­re de Sam, péchant par envie, par colè­re, et tra­his­sant la confian­ce de Fro­do.

L’inspiration chré­tien­ne est à la base de tout l’univers du Sei­gneur des Anneaux. C’est dans les vers 104–105 de Christ I, poè­me écrit par l’Anglo-Saxon Cyne­wulf au VIIIème siè­cle, qu’il convient de cher­cher les tra­ces d’Eärendil, qui est un des noyaux du Sil­ma­ril­lion et le pre­mier per­son­na­ge ima­gi­né par Tol­kien :

Eálá Earen­del engla beo­rh­tast             |     Salut, Éaren­del, plus brillant des anges
Ofer mid­dan­geard mon­num sen­ded
   |     Sur la ter­re du milieu envoyé aux hom­mes

Tol­kien écrit à ce sujet : « Il y avait quel­que cho­se de loin­tain et étran­ge et très beau der­riè­re ces mots, que je vou­drais pou­voir sai­sir, bien au-delà de l’ancien anglais. »

Earen­del en vieil anglais ren­voie à d’autres mythes nor­di­ques de l’Edda, notam­ment celui d’Aurvandil, qui signi­fie en vieux nor­rois « Mar­cheur Lumi­neux » ou « Por­teur de Lumiè­re » – ce qui le rap­pro­che iro­ni­que­ment de Luci­fer. Tol­kien le décrit d’une façon qui rap­pel­le, là aus­si, l’âge des Héros d’Hésiode : « Eären­dil était d’une beau­té sans pareille, il avait sur le visa­ge com­me la lumiè­re du para­dis, alliant la beau­té et la sages­se des Eldar à la for­ce et à l’endurance des humains de jadis. » Ancê­tre d’Aragorn, Eären­dil est à la fois « Le Navi­ga­teur », lié à la mer, et la lumiè­re de « L’Étoile du Matin ». La Fio­le que Gala­driel don­ne à Fro­do par­ti­ci­pe de ce motif, puis­que la lumiè­re d’Eärendil y est cap­tu­rée par l’eau. Cet­te asso­cia­tion entre l’eau et la lumiè­re, qui se retrou­ve dans d’autres endroits du Sil­ma­ril­lion – par exem­ple avec la lumiè­re liqui­de des Arbres de Vali­nor –, rap­pel­le Le Para­dis per­du de John Mil­ton, poè­me épi­que sur l’origine chré­tien­ne de l’Homme.

La Fio­le est aus­si l’un des moyens par les­quels Tol­kien relie les évé­ne­ments de la guer­re de l’Anneau racon­tés dans Le Sei­gneur des anneaux aux contes des Jours Anciens du Sil­ma­ril­lion. Elle per­met à Sam de vain­cre Arach­ne, des­cen­dan­te de l’araignée malé­fi­que Ungo­liant, qui avait détruit les Arbres de Vali­nor à l’origine de la lumiè­re du conti­nent ; le lien avec le Sil­ma­ril­lion est expli­ci­te, puis­que Sam évo­que le vieux héros Beren peu avant de ren­con­trer l’araignée. D’une maniè­re géné­ra­le, et ain­si que le note Vin­cent Fer­ré : « Le conflit contre Sau­ron est dans une lar­ge mesu­re celui de la vie assi­mi­lée à la lumiè­re et à la natu­re, contre la mort et les ténè­bres.[1] »

