Immigration : Enoch Powell, le prophète diabolisé

Immigration : Enoch Powell, le prophète diabolisé

Immigration : Enoch Powell, le prophète diabolisé

C’était il y a tout juste un demi-siècle, alors que l’Angleterre et l’Europe ne subissaient que les tout premiers assauts d’une crise migratoire qui culmine aujourd’hui avec l’arrivée massive d’extra-Européens sur le continent. Le 20 avril 1968, Enoch Powell, grande figure du conservatisme anglais et promis aux plus hautes fonctions, avait décidé d’évoquer ses craintes avec les citoyens de son pays. Dans un discours passé à la postérité (Rivers of blood), il les avertissait des conséquences néfastes d’une ouverture à l’immigration extra-européenne : « Si je regarde vers l’avenir, je suis empli de sombres présages ; tel le poète romain, il me semble voir le Tibre écumer d’un sang abondant. » En voici la traduction française. Vidéo : Polémia / Traduction : fdesouche.com

La fonc­tion suprême de l’homme d’état est de pro­té­ger la socié­té de mal­heurs pré­vi­sibles. Il ren­contre dans cette tâche des obs­tacles pro­fon­dé­ment ancrés dans la nature humaine. L’un d’entre eux est qu’il est d’évidence impos­sible de démon­trer la réa­li­té d’un péril avant qu’il ne sur­vienne : à chaque étape de la pro­gres­sion d’un dan­ger sup­po­sé, le doute et le débat sont pos­sibles sur son carac­tère réel ou ima­gi­naire. Ces dan­gers sont en outre l’objet de bien peu d’attention en com­pa­rai­son des pro­blèmes quo­ti­diens, qui sont eux incon­tes­tables et pres­sants : d’où l’irrésistible ten­ta­tion pour toute poli­tique de se pré­oc­cu­per du pré­sent immé­diat au détri­ment de l’avenir. Par-des­sus tout, nous avons éga­le­ment ten­dance à confondre la pré­dic­tion d’un pro­blème avec son ori­gine, ou même avec le fau­teur de trouble. Nous aimons à pen­ser : « Si seule­ment per­sonne n’en par­lait, sans doute rien de tout cela n’arriverait…»

Cette habi­tude remonte peut-être à la croyance pri­mi­tive que le mot et la chose, le nom et l’objet, sont iden­tiques. Dans tous les cas, l’évocation des périls à venir, graves mais évi­tables (si l’on s’attache à les résoudre), est la tâche la plus impo­pu­laire de l’homme poli­tique. La plus néces­saire aus­si.

Les hommes poli­tiques qui s’y sous­traient en connais­sance de cause méritent — et reçoivent d’ailleurs fré­quem­ment — les cri­tiques de leurs suc­ces­seurs. Il y a 1 à 2 semaines, je dis­cu­tais dans ma cir­cons­crip­tion avec un homme d’une qua­ran­taine d’années qui tra­vaille dans l’une de nos entre­prises natio­na­li­sées. Après quelques mots sur la pluie et le beau temps, il me dit sou­dai­ne­ment : « Si j’avais les moyens, je quit­te­rais le pays. » Je lui fis quelques reproches, lui fai­sant remar­quer que le gou­ver­ne­ment actuel ne dure­rait pas éter­nel­le­ment. Mais il n’y prê­ta pas atten­tion et pour­sui­vit : « J’ai trois enfants. Ils ont tous le bac [gram­mar school], deux d’entre eux sont mariés et ont une famille. Mais je ne serai heu­reux que lorsque je les aurai tous vu par­tir à l’étranger. Dans ce pays, dans 15 à 20 ans, les noirs domi­ne­ront les blancs. »

J’entends déjà les cris d’orfraie. Com­ment puis-je dire une chose aus­si hor­rible ? Com­ment puis-je jeter le trouble et déchaî­ner les pas­sions en rela­tant une telle conver­sa­tion ? Ma réponse est que je m’interdis de ne pas le faire. Dans ma propre ville, au grand jour, un brave et hon­nête com­pa­triote me dit à moi, son dépu­té, qu’il ne fera pas bon vivre dans son pays pour ses propres enfants. Je n’ai tout sim­ple­ment pas le droit de haus­ser les épaules et de pas­ser à autre chose. Ce que dit cet homme, des mil­liers, des cen­taines de mil­liers de gens le pensent et le disent. Peut-être pas dans tout le pays, mais par­tout où s’opère la trans­for­ma­tion radi­cale à laquelle nous assis­tons aujourd’hui, et qui n’a aucun paral­lèle connu en 1000 ans d’histoire.

