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Eugène de Savoie, guerrier et homme d’État au service des Habsbourg. Troisième partie

Cet article traite de l’histoire d’Eugène de Savoie et de la géopolitique du Saint Empire romain germanique, de la France et de l’Empire ottoman pendant la période couvrant la seconde moitié du dix-septième siècle à sa mort en 1736. Troisième partie.

Eugène de Savoie, guerrier et homme d’État au service des Habsbourg. Troisième partie

En 1714, la guerre de Succession d’Espagne s’achève. Deux ans plus tard, la guerre contre les Turcs reprend. La Sublime Porte veut remettre la main sur les territoires perdus lors de la signature du traité de Karlowitz. Le sultan Ahmet III attaque d’abord le Péloponnèse, appartenant alors à Venise, et le conquiert en deux mois. Le Saint Empire, Venise, le Portugal, Malte et les États pontificaux s’allient pour former une nouvelle Sainte-Ligue.

Nouvelle guerre contre les Turcs

Eugène, géné­ral en chef de l’armée impé­riale, ras­semble une armée de soixante-cinq mille hommes. Il va rem­por­ter deux vic­toires déci­sives alors que ses troupes seront à chaque fois en grande infé­rio­ri­té numé­rique. Avant cha­cune des deux batailles, il répond par un ordre d’attaque à l’avis una­nime de ses géné­raux qui conseillent la défensive.

Comme à son habi­tude, il com­bat tou­jours per­son­nel­le­ment à l’endroit le plus déci­sif, conscient de l’importance de l’exemple du chef pour son armée.

Tableau : Le Prince Eugène libé­rant la Bos­nie, tableau de Karl von Blaas, Kuns­this­to­risches Museum, Vienna.

Bataille de Peterwardein

En 1716, le grand vizir Ali Cou­mour­gi dirige une armée de cent cin­quante mille hommes vers la for­te­resse impé­riale de Peter­war­dein. Eugène est infor­mé de l’arrivée de l’armée turque et l’attend à un endroit favo­rable avec ses soixante-cinq mille hommes, Alle­mands, Autri­chiens, Hon­grois, Croates et Serbes : entre le Danube et la mon­tagne, dans un ter­rain cou­pé de marais, de hau­teurs et de défilés.

L’étroitesse du champ de bataille est telle que l’ennemi ne pour­ra pas pro­fi­ter de sa supé­rio­ri­té numé­rique pour contour­ner son armée par les ailes.

Le 5 août 1716 a lieu la bataille de Peter­war­dein. Mal­gré une tem­pête qui détruit la flotte chré­tienne, Eugène lance l’assaut à sept heures du matin. Il envoie sa cava­le­rie menée par Palf­fy sur les flancs otto­mans dans une manœuvre d’encerclement. Les dra­gons et les hus­sards brisent la cava­le­rie turque en trente minutes puis pénètrent dans le camp otto­man où ils découvrent les cadavres déca­pi­tés de plu­sieurs offi­ciers impé­riaux prisonniers.

À gauche du dis­po­si­tif, les bataillons du prince Alexandre de Wur­tem­berg culbutent les janis­saires et s’emparent d’une des trois grandes bat­te­ries d’artillerie. En revanche, le centre n’a pu débou­cher et la droite a été contre-atta­quée et bous­cu­lée par les Turcs.

La cava­le­rie de Palf­fy entre alors en liai­son avec Wur­tem­berg. Ces forces réunies attaquent le flanc gauche turc qui se trouve ain­si presque encer­clé. Ali Cou­mour­gi tente une der­nière charge et tombe bles­sé à mort. Toute l’armée turque est prise de panique et fuit vers le pont qui enjambe la Save, pour­sui­vie par la cava­le­rie impé­riale. La vic­toire est totale. Les Otto­mans comptent qua­rante mille morts, les Impé­riaux cinq mille. Eugène va ensuite aller assié­ger la ville de Temes­var qui capitule.

Bataille de Belgrade

Lors de la cam­pagne de 1717, Eugène a pour ambi­tion de reprendre Bel­grade. La ville est située au confluent de la Save et du Danube. Cette posi­tion stra­té­gique en fait une clé pour les Balkans.

