#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

Intervention de Lionel Rondouin, normalien, enseignant en classe préparatoire, lors du colloque « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne ».

Chers amis,

Je ne peux en vingt minutes que lan­cer des thèmes et sug­gé­rer des pistes. Excu­sez donc le carac­tère appa­rem­ment som­maire ou « gra­phique » de mes propos.

Le MIM, le Mon­dia­lisme Immi­gra­tion­niste Mar­chand, est une idéo­lo­gie à la fois poli­tique et économique.

Car il y a une idéo­lo­gie éco­no­mique, tra­ves­tie en science exacte.

Les fon­de­ments de cette repré­sen­ta­tion du monde éco­no­mique sont les mêmes que ceux de la pré­ten­due science poli­tique qui vou­draient faire remon­ter la socié­té poli­tique à un contrat social.

On sait que, dans l’histoire de la phi­lo­so­phie poli­tique, la notion de pacte social est théo­ri­sée par Tho­mas Hobbes au milieu du XVIIème siècle dans son Levia­than. L’Angleterre des années 1640 est rava­gée par une guerre civile. C’est un acci­dent de l’histoire, très simi­laire à ce qui se passe au même moment en France avec cette guerre civile qu’on appelle la Fronde.

En revanche, Hobbes y voit une réa­li­té trans­cen­dante et per­ma­nente. L’homme est, par nature, égoïste, diri­gé par ses seuls inté­rêts. Toute alliance entre les hommes de cet état « natif » ima­gi­naire n’est que de cir­cons­tance. Ils ne connaissent aucun lien de soli­da­ri­té. La nature humaine, c’est la guerre de tous contre tous. Pour Hobbes, l’homme n’est donc pas de nais­sance un ani­mal social, le « zôon poli­ti­con » d’Aristote inté­gré à une socié­té concrète, pré­exis­tante à lui, dotée d’une dimen­sion tra­di­tion­nelle, juri­dique, cultu­relle, lin­guis­tique (ce qu’on appelle aujourd’hui une iden­ti­té), cette socié­té qui consti­tue un ensemble de liens et qui, sous cer­tains aspects,le déter­mine dans ses rap­ports aux autres indi­vi­dus et à la col­lec­ti­vi­té. Pour Hobbes donc, les hommes, las­sés de cette anar­chie san­glante et contre-pro­duc­tive, ima­gi­nèrent de pas­ser entre eux un contrat de type com­mer­cial et de délé­guer une par­tie de leur liber­té à une enti­té nou­velle, l’Etat, maître et arbitre, qui ferait régner l’ordre nécessaire.

Les théo­ries de Hobbes sont à l’origine de toutes les théo­ries de la table rase qui, sous des formes diverses, se suc­cèdent en Occi­dent depuis trois cents ans. L’humanité, ses socié­tés, ses géné­ra­tions suc­ces­sives sont des « tabu­las rasas », des tablettes de cire sur les­quelles le temps a écrit des mots, des his­toires, des concep­tions du monde et des pra­tiques des rap­ports sociaux. On pour­rait, en chauf­fant un peu la tablette, faire fondre la cire qui rede­vien­drait lisse, « rase » et donc vierge, et l’on pour­rait donc écrire des­sus, en toute liber­té, de nou­velles aven­tures, un nou­veau droit, de nou­velles socié­tés, un homme nou­veau. « Du pas­sé fai­sons table rase », dit l’Internationale. Ces théo­ries sont l’origine du construc­ti­visme poli­tique, de la théo­rie des consti­tu­tions et de la pré­ten­tion à rompre avec une nature et des héri­tages, à « remettre les pen­dules à zéro » dans l’histoire. Cette pro­blé­ma­tique est d’actualité puisque rien dans cette logique n’empêche de voir des indi­vi­dus allo­gènes s’agréger au contrat social.

Dans le domaine de la théo­rie éco­no­mique main­te­nant, qui ne voit la simi­li­tude entre la théo­rie poli­tique de Hobbes et la théo­rie éco­no­mique d’Adam Smith, le père et tou­jours pape de la « science éco­no­mique » libérale ?