Lumiè­re et ténè­bres sont des ima­ges du Bien et le Mal. Tol­kien disait, dans son poè­me Mytho­poeia, que « du Mal, cela seul est cer­tain : le Mal exis­te ». Ce der­nier est incar­né en Sau­ron mais est aus­si la ten­ta­tion qui est en cha­cun, et à laquel­le il res­te à céder ou non, puis, si l’on fau­te, à s’en repen­tir ou pas, ren­voyant à la doc­tri­ne chré­tien­ne du libre arbi­tre ain­si que nous l’avons vu avec le per­son­na­ge de Gol­lum. Il est un Hob­bit cor­rom­pu sans être tota­le­ment per­du, et illus­tre cet­te fine fron­tiè­re. Les races du camp lumi­neux ont aus­si leurs défauts carac­té­ris­ti­ques : les Hob­bits sont pares­seux, veu­les et par­fois idiots, les Nains sont ran­cu­niers et obsé­dés par les riches­ses, les Elfes sont arro­gants et hau­tains, les Hom­mes sur­tout sont fai­bles, influen­ça­bles et com­bat­tent des deux côtés com­me l’illustrent ceux qui vien­nent des ter­res déser­ti­ques de Harad, les Sude­rons, qui ont voué allé­gean­ce à Sau­ron. Loin d’être mani­chéen, Tol­kien, s’il oppo­se des figu­res selon une dua­li­té lumière/ténèbres – les Neuf de la Com­mu­nau­té contre les Neuf Naz­guls, les Elfes et les Orques, les Ents et les Trolls… –, mar­que impli­ci­te­ment leur res­sem­blan­ce et le fait que cha­cun pour­rait à tout moment bas­cu­ler. Dans le Sil­ma­ril­lion, n’est-il pas dit que les Orques sont des Elfes déna­tu­rés ? La magie n’est-elle pas uti­li­sée des deux côtés ?

Le Mal ori­gi­nel, le dieu déchu Mel­kor, est dans l’incapacité d’accomplir la vraie créa­tion. Il ne peut rien créer, mais seule­ment « abî­mer et déna­tu­rer », et ses sbi­res sont une paro­die des créa­tions du Dieu suprê­me, Eru. En cela, Mel­kor rejoint Satan, sei­gneur du men­son­ge et des trom­pe­ries, qui ne peut que trom­per et cor­rom­pre ceux qui lui cèdent. Le Mal n’est par ailleurs jamais véri­ta­ble­ment vain­cu, car, selon les mots de Gan­dalf, « tou­jours après une défai­te et un répit, l’Ombre prend une autre for­me et croît de nou­veau ». Le per­son­na­ge de Gan­dalf réa­li­se une for­me de syn­thè­se du mon­de spi­ri­tuel de Tol­kien. Ce der­nier a basé sa hié­rar­chie divi­ne sur le modè­le chré­tien et la détaille dans le Sil­ma­ril­lion. À l’origine de tout, il y a un Dieu suprê­me et uni­que, Eru Ilú­va­tar. Il est secon­dé par ses pre­miè­res créa­tions, d’autres dieux assi­mi­la­bles aux Archan­ges nom­més les Ainur, ain­si que par les Maiar, dieux mineurs qui sont les équi­va­lents des anges. Tout pro­cè­de d’Eru Ilú­va­tar, de sa volon­té et de son Ver­be, qui est une « musi­que » dont on ne peut jouer « [aucun] thè­me qui ne prend pas sa sour­ce ulti­me en [lui] ». À l’aide des Ainur, il crée le mon­de phy­si­que « d’une musi­que dont les échos attei­gni­rent le Vide, et ce ne fut plus le vide ». Eru peu­ple ce mon­de de ses enfants, Elfes et Hom­mes, qui après la fin des temps chan­te­ront « une musi­que enco­re plus gran­de », au point que le Créa­teur, satis­fait, « accor­de­ra le feu secret à leurs esprits ».

Gan­dalf est un Maia. Il fait par­tie des Mages, les Ista­ri envoyés par Eru pour aider les hom­mes à lut­ter contre Sau­ron en les conseillant et les gui­dant. Ils n’ont en théo­rie le droit d’utiliser leurs pou­voirs qu’en cas de dan­ger, ain­si que le fait Gan­dalf pour sau­ver Fara­mir. Les Mages sont au nom­bre de cinq, et les deux prin­ci­paux sont Saru­man et Gan­dalf. Bien que divins et puis­sants, ils pren­nent for­me humai­ne et peu­vent res­sen­tir les affres de cet­te condi­tion, le men­tor de Fro­do et Ara­gorn appa­rais­sant par exem­ple fati­gué plu­sieurs fois. Il rem­plit sa mis­sion tout au long du roman, se trans­fi­gu­rant après sa ren­con­tre avec son équi­va­lent malé­fi­que, le Bal­rog. Char­nel­le­ment décé­dé après cet­te épreu­ve, il revien­dra réel­le­ment divi­ni­sé en res­sus­ci­tant, ren­voyé par Eru (« l’Un, l’Unique ») Ilú­va­tar (« Père de tout ») pour ache­ver sa tâche sous la for­me de Gan­dalf le Blanc.

