#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

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Intervention de Lionel Rondouin, normalien, enseignant en classe préparatoire, lors du colloque « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne ».

Chers amis,

Je ne peux en vingt minutes que lan­cer des thèmes et sug­gé­rer des pistes. Excu­sez donc le carac­tère appa­rem­ment som­maire ou « gra­phique » de mes pro­pos.

Le MIM, le Mon­dia­lisme Immi­gra­tion­niste Mar­chand, est une idéo­lo­gie à la fois poli­tique et éco­no­mique.

Car il y a une idéo­lo­gie éco­no­mique, tra­ves­tie en science exacte.

Les fon­de­ments de cette repré­sen­ta­tion du monde éco­no­mique sont les mêmes que ceux de la pré­ten­due science poli­tique qui vou­draient faire remon­ter la socié­té poli­tique à un contrat social.

On sait que, dans l’histoire de la phi­lo­so­phie poli­tique, la notion de pacte social est théo­ri­sée par Tho­mas Hobbes au milieu du XVIIème siècle dans son Levia­than. L’Angleterre des années 1640 est rava­gée par une guerre civile. C’est un acci­dent de l’histoire, très simi­laire à ce qui se passe au même moment en France avec cette guerre civile qu’on appelle la Fronde.

En revanche, Hobbes y voit une réa­li­té trans­cen­dante et per­ma­nente. L’homme est, par nature, égoïste, diri­gé par ses seuls inté­rêts. Toute alliance entre les hommes de cet état « natif » ima­gi­naire n’est que de cir­cons­tance. Ils ne connaissent aucun lien de soli­da­ri­té. La nature humaine, c’est la guerre de tous contre tous. Pour Hobbes, l’homme n’est donc pas de nais­sance un ani­mal social, le « zôon poli­ti­con » d’Aristote inté­gré à une socié­té concrète, pré­exis­tante à lui, dotée d’une dimen­sion tra­di­tion­nelle, juri­dique, cultu­relle, lin­guis­tique (ce qu’on appelle aujourd’hui une iden­ti­té), cette socié­té qui consti­tue un ensemble de liens et qui, sous cer­tains aspects,le déter­mine dans ses rap­ports aux autres indi­vi­dus et à la col­lec­ti­vi­té. Pour Hobbes donc, les hommes, las­sés de cette anar­chie san­glante et contre-pro­duc­tive, ima­gi­nèrent de pas­ser entre eux un contrat de type com­mer­cial et de délé­guer une par­tie de leur liber­té à une enti­té nou­velle, l’Etat, maître et arbitre, qui ferait régner l’ordre néces­saire.

Les théo­ries de Hobbes sont à l’origine de toutes les théo­ries de la table rase qui, sous des formes diverses, se suc­cèdent en Occi­dent depuis trois cents ans. L’humanité, ses socié­tés, ses géné­ra­tions suc­ces­sives sont des « tabu­las rasas », des tablettes de cire sur les­quelles le temps a écrit des mots, des his­toires, des concep­tions du monde et des pra­tiques des rap­ports sociaux. On pour­rait, en chauf­fant un peu la tablette, faire fondre la cire qui rede­vien­drait lisse, « rase » et donc vierge, et l’on pour­rait donc écrire des­sus, en toute liber­té, de nou­velles aven­tures, un nou­veau droit, de nou­velles socié­tés, un homme nou­veau. « Du pas­sé fai­sons table rase », dit l’Internationale. Ces théo­ries sont l’origine du construc­ti­visme poli­tique, de la théo­rie des consti­tu­tions et de la pré­ten­tion à rompre avec une nature et des héri­tages, à « remettre les pen­dules à zéro » dans l’histoire. Cette pro­blé­ma­tique est d’actualité puisque rien dans cette logique n’empêche de voir des indi­vi­dus allo­gènes s’agréger au contrat social.

Dans le domaine de la théo­rie éco­no­mique main­te­nant, qui ne voit la simi­li­tude entre la théo­rie poli­tique de Hobbes et la théo­rie éco­no­mique d’Adam Smith, le père et tou­jours pape de la « science éco­no­mique » libé­rale ?