En 1688, Bel­grade avait déjà été prise aux Otto­mans après un siège dans lequel Eugène avait tenu un rôle déci­sif et au cours duquel il avait été gra­ve­ment bles­sé (voir la par­tie I de l’article). Les Otto­mans avaient repris la ville deux ans plus tard, pro­fi­tant du redé­ploie­ment des troupes impé­riales après le déclen­che­ment de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

En 1717, Bel­grade est défen­due par une gar­ni­son de trente mille janis­saires. Eugène, conscient de la néces­si­té d’une flotte flu­viale, fait construire trois bons bâti­ments de guerre qui don­ne­ront à la flotte impé­riale la supé­rio­ri­té sur celle des Turcs.

Le 18 juin, l’armée d’Eugène forte de quatre-vingt mille hommes se déploie face à la ville avec à sa droite le Danube et à sa gauche la rivière Save.

Bel­grade a tou­jours été assaillie par les terres, sur sa face la plus for­ti­fiée. Eugène décide donc de l’attaquer en par­tant de la Save pour péné­trer par la basse ville préa­la­ble­ment bombardée.

Un fort déta­che­ment est envoyé sur la rive gauche de la Save de nuit, en silence, pour y construire des retran­che­ments d’où pour­ront par­tir des troupes trans­por­tées par eau pour don­ner l’assaut à la ville basse. Les Turcs s’en aper­çoivent et font pas­ser la rivière en bateau à quatre mille janis­saires qui attaquent les troupes impé­riales. Le com­bat est achar­né, les Impé­riaux plient et com­mencent à fuir lorsque Eugène appa­raît et redonne du cou­rage à ses sol­dats qui rejettent les Turcs à la Save.

Des bat­te­ries d’artillerie sont ins­tal­lées et le bom­bar­de­ment de la ville et de la cita­delle commence.

Mais une armée de secours diri­gée par le grand vizir Halil Pacha, suc­ces­seur d’Ali Cou­mour­gi, forte de cent cin­quante mille hommes, arrive et encercle l’armée impé­riale. Une ter­rible épreuve com­mence alors pour Eugène et son armée, qui deviennent les assié­gés, pris sous les feux à la fois de la place de Bel­grade et de l’énorme armée de secours. Les bom­bar­de­ments inin­ter­rom­pus déciment l’armée impé­riale et des hommes de l’entourage d’Eugène sont tués par des bou­lets tirés à côté de lui ou de sa tente. De plus, une épi­dé­mie de dys­en­te­rie éclate. Eugène lui-même tombe sérieu­se­ment malade et doit res­ter ali­té. Toute l’armée le sait et se croit perdue.

Pris dans cet étau, les effec­tifs, qui étaient de quatre-vingt mille hommes, tombent à soixante mille. Seule la maî­trise du Danube par la flotte impé­riale per­met de ravi­tailler l’armée assiégée.

Mais les Turcs conti­nuent leur bom­bar­de­ment et construisent des tran­chées pour se rap­pro­cher du camp allié. Le 15 août, Eugène tient un conseil de guerre. La situa­tion est inte­nable. Il décide d’attaquer la nuit sui­vante à minuit. C’est le coup de poker le plus auda­cieux de sa car­rière. Avant l’attaque, il passe dans toutes les uni­tés, donne les ordres de mis­sion, pres­crit le silence le plus total tout en encou­ra­geant ses sol­dats. À minuit, les sol­dats partent à l’assaut alors qu’en même temps un brouillard épais tombe sur le champ de bataille. Le com­bat dans la nuit et le brouillard est indé­cis. Un trou se crée dans la ligne impé­riale. On s’en aper­çoit au petit jour quand la brume se dis­sipe. Les Turcs en pro­fitent, avancent et découvrent leur flanc. Eugène sai­sit l’occasion. Il est solide sur sa gauche où ses sol­dats ont enfon­cé l’ennemi et pris une grande bat­te­rie d’artillerie qu’ils ont retour­née. Il réunit ses sol­dats et, à leur tête, il charge et bous­cule le flanc droit des Turcs qui ont péné­tré dans ses lignes. Toute l’armée impé­riale avance. Chez les Turcs, le désordre est com­plet et dégé­nère en panique. Vers onze heures, la vic­toire est totale et l’armée turque en pleine retraite.

Reste la ville et sa gar­ni­son de trente mille hommes. Celle-ci capitule.

