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La forêt de Mervent et Mélusine

« Et quant Remondin l’ouy, si la regarde, et perçoit la grant beauté qui estoit en la dame ; si s’en donne grant merveille, et ne lui semble mie qu’il eust oncques mais veu si belle. » Jean d’Arras, Le roman de Mélusine

La forêt de Mervent et Mélusine
Pays : France
Région : Pays de la Loire
Modes de déplacement : Randonnées à pied, à cheval ou à bicyclette (VTT) sous réserves. Il est possible de visiter les sites en voiture en stationnant son véhicule à proximité selon les opportunités. Mais ceci ôte une part du charme de leur découverte.
Durée des parcours : Compter une « bonne » demi-journée pour le parcours 1, une « petite » pour le 2, avec possibilité de combiner ou de fractionner.
Difficulté des parcours : Ces promenades familiales s’effectuent dans la partie méridionale du massif Armoricain, avec son « relief en creux » : les thalwegs sont souvent encaissés, avec des pentes raides si on les traverse et des itinéraires parfois escarpés si on les suit.
Périodes : Bien que seul massif forestier d’importance ouvert au public du département de la Vendée (il est très majoritairement de statut domanial), celui de Mervent-Vouvant n’est pas surfréquenté. De juin à février, les lundis, jeudis et samedis sont jours de chasse à tir au grand gibier. Cela n’interdit pas pour autant l’ensemble de la forêt domaniale aux autres usagers.
En été, le promeneur appréciera les ombrages offerts ; en hiver, il profitera de vues plus larges, le massif, du type « forêt océanique » étant encore essentiellement composé de feuillus. Au printemps, le bocage est en fleurs et la forêt tapissée d’asphodèles ; en automne, elle prend des couleurs magnifiques. Par temps humide, il y aura intérêt à s’équiper en conséquence : les sentiers sont souvent boueux. Plusieurs abris existent près des voies goudronnées et sont mentionnés sur les cartes au 1 : 25 000.

Présentation géographique

Le massif forestier au sous-sol essentiellement schisteux de Mervent-Vouvant s’étend sur plus de 5 000 hectares (partie privée et forêt domaniale confondues). Il est situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Fontenay-le-Comte. Culminant à l’altitude modeste de 122 m dans sa partie orientale, il descend à 39 m au niveau du barrage de Mervent qui retient l’eau de la rivière Vendée dans sa partie méridionale. L’essentiel des bois se trouve situé entre les villages de Pissotte au sud et Vouvant au nord, entre lesquels serpentent la Vendée et son affluent la Mère (leur confluence se fait à Mervent). La forêt a, depuis les temps les plus reculés, fourni le combustible nécessaire à la verrerie. Gravement menacée par la surexploitation, elle doit à Colbert des mesures draconiennes que les forestiers royaux appliquèrent méthodiquement pour faire cesser les abus et entreprendre un reboisement de qualité (chêne « Marinier »). Après la Seconde Guerre mondiale, une série de barrages a été établie sur l’axe Mère-Vendée (Vouvant, Pierre-Brune, Albert, Mervent) afin d’en réguler le cours et de constituer des réserves d’eau. En contrepartie, des sites pittoresques ont été noyés. Ne subsistent que quelques points de franchissement des retenues qui constituent autant de passages obligés.

Cadre historique et culturel

La toponymie laisse supposer l’existence de mégalithes, dont l’un est même mentionné sur une carte ancienne mais n’a pu être retrouvé sur le terrain, ce qui indiquerait une présence humaine dès l’époque néolithique. Ensuite, si l’on élimine les affirmations aventureuses d’érudits du XIXe siècle, les vestiges archéologiques de la forêt ne sont attribuables avec certitude qu’aux époques gallo-romaine (habitat à Mervent) et médiévale (fours au lieu-dit les Vieilles-Verreries sur la commune de Vouvant). Quant au retranchement de terre dit « Fort-Chantoiseau », du nom de ce seigneur-brigand pour lequel il est difficile de faire la part de l’histoire et celle de la légende, sa datation est aléatoire.

La plaquette Vouvant, cité médiévale fortifiée et sa forêt affirme purement gratuitement que « les premiers propriétaires connus sont les Templiers qui, dès le XIIe siècle, occupèrent le château de Mervent », erreur qui figure encore sur des panneaux de l’Office National des Forêts.

