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Homère n’a pas de leçons à recevoir. Et 3000 ans après, c’est encore lui qui nous les donne

Lupita Nyong'o, qui interprète Hélène et Clytemnestre dans L'Odyssée de Christopher Nolan, a reproché à Homère le peu de place qu'il aurait accordé aux femmes dans ses épopées. Carlomanno Adinolfi, de l'Institut Eneide, revient sur ces propos et rappelle que les héroïnes homériques et l'aède lui-même ont encore beaucoup de choses à nous apprendre, y compris à celles qui prétendent les incarner aujourd'hui.

Homère n’a pas de leçons à recevoir. Et 3000 ans après, c’est encore lui qui nous les donne

Selon l’actrice Lupita Nyong’o, l’interprète d’Hélène dans la version cinématographique de L’Odyssée de Christopher Nolan, Homère n’aurait pas laissé de place aux voix féminines. Mais qui lit vraiment ses poèmes épiques y découvre des femmes d’une profondeur et d’une complexité qui pourraient encore servir d’exemple aux écrivains et scénaristes d’aujourd’hui.

« Quand tu lis L’Odyssée et L’Iliade, tu vois que très peu de temps est consacré aux femmes. Tout est raconté d’un point de vue très masculin. »

Ces paroles de l’actrice Lupita Nyong’o, qui interprète Hélène de Troie et sa sœur Clytemnestre dans L’Odyssée de Christopher Nolan, ont largement agacé et embarrassé, sauf dans les milieux les plus militants. Elles sont le manifeste de deux formes d’ignorance typiques de notre époque : la première consiste à juger les civilisations et les textes anciens à l’aune des canons moraux contemporains, ce qui est déjà en soi peu défendable, mais qui devient franchement irritant lorsqu’il s’accompagne d’une suffisance affichée ; la seconde consiste à donner des leçons sur des sujets que l’on ne connaît pas.

Parce qu’il est évident que celui qui tient de tels propos sur les poèmes homériques ne les a jamais lus. Ce qui est confirmé par la suite des propos de l’actrice, qui nous explique comment la figure de Clytemnestre a été décrite par Homère. Hélas, l’épouse d’Agamemnon n’apparaît ni dans L’Iliade ni dans L’Odyssée… ! L’entretien devient encore plus agaçant lorsque Lupita critique ouvertement Homère en soutenant que si elle l’avait devant elle, elle lui ferait même une leçon sur le point de vue féminin. Elle va jusqu’à dire que le film de Nolan « répare » une faute du poète en redonnant de l’importance aux figures féminines. Dommage – ou heureusement, pourrions-nous dire – que le temps d’écran d’Hélène dans la superproduction de Nolan soit peut-être plus court que l’entrevue polémique de son interprète, mais surtout que cette Hélène-là soit bien plus plate, bien plus lisse que celle décrite par le poète hellénique.

À bien y réfléchir, Homère a encore beaucoup plus de leçons à donner qu’à recevoir, et la profondeur des figures féminines de ses œuvres est l’une des raisons pour lesquelles il surpasse encore aujourd’hui la plupart des écrivains contemporains.