Bien qu’Eru Ilú­va­tar soit une repré­sen­ta­tion assez mani­fes­te du Dieu chré­tien, on peut noter qu’Odin était éga­le­ment appe­lé « Alfo­dr », c’est à dire « Père de tout ». Le nom réel de Gan­dalf est d’ailleurs Oló­rin, ce qui signi­fie à peu près « capa­ble de voir ce qui n’est pas là », et indi­que son rôle au milieu des hom­mes : il est à la fois mys­ti­que, pro­phè­te, drui­de et mage. Il est aus­si com­pa­ré au dieu païen Wotan/Odin par Tol­kien, ce qu’on retrou­ve dans son appa­ren­ce au début du roman : Gan­dalf est un vieil hom­me à la bar­be gri­se qui por­te un bâton, vêtu d’un long man­teau et d’un cha­peau à lar­ges bords, tou­jours vaga­bon­dant. Odin, bien qu’il soit poly­mor­phe, est la plu­part du temps repré­sen­té ain­si, et par­fois nom­mé « le grand voya­geur », car il par­court sans relâ­che la Ter­re. Le nom même de Gan­dalf appa­raît sous la for­me « Gandál­fr » dans la Völuspá, pre­mier poè­me de l’Edda poé­ti­que, et signi­fie « elfe magi­cien ». Il maî­tri­se le feu, ce qui est un aspect de sa natu­re solai­re, et est éga­le­ment une ima­ge de Mer­lin, lui aus­si d’essence divi­ne – démo­nia­que en l’occurrence, puis­que son père est un démon.

Ain­si que Gan­dalf le dit lui-même : « Le Tiers Âge était le mien. J’étais l’Ennemi de Sau­ron ; et ma tâche est ache­vée. Je par­ti­rai bien­tôt. » Il est l’image des dieux païens qui lais­sent les hom­mes maî­tres de leur sort après avoir réta­bli l’équilibre. Les Elfes et autres créa­tu­res fan­tas­ti­ques sont dans la mytho­lo­gie, ce qui est illus­tré par leur rela­ti­ve pas­si­vi­té par rap­port à leurs actions lors des âges pré­cé­dents. Les hom­mes, eux, sont doré­na­vant dans la repré­sen­ta­tion chré­tien­ne. Il y a éga­le­ment là une réfé­ren­ce à la lit­té­ra­tu­re arthu­rien­ne, dans laquel­le les ermi­tes et les sages, à l’aspect sur­na­tu­rel, ont la connais­san­ce mais ne peu­vent pas agir, contrai­re­ment aux che­va­liers qui igno­rent mais font. En por­tant l’Anneau jus­que dans la Mon­ta­gne du Des­tin, Fro­do met défi­ni­ti­ve­ment fin au mon­de mythi­que pour fai­re entrer l’Homme dans l’ère chré­tien­ne. Il n’est bien évi­dem­ment pas ano­din que, dans le pre­mier tome, la Com­pa­gnie for­mée pour détrui­re l’Anneau quit­te la cité elfe de Fond­com­be un 25 décem­bre.

La Transcendance et la Tradition

J.R.R. Tol­kien est res­té réso­lu­ment tra­di­tio­na­lis­te dans sa pra­ti­que reli­gieu­se. Son petit-fils Simon se sou­vient qu’après le conci­le Vati­can II, son grand-père avait refu­sé d’accepter le chan­ge­ment du latin à l’anglais à la mes­se, et qu’« il répon­dait tou­jours très fort en latin alors que tou­te l’assemblée répon­dait en anglais ». Dans ses let­tres, Tol­kien écrit : « je suis un chré­tien, et même un catho­li­que romain, je n’espère donc pas que l’histoire puis­se être autre cho­se qu’une lon­gue défai­te – bien qu’elle contien­ne […] quel­ques aper­çus de la vic­toi­re fina­le ». Cela se res­sent dans ses récits, qui sont ceux d’une lon­gue déca­den­ce, d’un âge ori­gi­nel impré­gné de divin vers l’âge des hom­mes, où le sacré s’efface pour aller vers l’Apocalypse et le Juge­ment der­nier qui ins­tau­re­ra le Royau­me des Cieux. Tol­kien impri­me à son uni­vers une vision cycli­que de chu­te et de rédemp­tion, où il espè­re que le Bien triom­phe­ra et régé­né­re­ra un mon­de dans lequel l’Homme s’éloigne de Dieu, jusqu’à cher­cher à le rem­pla­cer ou à le dépas­ser. Le Mal est tou­jours pré­sent et n’est que l’absence du Bien, qui est l’oubli de Dieu.

