#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

#ColloqueILIADE : L’Être des nations et l’Avoir des marchands, par Lionel Rondouin

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Intervention de Lionel Rondouin, normalien, enseignant en classe préparatoire, lors du colloque « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne ».

Chers amis,

Je ne peux en vingt minu­tes que lan­cer des thè­mes et sug­gé­rer des pis­tes. Excu­sez donc le carac­tè­re appa­rem­ment som­mai­re ou « gra­phi­que » de mes pro­pos.

Le MIM, le Mon­dia­lis­me Immi­gra­tion­nis­te Mar­chand, est une idéo­lo­gie à la fois poli­ti­que et éco­no­mi­que.

Car il y a une idéo­lo­gie éco­no­mi­que, tra­ves­tie en scien­ce exac­te.

Les fon­de­ments de cet­te repré­sen­ta­tion du mon­de éco­no­mi­que sont les mêmes que ceux de la pré­ten­due scien­ce poli­ti­que qui vou­draient fai­re remon­ter la socié­té poli­ti­que à un contrat social.

On sait que, dans l’histoire de la phi­lo­so­phie poli­ti­que, la notion de pac­te social est théo­ri­sée par Tho­mas Hob­bes au milieu du XVIIème siè­cle dans son Levia­than. L’Angleterre des années 1640 est rava­gée par une guer­re civi­le. C’est un acci­dent de l’histoire, très simi­lai­re à ce qui se pas­se au même moment en Fran­ce avec cet­te guer­re civi­le qu’on appel­le la Fron­de.

En revan­che, Hob­bes y voit une réa­li­té trans­cen­dan­te et per­ma­nen­te. L’homme est, par natu­re, égoïs­te, diri­gé par ses seuls inté­rêts. Tou­te allian­ce entre les hom­mes de cet état « natif » ima­gi­nai­re n’est que de cir­cons­tan­ce. Ils ne connais­sent aucun lien de soli­da­ri­té. La natu­re humai­ne, c’est la guer­re de tous contre tous. Pour Hob­bes, l’homme n’est donc pas de nais­san­ce un ani­mal social, le « zôon poli­ti­con » d’Aristote inté­gré à une socié­té concrè­te, pré­exis­tan­te à lui, dotée d’une dimen­sion tra­di­tion­nel­le, juri­di­que, cultu­rel­le, lin­guis­ti­que (ce qu’on appel­le aujourd’hui une iden­ti­té), cet­te socié­té qui consti­tue un ensem­ble de liens et qui, sous cer­tains aspects,le déter­mi­ne dans ses rap­ports aux autres indi­vi­dus et à la col­lec­ti­vi­té. Pour Hob­bes donc, les hom­mes, las­sés de cet­te anar­chie san­glan­te et contre-pro­duc­ti­ve, ima­gi­nè­rent de pas­ser entre eux un contrat de type com­mer­cial et de délé­guer une par­tie de leur liber­té à une enti­té nou­vel­le, l’Etat, maî­tre et arbi­tre, qui ferait régner l’ordre néces­sai­re.

Les théo­ries de Hob­bes sont à l’origine de tou­tes les théo­ries de la table rase qui, sous des for­mes diver­ses, se suc­cè­dent en Occi­dent depuis trois cents ans. L’humanité, ses socié­tés, ses géné­ra­tions suc­ces­si­ves sont des « tabu­las rasas », des tablet­tes de cire sur les­quel­les le temps a écrit des mots, des his­toi­res, des concep­tions du mon­de et des pra­ti­ques des rap­ports sociaux. On pour­rait, en chauf­fant un peu la tablet­te, fai­re fon­dre la cire qui rede­vien­drait lis­se, « rase » et donc vier­ge, et l’on pour­rait donc écri­re des­sus, en tou­te liber­té, de nou­vel­les aven­tu­res, un nou­veau droit, de nou­vel­les socié­tés, un hom­me nou­veau. « Du pas­sé fai­sons table rase », dit l’Internationale. Ces théo­ries sont l’origine du construc­ti­vis­me poli­ti­que, de la théo­rie des consti­tu­tions et de la pré­ten­tion à rom­pre avec une natu­re et des héri­ta­ges, à « remet­tre les pen­du­les à zéro » dans l’histoire. Cet­te pro­blé­ma­ti­que est d’actualité puis­que rien dans cet­te logi­que n’empêche de voir des indi­vi­dus allo­gè­nes s’agréger au contrat social.