Cette vic­toire est qua­li­fiée de miracle tant la situa­tion impé­riale était déses­pé­rée. Les pertes otto­manes sont consi­dé­rables, celles des Impé­riaux bien moindres. Eugène a de nou­veau été bles­sé, c’est sa trei­zième bles­sure de guerre.

Négociations de paix avec les Turcs

Après la prise de Bel­grade, le sul­tan Ahmet III est contraint d’entamer des négo­cia­tions de paix et condamne son grand vizir Halil Pacha à mort.

De plus, la bataille navale de Mata­pan a lieu le 19 juillet 1717 au large de la Grèce. Elle oppose les forces navales véni­tiennes, por­tu­gaises et mal­taises ain­si que des États pon­ti­fi­caux à la flotte otto­mane. Les chré­tiens déciment la flotte otto­mane, ce qui por­te­ra un coup rude à la domi­na­tion turque en Médi­ter­ra­née orientale.

Pour main­te­nir la pres­sion sur les Turcs pen­dant les négo­cia­tions de paix, Eugène tient son armée prête à entrer en cam­pagne. Il a face à lui une armée otto­mane de quatre-vingt mille hommes et menace de l’écraser, ce qui contraint les Turcs à céder aux condi­tions des Impé­riaux et à signer le trai­té de Pas­sa­ro­witz en 1718. Une par­tie de la Ser­bie, de la Rou­ma­nie et de la Bos­nie sont libé­rées. Eugène fait colo­ni­ser ces terres par des pay­sans chrétiens.

Le prince Eugène cap­ture Bel­grade le 16 août 1717. Pein­ture de Jan van Huch­ten­burgh expo­sée au Deutsches His­to­risches Museum Berlin.

Le siège de Bel­grade, 1717. Ano­nyme. Gra­vure expo­sée à la Öster­rei­chische Natio­nal­bi­blio­thek, Wien.

Eugène, diplomate

Homme de guerre, Eugène est aus­si un excellent diplo­mate et homme d’État euro­péen. Sa maxime « L’épée n’a de valeur qu’au ser­vice de la pen­sée » gui­de­ra son action. Grand capi­taine, il méprise ceux de ses pareils qui aiment la guerre pour elle-même plu­tôt que par néces­si­té poli­tique. Après 1717, il devient l’arbitre de l’Europe et diri­ge­ra jusqu’à sa mort la poli­tique étran­gère de l’Empire dans le but de main­te­nir la paix. Il y par­vien­dra pen­dant vingt ans. Pour cela, il devien­dra un par­ti­san de l’entente avec la France ain­si qu’avec l’Angleterre, la Prusse et la Rus­sie. Il régle­ra aus­si un conflit entre la papau­té et l’Empire, tout en dénon­çant l’attitude du sou­ve­rain pon­tife qu’il juge trop por­té aux excommunications.

Carte : l’Eu­rope en 1717.

L’empereur Charles VI n’ayant pas de fils, il cherche à faire recon­naître par des moyens diplo­ma­tiques la Prag­ma­tique Sanc­tion qui sti­pule que, à défaut d’héritier mâle, la suc­ces­sion devait reve­nir à la fille aînée de Charles VI, Marie-Thé­rèse. Il y par­vient et les États alle­mands, l’Angleterre et l’Espagne acceptent la Prag­ma­tique Sanction.

Eugène est au som­met de sa gloire en 1728 mais il vieillit et est très malade. Fai­sant tout pour main­te­nir la paix en Europe, il ne pré­pare pas son armée à des hostilités.

Guerre de Succession de Pologne

En 1733, le roi de Pologne et élec­teur de Saxe Auguste II meurt. Deux can­di­dats se pré­sentent à l’élection par la Diète polo­naise : Auguste III, fils d’Auguste II, qui est sou­te­nu par la Rus­sie et par le Saint Empire, et Sta­nis­las Leszc­zyns­ki qui a déjà été roi de Pologne et béné­fi­cie de l’appui de la France et l’Espagne.

Avec le sou­tien finan­cier de Louis XV et l’aide d’un corps d’armée fran­çais de deux mille hommes qui fait pres­sion sur les nobles polo­nais, Leszc­zyns­ki est élu par la Diète. Mais la tsa­rine Anna Iva­nov­na envoie une armée de vingt mille hommes qui le détrônent et le rem­placent par Auguste III.