On retrou­ve ici une autre vision païen­ne des Indo-Euro­péns, cel­le des Âges de l’Humanité. Au VIIIème siè­cle avant Jésus Christ, le poè­te grec Hésio­de com­po­se un ouvra­ge majeur qui va struc­tu­rer le sys­tè­me reli­gieux du mon­de grec anti­que. Ce recueil, inti­tu­lé Les Tra­vaux et les Jours, com­prend La Théo­go­nie, struc­tu­rée autour du mythe des Cinq Âges de l’humanité pré­sen­té com­me un cycle décli­nant. À l’aube des temps, l’origine de la créa­tion, la race d’or des Hom­mes qui n’étaient pas tout à fait humains vit à une épo­que bénie, sans avoir besoin de tra­vailler ni de fai­re la guer­re, sans vieillir et en par­fait accord avec la natu­re. Ils meu­rent petit à petit, sans pei­ne, deve­nant de « bons génies ». C’est ce que l’on a rete­nu aujourd’hui sous l’expression « Âge d’or », repré­sen­té en autres par Pier­re de Cor­to­ne. La race d’argent, qui lui suc­cè­de, suc­com­be à l’hybris dont nous avons déjà par­lé, la fau­te de déme­su­re, capi­ta­le chez les Grecs. Elle connaît le mal et la dou­leur, et est ense­ve­lie par Zeus pour avoir oublié de l’honorer. Vient ensui­te la race de bron­ze, fai­te de guer­riers, qui là enco­re suc­com­be à l’hybris et le paye. Arri­vent les Héros, ceux dont Homè­re chan­te les exploits, qui sem­blent sur­hu­mains tel Nes­tor qui vit plu­sieurs vies d’hommes et res­te vaillant lors de la guer­re de Troie, ou Dio­mè­de qui « prend en main une pier­re, et c’est un grand exploit : deux hom­mes, tels que sont les humains d’aujourd’hui, ne la por­te­raient pas ; avec aisan­ce il la bran­dit à lui tout seul ». Enfin, la nôtre, la der­niè­re, la race de fer qui connaît « quel­ques biens mêlés à tant de maux ».

Ovi­de, dans ses Méta­mor­pho­ses, ne connaît que qua­tre âges, assi­mi­lant les Héros à la race de bron­ze. Il rejoint ain­si un autre peu­ple indo-euro­péen, les Indo-Aryens hin­dous, qui par­lent de qua­tre yuga et pour les­quels nous serions éga­le­ment dans le der­nier, le Kali Yuga. Pério­de som­bre, trou­ble, dure, mais qui pré­pa­re la renais­san­ce : chez les Indo-Euro­péens tout est cycli­que, et un nou­vel Âge d’or suc­cè­de­ra au nôtre. Dans Le Sei­gneur des Anneaux aus­si il y a qua­tre âges, qui sui­vent ce même sché­ma de dégra­da­tion et de chu­te, suc­ces­si­ve­ment des dieux, des Elfes puis des Hom­mes, tous consu­més par l’hybris. Plus on avan­ce dans le temps et plus on s’éloigne du divin. Dans une let­tre, Tol­kien indi­que que c’est une inter­ven­tion direc­te du Dieu suprê­me, Eru, qui vainc Sau­ron pour la pre­miè­re fois à la fin du Second Âge. Lors du Troi­siè­me Âge, celui du roman, c’est Gan­dalf, un dieu mineur, qui se conten­te de gui­der les Hom­mes.

