Droite/Gauche : pour sortir de l’équivoque

Doite Gauche

Droite/Gauche : pour sortir de l’équivoque

Une recension du livre Droite/Gauche : pour sortir de l’équivoque, d’Arnaud Imatz, par l’écrivain Christopher Gérard.

Arnaud Imatz, Droite/Gauche : pour sortir de l’équivoque

Arnaud Imatz, Droite/Gauche : pour sor­tir de l’équivoque

Basque de France, Arnaud Imatz est un spé­cia­liste poin­tu des cou­rants poli­tiques non-confor­mistes qui fait sienne la fameuse sen­tence de son maître Orte­ga y Gas­set : « Etre de gauche ou être de droite, c’est choi­sir une des innom­brables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbé­cile. Toutes deux sont en effet des formes d’hémiplégie morale ».

Déjà auteur d’une somme défi­ni­tive sur un per­son­nage tabou de l’histoire espa­gnole, le chef pha­lan­giste José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra (fusillé en 36), Arnaud Imatz a beau­coup étu­dié l’histoire de la Guerre d’Espagne, qu’il a libé­rée des dogmes de l’historiographie mar­xiste. Il publie aujourd’hui une volu­mi­neuse syn­thèse sur le cli­vage droite/gauche, qui se révèle à la lec­ture une his­toire bien­ve­nue des idées dis­si­dentes en Europe depuis 1945. Par cli­vage droite/gauche, Imatz entend un arti­fice créé pour ren­for­cer l’idéologie domi­nante, mixte de maté­ria­lisme et de mul­ti­cul­tu­ra­lisme dog­ma­tiques, car répon­dant aux besoins d’une oli­gar­chie tech­no-mar­chande qui hait d’instinct tout ce qui s’oppose à l’homogénéisation for­ce­née du monde et au règne sans par­tage de ce que le Duc de Guise appe­lait en son temps « la for­tune ano­nyme et vagabonde ».

Ce doc­teur en Sciences poli­tiques, naguère haut fonc­tion­naire inter­na­tio­nal puis chef d’entreprise à Madrid, a pour ce faire enri­chi et consi­dé­ra­ble­ment rema­nié un essai publié en 1996. Son nou­veau livre consti­tue une riche source de réflexions sur les cou­rants non-confor­mistes d’après-guerre, que l’on lira à la suite du célèbre essai de Jean-Louis Lou­bet del Bayle, Les Non-confor­mistes des années 30. Lui-même dis­ciple de Simone Weil, il prône de manière cohé­rente l’enracinement contre le mag­ma mon­dia­liste, la sou­ve­rai­ne­té popu­laire contre l’utopie mul­ti­cul­tu­ra­liste, la jus­tice sociale contre le Grand Mar­ché. Catho­lique conser­va­teur et gaul­liste par tra­di­tion fami­liale, Imatz ana­lyse les dif­fé­rents cou­rants oppo­sés au maté­ria­lisme éga­li­taire, des contre-révo­lu­tion­naires aux popu­listes, des nou­velles droites aux sou­ve­rai­nistes. L’ensemble est éru­dit, pro­fus même (80 pages de notes et 80 autres de biblio­gra­phie !) ; il per­met une plon­gée trans­ver­sale dans un cor­pus peu étu­dié (ou trop sou­vent avec des blo­cages épis­té­mo­lo­giques induits par l’idéologie domi­nante d’une Uni­ver­si­té fort docile) et offre une his­toire sur la longue durée d’une pen­sée orga­ni­ciste, enra­ci­née, ouverte à la dimen­sion spi­ri­tuelle et hié­rar­chi­sée – l’économie étant sou­mise au prin­cipe politique.

Les écri­vains ne sont pas oubliés, ce qui me vaut l’honneur — auquel je suis sen­sible — d’être cité par­mi les Antimodernes.

Une somme bien­ve­nue sur la pen­sée tra­di­tion­nelle pour mieux com­prendre une moder­ni­té à la fois patho­gène, anxio­gène et belligène.

Chris­to­pher Gérard / Source : archaion.hautetfort.com

Arnaud Imatz, Droite/Gauche : pour sor­tir de l’équivoque, Edi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 438 pages, 29,90 €