Dans le domai­ne de la théo­rie éco­no­mi­que main­te­nant, qui ne voit la simi­li­tu­de entre la théo­rie poli­ti­que de Hob­bes et la théo­rie éco­no­mi­que d’Adam Smi­th, le père et tou­jours pape de la « scien­ce éco­no­mi­que » libé­ra­le ?

L’homme éco­no­mi­que est réduit à sa dou­ble fonc­tion de pro­duc­teur et de consom­ma­teur, c’est un « agent éco­no­mi­que ». Dans sa rela­tion aux autres agents, l’homo oeco­no­mi­cus ne vise qu’à maxi­mi­ser son uti­li­té, c’est-à-dire son inté­rêt indi­vi­duel en dehors de tou­te consi­dé­ra­tion de soli­da­ri­té. La rela­tion éco­no­mi­que est à la fois concur­ren­tiel­le et contrac­tuel­le, que ce soit le contrat d’achat-vente ou le contrat de tra­vail. La concur­ren­ce pure, par­fai­te et non faus­sée est garan­tie par l’Etat et les Codes, civil et de com­mer­ce, en sont les ins­tru­ments de contrô­le.

Les prin­ci­pes de ces deux idéo­lo­gies sont com­muns : les indi­vi­dus sont de purs ato­mes, des mona­des leib­nit­zien­nes qui flot­tent quel­que part dans le plas­ma inor­ga­ni­que de l’espace et du temps, des indi­vi­dus hors-sol, inter­chan­gea­bles et équi­va­lents, sans aucu­ne déter­mi­na­tion cultu­rel­le ou his­to­ri­que.

Deux concep­tions des socié­tés s’opposent.

Soit les socié­tés humai­nes sont des êtres col­lec­tifs dont la valeur est plus que la som­me des par­ties qui les consti­tuent. Ces socié­tés sont ins­cri­tes dans un espa­ce déter­mi­né et dans une pro­fon­deur his­to­ri­que. Elles ont une cultu­re qui peut évo­luer dans le temps mais sur la base d’un héri­ta­ge. Elles accep­tent la nou­veau­té mais avec le regard cri­ti­que de celui qui juge un arbre à ses fruits. Les acti­vi­tés cultu­rel­les, socia­les, éco­no­mi­ques, les rap­ports entre indi­vi­dus et les rap­ports col­lec­tifs entre grou­pes fami­liaux, sociaux et éco­no­mi­ques sont régu­lés par des nor­mes et – j’ose le dire – des inter­dits qui assu­rent le res­pect de la soli­da­ri­té. Les socié­tés, com­me tous les êtres vivants, ont pour objec­tif de se repro­dui­re, de trans­met­tre. C’est le prin­ci­pe de péren­ni­té et de tra­di­tion-trans­mis­sion.

Soit à l’inverse les socié­tés sont des agré­gats mode­la­bles et remo­de­la­bles ad libi­tum en fonc­tion des situa­tions et des inté­rêts du moment. Les indi­vi­dus maxi­mi­sent leur inté­rêt indi­vi­duel et tout peut libre­ment être mar­chan­di­sé, temps, tra­vail, pro­créa­tion. Rien ne s’oppose à ce que l’étranger par­ti­ci­pe libre­ment à la concur­ren­ce loca­le sur le mar­ché du tra­vail si les éli­tes éco­no­mi­ques y trou­vent un inté­rêt. Si le « pre­mier capi­ta­lis­me » conser­vait un grand nom­bre de valeurs patri­mo­nia­les et fami­lia­les tra­di­tion­nel­les, nous som­mes aujourd’hui dans la pha­se trois du sys­tè­me, le capi­ta­lis­me finan­cia­ri­sé régi par la loi du ren­de­ment immé­diat et de l’économie hors-sol. Rien ne s’oppose non plus à ce que l’étranger vien­ne rem­pla­cer l’autochtone défaillant et sté­ri­le pour abon­der les cais­ses de retrai­te, du moment que le retrai­té tou­che sa pen­sion et puis­se fai­re sa croi­siè­re annuel­le. Le temps indi­vi­duel et col­lec­tif est nor­mé par le court-ter­mis­me. Après moi, le délu­ge. Enfin, dans cet­te socié­té, tou­te « nova­tion » est reçue com­me bien­ve­nue dans cet « hôtel de pas­sa­ge » qu’est la socié­té selon Jac­ques Atta­li.