Le Sei­gneur des Anneaux insis­te par ailleurs tout par­ti­cu­liè­re­ment sur le pas­sa­ge de mémoi­re. L’importance des légen­des et sur­tout des chants rap­pe­lant des temps héroï­ques – tel­le l’œuvre d’Homère, mais aus­si le récit de Tol­kien lui-même – est mise en valeur tout au long du roman. Le chant consis­te à mar­quer à jamais l’histoire d’une ter­re, d’un peu­ple, et à entre­te­nir la lon­gue mémoi­re d’un temps qua­si-oublié, quit­te à le mythi­fier. Il sau­ve­gar­de un savoir et une his­toi­re, ain­si que l’a fait Théo­do­re Her­sart de La Vil­le­mar­qué en com­pi­lant, au XIXème siè­cle, les chants et contes ances­traux de Bre­ta­gne au sein du Bar­zaz Breiz. Mer­veille de cultu­re popu­lai­re, il a per­mis de redé­cou­vrir des récits et poè­mes par­fois si vieux que l’on ne sau­rait vrai­ment les dater, tel que le Chant du Glai­ve, aus­si connu com­me le Vin Gau­lois, dont la deuxiè­me par­tie remon­te à l’époque cel­ti­que pré-chré­tien­ne. Il n’est pas un per­son­na­ge impor­tant qui n’en réci­te, voi­re en com­po­se. Les occa­sions de créer des chants sont nom­breu­ses, tout com­me les per­son­na­ges qui se deman­dent s’ls en seront dignes. C’est par exem­ple la gué­ris­seu­se Iore­th, qui, à la fin du roman, racon­te les aven­tu­res de Fro­do : « il est allé avec son seul écuyer dans le Pays Noir et il s’est bat­tu à lui tout seul avec le Sei­gneur Téné­breux, et il a mis le feu à sa Tour, tu peux le croi­re. » Ce qui impor­te, est-ce de fai­re preu­ve d’exactitude ou bien de se remé­mo­rer, si long­temps après, ce qu’ont vécu nos ancê­tres par des chan­sons que l’on enton­ne au coin du feu ?

L’Anneau sym­bo­li­se l’hybris, la fau­te de la déme­su­re chez les Grecs, équi­va­lent de l’ofermod ger­ma­ni­que, ain­si que la ten­ta­tion chré­tien­ne. Y cèdent, entre moult autres, Isil­dur, Gol­lum, Boro­mir, Dene­thor et Saru­man. À l’inverse, savent y résis­ter Ara­gorn, Gala­driel, Fara­mir et Gan­dalf, qui font tous preu­ve de mesu­re et se refu­sent à employer la tou­te-puis­san­ce pour par­ve­nir à leurs fins, quand bien même la moti­va­tion serait jus­te. Ce motif est l’un des thè­mes prin­ci­paux de l’œuvre, le péché capi­tal des créa­tu­res de Dieu qui mène à leur chu­te et à la mort. Il méri­te que l’on s’y attar­de un peu.

Dans le roman, Saru­man est le pre­mier qui suc­com­be à l’orgueil et à la déme­su­re, en étu­diant de trop près Sau­ron et ses stra­ta­gè­mes. Chef et plus puis­sant des Mages envoyés par Dieu, il se lais­se entraî­ner dans une spi­ra­le de désir du pou­voir, se croit capa­ble de mener un dou­ble jeu avec Sau­ron et de riva­li­ser avec lui, tra­his­sant sa mis­sion. Il ris­que de livrer la Ter­re du Milieu au Mal et pro­vo­que sa pro­pre chu­te. Com­me le dit Gan­dalf, « périlleux pour nous tous sont les moyens d’un art plus pro­fond que celui que nous pos­sé­dons nous-mêmes. »