Sur la lan­cée actuelle, dans 15 ou 20 ans, il y aura en Grande-Bre­tagne, en comp­tant les des­cen­dants, 3,5 mil­lions d’immigrés du Com­mon­wealth. Ce chiffre n’est pas de moi : c’est l’évaluation offi­cielle don­née au Par­le­ment par les bureaux de l’état-civil. Il n’y a pas de pré­vi­sion offi­cielle sem­blable pour l’an 2000, mais le chiffre avoi­si­ne­ra les 5 à 7 mil­lions, soit envi­ron un dixième de la popu­la­tion, qua­si­ment l’équivalent de l’agglomération lon­do­nienne. Cette popu­la­tion ne sera bien sûr pas uni­for­mé­ment répar­tie du nord au sud et d’est en ouest. Dans toute l’Angleterre, des régions entières, des villes, des quar­tiers, seront entiè­re­ment peu­plés par des popu­la­tions immi­grées ou d’origine immi­grée.

Avec le temps, la pro­por­tion des des­cen­dants d’immigrés nés en Angle­terre, et donc arri­vés ici comme nous, aug­men­te­ra rapi­de­ment. Dès 1985, ceux nés en Angle­terre [par rap­port à ceux nés à l’étranger] seront majo­ri­taires. C’est cette situa­tion qui demande d’agir avec la plus extrême urgence, et de prendre des mesures qui, pour un homme polique, sont par­mi les plus dif­fi­ciles à prendre, car ces déci­sions déli­cates sont à consi­dé­rer dans le pré­sent, alors que les dan­gers à écar­ter, ou à mini­mi­ser, ne se pré­sen­te­ront qu’aux élus des géné­ra­tions futures.

Lorsqu’un pays est confron­té à un tel dan­ger, la pre­mière ques­tion qui se pose est celle-ci : « Com­ment réduire l’ampleur du phé­no­mène ? » Puisqu’on ne peut entiè­re­ment l’éviter, peut-on le limi­ter, sachant qu’il s’agit essen­tiel­le­ment d’un pro­blème numé­rique ? Car en effet, l’arrivée d’éléments étran­gers dans un pays, ou au sein d’une popu­la­tion, a des consé­quences radi­ca­le­ment dif­fé­rentes selon que la pro­por­tion est de 1% ou 10%.

La réponse à cette simple ques­tion est d’une égale sim­pli­ci­té : il faut stop­per, tota­le­ment ou presque, les flux d’immigration entrants et encou­ra­ger au maxi­mum les flux sor­tants. Ces deux pro­po­si­tions font par­tie de la plate-forme offi­cielle du Par­ti Conser­va­teur.

Il est à peine conce­vable qu’en ce moment même, rien qu’à Wol­ve­rhamp­ton, entre 20 et 30 enfants immi­grés sup­plé­men­taires arrivent chaque semaine de l’étranger, soit 15 à 20 familles sup­plé­men­taires dans 10 ou 20 ans. « Quand les Dieux veulent détruire un peuple, ils com­mencent par le rendre fou » dit le dic­ton, et assu­ré­ment nous devons être fous, lit­té­ra­le­ment fous à lier, en tant que nation, pour per­mettre chaque année l’arrivée d’environ 50 000 per­sonnes à charge et qui plus tard accroî­tront la popu­la­tion d’origine immi­grée.