Tout repo­se donc sur la concep­tion de l’individu.

Mal­heu­reu­se­ment pour nous, la der­niè­re cho­se dont nos contem­po­rains accep­te­ront de fai­re leur deuil est le culte et le pri­mat de l’individu, indi­vi­du poli­ti­que et social libre de tou­te déter­mi­na­tion, indi­vi­du libre de jouir sans entra­ves dans l’instantanéité du temps, « l’homo fes­ti­vus » qu’a bien défi­ni Muray. Le « vivre ensem­ble » de « l’homo fes­ti­vus » est un mélan­ge para­doxal de consom­ma­tion maté­ria­lis­te, de jouis­san­ces fugi­ti­ves et de convi­via­li­té fac­ti­ce où des indi­vi­dus « font la teuf » en racon­tant leur « fun » sous for­me de mes­sa­ges adres­sés à des incon­nus autis­tes par des zom­bies autis­tes, tous rivés à leur écran.

Et c’est pour­tant à cet indi­vi­dua­lis­me qu’il faut renon­cer pour reve­nir à une concep­tion et une défi­ni­tion holis­te et orga­ni­que de la socié­té. Notre tâche est donc rude.

Le débat n’est pas moral. C’est aujourd’hui une ques­tion de sur­vie indi­vi­duel­le et col­lec­ti­ve.

Nous vivons sur une confu­sion, qui date de l’époque où nous autres Euro­péens avons consti­tué le concept d’individu, en mêlant un peu de phi­lo­so­phie grec­que socra­ti­que et beau­coup de méta­phy­si­que chré­tien­ne (c’est le Christ qui a inven­té le rachat de l’individu par lui-même alors que le péché et la malé­dic­tion du peu­ple juif sont col­lec­tifs).

Cet­te illu­sion est de natu­re juri­di­que.

Le droit ne connaît de res­pon­sa­bi­li­té qu’individuelle, alors que l’histoire connaît la res­pon­sa­bi­li­té col­lec­ti­ve. Une nation (col­lec­ti­vi­té humai­ne, socia­le, poli­ti­que et cultu­rel­le) ou une géné­ra­tion (un tron­çon tem­po­rel de la même col­lec­ti­vi­té) assu­ment une res­pon­sa­bi­li­té, et nous som­mes tous — même les oppo­sants et les dis­si­dents — indé­fi­ni­ment co-res­pon­sa­bles des déci­sions et des options qui auront été pri­ses de notre temps.

La sidé­ra­tion qui frap­pe nos contem­po­rains devant les « atten­tats aveu­gles » (com­me si des atten­tats étaient aveu­gles…) tient lar­ge­ment à une concep­tion erro­née de la res­pon­sa­bi­li­té. « Je ne leur ai rien fait ». Or les ter­ro­ris­tes ont rai­son. Il n’y a pas d’innocents.

Nous som­mes res­pon­sa­bles d’être ce que nous som­mes, d’être les héri­tiers de notre civi­li­sa­tion et des déci­sions pri­ses par nos pré­dé­ces­seurs. Nous som­mes déter­mi­nés par nos raci­nes à être blancs, croi­sés, des­cen­dants des défri­cheurs de la Beau­ce et des construc­teurs de Sain­te-Sophie de Constan­ti­no­ple, pay­sans ita­liens deve­nus arti­sans fran­çais, etc… Les des­tins sont col­lec­tifs.