La forêt fut propriété de la seigneurie de Vouvant qui lui donna son nom initial. En 1674, à la mort de l’abbé de Longueville, elle était donnée par la famille au domaine royal, avant d’être attribuée en 1778 en apanage au comte d’Artois, futur Charles X. La Révolution la transféra au domaine national, ce qui en a probablement permis la sauvegarde. Elle fut traversée en mai 1793 par l’Armée catholique et royale en marche sur « Fontenay-le-Peuple » lors de la première guerre de Vendée, ce que rappelle une plaque apposée par le Souvenir Vendéen sur le mur de l’église Notre-Dame. Ensuite la forêt permit le rassemblement de ceux que les autorités républicaines qualifiaient de « brigands ». Ainsi un procès-verbal de gendarmerie du 22 Prairial an VI signale des messes clandestines à la grotte du Père de Montfort. Ce site porte le nom de ce religieux originaire de Bretagne que l’on qualifierait aujourd’hui de « marginal et squatteur ». Un autre procès-verbal fut établi contre lui :

« L’an mil sept cent quinze, et le 28 octobre, sur les huit heures du matin, nous, Charles Moriceau, écuyer, seigneur de Cheusse, conseiller du roi et sénéchal civil et criminel […] eu avis que le sieur Montfort prêtre habitué de la maison de Saint-Sulpice de Paris, employé depuis plus de 25 ans aux missions pour l’instruction des nouveaux convertis […] s’était pratiqué un lieu de solitude dans le bois de la maison de la Grignonnière situé sur la paroisse de Mervent ; mais que ne trouvant pas cet endroit assez solitaire […] s’était marqué un autre emplacement, qui est une petite grotte de circuit de deux toises, creusée naturellement dans un rocher appelé : la roche au faon, dépendant de la forêt et appartenant à Sa Majesté », etc.

Le missionnaire du Bas-Poitou fut seulement contraint de quitter les lieux, mais ceux-ci sont depuis une destination de pèlerinage, lequel subsiste, même s’il n’attire plus les foules de jadis.

Description des itinéraires

Le massif forestier est sillonné d’un enchevêtrement de sentiers balisés par plusieurs organismes publics ou privés qui éditent divers guides. Parmi ceux-ci Les Sentiers d’Emilie en Vendée ont l’avantage de la pérennité et comportent deux circuits concernant le massif forestier (nos 23 et 24). Ceux que nous proposons sont différents. Par ailleurs, les mairies et offices de tourisme fournissent gratuitement des fiches-itinéraires pour de petits parcours. En outre, la forêt est traversée par le GR 364 et un GR de Pays.

1 – De Vouvant à la Grotte du Père de Montfort (boucle de 16 km environ)

Vouvant, « l’un des plus beaux villages de France », est situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Fontenay-le-Comte, à l’extrémité de la forêt. Il faut en visiter l’église dont les parties les plus anciennes remontent au XIe siècle (crypte et nef restaurée) et les plus récentes au XIXe (clocher), la plus remarquable étant le porche avec ses sculptures des XIIe et XIVe siècles. La « place du Bail » correspond à l’ancienne haute-cour du château féodal et la seconde enceinte de celui-ci enserre le vieux bourg. La « cour du Miracle » proche rappelle le passage du Père de Montfort.

Stationner sur la place de l’Eglise ou aux environs, et à partir de son chevet descendre la rue de l’Escalier. Prendre deux fois à droite la rue de la Porte aux Moines, puis à gauche passer le pont prétendument « roman » mais certainement médiéval. Monter la rue du Calvaire, puis à droite suivre les marques jaune-rouge du GR de Pays qui, en longeant le hameau de la Petite Rhée, amènent à la forêt. Au carrefour où l’on rencontre les marques blanc-rouge du GR 364, abandonner les unes et les autres pour prendre à droite jusqu’à rejoindre un chemin empierré que l’on emprunte à gauche. Quelque 500 m plus loin, avant un petit ruisseau intermittent, l’observateur attentif remarque sur la gauche la levée de terre du Fort Chantoiseau. Passer le carrefour avec un large chemin et au suivant (remarquable par un chêne à triple tronc et le marquage « 54 » sur un autre), emprunter le layon de droite qui mène à un arbre marqué 46. Prendre à gauche jusqu’à un carrefour où l’on emprunte le sentier de droite jusqu’à traverser une petite route. Continuer presque en face entre les parcelles 48 et 49 par un layon menant à une large allée « sablée » que l’on emprunte sur la gauche.

Nota : ceux qui voudraient écourter la promenade en renonçant à la grotte du Père de Montfort (qu’ils peuvent visiter ultérieurement en adaptant le circuit ou en s’y rendant en voiture) prendront à droite jusqu’au carrefour avec l’allée du Douard et sa borne pour poursuivre comme indiqué plus loin.

Traverser une petite route pour « couper » sa courbe via la piste cyclable en face et la suivre sur la gauche jusqu’au pont de Diet après lequel on emprunte à droite le chemin longeant le bord de la Mère. On arrive à la clôture du parc d’attractions de Pierre-Brune. Monter à gauche le chemin goudronné jusqu’au carrefour qui, par la droite, mène à une croix de Mission datant de janvier 1870 (quarante jours d’indulgence en échange d’un Pater et d’un Ave). Aire de stationnement et tables de pique-nique à proximité.

Descendre à la grotte (abri possible en cas d’intempéries) par l’escalier en bois et continuer par celui en pierres, plus aventureux. Prendre à gauche pour franchir le barrage ; moyennant quelques marches de plus, on rejoint la chapelle qui porte sur sa façade des fragments de statues anciennes. Un peu plus loin se trouve la fontaine où l’ermite s’abreuvait.

