Le lac de Nemi et le sanctuaire de Diane

Le lac de Nemi et le sanctuaire de Diane

Le lac de Nemi et le sanctuaire de Diane

Dans la val­lée d’Aricie, se trou­ve un lac, entou­ré
d’une forêt touf­fue, et consa­cré par un culte ancien. […]
Des fils pen­dent com­me des voi­les le long des haies,
où sont posés de nom­breux ex-voto à la dées­se bien­fai­san­te.
Sou­vent, for­te d’un vœu exau­cé, le front ceint d’une cou­ron­ne,
une fem­me y appor­te de la Vil­le des flam­beaux allu­més.
La royau­té revient aux mains vigou­reu­ses et aux pieds agi­les,
et puis le roi, à son tour, périt selon l’exemple qu’il a don­né.
Ovi­de, Fas­tes III, Mars, 268 et sui­vants

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Pays : Italie
Région : Latium
Thématique générale du parcours : Archéologie sacrée
Mode de déplacement : A pied
Durée du parcours : Deux heures AR du village au site, auxquelles il faut ajouter le temps passé sur le site archéologique. Tour du lac : 1 h 30 à 2 heures.
Difficulté du parcours : Très facile, accessible en famille.
Période possible : Toute l’année. Evitez les jours les plus chauds de l’été.

Présentation géographique

La bour­ga­de de Nemi est située à une ving­tai­ne de kilo­mè­tres au sud-est de Rome, dans les monts Albains, à envi­ron 520 m d’altitude. Le lac, 200 m plus bas, occu­pe le cra­tè­re d’un ancien vol­can. Le « miroir de Dia­ne » est entou­ré de forêts (nemus signi­fie « bois » en latin), où domi­ne le châ­tai­gnier. Néan­moins, les ter­res vol­ca­ni­ques sont aujourd’hui mises en cultu­re ; le lac n’a donc plus l’aspect sau­va­ge qui était le sien dans l’Antiquité. A Nemi, sont culti­vées la frai­se et la frai­se des bois, sou­vent sous ser­re.

Cadre historique et culturel

Le site est occu­pé depuis le Néo­li­thi­que.

Sur les rives du lac se trou­ve le très ancien sanc­tuai­re de Dia­ne Nemo­ren­sis. Reli­sons les pages que Geor­ges Dumé­zil consa­cre à Dia­ne (La Reli­gion romai­ne archaï­que), dées­se fécon­dan­te et dées­se poli­ti­que : « Dia­ne, avec son beau nom latin, n’est pas romai­ne, mais a été don­née à Rome par ses voi­sins du Latium. […]. L’introduction de ce culte a été liée à l’un des mou­ve­ments guer­riers et poli­ti­ques qui ont mis Rome à la tête de la confé­dé­ra­tion lati­ne : par­mi les sanc­tuai­res de Dia­ne, le plus impor­tant, celui d’Aricie dans les monts Albains, avait en effet ser­vi de cen­tre à cet­te confé­dé­ra­tion, et il est cer­tain que le culte de Dia­ne éta­bli sur l’Aventin a été com­me la répli­que romai­ne de celui-là. » Selon les his­to­riens, la trans­la­tion du culte de Dia­ne Ari­ci­ne, ou Dia­ne Nemo­ren­sis, à Rome eut lieu avant la secon­de moi­tié du IVe siè­cle av. J.-C.

L’autel de Diane Nemorensis
La Diane chasseresse du sculpteur Luciano Mastrolorenzi dans le bourg de Nemi
La tour du château Ruspoli
Le lac de Nemi
Le myrte, symbole de l’amour et du pouvoir
Les soubassements du sanctuaire de Diane

Geor­ges Dumé­zil pré­ci­se : « Le sanc­tuai­re d’Aricie se trou­vait au bord d’un lac de mon­ta­gne, dans un bois auquel la dées­se doit son nom usuel, Dia­na Nemo­ren­sis. Deux faits y carac­té­ri­saient son culte.
Son prê­tre por­tait le titre de roi, rex Nemo­ren­sis et un usa­ge sûre­ment ancien ren­dait cet­te digni­té fra­gi­le : celui qui aspi­rait à la ‘royau­té’ devait tuer le titu­lai­re en exer­ci­ce après avoir cas­sé un rameau à un cer­tain arbre du bois sacré. » Com­me cela n’était pas sans ris­que, le duel devint une sor­te de simu­la­cre, per­met­tant à un escla­ve fugi­tif de gagner sa liber­té en deve­nant rex Nemo­ren­sis, roi du bois.