L’homme éco­no­mique est réduit à sa double fonc­tion de pro­duc­teur et de consom­ma­teur, c’est un « agent éco­no­mique ». Dans sa rela­tion aux autres agents, l’homo oeco­no­mi­cus ne vise qu’à maxi­mi­ser son uti­li­té, c’est-à-dire son inté­rêt indi­vi­duel en dehors de toute consi­dé­ra­tion de soli­da­ri­té. La rela­tion éco­no­mique est à la fois concur­ren­tielle et contrac­tuelle, que ce soit le contrat d’achat-vente ou le contrat de tra­vail. La concur­rence pure, par­faite et non faus­sée est garan­tie par l’Etat et les Codes, civil et de com­merce, en sont les ins­tru­ments de contrôle.

Les prin­cipes de ces deux idéo­lo­gies sont com­muns : les indi­vi­dus sont de purs atomes, des monades leib­nit­ziennes qui flottent quelque part dans le plas­ma inor­ga­nique de l’espace et du temps, des indi­vi­dus hors-sol, inter­chan­geables et équi­va­lents, sans aucune déter­mi­na­tion cultu­relle ou historique.

Deux concep­tions des socié­tés s’opposent.

Soit les socié­tés humaines sont des êtres col­lec­tifs dont la valeur est plus que la somme des par­ties qui les consti­tuent. Ces socié­tés sont ins­crites dans un espace déter­mi­né et dans une pro­fon­deur his­to­rique. Elles ont une culture qui peut évo­luer dans le temps mais sur la base d’un héri­tage. Elles acceptent la nou­veau­té mais avec le regard cri­tique de celui qui juge un arbre à ses fruits. Les acti­vi­tés cultu­relles, sociales, éco­no­miques, les rap­ports entre indi­vi­dus et les rap­ports col­lec­tifs entre groupes fami­liaux, sociaux et éco­no­miques sont régu­lés par des normes et – j’ose le dire – des inter­dits qui assurent le res­pect de la soli­da­ri­té. Les socié­tés, comme tous les êtres vivants, ont pour objec­tif de se repro­duire, de trans­mettre. C’est le prin­cipe de péren­ni­té et de tradition-transmission.

Soit à l’inverse les socié­tés sont des agré­gats mode­lables et remo­de­lables ad libi­tum en fonc­tion des situa­tions et des inté­rêts du moment. Les indi­vi­dus maxi­misent leur inté­rêt indi­vi­duel et tout peut libre­ment être mar­chan­di­sé, temps, tra­vail, pro­créa­tion. Rien ne s’oppose à ce que l’étranger par­ti­cipe libre­ment à la concur­rence locale sur le mar­ché du tra­vail si les élites éco­no­miques y trouvent un inté­rêt. Si le « pre­mier capi­ta­lisme » conser­vait un grand nombre de valeurs patri­mo­niales et fami­liales tra­di­tion­nelles, nous sommes aujourd’hui dans la phase trois du sys­tème, le capi­ta­lisme finan­cia­ri­sé régi par la loi du ren­de­ment immé­diat et de l’économie hors-sol. Rien ne s’oppose non plus à ce que l’étranger vienne rem­pla­cer l’autochtone défaillant et sté­rile pour abon­der les caisses de retraite, du moment que le retrai­té touche sa pen­sion et puisse faire sa croi­sière annuelle. Le temps indi­vi­duel et col­lec­tif est nor­mé par le court-ter­misme. Après moi, le déluge. Enfin, dans cette socié­té, toute « nova­tion » est reçue comme bien­ve­nue dans cet « hôtel de pas­sage » qu’est la socié­té selon Jacques Attali.

Tout repose donc sur la concep­tion de l’individu.

Mal­heu­reu­se­ment pour nous, la der­nière chose dont nos contem­po­rains accep­te­ront de faire leur deuil est le culte et le pri­mat de l’individu, indi­vi­du poli­tique et social libre de toute déter­mi­na­tion, indi­vi­du libre de jouir sans entraves dans l’instantanéité du temps, « l’homo fes­ti­vus » qu’a bien défi­ni Muray. Le « vivre ensemble » de « l’homo fes­ti­vus » est un mélange para­doxal de consom­ma­tion maté­ria­liste, de jouis­sances fugi­tives et de convi­via­li­té fac­tice où des indi­vi­dus « font la teuf » en racon­tant leur « fun » sous forme de mes­sages adres­sés à des incon­nus autistes par des zom­bies autistes, tous rivés à leur écran.