L’empire des Habs­bourg déli­bère sur la pos­si­bi­li­té de faire la guerre. Eugène expose que la France a si bien uti­li­sé les vingt der­nières années de paix qu’elle est à nou­veau au som­met de sa puis­sance et il décon­seille à l’empereur de se lan­cer dans la guerre, d’autant plus que l’Angleterre, la Prusse et les Pays-Bas ne veulent pas s’en mêler.

Cepen­dant, l’empereur et le reste du conseil de guerre aulique veulent la guerre et Eugène doit s’incliner. La guerre est de toute façon décla­rée à l’Empire par la France et l’Espagne.

C’est toute la poli­tique d’Eugène visant à main­te­nir la paix qui s’effondre.

Louis XV a consti­tué deux armées : l’une des deux opère sur le Rhin tan­dis que l’autre pénètre en Ita­lie. L’empereur n’a d’autre choix que de don­ner à Eugène le com­man­de­ment de l’armée du Rhin. Eugène a alors soixante-dix ans. Il écrit à tous les princes du Saint Empire pour leur deman­der des troupes et des sub­sides. Le plus grand nombre réplique que cette guerre n’intéresse pas l’Empire et Eugène ne peut réunir que vingt-quatre mille hommes sur le Rhin. Face aux Fran­çais, il essaye de gagner du temps en évi­tant le com­bat tout en blo­quant le pas­sage. Son com­por­te­ment est tel­le­ment dif­fé­rent de ce qu’il a été pen­dant toute sa car­rière qu’on ne peut que l’attribuer à la dimi­nu­tion phy­sique et intel­lec­tuelle. Vu l’état de l’armée, Eugène fait dévier le cours de trois rivières, ce qui pro­voque une vaste inon­da­tion qui gêne les Fran­çais. En Ita­lie, les armées fran­çaises et impé­riales s’affrontent à la bataille de San Pie­tro sans vain­queur net, et à la bataille de Guas­tal­la qui tourne à l’avantage des Français.

Fina­le­ment, la France pro­pose la paix en 1735 : elle recon­naî­tra Auguste III comme roi de Pologne à condi­tion que Sta­nis­las Leszc­zyns­ki reçoive à titre de dédom­ma­ge­ment la Lor­raine qui, à sa mort, revien­dra à la France, et que Naples et la Sicile soient cédées à l’Espagne. L’empereur accepte sans même consul­ter Eugène, ce qui est un désa­veu. Sans la modé­ra­tion de Louis XV, le trai­té aurait pu coû­ter beau­coup plus cher à l’Empire mais la France achève son uni­té avec la pers­pec­tive de la réunion de la Lor­raine et recon­naît en outre la Prag­ma­tique Sanction.

À par­tir de 1734, les pro­blèmes res­pi­ra­toires d’Eugène s’aggravent encore, d’autant qu’il refuse obs­ti­né­ment toute méde­cine. Il meurt dans son som­meil le 20 avril 1736.

Bilan de la vie d’Eugène

Ayant voué sa vie au Saint Empire romain ger­ma­nique et aux Habs­bourg dont il a agran­di le patri­moine, il n’a jamais renié sa vraie famille, la mai­son de Savoie, et lui est tou­jours res­té fidèle, même quand il voyait son sou­ve­rain chan­ger d’allié aux dépens de l’Empire.

Napo­léon l’a cité par­mi les grands capi­taines au même titre qu’Alexandre le Grand, Han­ni­bal, César, Gus­tave Adolphe et Turenne. À une époque où les fronts étaient étroits, le rôle du chef était d’abord celui de l’exemple. Char­geant en tête, l’arme au poing, Eugène a tou­jours été d’une grande témé­ri­té et fut bles­sé treize fois au cours de ses cam­pagnes. Il aimait ses sol­dats, veillait à leurs besoins, leur repos, et il en était l’idole. Il a aus­si réor­ga­ni­sé l’armée impé­riale pour faire place au mérite plu­tôt qu’aux relations.

Toute sa stra­té­gie est basée sur des ser­vices de ren­sei­gne­ment et d’espionnage d’une rare effi­ca­ci­té. Il connaît le carac­tère de ses adver­saires et les réac­tions de leurs troupes. Ses extra­or­di­naires vic­toires sur les Turcs s’expliquent parce qu’il savait que l’armée turque réagis­sait mal devant la sur­prise, ce qui pro­vo­quait tou­jours des paniques dans ses rangs.

