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Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître ? de Thibault Mercier

Alors que le droit devrait servir à poser les fondements d’une société libre et permettre la libre expression des personnes, il est devenu un instrument d’oppression.

Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître ? de Thibault Mercier

La discrimination est aujourd’hui interdite par de nombreuses lois et très mal perçue par l’opinion. Elle est associée à une faute morale, à une atteinte à l’égalité, à un jugement malsain des personnes. Pourtant, discriminer est un acte naturel et quotidien.

La dis­cri­mi­na­tion est un choix libre effec­tué par les per­sonnes. Choi­sir ses vête­ments, sa nour­ri­ture, le lieu de son habi­ta­tion, son conjoint, etc. c’est effec­tuer une suite de dis­cri­mi­na­tion. Mais depuis la loi Ple­ven de 1972, une série de lois et de décrets ont été pris qui restreignent le champ pos­sible des choix libres et qui cri­mi­na­lisent des actions libres et natu­relles.

Ain­si, un employeur ne peut plus recru­ter sur des cri­tères de sexe, de langue, de reli­gion. Et l’auteur de citer des exemples, comme ce char­cu­tier condam­né pour n’avoir pas recru­té un musul­man, alors que celui-ci refu­sait de tou­cher le porc par res­pect pour sa reli­gion, ou bien Aber­crom­bie, condam­né pour n’avoir vou­lu recru­ter que des ven­deurs à la plas­tique attrayante, afin de se confor­mer à l’image de la marque.

Ce que démontre bien l’auteur, qui est par ailleurs avo­cat au bar­reau de Paris, c’est que la nature du droit a été dévoyée. Alors que celui-ci doit ser­vir à poser les fon­de­ments d’une socié­té libre et per­mettre la libre expres­sion des per­sonnes, le droit est deve­nu un ins­tru­ment d’oppression, favo­ri­sant la consti­tu­tion d’une tyran­nie des juges et des magis­trats qui échappe au pou­voir popu­laire. Cette déviance invi­sible pour les non-ini­tiés modi­fie les rap­ports humains et le fonc­tion­ne­ment de la socié­té.

La han­tise de la dis­cri­mi­na­tion conduit aus­si à pro­vo­quer l’effacement de la culture fran­çaise au pro­fit de cultures exté­rieures, par­fois jusqu’à l’absurde. Ain­si, une entre­prise de BTP ne peut pas sélec­tion­ner ses ouvriers sur le cri­tère de la maî­trise de la langue fran­çaise, alors que pour cer­taines opé­ra­tions déli­cates il est essen­tiel que les ouvriers ou les conduc­teurs d’engins sachent lire et com­prendre le fran­çais.

Argu­men­té de très nom­breuses réfé­rences et pui­sant autant chez les auteurs lit­té­raires et phi­lo­so­phiques que chez les juristes (comme Jean Car­bon­nier, Jean-Louis Harouel et Michel Vil­ley), Thi­bault Mer­cier démonte aus­si les sou­bas­se­ments intel­lec­tuels de cette dérive juri­dique. Les consé­quences juri­diques de la non-dis­cri­mi­na­tion que nous subis­sons sont les conclu­sions d’une révo­lu­tion intel­lec­tuelle com­men­cée bien en amont.

Por­tée par des auteurs comme Michel Fou­cault ou Jacques Der­ri­da, ce pro­ces­sus de décons­truc­tion cherche à affai­blir la pen­sée euro­péenne, en lui ôtant tout élé­ment de résis­tance intel­lec­tuel et aujourd’hui juri­dique pour la sou­mettre aux assauts exté­rieurs. C’est un pro­ces­sus clas­sique de construc­ti­visme qui vise, par le droit et la pen­sée, à dis­soudre les capa­ci­tés de résis­tance intel­lec­tuelle.

Le droit arme de guerre

Ce que Thi­bault Mer­cier ana­lyse ici sur le plan de la poli­tique inté­rieure, est le même pro­ces­sus qui est à l’œuvre en poli­tique exté­rieure avec la guerre du droit et la stra­té­gie de l’intimidation. L’intimidation per­met d’annihiler les défenses immu­ni­taires intel­lec­tuelles, la guerre du droit per­met ensuite de gagner les com­bats, sans avoir même à com­battre.

L’interdiction de la dis­cri­mi­na­tion est donc une atteinte aux liber­tés indi­vi­duelles et nul ne sait encore jusqu’où cette atteinte va por­ter : impo­si­tion des lieux de loge­ment, du conjoint, orga­ni­sa­tion de l’éducation des enfants… une fois que les prin­cipes juri­diques ont été sapés, la tyran­nie du droit peut aller très loin.

L’ouvrage a le mérite de la syn­thèse, et donc de pré­sen­ter les points saillants de façon immé­diate. Il pro­pose aus­si une réflexion inté­res­sante sur la fron­tière comme garante des liber­tés publiques, du droit et de la ratio­na­li­té, à l’image de l’Athéna à la borne du musée de l’Acropole, qui donne son titre au livre et qui illustre la cou­ver­ture.

Thi­bault Mer­cier, Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre Guillaume de Roux, 2019.

Jean-Bap­tiste Noé
Source : contrepoints.org

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