Cet­te illu­sion juri­di­que indi­vi­dua­lis­te – « je, en tant qu’individu, ne leur ai rien fait » — ne va pas sans para­doxe, puisqu’elle s’accompagne d’un eth­no-maso­chis­me, la hai­ne de soi en tant qu’être col­lec­tif his­to­ri­que, dont les mani­fes­ta­tions les plus visi­bles sont la repen­tan­ce his­to­ri­que constan­te, la com­mé­mo­ra­tion mala­di­ve des pré­ten­dus péchés de notre civi­li­sa­tion, et les lois xéno­phi­les dans le domai­ne social et poli­ti­que.

Le « vivre ensem­ble » qu’on nous pro­po­se repo­se sur le pos­tu­lat de l’accueil et de la décla­ra­tion de paix. Or il ne sert à rien de dire « je t’aime » à celui qui répond « moi non plus ». « Fai­tes l’amour, pas la guer­re » est une pro­po­si­tion frap­pée d’une absur­di­té logi­que. De deux par­ties, une peut, tou­te seule, décla­rer la guer­re à l’autre, alors que pour fai­re l’amour, il faut être d’accord tous les deux. Ou alors, c’est un viol et c’est une autre his­toi­re.

Quel­les sont donc les voies qui nous sont ouver­tes pour fai­re face au défi, au dan­ger le plus gra­ve qu’ait connu l’Europe depuis 1650 ans, c’est-à-dire depuis les der­niè­res gran­des inva­sions de peu­ple­ment ?

Que fai­re, donc ?

J’évoquerai plu­sieurs pis­tes, non exclu­si­ves les unes des autres, dans le domai­ne poli­ti­que, édu­ca­tif, cultu­rel, éco­no­mi­que.

Les prin­ci­pes de ces dif­fé­ren­tes actions sont iden­ti­ques :

  • il faut répé­ter que nous som­mes la majo­ri­té, mais agir com­me si nous étions déjà une mino­ri­té. Rien n’est plus désas­treux que le concept de « majo­ri­té silen­cieu­se » qui a fait tant de mal à la droi­te, car la majo­ri­té a en per­ma­nen­ce élu et lais­sé fai­re sans rien dire des éli­tes qui l’ont tra­hie. Les mino­ri­tés conscien­tes et acti­ves mènent le mon­de.
  • il faut aler­ter, dénon­cer les contra­dic­tions du sys­tè­me, reven­di­quer et défen­dre la liber­té d’expression,
  • il faut édu­quer, trans­met­tre, for­mer la géné­ra­tion mon­tan­te,
  • il faut met­tre à pro­fit les ten­dan­ces actuel­les et les ini­tia­ti­ves qui vont dans le sens du loca­lis­me et d’une concep­tion holis­te de la socié­té.

Dans le domai­ne poli­ti­que, nous avons un rôle de lan­ceurs d’alerte, de pro­pa­ga­teurs d’information et de défen­seurs d’internet contre le tota­li­ta­ris­me mou qui s’instaure. Actuel­le­ment, ce ne sont pas les sites dji­ha­dis­tes ou immi­gra­tion­nis­tes que l’on fer­me ou que l’on per­sé­cu­te, ce sont les lan­ceurs d’alerte qui sont per­sé­cu­tés par le pré­ten­du état d’urgence. Le gou­ver­ne­ment fran­çais avait déjà refu­sé l’asile poli­ti­que à Snow­den, dénon­cia­teur de l’espionnage géné­ra­li­sé par des inté­rêts étran­gers. Aujourd’hui, les sites d’information sont sur­veillés. Le diman­che soir pré­cé­dent les atten­tats de Bruxel­les, Marion Maré­chal-Le Pen s’est fait incri­mi­ner sur BFM-TV par la res­pon­sa­ble des infor­ma­tions poli­ti­ques du Pari­sien. Son cri­me était d’avoir twit­té lors de l’arrestation de Salah Abdes­se­lam : « je me réjouis de cet­te arres­ta­tion, mais com­bien en res­te-t-il dans la natu­re ? » La jour­na­lis­te lui a deman­dé si elle n’avait pas hon­te de tenir des pro­pos « anxio­gè­nes »… Et 36 heu­res après, les com­pli­ces d’Abdesselam enco­re dans la natu­re fai­saient plus de 30 morts… Et bien, non, nous n’avons pas hon­te de tenir des pro­pos anxio­gè­nes ! Et je vous pro­po­se de réflé­chir à la maniè­re d’amplifier notre voix.