Dene­thor, Inten­dant du Gon­dor, cède à l’arrogance et occu­pe la pla­ce qu’il doit gar­der en atten­dant le retour du roi. Il juge les indi­vi­dus par la seule pure­té de leur sang, étant lui-même des­cen­dant des Numé­no­réens com­me tous les nobles de son peu­ple. Il mène pour­tant ce der­nier à la rui­ne, et pres­que à la défai­te, en pre­nant une sui­te de mau­vai­ses déci­sions qui man­quent de coû­ter la vie à son deuxiè­me fils, Fara­mir, sui­te à quoi il se sui­ci­de. Dene­thor ido­lâ­tre son aîné, Boro­mir, qui lui aus­si fait preu­ve de déme­su­re : Capi­tai­ne des armées du Gon­dor, guer­rier cou­ra­geux et cha­ris­ma­ti­que, voué com­me son père à assu­rer l’intérim des rois, il cède à l’orgueil et à l’envie en ten­tant de pren­dre l’Anneau à Fro­do. Convain­cu qu’il est d’être pro­té­gé de la cor­rup­tion par sa valeur et par l’amour qu’il por­te à sa patrie, Boro­mir ne dési­re pas l’Anneau pour fai­re le mal et pen­se au contrai­re pou­voir l’utiliser dans la guer­re contre Sau­ron. Il ne réa­li­se pas que cet­te idée, qu’il croit jus­te, va jusqu’à le pous­ser à fai­re du mal à son com­pa­gnon et à tra­hir sa mis­sion. Le prix de cet échec est là aus­si sa vie, bien qu’il se rachè­te en pro­té­geant jusqu’à la mort la fui­te de Mer­ry et Pip­pin, dans une atti­tu­de homé­ri­que qui rap­pel­le cel­le de Roland.

Le fou­gueux Eomer, deve­nu roi du Rohan après la mort de son oncle Theo­den devant les por­tes de Minas Tiri­th, man­que quant à lui de mener ses hom­mes à leur per­te et d’inverser le cours de la bataille à cau­se de sa rage guer­riè­re. Alors qu’il croit sa sœur Éowyn mor­te, « une fureur froi­de l’envahit […] il fut sai­si d’une humeur de folie » au point que « la for­tu­ne avait tour­né contre Eomer, et sa folie l’avait tra­hi ». Il retrou­ve la rai­son à temps et évi­te le désas­tre.

Un autre, moins connu, cède à cet hybris : il s’agit du der­nier roi du Gon­dor avant Ara­gorn, qui relè­ve le défi du Sei­gneur des Naz­guls en l’an 2050 du Troi­siè­me Âge. Il accep­te le com­bat par fier­té et meurt, aban­don­nant sa char­ge et vouant son royau­me à un lent dépé­ris­se­ment. On retrou­ve ici le lien avec Arthur, qui, dans Gau­vain et le che­va­lier vert dont nous avons déjà par­lé, com­met la même fau­te, avec des consé­quen­ces moin­dres : le che­va­lier vert arri­ve à la cour d’Arthur et défie ses preux. Com­me aucun ne fait mine d’y répon­dre, Arthur, humi­lié, cédant à l’orgueil et la colè­re, oublieux de sa char­ge, se lève. Il est arrê­té par son neveu, Gau­vain, qui accep­te de se sacri­fier pour pré­ser­ver la péren­ni­té de la figu­re roya­le.

Autre thè­me cher à l’auteur et à tous les hom­mes enra­ci­nés, le res­pect de la Natu­re. Cel­le-ci est intrin­sè­que­ment liée au bien, à la lumiè­re, et à l’ordre des cho­ses. Le Mor­dor, ter­re du mal, n’a plus de natu­rel que son vol­can : même l’eau sem­ble empoi­son­née. La Natu­re est détrui­te par la tech­ni­que des hom­mes qui se pren­nent pour Dieu et veu­lent pou­voir créer eux-mêmes, ou pro­dui­re tou­jours plus et plus vite. On le consta­te dans deux scè­nes essen­tiel­les : la pre­miè­re est cel­le de la forêt où vivent des arbres huma­noï­des mil­lé­nai­res, les Ents, qui s’opposent à Saru­man. Ce der­nier, qui « a un esprit de métal et de roua­ges ; et [qui] ne se sou­cie pas des cho­ses qui pous­sent »,  mena­ce leur espa­ce vital, ayant trans­for­mé sa ter­re de l’Isengard en une immen­se indus­trie à fabri­quer des armes et des créa­tu­res hideu­ses, croi­se­ment d’hommes et d’Orques. Il com­met la fau­te de s’attaquer à la forêt voi­si­ne pour ali­men­ter ses for­ges géan­tes, sor­tant les Ents de leur tor­peur. Ceux-ci se lan­cent à l’assaut de la for­te­res­se, la rasent et la puri­fient en libé­rant un cours d’eau, lais­sant la Natu­re repren­dre ses droits sur une ter­re qu’un hom­me, Saru­man, avait cru pou­voir s’approprier, mode­ler, et alors qu’il pen­sait son œuvre éter­nel­le. En oppo­si­tion, Gan­dalf est « le seul magi­cien qui se sou­cie des arbres ». Il décla­re aus­si, pour illus­trer sa lut­te contre Sau­ron, qu’il faut « [déra­ci­ner] le mal […] de sor­te que ceux qui vien­dront après nous puis­sent avoir une ter­re pro­pre à culti­ver. »

