Institut ILIADE
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Avec Rémi Soulié

Avec Rémi Soulié

A la fin du XIXème siècle, le jeune Maurice Barrès proclame dans La Terre et les Morts que « la terre nous donne une discipline, et (que) nous sommes le prolongement des ancêtres. » Son confrère Paul Léautaud rétorque : « Philosophie d’esclave ! L’enseignement des morts ! N’est-ce pas assez de les subir en soi forcément, sans encore se plier volontairement à eux ? »

RacinationEssen­tiel débat que reprend Rémi Sou­lié, Cathare de Tou­louse, dis­ciple du phi­lo­sophe Pierre Bou­tang, spé­cia­liste de Nietzsche et de Péguy. Depuis une ving­taine d’années, Rémi Sou­lié a publié des livres rares et recher­chés où il dévoile par étapes aux hap­py few un pay­sage men­tal des plus sin­gu­liers. Jus­te­ment son der­nier essai d’inspiration bar­ré­sienne, Raci­na­tion, est dédié au san­glier – por­cus sin­gu­la­ris. A rebours du siècle et de sa doxa infec­tée de néant et de confu­sion, l’Occitan Sou­lié part sur les traces de ses aïeux, pay­sans du Rouergue qui n’apprirent le fran­çais qu’au début du siècle ving­tième.

Convo­quant Homère et Höl­der­lin, Hei­deg­ger et Mis­tral, tant d’autres poètes et voyants, tous sin­gu­liers au suprême, Sou­lié remonte gaillar­de­ment le tor­rent et fait retour à la racine pour conju­rer le grand nau­frage moderne, exal­tant « l’amitié ori­gi­nelle et émer­veillée avec le monde, le dévoi­le­ment de l’universelle sym­pa­thie ana­lo­gique ».

Au fil des pages de Raci­na­tion, essai d’une den­si­té sou­vent ver­ti­gi­neuse (par la hau­teur de la pen­sée, mais aus­si, à cer­taines pages, par un déluge d’allusions et de réfé­rences), le cher Sou­lié, dont le patro­nyme évoque le soleil du Rouergue (on songe à Sou­lès, le vrai nom d’Abellio), nous balade par­mi les arbres, les fleurs et les pierres, par­fois tom­bales – la terre et les morts, tou­jours. Ses leit­mo­tive ? « L’émerveillement du naïf et du natif », l’exaltation du lieu comme des liens, la méfiance à l’égard de l’abstraction, qui détache sans pour autant résoudre l’énigme du monde, l’exil inté­rieur…

A l’identité, trop abs­traite à ses yeux, l’indigène Sou­lié pré­fère la raci­na­tion en tant que « conscience d’un héri­tage à faire fruc­ti­fier », que « mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont pré­cé­dés ». Bref, il se pose, non sans une altière humi­li­té, en débi­teur, « homme de devoirs avant d’être un sujet de droits ». Un livre intem­pes­tif, d’Athènes et du Grand Midi, où rôdent les figures de Dio­ny­sos et de Simone Weil.

Chris­to­pher Gérard
Source : archaion.hautetfort.com

Rémi Sou­lié, Raci­na­tion, Edi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 204 pages, 23 €. Chez le même édi­teur, Pour saluer Pierre Bou­tang.

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