J’ai l’impression de regar­der ce pays éle­ver fré­né­ti­que­ment son propre bûcher funé­raire. Nous sommes deve­nus fous au point de per­mettre à des céli­ba­taires d’immigrer ici dans le but de fon­der une famille avec des conjoints ou des fian­cés qu’ils n’ont jamais vus. Ne croyez pas que cet afflux de popu­la­tion dimi­nue­ra de lui-même. Bien au contraire. Même au rythme actuel de 5 000 admis­sions par an et par quo­ta, ce chiffre est suf­fi­sant pour faire croître le nombre de per­sonnes à charge de 25 000 par an, et à l’infini, sans comp­ter l’immense réser­voir des liens fami­liaux exis­tant avec le pays d’origine – et tout cela sans par­ler de l’immigration clan­des­tine.

Dans de telles cir­cons­tances, la seule mesure adap­tée est de réduire, toutes affaires ces­santes, le rythme de l’immigration jusqu’à des chiffres négli­geables, et de prendre sans délai les mesures légis­la­tives et admi­nis­tra­tives qui s’imposent.

J’en viens main­te­nant au retour au pays. Si toute immi­gra­tion ces­sait demain, la crois­sance de la popu­la­tion immi­grée ou d’origine immi­grée serait sub­stan­tiel­le­ment réduite, mais l’importance numé­rique de ces popu­la­tions ne modi­fie­rait pas les fon­da­men­taux du dan­ger qui nous pré­oc­cupe. Et cet aspect du pro­blème ne peut être trai­té que lorsqu’une pro­por­tion impor­tante des popu­la­tions immi­grées est encore com­po­sée de per­sonnes arri­vées récem­ment, durant les 10 der­nières années. D’où l’urgence de mettre en œuvre dès aujourd’hui ce second volet de la poli­tique du Par­ti conser­va­teur : encou­ra­ger la ré-émi­gra­tion. Per­sonne n’est en mesure d’estimer le nombre de ceux qui, moyen­nant une aide géné­reuse, choi­si­raient soit de retour­ner dans leur pays d’origine, soit d’aller dans d’autres pays dési­reux de rece­voir main d’œuvre et savoir-faire. Per­sonne ne le sait, car jusqu’à pré­sent, aucune poli­tique de cet ordre n’a été mise en œuvre. Tout ce que je puis dire, c’est qu’actuellement encore, des immi­grés de ma cir­cons­crip­tion viennent me voir de temps à autre pour me deman­der de béné­fi­cier d’une aide au retour. Si une telle poli­tique était adop­tée et mise en place, avec la déter­mi­na­tion que jus­ti­fie la gra­vi­té de la situa­tion, les flux sor­tants pour­raient sen­si­ble­ment modi­fier les pers­pec­tives d’avenir.

Le troi­sième volet de la poli­tique du Par­ti Conser­va­teur est l’égalité de tous devant la loi : l’autorité publique ne pra­tique aucune dis­cri­mi­na­tion et ne fait aucune dif­fé­rence entre les citoyens. Ain­si que M. Heath [lea­der du par­ti conser­va­teur] l’a sou­li­gné, nous ne vou­lons pas de citoyens de pre­mière ou de seconde « classe ». Mais cela ne doit pas signi­fier pour autant qu’un immi­gré ou ses des­cen­dants doivent dis­po­ser d’un sta­tut pri­vi­lé­gié ou spé­ci­fique, ou qu’un citoyen ne soit pas en droit de dis­cri­mi­ner qui bon lui semble dans ses affaires pri­vées, ou qu’on lui dicte par la loi ses choix ou son com­por­te­ment.

Il n’y a pas plus fausse appré­cia­tion de la réa­li­té que celle entre­te­nue par les bruyants défen­seurs des lois dites « contre les dis­cri­mi­na­tions ». Que ce soit nos grandes plumes, toutes issues du même moule, par­fois des mêmes jour­naux qui, jour après jour dans les années 30, ont ten­té d’aveugler le pays face au péril crois­sant qu’il nous a fal­lu affron­ter par la suite. Ou que ce soit nos évêques cal­feu­trés dans leurs palais à savou­rer des mets déli­cats, la tête dis­si­mu­lée sous les draps. Ces gens-là sont dans l’erreur, dans l’erreur la plus abso­lue, la plus com­plète. Le sen­ti­ment de dis­cri­mi­na­tion, de dépos­ses­sion, de haine et d’inquiétude, ce ne sont pas les immi­grés qui le res­sentent, mais bien ceux qui les accueillent et doivent conti­nuer à le faire. C’est pour­quoi voter une telle loi au Par­le­ment, c’est ris­quer de mettre le feu aux poudres. Le mieux que l’on puisse dire aux tenants et aux défen­seurs de cette loi, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