L’autre scè­ne mar­quan­te à ce sujet est une de cel­les qui ne sont pas mon­trées dans les films de Peter Jack­son. Fro­do est fon­ciè­re­ment enra­ci­né, com­me tout son peu­ple : « j’ai l’impression que tant que la Com­té est der­riè­re, soli­de et confor­ta­ble, je trou­ve­rai l’errance plus sup­por­ta­ble : je sau­rai qu’il y a quel­que part une fer­me assiet­te, même si mes pieds ne peu­vent plus s’y poser. » Les Hob­bits en géné­ral « ne com­pren­nent et […] n’aiment pas davan­ta­ge les machi­nes dont la com­pli­ca­tion dépas­se cel­le d’un souf­flet de for­ge, d’un mou­lin à eau ou d’un métier à tis­ser manuel ». Mais quand les qua­tre héros de la Com­pa­gnie revien­nent chez eux après leurs aven­tu­res, ils s’aperçoivent que leur cher pays est rava­gé par la tech­no­lo­gie. Les habi­tants sont sou­mis à des hom­mes qui les exploi­tent et ont détruit la Com­té, ses pay­sa­ges, son mode de vie, son âme. C’est, là enco­re, le fait de Saru­man et de ses sbi­res. Il ten­te de fai­re au pays des Hob­bits, petits hom­mes sim­ples, joyeux, insou­ciants et ruraux, ce qu’il a déjà fait en Isen­gard : le trans­for­mer en une machi­ne, pro­duc­ti­ve, effi­ca­ce, tour­née vers le pro­fit et l’exportation plu­tôt que l’ancienne auto­suf­fi­san­ce. Le Por­teur de l’Anneau et ses com­pa­gnons savent appli­quer leur expé­rien­ce nou­vel­le­ment acqui­se et éveillent la colè­re de leurs sem­bla­bles, menant la révol­te qui jet­te bas les enva­his­seurs. Après les avoir chas­sés vient le temps de pan­ser les bles­su­res. Sam uti­li­se le cadeau de Gala­driel pour revi­ta­li­ser la Com­té, replan­ter les arbres et per­met­tre à la Natu­re de repren­dre sa pla­ce. L’année sui­van­te, beau­coup de nou­veau-nés sont blonds, cou­leur solai­re et hyper­bo­réen­ne s’il en est, aupa­ra­vant rare chez les Hob­bits, signe de renou­veau et de vita­li­té.