L’Hélène d’Homère

La reine de Sparte et épouse de Ménélas, la plus belle femme du monde pour laquelle on se battit dix ans sous les murs de Troie, apparaît à deux moments distincts du chant IV de L’Odyssée, le dernier de ce qu’on appelle la « Télémachie ». Télémaque, en quête de nouvelles de son père, se rend chez le roi de Sparte qui lui révèle la vision du dieu marin Protée : Ulysse serait encore en vie mais retenu contre son gré dans la lointaine Ogygie. À Lacédémone, le fils du roi d’Ithaque rencontre également la si belle reine, et les deux souverains lui racontent leurs meilleurs souvenirs de son père. Nous remarquons immédiatement une étrange ambivalence dans le cœur d’Hélène. Dans son récit, elle évoque le courage et la ruse d’Ulysse, qui pénètre déguisé dans Troie pour espionner ses défenses. Puis elle raconte qu’elle avait juré de ne révéler à personne son identité ni son plan secret, espérant de tout cœur que les Achéens gagneraient pour pouvoir rentrer chez elle. Mais le récit de Ménélas nous révèle une Hélène qui, devant le cheval, soupçonnant la tromperie, commence à imiter les voix de toutes les épouses des chefs grecs pour les inciter à sortir. La manœuvre échoue grâce à Ulysse, capable de maintenir le calme parmi tous ses compagnons. Pourquoi Hélène aurait-elle cherché à débusquer les chefs grecs si dans son cœur elle espérait leur victoire ? Pour Ménélas, elle y aurait été « poussée par un dieu » – daimon dans le texte grec – favorable aux Troyens[1]. Cette ambivalence dans le comportement d’Hélène et le fait qu’elle soit constamment « poussée par les dieux » est un thème récurrent du personnage. Nous le rencontrons une seconde fois dans le chant IV : après avoir offert un péplos à Télémaque pour sa future épouse, en lui souhaitant un mariage heureux et une famille – elle s’exprime au bord des larmes, comme pour espérer que d’autres connaissent le bonheur qu’elle n’a pas trouvé –, Hélène, saisie par un présage, prophétise le retour imminent d’Ulysse à Ithaque. Mais elle fait cette prédiction comme si elle n’était pas réellement elle-même, comme possédée par un daimon.

Le contraste intérieur d’Hélène et le fait que tout en elle ait été causé par les Dieux existent déjà dans L’Iliade. Nous l’y voyons au moins deux fois se maudire, se qualifiant de « chienne » (en grec kynopis, littéralement « regard de chienne »)[2], pour s’être laissé emporter par la passion allumée en elle par la déesse Aphrodite. À chaque fois, elle se désespère des morts et des tragédies causées par son choix d’abandonner Ménélas pour suivre le Troyen Pâris, d’abord devant le roi Priam (chant III), puis auprès du valeureux Hector (chant VI). Dans les deux cas, les nobles Troyens la consolent, refusant de voir en elle la coupable plutôt que dans les Dieux qui ont motivé son geste.

Le premier des deux épisodes est l’une des illustrations les plus emblématiques du tourment intérieur d’Hélène, dont le cœur est littéralement déchiré en deux. Invitée par le roi Priam sur les murs de la ville afin qu’elle lui montre qui sont les chefs grecs qui l’assiègent, Hélène semble éprouver une profonde nostalgie pour son mari et pour la patrie qu’elle a abandonnée. Une nostalgie qui s’exprime dans toute son intensité peu après, quand elle trouve Pâris allongé dans leur lit après avoir fui le combat. Le voyant là, tranquille et détendu pendant que ses frères et ses compagnons combattent dehors, Hélène se maudit d’avoir cédé à la passion d’Aphrodite et d’être partie avec un lâche. Elle reproche au prince troyen de s’être vanté d’être plus valeureux que Ménélas pour la conquérir. Encore une fois, Hélène, écartelée, déplore ses choix et sa faiblesse face aux forces que les Dieux ont éveillées en elle, et elle regrette son foyer. Pourtant, Hélène, qui méprise désormais Pâris, estime et éprouve une affection profonde pour les Troyens qui l’ont accueillie. Tout d’abord pour Priam, qui la traite comme sa fille, mais surtout pour le valeureux Hector, qui l’a toujours défendue contre les autres Troyens quand ils l’accusaient de la guerre. À la fin du chant XXIV, ses pleurs désespérés durant les lamentations funèbres du prince sont aussi touchants que sincères.

« Hector, de tous mes beaux-frères, tu étais de beaucoup le plus cher à mon cœur […] et de toi jamais je n’entendis mot méchant ni amer. Au contraire, si quelque autre dans le palais me critiquait […] c’était toi qui les retenais, les persuadant par tes avis, ta douceur, tes mots apaisants. »[3]

Encore une fois, se souvenant de Pâris qui l’a emmenée à Troie, elle s’écrie : « Que ne suis-je morte avant ! »