Et c’est pour­tant à cet indi­vi­dua­lisme qu’il faut renon­cer pour reve­nir à une concep­tion et une défi­ni­tion holiste et orga­nique de la socié­té. Notre tâche est donc rude.

Le débat n’est pas moral. C’est aujourd’hui une ques­tion de sur­vie indi­vi­duelle et collective.

Nous vivons sur une confu­sion, qui date de l’époque où nous autres Euro­péens avons consti­tué le concept d’individu, en mêlant un peu de phi­lo­so­phie grecque socra­tique et beau­coup de méta­phy­sique chré­tienne (c’est le Christ qui a inven­té le rachat de l’individu par lui-même alors que le péché et la malé­dic­tion du peuple juif sont collectifs).

Cette illu­sion est de nature juridique.

Le droit ne connaît de res­pon­sa­bi­li­té qu’individuelle, alors que l’histoire connaît la res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. Une nation (col­lec­ti­vi­té humaine, sociale, poli­tique et cultu­relle) ou une géné­ra­tion (un tron­çon tem­po­rel de la même col­lec­ti­vi­té) assument une res­pon­sa­bi­li­té, et nous sommes tous — même les oppo­sants et les dis­si­dents — indé­fi­ni­ment co-res­pon­sables des déci­sions et des options qui auront été prises de notre temps.

La sidé­ra­tion qui frappe nos contem­po­rains devant les « atten­tats aveugles » (comme si des atten­tats étaient aveugles…) tient lar­ge­ment à une concep­tion erro­née de la res­pon­sa­bi­li­té. « Je ne leur ai rien fait ». Or les ter­ro­ristes ont rai­son. Il n’y a pas d’innocents.

Nous sommes res­pon­sables d’être ce que nous sommes, d’être les héri­tiers de notre civi­li­sa­tion et des déci­sions prises par nos pré­dé­ces­seurs. Nous sommes déter­mi­nés par nos racines à être blancs, croi­sés, des­cen­dants des défri­cheurs de la Beauce et des construc­teurs de Sainte-Sophie de Constan­ti­nople, pay­sans ita­liens deve­nus arti­sans fran­çais, etc… Les des­tins sont collectifs.

Cette illu­sion juri­dique indi­vi­dua­liste – « je, en tant qu’individu, ne leur ai rien fait » — ne va pas sans para­doxe, puisqu’elle s’accompagne d’un eth­no-maso­chisme, la haine de soi en tant qu’être col­lec­tif his­to­rique, dont les mani­fes­ta­tions les plus visibles sont la repen­tance his­to­rique constante, la com­mé­mo­ra­tion mala­dive des pré­ten­dus péchés de notre civi­li­sa­tion, et les lois xéno­philes dans le domaine social et politique.

Le « vivre ensemble » qu’on nous pro­pose repose sur le pos­tu­lat de l’accueil et de la décla­ra­tion de paix. Or il ne sert à rien de dire « je t’aime » à celui qui répond « moi non plus ». « Faites l’amour, pas la guerre » est une pro­po­si­tion frap­pée d’une absur­di­té logique. De deux par­ties, une peut, toute seule, décla­rer la guerre à l’autre, alors que pour faire l’amour, il faut être d’accord tous les deux. Ou alors, c’est un viol et c’est une autre histoire.

Quelles sont donc les voies qui nous sont ouvertes pour faire face au défi, au dan­ger le plus grave qu’ait connu l’Europe depuis 1650 ans, c’est-à-dire depuis les der­nières grandes inva­sions de peuplement ?

Que faire, donc ?

J’évoquerai plu­sieurs pistes, non exclu­sives les unes des autres, dans le domaine poli­tique, édu­ca­tif, cultu­rel, économique.

Les prin­cipes de ces dif­fé­rentes actions sont identiques :

  • il faut répé­ter que nous sommes la majo­ri­té, mais agir comme si nous étions déjà une mino­ri­té. Rien n’est plus désas­treux que le concept de « majo­ri­té silen­cieuse » qui a fait tant de mal à la droite, car la majo­ri­té a en per­ma­nence élu et lais­sé faire sans rien dire des élites qui l’ont tra­hie. Les mino­ri­tés conscientes et actives mènent le monde.
  • il faut aler­ter, dénon­cer les contra­dic­tions du sys­tème, reven­di­quer et défendre la liber­té d’expression,
  • il faut édu­quer, trans­mettre, for­mer la géné­ra­tion montante,
  • il faut mettre à pro­fit les ten­dances actuelles et les ini­tia­tives qui vont dans le sens du loca­lisme et d’une concep­tion holiste de la société.