L’homme éco­no­mique est réduit à sa double fonc­tion de pro­duc­teur et de consom­ma­teur, c’est un « agent éco­no­mique ». Dans sa rela­tion aux autres agents, l’homo oeco­no­mi­cus ne vise qu’à maxi­mi­ser son uti­li­té, c’est-à-dire son inté­rêt indi­vi­duel en dehors de toute consi­dé­ra­tion de soli­da­ri­té. La rela­tion éco­no­mique est à la fois concur­ren­tielle et contrac­tuelle, que ce soit le contrat d’achat-vente ou le contrat de tra­vail. La concur­rence pure, par­faite et non faus­sée est garan­tie par l’Etat et les Codes, civil et de com­merce, en sont les ins­tru­ments de contrôle.

Les prin­cipes de ces deux idéo­lo­gies sont com­muns : les indi­vi­dus sont de purs atomes, des monades leib­nit­ziennes qui flottent quelque part dans le plas­ma inor­ga­nique de l’espace et du temps, des indi­vi­dus hors-sol, inter­chan­geables et équi­va­lents, sans aucune déter­mi­na­tion cultu­relle ou his­to­rique.

Deux concep­tions des socié­tés s’opposent.

Soit les socié­tés humaines sont des êtres col­lec­tifs dont la valeur est plus que la somme des par­ties qui les consti­tuent. Ces socié­tés sont ins­crites dans un espace déter­mi­né et dans une pro­fon­deur his­to­rique. Elles ont une culture qui peut évo­luer dans le temps mais sur la base d’un héri­tage. Elles acceptent la nou­veau­té mais avec le regard cri­tique de celui qui juge un arbre à ses fruits. Les acti­vi­tés cultu­relles, sociales, éco­no­miques, les rap­ports entre indi­vi­dus et les rap­ports col­lec­tifs entre groupes fami­liaux, sociaux et éco­no­miques sont régu­lés par des normes et – j’ose le dire – des inter­dits qui assurent le res­pect de la soli­da­ri­té. Les socié­tés, comme tous les êtres vivants, ont pour objec­tif de se repro­duire, de trans­mettre. C’est le prin­cipe de péren­ni­té et de tra­di­tion-trans­mis­sion.

Soit à l’inverse les socié­tés sont des agré­gats mode­lables et remo­de­lables ad libi­tum en fonc­tion des situa­tions et des inté­rêts du moment. Les indi­vi­dus maxi­misent leur inté­rêt indi­vi­duel et tout peut libre­ment être mar­chan­di­sé, temps, tra­vail, pro­créa­tion. Rien ne s’oppose à ce que l’étranger par­ti­cipe libre­ment à la concur­rence locale sur le mar­ché du tra­vail si les élites éco­no­miques y trouvent un inté­rêt. Si le « pre­mier capi­ta­lisme » conser­vait un grand nombre de valeurs patri­mo­niales et fami­liales tra­di­tion­nelles, nous sommes aujourd’hui dans la phase trois du sys­tème, le capi­ta­lisme finan­cia­ri­sé régi par la loi du ren­de­ment immé­diat et de l’économie hors-sol. Rien ne s’oppose non plus à ce que l’étranger vienne rem­pla­cer l’autochtone défaillant et sté­rile pour abon­der les caisses de retraite, du moment que le retrai­té touche sa pen­sion et puisse faire sa croi­sière annuelle. Le temps indi­vi­duel et col­lec­tif est nor­mé par le court-ter­misme. Après moi, le déluge. Enfin, dans cette socié­té, toute « nova­tion » est reçue comme bien­ve­nue dans cet « hôtel de pas­sage » qu’est la socié­té selon Jacques Atta­li.

Tout repose donc sur la concep­tion de l’individu.

Mal­heu­reu­se­ment pour nous, la der­nière chose dont nos contem­po­rains accep­te­ront de faire leur deuil est le culte et le pri­mat de l’individu, indi­vi­du poli­tique et social libre de toute déter­mi­na­tion, indi­vi­du libre de jouir sans entraves dans l’instantanéité du temps, « l’homo fes­ti­vus » qu’a bien défi­ni Muray. Le « vivre ensemble » de « l’homo fes­ti­vus » est un mélange para­doxal de consom­ma­tion maté­ria­liste, de jouis­sances fugi­tives et de convi­via­li­té fac­tice où des indi­vi­dus « font la teuf » en racon­tant leur « fun » sous forme de mes­sages adres­sés à des incon­nus autistes par des zom­bies autistes, tous rivés à leur écran.