On peut noter que dans l’univers de Tol­kien il n’y a pas de démo­cra­tie uni­ver­sel­le, de vivre-ensem­ble, d’égalitarisme ou n’importe quel autre de ces concepts moder­nes qua­si-reli­gieux, néces­sai­res pour fai­re tenir une socié­té tou­jours prê­te à s’écrouler. C’est par­ce qu’à la pla­ce d’individus per­dus, éga­rés, méca­ni­ques, égoïs­tes, sans liens les uns avec les autres, y a enco­re du Sacré. Le mon­de du Sei­gneur des Anneaux, c’est un mon­de où l’on côtoie des dra­gons et des elfes, où les ancê­tres sont chan­tés et célé­brés, ou l’on vénè­re des dieux et des sour­ces, où les arbres par­lent et les étoi­les sont des héros mon­tés au ciel. Tol­kien disait que « pour nous, un arbre est jus­te un orga­nis­me végé­tal, et une étoi­le une bou­le de matiè­re inani­mée qui se dépla­ce selon une cour­se mathé­ma­ti­que­ment réglée, mais ceux qui les ont ain­si nom­més les voyaient dif­fé­rem­ment ». Pour les pre­miers Euro­péens, « le mon­de était fait d’êtres sur­na­tu­rels. Ils voyaient les étoi­les com­me de l’argent vivant, explo­sant en flam­mes au ryth­me d’une musi­que éter­nel­le. Ils voyaient le ciel com­me un drap incrus­té de joyaux, et la Ter­re com­me un ven­tre fécond d’où venaient tou­tes les créa­tu­res vivan­tes ». Le Sei­gneur des Anneaux, c’est le mon­de de nos ancê­tres. Un mon­de fait de mythes, qui vivent au quo­ti­dien avec les hom­mes, où il y a du beau et du laid, où il y a du sens à la vie, fut-il aus­si banal qu’une vie à la cam­pa­gne, en famil­le et entre amis, à boi­re une biè­re bien méri­tée après une jour­née de labeur. Même pour quel­que cho­se d’aussi sim­ple des gens nor­maux peu­vent aller jusqu’à fai­re la guer­re et don­ner le sacri­fi­ce ulti­me. On ne se bat pas par­ce que l’on hait ce qu’il y a en face, mais par­ce que l’on aime ce qu’il y a der­riè­re. Et il faut fai­re face, quels que soient les ris­ques. Ain­si que le dit le roi Theo­den, « si la guer­re est per­due, à quoi bon me cacher dans les mon­ta­gnes ? Et si elle est gagnée, quel mal y aurait-il, même si je suc­com­be, à consu­mer mes der­niè­res for­ces ? »

Domi­ni­que Ven­ner disait : « La Tra­di­tion, ce n’est pas le pas­sé mais ce qui ne pas­se pas. » Il disait aus­si : « Cha­que peu­ple por­te une Tra­di­tion, un royau­me inté­rieur, un mur­mu­re des temps anciens et du futur. » Il disait enfin : « Notre mon­de ne sera pas sau­vé par des savants aveu­gles ou des éru­dits bla­sés. Il sera sau­vé par des poè­tes et des com­bat­tants, par ceux qui auront for­gé « l’épée magi­que » dont par­lait Ernst Jün­ger, l’épée spi­ri­tuel­le qui fait pâlir les mons­tres et les tyrans. Notre mon­de sera sau­vé par les veilleurs pos­tés aux fron­tiè­res du royau­me et du temps. »

Réap­pro­prions-nous ces mythes qui ont for­gé l’âme euro­péen­ne. Lisons Homè­re, les Eddas, la Chan­son de Roland, les romans arthu­riens. Impré­gnons-nous de nos héros, des batailles menées par nos ancê­tres, de ce en quoi ils croyaient et de ce pour quoi ils étaient prêts à mou­rir. Lisons Tol­kien, qui a vou­lu ravi­ver la flam­me dans le cœur des Euro­péens du XXe siè­cle. Il nous per­met de nous réap­pro­prier une mémoi­re qui peut par­fois paraî­tre loin­tai­ne, fai­te de cou­ra­ge, d’honneur, de tra­di­tion, une mémoi­re qui, qu’elle soit païen­ne ou chré­tien­ne, per­du­re et nous trans­cen­de.

Valoë Fri­mas
Mémoi­re de fin de cycle de for­ma­tion ILIADE
Pro­mo­tion Don Juan d’Autriche, 2016/2017

Il ne s’agit là que d’une brè­ve et incom­plè­te appro­che. Par­mi les auteurs ou sites cités au cours de l’article, nous conseillons tout par­ti­cu­liè­re­ment la lec­tu­re de :
– Vin­cent Fer­ré, Lire J. R. R. Tol­kien et Sur les riva­ges de la Ter­re du Milieu
– Fran­çois-Matin Fleu­tot, Les Mythes du Sei­gneur des Anneaux, édi­tions du Rocher (2003)
– Les arti­cles et essais de tolkiendil.com
– Les arti­cles et essais de jrrvf.com

Notes

  1. Sur les Riva­ges de la Ter­re du Milieu, Vin­cent Fer­ré.

Télécharger en PDF les trois parties