On imagine aisément qu’à la mort d’Hector, le héros pour lequel elle avait le plus d’estime, « nul désormais dans la vaste Troade [ne lui] témoigne quelque douceur et amitié : tous n’ont pour [elle] que de l’horreur ».[4] Ce qui incite définitivement Hélène à espérer la victoire achéenne, comme elle l’a confié à Télémaque. Cependant, comme le raconte Ménélas, elle se laisse posséder par un daimon séduisant et trompeur qui prend le parti des Troyens. Difficile, évidemment, de ne pas penser à Aphrodite qui l’a emmenée dans les bras de Pâris, déclenchant ainsi la guerre. La figure hautement complexe d’Hélène nous raconte donc l’histoire d’une femme déchirée dans son cœur, emportée par la passion et incapable de lutter contre la force divine qui déclenche de tels élans dans son âme humaine. Cette impuissance la bouleverse complètement, au point qu’elle devient la marionnette des dieux, la conduisant presque à la folie. En effet, pour s’apaiser, nous la voyons dissoudre en cachette dans le vin un pharmakon, un médicament ou plus probablement une drogue « endormant toute colère et toute peine ».[5] Une histoire et une multiplicité de facettes complexes en somme, auprès desquelles la plupart des personnages féminins d’aujourd’hui font bien pâle figure.

L’exemple opposé : Pénélope

Mais la protagoniste féminine absolue de L’Odyssée est sans aucun doute Pénélope, souveraine d’Ithaque, qui règne sur l’île pendant vingt ans en l’absence du roi. Personnage très éloigné du cliché de la « femme au foyer qui attend son mari », Pénélope semble représenter l’autre face de la pièce par rapport à Hélène. Beaucoup de choses unissent certainement les deux reines. Notamment, leur amour de l’héroïsme et leur mépris de la lâcheté. Comme Hélène a honte de Pâris et regrette Ménélas ou admire Hector, Pénélope est dévastée par l’idée de devoir épouser quelqu’un de moins héroïque, viril et guerrier qu’Ulysse. Comparé à son mari cru mort, n’importe qui est un lâche et Pénélope ne peut accepter d’épouser un homme pareil. C’est pourquoi elle lance le défi de l’arc : seul celui qui pourra le bander comme Ulysse, ou du moins celui qui s’en rapprochera le plus, saura être digne d’elle.

Elle partage aussi avec la reine de Sparte un cœur déchiré. Nous voyons souvent Pénélope pleurer à chaudes larmes sur le lit en pensant à son mari absent depuis vingt ans, ainsi qu’aux dangers auxquels son fils Télémaque, pris pour cible par les prétendants, est confronté. Pourtant, ses pleurs, souvent plus déchirants et violents que ceux d’Hélène dans L’Iliade, sont toujours relégués à l’intimité de la chambre à coucher. Face aux prétendants, elle compose son masque de reine pour les tenir à distance : nous voyons alors quelque chose qui manque totalement à Hélène, sauf lorsqu’elle prend des drogues : l’assurance et la maîtrise de soi. Pénélope apparaît toujours austère et royale, charismatique, capable d’imposer le silence par sa seule présence pendant les festins vulgaires des arrogants qui occupent son palais depuis trois ans, espérant la contraindre à épouser l’un d’eux. Le seul avec qui nous la voyons se départir de sa réserve est son fils Télémaque – exception faite, bien sûr, des servantes, des esclaves, et surtout de la vieille Euryclée, qui dans un passage la réprimande pour s’être montrée le visage strié de larmes et les cheveux en désordre (chant XXIII). Télémaque lui-même, une fois, la reprend pour qu’elle se rende présentable après les pleurs (chant XVIII). Mais le pivot de leur relation est ailleurs : une préoccupation maternelle qui pousse Pénélope à une protection presque oppressante – celle-là même que l’on reconnaît encore aujourd’hui chez les mères de la culture méditerranéenne – qui se heurte à la volonté du fils de s’affranchir de sa mère pour passer de l’enfance à la virilité. Cette hyperprotection qui frôle l’entrave à la virilité n’est pas nouvelle chez les femmes homériques. Pensons à Andromaque, lorsqu’elle va à la rencontre de son mari Hector avec leur petit Astyanax dans le chant VI de L’Iliade. La princesse, bouleversée aussi par la perte de tous les siens – sa mère, son père et ses frères, tous morts de la main d’Achille –, est terrifiée à l’idée de se retrouver veuve et d’élever seule un enfant sans père. Jusqu’à demander au prince troyen de cesser de combattre. Évidemment, Hector refuse en avançant deux raisons : il ne supporterait pas la honte devant ceux qui combattent pendant qu’il se retire, mais surtout, son cœur de guerrier refuse toute lâcheté. Cela dit, comme Hélène et Pénélope l’enseignent, aucune noble femme grecque ou troyenne n’aimerait un guerrier qui fuit par peur. Même Andromaque. Ici aussi, nous sommes confrontés à un drame émotionnel complexe qui nous met face à une profonde humanité : la femme qui aime son mari justement parce qu’il est valeureux, mais qui craint de le perdre à la guerre au point de désirer qu’il ne combatte pas, sachant bien que s’il ne combattait pas, elle ne pourrait plus l’aimer.