Dans le même domai­ne poli­ti­que, nous devons nous atta­cher à expli­quer et dif­fu­ser auprès du plus grand nom­bre, en tout temps et en tous lieux, où se situe l’escroquerie éco­no­mi­que la plus fla­gran­te du MIM. Non, les migrants n’assureront pas le finan­ce­ment de la retrai­te par des coti­sa­tions socia­les ! Dans un contex­te his­to­ri­que de vieillis­se­ment de la popu­la­tion euro­péen­ne, il serait déjà hasar­deux d’escompter que la soli­da­ri­té trans-géné­ra­tion­nel­le fonc­tion­ne par­fai­te­ment, sans remi­se en cau­se de cet­te situa­tion d’exploitation des clas­ses jeu­nes par les baby-boo­mers qui ont refu­sé les contrain­tes de l’éducation d’une famil­le pour mieux pro­fi­ter des plai­sirs de la socié­té de consom­ma­tion. Peut-on donc pen­ser que, quand bien même les nou­veaux arri­vants trou­ve­raient leur pla­ce sur le mar­ché du tra­vail avec les nor­mes de pro­duc­ti­vi­té que nous exi­geons des sala­riés, ces sala­riés accep­te­raient de sub­ve­nir aux besoins de per­son­nes avec les­quel­les ils n’ont et ne se sen­tent aucun lien de soli­da­ri­té ? Je pen­se que le mes­sa­ge est rude à enten­dre pour nos conci­toyens, mais il est néces­sai­re. Tant pis pour le niveau de vie des retrai­tés, à titre indi­vi­duel. C’est leur géné­ra­tion qui a col­lec­ti­ve­ment pris les mau­vai­ses déci­sions. C’est com­me la det­te, il fau­dra payer l’addition…

Nous devons aus­si nous fai­re les pour­fen­deurs de tou­te for­me de mar­chan­di­sa­tion du vivant. Non seule­ment contre la mar­chan­di­sa­tion du corps com­me nous le fai­sons pour la GPA et ce mes­sa­ge me sem­ble por­teur et effi­ca­ce, mais aus­si contre la bre­ve­ta­bi­li­té du vivant sous tou­tes ces for­mes. Il y a là une syner­gie à trou­ver avec les oppo­sants aux lob­bies phar­ma­ceu­ti­ques et aux Mon­san­to en tout gen­re, qui peut nous don­ner de la visi­bi­li­té, en plei­ne cohé­ren­ce avec notre vision du mon­de.

Il faut enfin dénon­cer pré­ven­ti­ve­ment les natu­ra­li­sa­tions mas­si­ves à venir. Le peu­ple votant et pen­sant mal, les éli­tes n’ont d’autre voie que de diluer le peu­ple en pro­cé­dant à ces natu­ra­li­sa­tions, si pos­si­ble dès le pro­chain quin­quen­nat en Fran­ce.

En revan­che, l’action poli­ti­que ne peut pas être l’alpha et l’omega de notre action. En effet, com­me l’a très bien vu Lau­rent Ozon par exem­ple, pour réus­sir en poli­ti­que, il faut être élu et donc s’abstenir de dis­cours exces­si­ve­ment trau­ma­ti­sants. L’inaudible – ce que l’on ne veut pas enten­dre – est donc indi­ci­ble. A ce titre, nous savons tous ici que cela sera très dur dans l’avenir – trou­bles civils et sociaux, bais­se géné­ra­le du niveau de vie, etc… — mais on ne peut incri­mi­ner un par­ti poli­ti­que lorsqu’il affir­me déte­nir les moyens de contrô­ler la situa­tion. Je dis cela pour les impa­tients et les radi­caux…

Il convient donc d’agir aus­si hors de la sphè­re poli­ti­que.