Et c’est pour­tant à cet indi­vi­dua­lisme qu’il faut renon­cer pour reve­nir à une concep­tion et une défi­ni­tion holiste et orga­nique de la socié­té. Notre tâche est donc rude.

Le débat n’est pas moral. C’est aujourd’hui une ques­tion de sur­vie indi­vi­duelle et col­lec­tive.

Nous vivons sur une confu­sion, qui date de l’époque où nous autres Euro­péens avons consti­tué le concept d’individu, en mêlant un peu de phi­lo­so­phie grecque socra­tique et beau­coup de méta­phy­sique chré­tienne (c’est le Christ qui a inven­té le rachat de l’individu par lui-même alors que le péché et la malé­dic­tion du peuple juif sont col­lec­tifs).

Cette illu­sion est de nature juri­dique.

Le droit ne connaît de res­pon­sa­bi­li­té qu’individuelle, alors que l’histoire connaît la res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. Une nation (col­lec­ti­vi­té humaine, sociale, poli­tique et cultu­relle) ou une géné­ra­tion (un tron­çon tem­po­rel de la même col­lec­ti­vi­té) assument une res­pon­sa­bi­li­té, et nous sommes tous — même les oppo­sants et les dis­si­dents — indé­fi­ni­ment co-res­pon­sables des déci­sions et des options qui auront été prises de notre temps.

La sidé­ra­tion qui frappe nos contem­po­rains devant les « atten­tats aveugles » (comme si des atten­tats étaient aveugles…) tient lar­ge­ment à une concep­tion erro­née de la res­pon­sa­bi­li­té. « Je ne leur ai rien fait ». Or les ter­ro­ristes ont rai­son. Il n’y a pas d’innocents.

Nous sommes res­pon­sables d’être ce que nous sommes, d’être les héri­tiers de notre civi­li­sa­tion et des déci­sions prises par nos pré­dé­ces­seurs. Nous sommes déter­mi­nés par nos racines à être blancs, croi­sés, des­cen­dants des défri­cheurs de la Beauce et des construc­teurs de Sainte-Sophie de Constan­ti­nople, pay­sans ita­liens deve­nus arti­sans fran­çais, etc… Les des­tins sont col­lec­tifs.

Cette illu­sion juri­dique indi­vi­dua­liste – « je, en tant qu’individu, ne leur ai rien fait » — ne va pas sans para­doxe, puisqu’elle s’accompagne d’un eth­no-maso­chisme, la haine de soi en tant qu’être col­lec­tif his­to­rique, dont les mani­fes­ta­tions les plus visibles sont la repen­tance his­to­rique constante, la com­mé­mo­ra­tion mala­dive des pré­ten­dus péchés de notre civi­li­sa­tion, et les lois xéno­philes dans le domaine social et poli­tique.

Le « vivre ensemble » qu’on nous pro­pose repose sur le pos­tu­lat de l’accueil et de la décla­ra­tion de paix. Or il ne sert à rien de dire « je t’aime » à celui qui répond « moi non plus ». « Faites l’amour, pas la guerre » est une pro­po­si­tion frap­pée d’une absur­di­té logique. De deux par­ties, une peut, toute seule, décla­rer la guerre à l’autre, alors que pour faire l’amour, il faut être d’accord tous les deux. Ou alors, c’est un viol et c’est une autre his­toire.

Quelles sont donc les voies qui nous sont ouvertes pour faire face au défi, au dan­ger le plus grave qu’ait connu l’Europe depuis 1650 ans, c’est-à-dire depuis les der­nières grandes inva­sions de peu­ple­ment ?

Que faire, donc ?

J’évoquerai plu­sieurs pistes, non exclu­sives les unes des autres, dans le domaine poli­tique, édu­ca­tif, cultu­rel, éco­no­mique.