Mais en revenant à Pénélope et à son « opposition » avec Hélène, la maîtrise des émotions passe aussi par la capacité à affronter la puissance numineuse sans se laisser submerger par elle, comme ce fut le cas pour la reine de Sparte. Pénélope pleure chaque nuit son mari perdu, peut-être mort. Chaque nuit, elle prie les dieux de le ramener à la maison, se laissant presque consumer par cet espoir qui la pousse à interroger chaque voyageur ou mendiant qui passe devant le palais, lui demandant des nouvelles du roi. Pourtant, lorsqu’elle voit Ulysse devant elle, elle reste initialement distante, prudente, presque méfiante, au point de décevoir à la fois son mari et son fils. Ici, la tradition littéraire nous raconte une Pénélope bouleversée par la brutalité meurtrière de son mari, au point qu’elle ne le reconnaisse plus, mais dans le texte homérique, il n’en est rien. Au contraire, lorsque la nourrice Euryclée réveille Pénélope en criant de joie pour lui annoncer le retour de son mari, elle se désole que la reine n’ait pas pu jouir du spectacle d’Ulysse « souillé de sang et de boue comme un lion ». Une image de force et de brutalité guerrière qui, manifestement, était fort appréciée des femmes dans le monde homérique.

En réalité, si Pénélope est prudente dans la reconnaissance de son mari, c’est pour une raison bien précise. Submergée par les émotions, elle craint de ne plus savoir distinguer le rêve de la réalité. Elle redoute aussi un stratagème des dieux et pense à Hélène, emportée par le désir et la passion qu’Aphrodite avait allumés en elle, incapable de se maîtriser, causant ainsi la tragédie de la guerre de dix ans et la chute de Troie. Ici, nous voyons un élément très important de la culture homérique qui concerne la relation avec les divinités. Ce sont eux « la cause de tout », c’est vrai, mais il appartient aux hommes de savoir leur tenir tête, non pas dans le sens d’un défi hautain, mais en maintenant fermes la volonté et la force intérieure pour ne pas être passivement engloutis par la puissance numineuse et pouvoir, au contraire, participer de leur présence. Hélène se laisse guider par la passion instillée en elle par Aphrodite, et c’est ce qui cause les malheurs qui la mèneront presque à perdre la raison, à se maudire elle-même. Pénélope, bien qu’en proie à une mer d’émotions, reste ferme et calme pour ne pas se laisser emporter, comme son mari ne s’est pas laissé emporter par les flots.

C’est démontré par un passage très significatif : Pénélope, pour être sûre de l’identité de son mari, le met à l’épreuve en lui demandant quelque chose que lui seul connaît. C’est la structure du lit conjugal, taillé dans un majestueux olivier solidement enraciné au centre du palais royal. Image symbolique de centralité, d’enracinement, de solidité – autour de laquelle se construit tout noyau : une famille, un clan, un peuple, une civilisation. C’est en se reconnaissant dans cette image que l’union peut redevenir elle-même. Mais Homère nous dit que Pénélope reconnaît dans les paroles d’Ulysse les clairs « semata ». Sema est un mot grec qui se traduit par « signe » mais qui désigne spécifiquement un signe à interpréter. Un mot, un indice, mais également un signe divin, un présage, un oracle. Pénélope sait reconnaître les signes et c’est justement pour cela qu’elle peut « avoir affaire » avec les dieux sans en être submergée. Comme le roi Ulysse qu’elle retrouve. Elle le fait, contrairement à Hélène, en restant présente à elle-même.