Un des axes prio­ri­tai­res d’action est l’éducation, afin de for­mer des éli­tes capa­bles d’assumer leur res­pon­sa­bi­li­té à venir.

Le sys­tè­me, avec l’assentiment fata­lis­te de nos contem­po­rains, a fait s’effondrer l’enseignement de tous les savoirs et de tou­tes les métho­des qui per­met­tent de com­pren­dre et de juger le mon­de. Cet­te failli­te pro­fi­te bien enten­du au pro­jet du MIM car l’Education natio­na­le (à laquel­le j’inclus géné­ra­le­ment l’enseignement confes­sion­nel sous contrat) pro­duit des indi­vi­dus hors-sol, hors-his­toi­re, indif­fé­ren­ciés, inter­chan­gea­bles et dis­po­sés à accep­ter tout pro­jet qui ferait table rase de notre iden­ti­té.

Le niveau géné­ral est lamen­ta­ble en capa­ci­té logi­que d’analyse et de déduc­tion, en his­toi­re, géo­gra­phie phy­si­que et humai­ne, éco­no­mie poli­ti­que, phi­lo­so­phie, socio­lo­gie. Le fran­çais est lu et par­lé avec un voca­bu­lai­re pau­vre et approxi­ma­tif, pro­che du niveau d’une lan­gue étran­gè­re moyen­ne­ment maî­tri­sée plu­tôt que de celui d’une lan­gue mater­nel­le. Même l’apprentissage du cal­cul est ren­du dif­fi­ci­le du fait de la pau­vre­té du voca­bu­lai­re fran­çais, car les élè­ves ne peu­vent pas com­pren­dre les mots du pro­blè­me posé.

Je vous pro­po­se donc de réflé­chir à la créa­tion d’écoles hors contrat ou au ren­for­ce­ment d’écoles exis­tan­tes. Ce pro­jet sup­po­se­rait la mobi­li­sa­tion de bon­nes volon­tés, de com­pé­ten­ces juri­di­ques et de moyens finan­ciers, mais cela me sem­ble la sui­te logi­que de notre entrée en séces­sion.

Un autre volet de cet­te édu­ca­tion est celui des valeurs. Nous pou­vons trans­met­tre les valeurs holis­tes et soli­dai­res et for­mer les éli­tes qui nous seront néces­sai­res.

Une des fai­bles­ses consti­tu­ti­ves de la socié­té mar­chan­de a bien été mise en lumiè­re par Fran­çois Per­roux, dont je vous rap­pel­le qu’il a été l’un des éco­no­mis­tes fran­çais les plus brillants, pro­fes­seur au Col­lè­ge de Fran­ce, grand mathé­ma­ti­cien, avant d’être mépri­sé par l’Université de la pen­sée uni­que. Il avait en effet com­me pro­jet de consti­tuer une éco­no­mie poli­ti­que glo­ba­le per­met­tant une com­pré­hen­sion des phé­no­mè­nes éco­no­mi­ques com­me l’une des dimen­sions de la socié­té, mais pas la seule et en tout cas pas auto­no­me par rap­port à ses autres dimen­sions. Il écrit, dès 1969 :

« Tou­te socié­té capi­ta­lis­te fonc­tion­ne régu­liè­re­ment grâ­ce à des sec­teurs sociaux qui ne sont ni impré­gnés ni ani­més par l’esprit de gain et de la recher­che du plus grand gain. Lors­que le haut fonc­tion­nai­re, le sol­dat, le magis­trat, le prê­tre, l’artiste, le savant sont domi­nés par cet esprit, la socié­té crou­le, et tou­te for­me d’économie est mena­cée. (…) Un esprit anté­rieur et étran­ger au capi­ta­lis­me sou­tient durant une durée varia­ble les cadres dans les­quels l’économie capi­ta­lis­te fonc­tion­ne. Mais cel­le-ci, par son expan­sion et sa réus­si­te mêmes, dans la mesu­re où elle s’impose à l’estime et à la recon­nais­san­ce des mas­ses, dans la mesu­re où elle y déve­lop­pe le goût du confort et du bien-être maté­riel, enta­me les ins­ti­tu­tions tra­di­tion­nel­les et les struc­tu­res men­ta­les sans les­quel­les il n’est aucun ordre social. Le capi­ta­lis­me use et cor­rompt. Il est un énor­me consom­ma­teur de sève dont il ne com­man­de pas la mon­tée (…). »