Rien n’est plus trom­peur que de com­pa­rer la situa­tion de l’immigré du Com­mon­wealth qui arrive en Grande-Bre­tagne avec celle du noir amé­ri­cain. Les noirs, qui étaient déjà pré­sents avant que les Etats-Unis ne deviennent une nation, ont d’abord été des esclaves, au vrai sens du terme. Le droit de vote, et d’autres, leurs ont été accor­dés seule­ment par la suite, droits qu’ils ne sont par­ve­nus à exer­cer que peu à peu, et encore incom­plè­te­ment. L’immigré du Com­mon­wealth lui, est arri­vé en Grande-Bre­tagne comme citoyen à part entière, dans un pays qui ne pra­tique pas la dis­cri­mi­na­tion, un pays où il obtient immé­dia­te­ment les mêmes droits que tout le monde, du droit de vote à la gra­tui­té des soins de la Sécu­ri­té sociale. Les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les immi­grés ne pro­viennent ni des lois, ni de la poli­tique du gou­ver­ne­ment ou de l’administration, mais de leur situa­tion per­son­nelle, et des évé­ne­ments for­tuits qui font, et feront tou­jours, que le des­tin et l’expérience d’un homme ne sont pas ceux d’un autre.

Mais alors qu’arriver en Grande-Bre­tagne signi­fie pour le migrant accé­der à des pri­vi­lèges et à des équi­pe­ments ardem­ment recher­chés, l’impact sur la popu­la­tion autoch­tone du pays est bien dif­fé­rent. Pour des rai­sons qu’ils ne com­prennent pas, en appli­ca­tion de déci­sions prises à leur insu, pour les­quelles ils ne furent jamais consul­tés, les habi­tants de Grande-Bre­tagne se retrouvent étran­gers dans leur propre pays.

Leurs femmes ne trouvent pas de lits d’hôpital pour accou­cher, leurs enfants n’obtiennent pas de places à l’école, leurs foyers, leurs voi­sins, sont deve­nus mécon­nais­sables, leurs pro­jets et pers­pec­tives d’avenir sont défaits. Sur leurs lieux de tra­vail, les employeurs hésitent à appli­quer au tra­vailleur immi­gré les mêmes cri­tères de dis­ci­pline et de com­pé­tence qu’au Bri­tan­nique de souche. Ils com­mencent à entendre, au fil du temps, des voix chaque jour plus nom­breuses qui leur disent qu’ils sont désor­mais indé­si­rables.

Et ils apprennent aujourd’hui qu’un pri­vi­lège à sens unique va être voté au Par­le­ment. Qu’une loi qui ne peut, ni n’est des­ti­née à les pro­té­ger ni à répondre à leurs doléances, va être pro­mul­guée. Une loi qui don­ne­ra à l’étranger, au mécon­tent, à l’agent pro­vo­ca­teur, le pou­voir de les clouer au pilo­ri pour des choix d’ordre pri­vé.