Les prin­cipes de ces dif­fé­rentes actions sont iden­tiques :

  • il faut répé­ter que nous sommes la majo­ri­té, mais agir comme si nous étions déjà une mino­ri­té. Rien n’est plus désas­treux que le concept de « majo­ri­té silen­cieuse » qui a fait tant de mal à la droite, car la majo­ri­té a en per­ma­nence élu et lais­sé faire sans rien dire des élites qui l’ont tra­hie. Les mino­ri­tés conscientes et actives mènent le monde.
  • il faut aler­ter, dénon­cer les contra­dic­tions du sys­tème, reven­di­quer et défendre la liber­té d’expression,
  • il faut édu­quer, trans­mettre, for­mer la géné­ra­tion mon­tante,
  • il faut mettre à pro­fit les ten­dances actuelles et les ini­tia­tives qui vont dans le sens du loca­lisme et d’une concep­tion holiste de la socié­té.

Dans le domaine poli­tique, nous avons un rôle de lan­ceurs d’alerte, de pro­pa­ga­teurs d’information et de défen­seurs d’internet contre le tota­li­ta­risme mou qui s’instaure. Actuel­le­ment, ce ne sont pas les sites dji­ha­distes ou immi­gra­tion­nistes que l’on ferme ou que l’on per­sé­cute, ce sont les lan­ceurs d’alerte qui sont per­sé­cu­tés par le pré­ten­du état d’urgence. Le gou­ver­ne­ment fran­çais avait déjà refu­sé l’asile poli­tique à Snow­den, dénon­cia­teur de l’espionnage géné­ra­li­sé par des inté­rêts étran­gers. Aujourd’hui, les sites d’information sont sur­veillés. Le dimanche soir pré­cé­dent les atten­tats de Bruxelles, Marion Maré­chal-Le Pen s’est fait incri­mi­ner sur BFM-TV par la res­pon­sable des infor­ma­tions poli­tiques du Pari­sien. Son crime était d’avoir twit­té lors de l’arrestation de Salah Abdes­se­lam : « je me réjouis de cette arres­ta­tion, mais com­bien en reste-t-il dans la nature ? » La jour­na­liste lui a deman­dé si elle n’avait pas honte de tenir des pro­pos « anxio­gènes »… Et 36 heures après, les com­plices d’Abdesselam encore dans la nature fai­saient plus de 30 morts… Et bien, non, nous n’avons pas honte de tenir des pro­pos anxio­gènes ! Et je vous pro­pose de réflé­chir à la manière d’amplifier notre voix.

Dans le même domaine poli­tique, nous devons nous atta­cher à expli­quer et dif­fu­ser auprès du plus grand nombre, en tout temps et en tous lieux, où se situe l’escroquerie éco­no­mique la plus fla­grante du MIM. Non, les migrants n’assureront pas le finan­ce­ment de la retraite par des coti­sa­tions sociales ! Dans un contexte his­to­rique de vieillis­se­ment de la popu­la­tion euro­péenne, il serait déjà hasar­deux d’escompter que la soli­da­ri­té trans-géné­ra­tion­nelle fonc­tionne par­fai­te­ment, sans remise en cause de cette situa­tion d’exploitation des classes jeunes par les baby-boo­mers qui ont refu­sé les contraintes de l’éducation d’une famille pour mieux pro­fi­ter des plai­sirs de la socié­té de consom­ma­tion. Peut-on donc pen­ser que, quand bien même les nou­veaux arri­vants trou­ve­raient leur place sur le mar­ché du tra­vail avec les normes de pro­duc­ti­vi­té que nous exi­geons des sala­riés, ces sala­riés accep­te­raient de sub­ve­nir aux besoins de per­sonnes avec les­quelles ils n’ont et ne se sentent aucun lien de soli­da­ri­té ? Je pense que le mes­sage est rude à entendre pour nos conci­toyens, mais il est néces­saire. Tant pis pour le niveau de vie des retrai­tés, à titre indi­vi­duel. C’est leur géné­ra­tion qui a col­lec­ti­ve­ment pris les mau­vaises déci­sions. C’est comme la dette, il fau­dra payer l’addition…

Nous devons aus­si nous faire les pour­fen­deurs de toute forme de mar­chan­di­sa­tion du vivant. Non seule­ment contre la mar­chan­di­sa­tion du corps comme nous le fai­sons pour la GPA et ce mes­sage me semble por­teur et effi­cace, mais aus­si contre la bre­ve­ta­bi­li­té du vivant sous toutes ces formes. Il y a là une syner­gie à trou­ver avec les oppo­sants aux lob­bies phar­ma­ceu­tiques et aux Mon­san­to en tout genre, qui peut nous don­ner de la visi­bi­li­té, en pleine cohé­rence avec notre vision du monde.