Ce tex­te magni­fi­que doit nous rap­pe­ler que, lors­que le MIM et le capi­ta­lis­me de troi­siè­me type échoue­ront dans leur pro­jet com­me le para­si­te meurt de l’épuisement de son hôte, nous aurons plus que jamais besoin de ces éli­tes ani­mées de valeurs de ser­vi­ce, ces valeurs « libé­ra­les » au sens grec du ter­me. C’est le rôle que nous devons assi­gner à nos acti­vi­tés com­mu­nau­tai­res et de scou­tis­me, qui seront une sour­ce de sève dans les pério­des trou­blées à venir.

Pas­sons main­te­nant à la maniè­re dont nous pou­vons nous appuyer sur des ten­dan­ces exis­tan­tes dans la socié­té actuel­le, sur d’autres éco­les de pen­sée et d’action que nous avons sou­vent consi­dé­rées com­me éloi­gnées de nos pré­oc­cu­pa­tions, mais qui se sont insen­si­ble­ment rap­pro­chées de nous com­me nous nous rap­pro­chions d’elles. J’entends par là tous les mou­ve­ments qui se reven­di­quent de la notion de res­pon­sa­bi­li­té col­lec­ti­ve. La res­pon­sa­bi­li­té socia­le et envi­ron­ne­men­ta­le, la consom­ma­tion res­pon­sa­ble, la sobrié­té étaient des concepts plu­tôt uni­ver­sa­lis­tes. Mais la réa­li­té des faits et l’influence de cer­tai­nes per­son­na­li­tés com­me Michéa ont ame­né les pro­mo­teurs de ces théo­ries et de ces pra­ti­ques à com­pren­dre enfin que le com­mer­ce équi­ta­ble, ce n’est pas seule­ment pour les petits pro­duc­teurs de café du Cos­ta-Rica chers à Max Have­laar. C’est aus­si pour nos frè­res agri­cul­teurs et éle­veurs gau­lois qui se crè­vent au tra­vail, exploi­tés par le sys­tè­me et la mon­dia­li­sa­tion, à 30 kilo­mè­tres du cen­tre-vil­le de Paris. Com­mer­ce équi­ta­ble de proxi­mi­té, cir­cuits courts, voi­là qui nous convient par­fai­te­ment et où nous avons un rôle concret à jouer. J’y rajou­te­rai une réflexion sur la maniè­re d’organiser ou de relayer des cam­pa­gnes de boy­cott à l’encontre d’enseignes ou de mar­ques.

Dans le domai­ne éco­no­mi­que, nous devons entre­pren­dre et aider nos entre­pre­neurs, avec un esprit de com­mu­nau­té mino­ri­tai­re. Finan­ce­ment, rela­tions com­me four­nis­seurs ou clients, qu’importe. Et, pour ce qui concer­ne l’entreprise, nous devons sys­té­ma­ti­que­ment nous consti­tuer en for­me juri­di­que de socié­tés de per­son­nes, SCOP, SARL, etc… et non pas en socié­tés de capi­taux. Cela per­met de coop­ter les per­son­nes et, de sur­croît, com­me les asso­ciés ne relè­vent pas du contrat sala­rial, cela nous per­met­tra de contour­ner plus effi­ca­ce­ment les contrain­tes xéno­phi­les du droit du tra­vail, qui ne feront que se ren­for­cer. Tous les domai­nes sont ouverts : ser­vi­ces dont l’éducation dont j’ai déjà par­lé, mais aus­si com­mer­ce, voi­re indus­trie dans une poli­ti­que de relo­ca­li­sa­tion.

Voi­ci, mes chers amis, les quel­ques pis­tes de réflexion et les quel­ques pro­po­si­tions que je sou­hai­tais vous sou­met­tre.

Je vous remer­cie de votre atten­tion.

Lio­nel Ron­douin