Par­mi les cen­taines de lettres que j’ai reçues après m’être expri­mé sur ce sujet il y a 2 ou 3 mois, j’ai remar­qué une nou­veau­té frap­pante, et je la trouve de très mau­vaise augure. Les dépu­tés ont l’habitude de rece­voir des lettres ano­nymes, mais ce qui me sur­prend et m’inquiète, c’est la forte pro­por­tion de gens ordi­naires, hon­nêtes, avi­sés, qui m’écrivent une lettre sou­vent sen­sée, bien écrite, mais qui pré­fèrent taire leur adresse. Car ils craignent de se com­pro­mettre ou d’approuver par écrit les opi­nions que j’ai expri­mées. Ils craignent des pour­suites ou des repré­sailles si cela se savait. Ce sen­ti­ment d’être une mino­ri­té per­sé­cu­tée, sen­ti­ment qui pro­gresse par­mi la popu­la­tion anglaise dans les régions tou­chées du pays, est quelque chose d’à peine ima­gi­nable pour ceux qui n’en ont pas fait direc­te­ment l’expérience. Et je vais don­ner l’occasion à l’une de ces per­sonnes de par­ler à ma place :

« Il y a 8 ans, dans une rue pai­sible de Wol­ve­rhamp­ton, une mai­son a été ven­due à un noir. Aujourd’hui, il ne reste plus dans cette rue qu’une femme blanche, une retrai­tée, et voi­ci son his­toire : cette femme a per­du son mari et ses deux fils, morts à la Guerre. Elle a trans­for­mé sa mai­son de 7 pièces, son seul bien, en chambres à louer. Elle y a mis toute son éner­gie et elle a bien réus­si, rem­bour­sant son emprunt et com­men­çant à épar­gner pour ses vieux jours. Puis des immi­grés sont venus s’installer. Avec une appré­hen­sion crois­sante, elle a vu les mai­sons se faire rache­ter les unes après les autres. La rue, autre­fois pai­sible, est deve­nue bruyante et chao­tique. A regret, elle a vu ses loca­taires blancs par­tir un à un.

Le len­de­main du jour où son der­nier loca­taire est par­ti, elle a été réveillée à 7 heures du matin par deux hommes noirs qui, disaient-ils, vou­laient uti­li­ser son télé­phone pour appe­ler leur employeur. Elle a refu­sé, comme elle aurait refu­sé à n’importe qui à cette heure mati­nale. Elle a alors été inju­riée. Sans la chaîne qui blo­quait sa porte, elle a craint d’être agres­sée. Depuis, des familles d’immigrés ont essayé de lui louer des chambres, mais elle a tou­jours refu­sé. Ses petites éco­no­mies se sont épui­sées, et après avoir payé ses impôts, il ne lui reste que 2 livres par semaine. Elle a deman­dé une réduc­tion d’impôts et a été reçue par une jeune femme qui, voyant qu’elle pos­sé­dait une mai­son de 7 pièces, lui a conseillé d’en louer une par­tie. Quand elle a répon­du que les seuls loca­taires qui se pré­sen­taient étaient noirs, la jeune employée lui a répon­du : « Les pré­ju­gés raciaux ne vous mène­ront nulle part dans ce pays. » Elle est ren­trée chez elle.

Le télé­phone est son seul lien avec l’extérieur. Sa famille paye la fac­ture, et l’aide autant qu’elle peut. Des immi­grés lui ont pro­po­sé d’acheter sa mai­son, pour un prix que les ache­teurs poten­tiels pour­raient récu­pé­rer en la louant en quelques semaines, ou du moins en quelques mois. Elle a désor­mais peur de sor­tir. Ses fenêtres sont cas­sées. Elle trouve des excré­ments dans sa boîte aux lettres. Quand elle sort faire ses courses, elle est sui­vie par de char­mants petits noirs, très sou­riants. Ils ne parlent pas un mot d’anglais, mais il existe un mot qu’ils connaissent très bien : « Raciste ! » scandent-ils der­rière elle. Lorsque cette nou­velle loi sur les rela­tions inter­ra­ciales sera votée, cette femme est convain­cue qu’elle ira en pri­son. A-t-elle tort ? Je com­mence moi aus­si à me poser la ques­tion…

L’autre dan­ge­reuse chi­mère de ceux qui sont aveugles aux réa­li­tés peut se résu­mer au mot « inté­gra­tion ». Être inté­gré, c’est ne pas se dis­tin­guer, à tous points de vue, des autres membres d’une popu­la­tion. Et de tout temps, des dif­fé­rences phy­siques évi­dentes, par­ti­cu­liè­re­ment la cou­leur de peau, ont ren­du l’intégration dif­fi­cile, bien que pos­sible avec le temps. Par­mi les immi­grés du Com­mon­wealth venus s’installer ici depuis 15 ans, il existe des dizaines de mil­liers de per­sonnes qui sou­haitent s’intégrer, et tous leurs efforts tendent vers cet objec­tif. Mais pen­ser qu’un tel désir est pré­sent chez une vaste majo­ri­té d’immigrés ou chez leurs des­cen­dants est une idée extra­va­gante, et dan­ge­reuse de sur­croît.