Il faut enfin dénon­cer pré­ven­ti­ve­ment les natu­ra­li­sa­tions mas­sives à venir. Le peuple votant et pen­sant mal, les élites n’ont d’autre voie que de diluer le peuple en pro­cé­dant à ces natu­ra­li­sa­tions, si pos­sible dès le pro­chain quin­quen­nat en France.

En revanche, l’action poli­tique ne peut pas être l’alpha et l’omega de notre action. En effet, comme l’a très bien vu Laurent Ozon par exemple, pour réus­sir en poli­tique, il faut être élu et donc s’abstenir de dis­cours exces­si­ve­ment trau­ma­ti­sants. L’inaudible – ce que l’on ne veut pas entendre – est donc indi­cible. A ce titre, nous savons tous ici que cela sera très dur dans l’avenir – troubles civils et sociaux, baisse géné­rale du niveau de vie, etc… — mais on ne peut incri­mi­ner un par­ti poli­tique lorsqu’il affirme déte­nir les moyens de contrô­ler la situa­tion. Je dis cela pour les impa­tients et les radi­caux…

Il convient donc d’agir aus­si hors de la sphère poli­tique.

Un des axes prio­ri­taires d’action est l’éducation, afin de for­mer des élites capables d’assumer leur res­pon­sa­bi­li­té à venir.

Le sys­tème, avec l’assentiment fata­liste de nos contem­po­rains, a fait s’effondrer l’enseignement de tous les savoirs et de toutes les méthodes qui per­mettent de com­prendre et de juger le monde. Cette faillite pro­fite bien enten­du au pro­jet du MIM car l’Education natio­nale (à laquelle j’inclus géné­ra­le­ment l’enseignement confes­sion­nel sous contrat) pro­duit des indi­vi­dus hors-sol, hors-his­toire, indif­fé­ren­ciés, inter­chan­geables et dis­po­sés à accep­ter tout pro­jet qui ferait table rase de notre iden­ti­té.

Le niveau géné­ral est lamen­table en capa­ci­té logique d’analyse et de déduc­tion, en his­toire, géo­gra­phie phy­sique et humaine, éco­no­mie poli­tique, phi­lo­so­phie, socio­lo­gie. Le fran­çais est lu et par­lé avec un voca­bu­laire pauvre et approxi­ma­tif, proche du niveau d’une langue étran­gère moyen­ne­ment maî­tri­sée plu­tôt que de celui d’une langue mater­nelle. Même l’apprentissage du cal­cul est ren­du dif­fi­cile du fait de la pau­vre­té du voca­bu­laire fran­çais, car les élèves ne peuvent pas com­prendre les mots du pro­blème posé.

Je vous pro­pose donc de réflé­chir à la créa­tion d’écoles hors contrat ou au ren­for­ce­ment d’écoles exis­tantes. Ce pro­jet sup­po­se­rait la mobi­li­sa­tion de bonnes volon­tés, de com­pé­tences juri­diques et de moyens finan­ciers, mais cela me semble la suite logique de notre entrée en séces­sion.

Un autre volet de cette édu­ca­tion est celui des valeurs. Nous pou­vons trans­mettre les valeurs holistes et soli­daires et for­mer les élites qui nous seront néces­saires.

Une des fai­blesses consti­tu­tives de la socié­té mar­chande a bien été mise en lumière par Fran­çois Per­roux, dont je vous rap­pelle qu’il a été l’un des éco­no­mistes fran­çais les plus brillants, pro­fes­seur au Col­lège de France, grand mathé­ma­ti­cien, avant d’être mépri­sé par l’Université de la pen­sée unique. Il avait en effet comme pro­jet de consti­tuer une éco­no­mie poli­tique glo­bale per­met­tant une com­pré­hen­sion des phé­no­mènes éco­no­miques comme l’une des dimen­sions de la socié­té, mais pas la seule et en tout cas pas auto­nome par rap­port à ses autres dimen­sions. Il écrit, dès 1969 :