Mais, expli­que Geor­ges Dumé­zil, « mal­gré le beau livre de Fra­zer, rien ne per­met de pen­ser que ce rex ait jamais été un roi réel mais la suc­ces­sion, tou­jours vir­tuel­le­ment ouver­te, du regnum dans le nemus de Dia­ne devait expri­mer un trait impor­tant de la mis­sion ou du carac­tè­re de la dées­se.

D’autre part, Dia­ne, qu’il faut bien consi­dé­rer com­me vier­ge puisqu’elle a été assi­mi­lée à la rigou­reu­se Arté­mis, avait puis­san­ce sur la pro­créa­tion et la nais­san­ce des enfants. Les fouilles ont mis au jour quan­ti­té d’ex-voto dont le sens n’est pas dou­teux. […] A sa fête, aux Ides d’août, les fem­mes se ren­daient à son bois en pro­ces­sion, avec des tor­ches, pour mar­quer leur recon­nais­san­ce. […] Dans ce bois, une sour­ce abri­tait une sor­te de nym­phe, Ege­ria, dont le nom fait réfé­ren­ce à la déli­vran­ce des fem­mes. »

Dia­ne est fêtée le 13 août.

Nemi fait par­tie des Cas­tel­li Roma­ni, les « châ­teaux romains », ensem­ble de trei­ze bourgs for­ti­fiés au Moyen Age par les gran­des famil­les romai­nes sou­cieu­ses d’échapper à l’anarchie. Il en res­te la tour du châ­teau Rus­po­li.

Description de l’itinéraire

Lais­sez votre voi­tu­re dans le bourg de Nemi. Atten­tion, il est très fré­quen­té en fin de semai­ne, et enco­re plus à la sai­son des frai­ses. Dès l’entrée dans Nemi, une sta­tue contem­po­rai­ne vous salue : la Dia­ne chas­se­res­se du sculp­teur Lucia­no Mas­tro­lo­ren­zi (né en 1929). En tra­ver­sant le bourg, vous ver­rez, au pied d’un pal­mier, une pla­que à la mémoi­re de James Geor­ge Fra­zer (1854–1941), auteur du Rameau d’or et consi­dé­ré com­me le fon­da­teur de l’anthropologie cultu­rel­le. Un peu plus loin, sur le mur du palais Rus­po­li, une fon­tai­ne à l’effigie de Médu­se por­te une curieu­se ins­crip­tion en futhark. Elle n’est autre que la signa­tu­re fan­tai­sis­te du sculp­teur : « En 2008, Lucia­no Mas­tro­lo­ren­zi don­na au pays cet allia­ge de cui­vre et d’étain. »

Ex-voto trouvé lors des fouilles
Dans le bourg de Nemi, plaque à la mémoire de Frazer
Fontaine de Méduse
Dédicace de la fontaine de Méduse
Le site archéologique - Au fond, l’autel de Diane Nemorensis
Le musée des navires romains

Après être pas­sés sous la por­te médié­va­le, pre­nez le sen­tier qui des­cend à votre gau­che. Au fil de la des­cen­te, et selon la sai­son, n’oubliez pas de confec­tion­ner bou­quets, guir­lan­des et cou­ron­nes. Arri­vés au bas du sen­tier, emprun­tez la rou­te qui part sur votre droi­te. L’accès au site archéo­lo­gi­que est bali­sé. Néan­moins, arri­vés à proxi­mi­té du site, ne sui­vez pas le che­min de ter­re qui mène à une grille, car cel­le-ci est clo­se. Sui­vez le che­min de ter­re qui tra­ver­se une prai­rie jusqu’à une buvet­te, Le Jar­din de Dia­ne, où vous revien­drez vous désal­té­rer ou déjeu­ner si elle est ouver­te (il est en effet bien venu de s’annoncer, ce qui per­met d’aller tran­quille­ment visi­ter le site archéo­lo­gi­que). En vous fau­fi­lant entre les oli­viers, vous arri­vez devant les rui­nes du tem­ple.

Le sanc­tuai­re lui-même occu­pe une lar­ge pla­te-for­me arti­fi­ciel­le de 200 m sur 175 m. Cel­le-ci était déli­mi­tée par deux por­ti­ques d’ordre dori­que, l’un avec des colon­nes cré­pies en rou­ge, l’autre avec des colon­nes de pépe­rin gris fon­cé. Elle abri­tait des sta­tues, des locaux réser­vés aux prê­tres, des loge­ments pour les pèle­rins, une cel­la, un tem­ple, des bains thé­ra­peu­ti­ques, et même un théâ­tre. De ces struc­tu­res, on ne voit plus qu’une paroi avec de gran­des niches, une par­tie du pro­naos, avec au moins un autel votif et quel­ques colon­nes. Sous la toi­tu­re moder­ne qui pro­tè­ge les fouilles, un autel por­te régu­liè­re­ment des offran­des : fleurs, fruits, bou­gies…