Dans le domaine poli­tique, nous avons un rôle de lan­ceurs d’alerte, de pro­pa­ga­teurs d’information et de défen­seurs d’internet contre le tota­li­ta­risme mou qui s’instaure. Actuel­le­ment, ce ne sont pas les sites dji­ha­distes ou immi­gra­tion­nistes que l’on ferme ou que l’on per­sé­cute, ce sont les lan­ceurs d’alerte qui sont per­sé­cu­tés par le pré­ten­du état d’urgence. Le gou­ver­ne­ment fran­çais avait déjà refu­sé l’asile poli­tique à Snow­den, dénon­cia­teur de l’espionnage géné­ra­li­sé par des inté­rêts étran­gers. Aujourd’hui, les sites d’information sont sur­veillés. Le dimanche soir pré­cé­dent les atten­tats de Bruxelles, Marion Maré­chal-Le Pen s’est fait incri­mi­ner sur BFM-TV par la res­pon­sable des infor­ma­tions poli­tiques du Pari­sien. Son crime était d’avoir twit­té lors de l’arrestation de Salah Abdes­se­lam : « je me réjouis de cette arres­ta­tion, mais com­bien en reste-t-il dans la nature ? » La jour­na­liste lui a deman­dé si elle n’avait pas honte de tenir des pro­pos « anxio­gènes »… Et 36 heures après, les com­plices d’Abdesselam encore dans la nature fai­saient plus de 30 morts… Et bien, non, nous n’avons pas honte de tenir des pro­pos anxio­gènes ! Et je vous pro­pose de réflé­chir à la manière d’amplifier notre voix.

Dans le même domaine poli­tique, nous devons nous atta­cher à expli­quer et dif­fu­ser auprès du plus grand nombre, en tout temps et en tous lieux, où se situe l’escroquerie éco­no­mique la plus fla­grante du MIM. Non, les migrants n’assureront pas le finan­ce­ment de la retraite par des coti­sa­tions sociales ! Dans un contexte his­to­rique de vieillis­se­ment de la popu­la­tion euro­péenne, il serait déjà hasar­deux d’escompter que la soli­da­ri­té trans-géné­ra­tion­nelle fonc­tionne par­fai­te­ment, sans remise en cause de cette situa­tion d’exploitation des classes jeunes par les baby-boo­mers qui ont refu­sé les contraintes de l’éducation d’une famille pour mieux pro­fi­ter des plai­sirs de la socié­té de consom­ma­tion. Peut-on donc pen­ser que, quand bien même les nou­veaux arri­vants trou­ve­raient leur place sur le mar­ché du tra­vail avec les normes de pro­duc­ti­vi­té que nous exi­geons des sala­riés, ces sala­riés accep­te­raient de sub­ve­nir aux besoins de per­sonnes avec les­quelles ils n’ont et ne se sentent aucun lien de soli­da­ri­té ? Je pense que le mes­sage est rude à entendre pour nos conci­toyens, mais il est néces­saire. Tant pis pour le niveau de vie des retrai­tés, à titre indi­vi­duel. C’est leur géné­ra­tion qui a col­lec­ti­ve­ment pris les mau­vaises déci­sions. C’est comme la dette, il fau­dra payer l’addition…

Nous devons aus­si nous faire les pour­fen­deurs de toute forme de mar­chan­di­sa­tion du vivant. Non seule­ment contre la mar­chan­di­sa­tion du corps comme nous le fai­sons pour la GPA et ce mes­sage me semble por­teur et effi­cace, mais aus­si contre la bre­ve­ta­bi­li­té du vivant sous toutes ces formes. Il y a là une syner­gie à trou­ver avec les oppo­sants aux lob­bies phar­ma­ceu­tiques et aux Mon­san­to en tout genre, qui peut nous don­ner de la visi­bi­li­té, en pleine cohé­rence avec notre vision du monde.