Eugène est aus­si un véri­table Euro­péen : ori­gi­naire du duché de Savoie, il est de culture fran­çaise. Il s’est révol­té contre la car­rière reli­gieuse à laquelle sa famille l’avait des­ti­né, a tout quit­té en France pour rejoindre le Saint Empire romain ger­ma­nique et a diri­gé lors de ses cam­pagnes des troupes ori­gi­naires de presque tous les pays d’Europe. Il a été au-devant du dan­ger turc pour défendre la chré­tien­té et a com­bat­tu les pré­ten­tions hégé­mo­niques de Louis XIV.

Contrai­re­ment à Louis XIV qui concé­de­ra à la fin de sa vie avoir trop aimé la guerre, Eugène n’aura fait la guerre que lorsqu’il y était contraint et il aura tout fait pour main­te­nir la paix en Europe après la guerre de Suc­ces­sion d’Espagne. Sa pos­té­ri­té est grande mal­gré le résul­tat de la guerre de Pologne qu’il a été obli­gé de conduire à soixante-dix ans alors qu’il était très malade.

De plus, mal­gré tous les efforts d’Eugène pour faire recon­naître la Prag­ma­tique Sanc­tion, à la mort de Charles VI en 1740, tous les enga­ge­ments pris seront oubliés. Les appé­tits de la France, la Prusse, l’Angleterre, l’Espagne, la Bavière et la Saxe à se par­ta­ger l’héritage habs­bour­geois déclen­che­ront la guerre de Suc­ces­sion d’Autriche (cette guerre se ter­mi­ne­ra en 1758 par une vic­toire autri­chienne et la recon­nais­sance par toute l’Europe de la Prag­ma­tique Sanction).

Eugène de Savoie fut non seule­ment un grand guer­rier mais aus­si un homme de culture qui appor­ta à l’Autriche son goût des lettres, des arts et des sciences. Sa biblio­thèque de quinze mille livres est célèbre et témoigne de ses goûts éclec­tiques : phi­lo­so­phie, théo­lo­gie, lit­té­ra­ture, arts mili­taires, sciences natu­relles. Il échan­geait avec tous les grands esprits de son temps (Leib­niz, Mon­tes­quieu, Voltaire).

Les grands palais baroques qu’il a fait construire sont encore célèbres aujourd’hui comme celui du Him­melp­fort­gasse ou celui du Bel­vé­dère, situés à Vienne.

Grand mécène, Eugène aura com­man­dé de nom­breuses toiles et sculp­tures repré­sen­tant des per­son­nages ou des divi­ni­tés de la mytho­lo­gie grecque à des artistes de toute l’Europe. Amou­reux de la nature, ses jar­dins contiennent de nom­breuses espèces de plantes et d’animaux exo­tiques. Chaque jour, il allait nour­rir lui-même son aigle royal et, d’après la légende, son lion pré­fé­ré rugi­ra toute la nuit de sa mort.

Pra­ti­quant sa foi sans être bigot, il aura été très tolé­rant envers les pro­tes­tants, les jan­sé­nistes et les ortho­doxes. Contrai­re­ment à d’autres que leur ascen­sion sociale a cou­pés du peuple, sa fré­quen­ta­tion du monde domes­tique auquel il a été confié enfant a fait qu’il a conser­vé de l’intérêt pour le petit peuple, ses sol­dats, ses ser­vi­teurs et ses ouvriers dont il gonfle les effec­tifs et double les salaires pour allé­ger la misère.

Eugène de Savoie est une figure illus­trant bien la triade homé­rique « La nature comme socle, l’excellence comme but, la beau­té comme hori­zon ». Les Euro­péens ne peuvent que s’inspirer d’un tel exemple pour s’extirper de leur tor­peur et reprendre en main leur destinée.

Alexandre de Sal­vert — Pro­mo­tion Roi Arthur

Bibliographie

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  • Wiki­pé­dia

Remer­cie­ments à Anne-Laure Blanc, Phi­lippe Conrad et Jean-Yves Le Gal­lou pour leur aide dans la réa­li­sa­tion de ce travail.