Les grandes niches en bordure du sanctuaire
Pavage traditionnel ou antique
Dans les bois de Nemi
Olivier
Feuilles d'acanthe
Coucher de soleil sur le lac de Nemi

Le site fut aban­don­né avec la chris­tia­ni­sa­tion : mar­bres et décors furent récu­pé­rés avant que la forêt ne repren­ne ses droits. Les fouilles archéo­lo­gi­ques débu­tè­rent dès le XVIIe siè­cle ; les plus beaux objets se trou­vent dans divers musées euro­péens, notam­ment à Rome, à Not­tin­gham et à Copen­ha­gue.

Vous pou­vez conti­nuer votre excur­sion en allant fai­re le tour du lac, et en visi­tant le Musée des navi­res romains (voir ci-des­sous). En fin de jour­née, il fau­dra son­ger à remon­ter au vil­la­ge.

Activités connexes

Musée des navires romains, ou Museo delle Navi Romane

Ce musée, construit en 1935, abri­tait les res­tes de deux navi­res votifs de l’époque de Cali­gu­la (37–47) retrou­vés au fond du lac. Hélas, en 1944, un incen­die rava­gea le musée et les pré­cieux bateaux. Recons­truit, le musée a réou­vert en 1953, puis en 1988. Il abri­te aujourd’hui les objets trou­vés dans la région ain­si que les maquet­tes à échel­le rédui­te des embar­ca­tions. Les objets les plus pré­cieux sont au Musée natio­nal romain du palais Mas­si­mo à Rome.

Pour en savoir plus : museonaviromane.it

Parcours archéologique souterrain

Pour pro­té­ger le sanc­tuai­re de Dia­ne, il était impor­tant de régu­ler le niveau du lac. Au Ve siè­cle avant J.-C., les habi­tants d’Aricia creu­sè­rent un canal arti­fi­ciel, « l’émissaire de Nemi », d’une lon­gueur de 1 653 m. Ce canal fut retrou­vé et remis en acti­vi­té lors des fouilles de 1927, afin de faci­li­ter la récu­pé­ra­tion des navi­res. Il se par­court avec un gui­de, sur réser­va­tion. Equi­pe­ment conseillé : bot­tes et pan­ta­lon soli­de, lam­pe de poche. Télé­pho­ne : (+39) 06 94 79 931 ou (+39) 06 94 95 255.

Nom­breu­ses autres ran­don­nées dans le parc des Cas­tel­li Roma­ni : parcocastelliromani.it

La Via Francigena

Nemi est une éta­pe de la Via Fran­ci­ge­na Sud, qui relie Rome à Brin­di­si, où les pèle­rins s’embarquaient pour la Ter­re sain­te.

Pour en savoir plus : viefrancigenedelsud.it

Cartographie

Une car­te est dis­po­ni­ble en pdf : parcocastelliromani.it

Une bon­ne lec­tu­re du pay­sa­ge et la briè­ve­té de l’excursion per­met­tent de se pas­ser d’une car­te.

Bibliographie

  • Geor­ges Dumé­zil, La Reli­gion romai­ne archaï­que, Payot, 1974. Notam­ment les pages 409 à 413.
  • Ovi­de, Fas­tes, I à III, Les Bel­les-Let­tres, 2003
  • James Geor­ge Fra­zer, Le Rameau d’or – en 4 tomes, chez Bou­quins
  • Tho­mas F. C. Blagg, Le mobi­lier archéo­lo­gi­que du sanc­tuai­re de Dia­ne Nemo­ren­sis, In : Les bois sacrés. Actes du col­lo­que inter­na­tio­nal de Naples. Col­lec­tion du Cen­tre Jean Bérard, 10, 1993, 103–109 :

Accès et données GPS

Depuis Rome en voi­tu­re.

Matériel spécifique, équipement

Tenue de pro­me­na­de selon la sai­son, chaus­su­res légè­res, gour­de ou bou­teille d’eau. Atten­tion à la régle­men­ta­tion du parc des Cas­tel­li Roma­ni. Sont inter­dits notam­ment : les chiens, les feux ouverts, le cam­ping et la cueillet­te.

Art de vivre

La fête de la frai­se a lieu à Nemi en juin. Le vin « local » est le célè­bre fras­ca­ti. Autre spé­cia­li­té, le cochon de lait rôti, la por­chet­ta.

Liens

Année où cet itinéraire a été parcouru

Novem­bre 2015.