Il faut enfin dénon­cer pré­ven­ti­ve­ment les natu­ra­li­sa­tions mas­sives à venir. Le peuple votant et pen­sant mal, les élites n’ont d’autre voie que de diluer le peuple en pro­cé­dant à ces natu­ra­li­sa­tions, si pos­sible dès le pro­chain quin­quen­nat en France.

En revanche, l’action poli­tique ne peut pas être l’alpha et l’omega de notre action. En effet, comme l’a très bien vu Laurent Ozon par exemple, pour réus­sir en poli­tique, il faut être élu et donc s’abstenir de dis­cours exces­si­ve­ment trau­ma­ti­sants. L’inaudible – ce que l’on ne veut pas entendre – est donc indi­cible. A ce titre, nous savons tous ici que cela sera très dur dans l’avenir – troubles civils et sociaux, baisse géné­rale du niveau de vie, etc… — mais on ne peut incri­mi­ner un par­ti poli­tique lorsqu’il affirme déte­nir les moyens de contrô­ler la situa­tion. Je dis cela pour les impa­tients et les radicaux…

Il convient donc d’agir aus­si hors de la sphère politique.

Un des axes prio­ri­taires d’action est l’éducation, afin de for­mer des élites capables d’assumer leur res­pon­sa­bi­li­té à venir.

Le sys­tème, avec l’assentiment fata­liste de nos contem­po­rains, a fait s’effondrer l’enseignement de tous les savoirs et de toutes les méthodes qui per­mettent de com­prendre et de juger le monde. Cette faillite pro­fite bien enten­du au pro­jet du MIM car l’Education natio­nale (à laquelle j’inclus géné­ra­le­ment l’enseignement confes­sion­nel sous contrat) pro­duit des indi­vi­dus hors-sol, hors-his­toire, indif­fé­ren­ciés, inter­chan­geables et dis­po­sés à accep­ter tout pro­jet qui ferait table rase de notre identité.

Le niveau géné­ral est lamen­table en capa­ci­té logique d’analyse et de déduc­tion, en his­toire, géo­gra­phie phy­sique et humaine, éco­no­mie poli­tique, phi­lo­so­phie, socio­lo­gie. Le fran­çais est lu et par­lé avec un voca­bu­laire pauvre et approxi­ma­tif, proche du niveau d’une langue étran­gère moyen­ne­ment maî­tri­sée plu­tôt que de celui d’une langue mater­nelle. Même l’apprentissage du cal­cul est ren­du dif­fi­cile du fait de la pau­vre­té du voca­bu­laire fran­çais, car les élèves ne peuvent pas com­prendre les mots du pro­blème posé.

Je vous pro­pose donc de réflé­chir à la créa­tion d’écoles hors contrat ou au ren­for­ce­ment d’écoles exis­tantes. Ce pro­jet sup­po­se­rait la mobi­li­sa­tion de bonnes volon­tés, de com­pé­tences juri­diques et de moyens finan­ciers, mais cela me semble la suite logique de notre entrée en sécession.

Un autre volet de cette édu­ca­tion est celui des valeurs. Nous pou­vons trans­mettre les valeurs holistes et soli­daires et for­mer les élites qui nous seront nécessaires.

Une des fai­blesses consti­tu­tives de la socié­té mar­chande a bien été mise en lumière par Fran­çois Per­roux, dont je vous rap­pelle qu’il a été l’un des éco­no­mistes fran­çais les plus brillants, pro­fes­seur au Col­lège de France, grand mathé­ma­ti­cien, avant d’être mépri­sé par l’Université de la pen­sée unique. Il avait en effet comme pro­jet de consti­tuer une éco­no­mie poli­tique glo­bale per­met­tant une com­pré­hen­sion des phé­no­mènes éco­no­miques comme l’une des dimen­sions de la socié­té, mais pas la seule et en tout cas pas auto­nome par rap­port à ses autres dimen­sions. Il écrit, dès 1969 :