Nous sommes arri­vés à un tour­nant. Jusqu’à pré­sent, la situa­tion et les dif­fé­rences sociales ont ren­du l’idée même d’intégration inac­ces­sible : cette inté­gra­tion, la plu­part des immi­grés ne l’ont jamais ni conçue ni sou­hai­tée. Leur nombre et leur concen­tra­tion ont fait que la pres­sion vers l’intégration qui s’applique d’habitude aux petites mino­ri­tés, n’a pas fonc­tion­né. Nous assis­tons aujourd’hui au déve­lop­pe­ment de forces qui s’opposent direc­te­ment à l’intégration, à l’apparition de droits acquis qui main­tiennent et accen­tuent les dif­fé­rences raciales et reli­gieuses, dans le but d’exercer une domi­na­tion, d’abord sur les autres migrants et ensuite sur le reste de la popu­la­tion. Cette ombre, au départ à peine visible, obs­cur­cit le ciel rapi­de­ment. Et on la per­çoit désor­mais à Wol­ve­rhamp­ton. Elle donne des signes d’expansion rapide. Les mots que je vais citer ne sont pas les miens, je les reprends tels quels de la presse locale du 17 février [1968], ils sont d’un dépu­té tra­vailliste, ministre du gou­ver­ne­ment actuel : « Il faut déplo­rer la cam­pagne menée par la com­mu­nau­té Sikh pour conser­ver des cou­tumes inadé­quates. Ils tra­vaillent en Grande-Bre­tagne, dans la fonc­tion publique qui plus est. Ces per­sonnes doivent accep­ter les condi­tions liées à leur emploi. Récla­mer des droits par­ti­cu­liers pour leur com­mu­nau­té (ou devrait-on par­ler de rites ?) mène à un dan­ge­reux cli­vage au sein de la socié­té. Ce com­mu­nau­ta­risme est un chancre : qu’il soit reven­di­qué par un camp ou par un autre, il faut le condam­ner sévè­re­ment. » Il faut remer­cier John Sto­ne­house pour sa luci­di­té et pour avoir eu le cou­rage d’évoquer ce sujet.

Le pro­jet de Loi sur les Rela­tions Raciales consti­tue le ter­reau idéal pour que ces dan­ge­reux élé­ments de dis­corde pros­pèrent. Car voi­là bien le moyen de mon­trer aux com­mu­nau­tés d’immigrants com­ment s’organiser et sou­te­nir leurs membres, com­ment faire cam­pagne contre leurs conci­toyens, com­ment inti­mi­der et domi­ner les autres grâce aux moyens juri­diques que les igno­rants et les mal-infor­més leur ont four­nis.

Je contemple l’avenir et je suis rem­pli d’effroi. Comme les Romains, je vois confu­sé­ment « le Tibre écu­mant de sang ». Ce phé­no­mène tra­gique et inso­luble, nous l’observons déjà avec hor­reur outre-Atlan­tique, mais alors que là-bas il est inti­me­ment lié à l’histoire de l’Amérique, il s’installe chez nous par notre propre volon­té, par notre négli­gence. Il est déjà là. Numé­ri­que­ment par­lant, il aura atteint les pro­por­tions amé­ri­caines bien avant la fin du siècle. Seule une action réso­lue et immé­diate peut encore l’empêcher. Je ne sais si la volon­té popu­laire exi­ge­ra ou obtien­dra de telles mesures. Mais ce que je sais, c’est que se taire devant cette situa­tion serait une tra­hi­son majeure.

Enoch Powell