« Les Saisons », hymne profond de notre longue mémoire forestière

« Les Saisons », hymne profond de notre longue mémoire forestière

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Sorti en salles le 27 janvier dernier, « Les Saisons » est le film indispensable pour tous les amoureux de la faune et de la flore forestières européennes, mais aussi pour tous ceux qui se placent dans le droit fil de notre longue mémoire.

Film de Jacques Per­rin et de Jacques Clu­zaud, « Les Sai­sons » sort du cadre clas­sique du docu­men­taire ani­ma­lier pour aller vers le poème visuel et sonore. Retra­çant l’évolution de la forêt euro­péenne depuis l’ère gla­ciaire jusqu’à nos temps actuels, en expli­quant par la voix de Jacques Per­rin l’apparition des sai­sons qui marquent depuis des mil­lé­naires nos pay­sages et notre nature.

« Les Saisons », hymne profond de notre longue mémoire forestière

« Les Sai­sons », hymne pro­fond de notre longue mémoire fores­tière

Pro­cé­dant par touches impres­sion­nistes, par une beau­té visuelle, tout autant que sonore, « Les Sai­sons » se place dans le sillage de l’émerveillement per­ma­nent, de l’apologie de la beau­té de notre nature. Grâce à une véri­table prouesse tech­nique, nous appro­chons au plus près des habi­tants de nos forêts, les voyant naître, gran­dir, mou­rir… À tel point que nous nous iden­ti­fions aux cerfs, loups, lynx, ours, renards, san­gliers et autres mul­tiples espèces d’oiseaux qui consti­tuent la diver­si­té de notre faune, autant d’animaux qui font le bon­heur des lec­teurs de « La Sala­mandre » et de « La Hulotte ». Sans par­ler de la beau­té des élé­ments (pluie, neige, vent, orage, aurore, cré­pus­cule, nuit, pleine lune, etc.).

Le film réus­sit éga­le­ment à nous mon­trer l’apparition des hommes au cœur de cette nature par petites touches comme si nous n’étions pas l’élément cen­tral de cette nature, mais l’un des hôtes.

« Les Sai­sons » est éga­le­ment une réus­site car ce film évite le com­men­taire per­ma­nent et la musique sem­pi­ter­nelle, on découvre en effet la mul­ti­tude de sons et de bruits que font la faune et la flore au cœur de nos forêts. Ce qui rend d’autant plus appré­ciables les com­men­taires de Jacques Per­rin et les illus­tra­tions sonores qui tombent juste à chaque fois.

Ensuite, le film montre le dérou­le­ment des sai­sons par des touches infimes et sur­tout leur cycle per­ma­nent, une véri­table leçon qui passe, là-aus­si, par la beau­té et l’émerveillement.

Il mérite d’être revu plu­sieurs fois et retrace notre forêt, notre flore et notre faune dans une longue mémoire, y com­pris celle des hommes qui rap­pel­le­ra aux lec­teurs du CNC les œuvres de Domi­nique Ven­ner, tant pour la chasse et la place sym­bo­lique qu’occupe le cerf dans ses œuvres, et même au sein du film, mais sur­tout pour la longue filia­tion humaine euro­péenne. En évo­quant qui plus est sources et divi­ni­tés par touches, idem pour l’arrivée des monas­tères et des défri­cheurs pré­sen­tée tout en nuances.

Pour autant « Les Sai­sons » montre là encore avec finesse com­ment les hommes ont chan­gé leur rap­port à la nature, pour la domes­ti­quer, expli­quant à la suite de Des­cartes que nous voyons désor­mais les ani­maux comme utiles ou nui­sibles. Pour autant, le film n’oublie pas la poé­sie des gestes humains au cœur de cette nature.

La der­nière par­tie du film est pro­pre­ment éton­nante. Mon­trant des ani­maux, notam­ment des oiseaux, au cœur de la bou­che­rie de 14–18, on voit un sol­dat fran­çais ces­ser son obser­va­tion pour des­si­ner un oiseau ; scène qui évoque direc­te­ment Jün­ger et ses récits de guerre. Ensuite nous sommes plon­gés en plein com­bat avec l’utilisation du gaz mou­tarde qui décime les ani­maux sur le front et nous assis­tons à l’utilisation actuelle de pes­ti­cides et insec­ti­cides dans les rangs d’arbre qui a pour consé­quence la déci­ma­tion de nos abeilles, ce qui infirme le green­wa­shing de cer­tains spon­sors du film (EDF, Cen­ter parcs, etc.). Enfin appa­raît une jeune fille entrant avec pré­cau­tion au cœur d’une forêt pour regar­der avec émer­veille­ment une biche et son faon. Là Jacques Per­rin nous incite à retrou­ver notre part sau­vage, avec une belle scène sur Paris. Et un énième sur­vol de nos forêts par des oiseaux migra­teurs…

Auteur : Arnaud / Source : Cercle Non Conforme