« Toute socié­té capi­ta­liste fonc­tionne régu­liè­re­ment grâce à des sec­teurs sociaux qui ne sont ni impré­gnés ni ani­més par l’esprit de gain et de la recherche du plus grand gain. Lorsque le haut fonc­tion­naire, le sol­dat, le magis­trat, le prêtre, l’artiste, le savant sont domi­nés par cet esprit, la socié­té croule, et toute forme d’économie est mena­cée. (…) Un esprit anté­rieur et étran­ger au capi­ta­lisme sou­tient durant une durée variable les cadres dans les­quels l’économie capi­ta­liste fonc­tionne. Mais celle-ci, par son expan­sion et sa réus­site mêmes, dans la mesure où elle s’impose à l’estime et à la recon­nais­sance des masses, dans la mesure où elle y déve­loppe le goût du confort et du bien-être maté­riel, entame les ins­ti­tu­tions tra­di­tion­nelles et les struc­tures men­tales sans les­quelles il n’est aucun ordre social. Le capi­ta­lisme use et cor­rompt. Il est un énorme consom­ma­teur de sève dont il ne com­mande pas la montée (…). »

Ce texte magni­fique doit nous rap­pe­ler que, lorsque le MIM et le capi­ta­lisme de troi­sième type échoue­ront dans leur pro­jet comme le para­site meurt de l’épuisement de son hôte, nous aurons plus que jamais besoin de ces élites ani­mées de valeurs de ser­vice, ces valeurs « libé­rales » au sens grec du terme. C’est le rôle que nous devons assi­gner à nos acti­vi­tés com­mu­nau­taires et de scou­tisme, qui seront une source de sève dans les périodes trou­blées à venir.

Pas­sons main­te­nant à la manière dont nous pou­vons nous appuyer sur des ten­dances exis­tantes dans la socié­té actuelle, sur d’autres écoles de pen­sée et d’action que nous avons sou­vent consi­dé­rées comme éloi­gnées de nos pré­oc­cu­pa­tions, mais qui se sont insen­si­ble­ment rap­pro­chées de nous comme nous nous rap­pro­chions d’elles. J’entends par là tous les mou­ve­ments qui se reven­diquent de la notion de res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. La res­pon­sa­bi­li­té sociale et envi­ron­ne­men­tale, la consom­ma­tion res­pon­sable, la sobrié­té étaient des concepts plu­tôt uni­ver­sa­listes. Mais la réa­li­té des faits et l’influence de cer­taines per­son­na­li­tés comme Michéa ont ame­né les pro­mo­teurs de ces théo­ries et de ces pra­tiques à com­prendre enfin que le com­merce équi­table, ce n’est pas seule­ment pour les petits pro­duc­teurs de café du Cos­ta-Rica chers à Max Have­laar. C’est aus­si pour nos frères agri­cul­teurs et éle­veurs gau­lois qui se crèvent au tra­vail, exploi­tés par le sys­tème et la mon­dia­li­sa­tion, à 30 kilo­mètres du centre-ville de Paris. Com­merce équi­table de proxi­mi­té, cir­cuits courts, voi­là qui nous convient par­fai­te­ment et où nous avons un rôle concret à jouer. J’y rajou­te­rai une réflexion sur la manière d’organiser ou de relayer des cam­pagnes de boy­cott à l’encontre d’enseignes ou de marques.

Dans le domaine éco­no­mique, nous devons entre­prendre et aider nos entre­pre­neurs, avec un esprit de com­mu­nau­té mino­ri­taire. Finan­ce­ment, rela­tions comme four­nis­seurs ou clients, qu’importe. Et, pour ce qui concerne l’entreprise, nous devons sys­té­ma­ti­que­ment nous consti­tuer en forme juri­dique de socié­tés de per­sonnes, SCOP, SARL, etc… et non pas en socié­tés de capi­taux. Cela per­met de coop­ter les per­sonnes et, de sur­croît, comme les asso­ciés ne relèvent pas du contrat sala­rial, cela nous per­met­tra de contour­ner plus effi­ca­ce­ment les contraintes xéno­philes du droit du tra­vail, qui ne feront que se ren­for­cer. Tous les domaines sont ouverts : ser­vices dont l’éducation dont j’ai déjà par­lé, mais aus­si com­merce, voire indus­trie dans une poli­tique de relocalisation.

Voi­ci, mes chers amis, les quelques pistes de réflexion et les quelques pro­po­si­tions que je sou­hai­tais vous soumettre.

Je vous remer­cie de votre attention.

Lio­nel Rondouin