La royauté féminine dans L’Odyssée

Mais Pénélope nous dit aussi quelque chose de bien plus important que la société homérique.

Pénélope règne seule depuis vingt ans, avec un mari roi loin en guerre et désormais disparu, considéré mort par beaucoup. Elle maintient le pouvoir à Ithaque en femme souveraine et seulement à la fin de ces vingt années – Homère nous dit que les prétendants sont à Ithaque depuis environ trois ans – arrivent les prétendants pour demander qu’elle épouse l’un d’eux. Mais attention : les prétendants se présentent et festoient à leur guise en profitant de l’absence d’un roi, mais aucun n’ose jamais usurper le trône au prétexte qu’une femme seule est assise dessus. Ils exercent des pressions, abusent de leur pouvoir dans un État affaibli, mais aucun d’eux n’ose jamais remettre en question l’autorité de Pénélope. Ils savent que seul l’un d’entre eux peut devenir roi, mais ils savent aussi qu’ils ne peuvent pas aller trop loin dans leur arrogance car c’est Pénélope qui doit choisir. Par conséquent, ce n’est pas Pénélope qui est « simplement l’épouse de » mais plutôt la figure du prétendant qui peut uniquement régner comme « mari de Pénélope ». Pénélope n’est donc pas la femme fragile qu’on pourrait écarter par arrogance masculine, mais bien plutôt la condition sine qua non pour accéder à la royauté.

Mais cette centralité de la royauté féminine, nous la retrouvons aussi dans une autre figure de L’Odyssée. Parlons d’Arété, épouse d’Alcinoos, roi des Phéaciens, et mère de Nausicaa (autre figure complexe qui nous dit le passage de la jeune fille à la femme, de l’innocence à la conscience de soi). Lorsqu’Ulysse se dirige vers le palais royal, une jeune femme, en réalité la déesse Athéna déguisée, l’invite à demander refuge au roi, mais lui conseille de s’adresser d’abord à la reine et de la flatter avec des paroles aimables et de la courtoisie. Parce que si Alcinoos est bien le « primus » du conseil des douze rois de l’île, c’est en réalité la reine qui, par son seul charisme, influence nombre de décisions, non seulement celles de son mari, mais aussi celles des autres souverains.

Cet élément en dit long sur cette société patriarcale fondée sur la virilité guerrière, qui ne pouvait néanmoins pas reléguer la féminité au second plan, car elle permettait d’équilibrer la civilisation dans un cosmos ordonné. Ce n’est pas un hasard si la plus grande civilisation de l’Occident européen, née du berceau homérique, s’est fondée sous le signe de Mars et Vénus. Ni si l’Europe a pris conscience d’elle-même dans une autre épopée guerrière, celle des chevaliers, fondée sur l’amour courtois.

En somme, l’Homère « sexiste » qui n’aurait pas laissé de place à la voix des femmes nous a offert une vision de la civilisation, mais également une fresque d’humanité, de psyché et d’émotions. Celle-ci, encore aujourd’hui, après trois mille ans, a bien plus de leçons à nous donner que n’importe quel contemporain.

Carlomanno Adinolfi – Istituto Eneide

Notes

[1]: Homère, Odyssée, Chant IV, v. 275.
[2]: Homère, Iliade, Chant III, v. 180 ; Chant VI v. 344 et v. 356.
[3]: Homère, trad. de Paul Mazon, Iliade, Paris, éd. des Belles Lettres, 1954, Chant XXIV, v. 348-358 : « Le lamento d’Hélène ».
[4]: Idem.
[5]: Homère, trad. de Philippe Jaccottet, Odyssée, Paris, éd. des Belles Lettres, 1954, Chant IV, v. 220.