« Toute socié­té capi­ta­liste fonc­tionne régu­liè­re­ment grâce à des sec­teurs sociaux qui ne sont ni impré­gnés ni ani­més par l’esprit de gain et de la recherche du plus grand gain. Lorsque le haut fonc­tion­naire, le sol­dat, le magis­trat, le prêtre, l’artiste, le savant sont domi­nés par cet esprit, la socié­té croule, et toute forme d’économie est mena­cée. (…) Un esprit anté­rieur et étran­ger au capi­ta­lisme sou­tient durant une durée variable les cadres dans les­quels l’économie capi­ta­liste fonc­tionne. Mais celle-ci, par son expan­sion et sa réus­site mêmes, dans la mesure où elle s’impose à l’estime et à la recon­nais­sance des masses, dans la mesure où elle y déve­loppe le goût du confort et du bien-être maté­riel, entame les ins­ti­tu­tions tra­di­tion­nelles et les struc­tures men­tales sans les­quelles il n’est aucun ordre social. Le capi­ta­lisme use et cor­rompt. Il est un énorme consom­ma­teur de sève dont il ne com­mande pas la mon­tée (…). »

Ce texte magni­fique doit nous rap­pe­ler que, lorsque le MIM et le capi­ta­lisme de troi­sième type échoue­ront dans leur pro­jet comme le para­site meurt de l’épuisement de son hôte, nous aurons plus que jamais besoin de ces élites ani­mées de valeurs de ser­vice, ces valeurs « libé­rales » au sens grec du terme. C’est le rôle que nous devons assi­gner à nos acti­vi­tés com­mu­nau­taires et de scou­tisme, qui seront une source de sève dans les périodes trou­blées à venir.

Pas­sons main­te­nant à la manière dont nous pou­vons nous appuyer sur des ten­dances exis­tantes dans la socié­té actuelle, sur d’autres écoles de pen­sée et d’action que nous avons sou­vent consi­dé­rées comme éloi­gnées de nos pré­oc­cu­pa­tions, mais qui se sont insen­si­ble­ment rap­pro­chées de nous comme nous nous rap­pro­chions d’elles. J’entends par là tous les mou­ve­ments qui se reven­diquent de la notion de res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. La res­pon­sa­bi­li­té sociale et envi­ron­ne­men­tale, la consom­ma­tion res­pon­sable, la sobrié­té étaient des concepts plu­tôt uni­ver­sa­listes. Mais la réa­li­té des faits et l’influence de cer­taines per­son­na­li­tés comme Michéa ont ame­né les pro­mo­teurs de ces théo­ries et de ces pra­tiques à com­prendre enfin que le com­merce équi­table, ce n’est pas seule­ment pour les petits pro­duc­teurs de café du Cos­ta-Rica chers à Max Have­laar. C’est aus­si pour nos frères agri­cul­teurs et éle­veurs gau­lois qui se crèvent au tra­vail, exploi­tés par le sys­tème et la mon­dia­li­sa­tion, à 30 kilo­mètres du centre-ville de Paris. Com­merce équi­table de proxi­mi­té, cir­cuits courts, voi­là qui nous convient par­fai­te­ment et où nous avons un rôle concret à jouer. J’y rajou­te­rai une réflexion sur la manière d’organiser ou de relayer des cam­pagnes de boy­cott à l’encontre d’enseignes ou de marques.

Dans le domaine éco­no­mique, nous devons entre­prendre et aider nos entre­pre­neurs, avec un esprit de com­mu­nau­té mino­ri­taire. Finan­ce­ment, rela­tions comme four­nis­seurs ou clients, qu’importe. Et, pour ce qui concerne l’entreprise, nous devons sys­té­ma­ti­que­ment nous consti­tuer en forme juri­dique de socié­tés de per­sonnes, SCOP, SARL, etc… et non pas en socié­tés de capi­taux. Cela per­met de coop­ter les per­sonnes et, de sur­croît, comme les asso­ciés ne relèvent pas du contrat sala­rial, cela nous per­met­tra de contour­ner plus effi­ca­ce­ment les contraintes xéno­philes du droit du tra­vail, qui ne feront que se ren­for­cer. Tous les domaines sont ouverts : ser­vices dont l’éducation dont j’ai déjà par­lé, mais aus­si com­merce, voire indus­trie dans une poli­tique de relo­ca­li­sa­tion.

Voi­ci, mes chers amis, les quelques pistes de réflexion et les quelques pro­po­si­tions que je sou­hai­tais vous sou­mettre.

Je vous remer­cie de votre atten­tion.

Lio­nel Ron­douin