A gauche après le barrage, on longe le plan d’eau et retrouve les marques du GR de Pays que l’on suit en remontant à droite jusqu’au carrefour où l’on découvre une des anciennes bornes limitant la forêt royale (cf. « nota » plus haut). Emprunter le sentier bordé de houx juste à gauche de l’allée du Douard. Au premier carrefour, prendre à droite (marques peintes en vert sur un arbre) : après quelques minutes de marche on atteint une clairière où les troncs des « cinq jumeaux » ont permis au « sculpteur à la tronçonneuse » d’origine allemande S. Kramp d’illustrer son art par des motifs symboliques : Mélusine, bien sûr, surmontant un « ouroboros », écureuil, loup, corbeau (faut-il y voir des motifs inspirés de l’Edda ?), chouette, etc. Il est aussi possible de faire ses dévotions à Cernunnos tenant d’une main un serpent et de l’autre un torque.

Pour éviter quelques centaines de mètres d’asphalte, revenir au carrefour pour reprendre la direction initiale jusqu’à une petite route ; sinon l’on continue jusqu’à une proche aire de stationnement d’où l’on aperçoit le logis Renaissance de la Grande Rhée avec son pin parasol, planté traditionnellement à la naissance du premier garçon. Dans les deux cas, prendre à gauche jusqu’au carrefour de La Folie, et, passé le hameau, à droite un chemin bordé de haies jusqu’à rejoindre l’itinéraire « aller » que l’on emprunte en sens inverse jusqu’à la route.

Suivre celle-ci par la gauche jusqu’aux Granges et là, encore à gauche ; à la sortie du hameau, prendre le chemin creux qui descend à droite jusqu’au plan d’eau que l’on suit par la gauche. Passer le pont et franchir la Poterne par où la tradition fait entrer le roi Louis IX lorsque, en 1242, il est venu ramener militairement à la raison le turbulent féodal qu’était Geoffroy II. En empruntant à gauche la rue Basse des Remparts, on rejoint la place du Corps de Garde puis l’église Notre-Dame.

2 – De Mervent à La Citardière (boucle de 10 km environ)

Mervent, situé sur un éperon rocheux au pied duquel confluent les rivières Mère et Vendée, dispose d’une situation privilégiée au milieu de la forêt. Son église médiévale mérite le détour, et si ce n’est que (très) tardivement que l’on s’est préoccupé de sauvegarder les derniers vestiges du château féodal ; du moins son parc offre-t-il une vue imprenable sur la vallée.

Stationner entre ces deux édifices sur la place du Héraut. Descendre la rue de la Vallée en laissant à droite celle des Juifs. Traverser le pont et prendre à gauche le chemin forestier du Portail, qui, en suivant le plan d’eau, mène à la stèle dédiée « A la mémoire de Henry de Fontaines 22 novembre 1906 ». Traverser le ruisseau des Verreries sur une passerelle à gauche et le remonter jusqu’au pont du Déluge (XIXe siècle).

Attention : jusqu’ici l’itinéraire n’est praticable qu’aux piétons, et avec précaution dans les passages difficiles.

Grimper l’escalier et traverser le pont puis prendre de suite le sentier montant à gauche (confirmation par marquage « 57 » sur un arbre). Dans une petite clairière à gauche s’élève le chêne « Marinier », vestige des plantations effectuées sous le règne de Louis XIV pour la future marine royale. Continuer jusqu’à une fourche (marque jaune) et prendre à droite puis à gauche au carrefour suivant, enfin de nouveau à droite à une autre fourche. L’on arrive à une route que l’on emprunte à droite jusqu’au château inachevé de la Citardière.

On admirera la façade avec l’emplacement des flèches du pont levis et les originales gargouilles en forme de canons de cette étrange construction du XVIIe siècle (crêperie ouverte de temps à autre : tél. 02 51 00 27 04).

Continuer jusqu’à franchir un carrefour de routes (abribus), passer le suivant, et au troisième prendre à droite le chemin herbu qui mène à une autre route que l’on emprunte sur la droite. Traverser le carrefour et descendre le chemin en face jusqu’à une route qui, par la droite, ramène à Mervent (jadis il était possible de s’y rendre directement par le pont du XVe siècle, désormais sous les eaux, et que l’on peut voir exceptionnellement lorsque la retenue est vidée).

Bibliographie

  • Jean d’Arras, Mélusine, édition du Roman de Mélusine ou l’histoire des Lusignan, mis en français moderne. Préface de Jacques Le Goff, 1991
  • Louis Brochet, La forêt de Vouvent son histoire et ses sites, 1893
  • Abbé Ernest Candolive, La forêt de Mervent et la grotte du Père de Montfort – La fée Mélusine, 1924
  • Th. Landré, prêtre de l’Oratoire, Vouvant, son Eglise historique, Son Château et la Tour Mélusine, Ses Seigneurs, 1953
  • Collectif, Vouvant, cité médiévale fortifiée et sa forêt, 1986
  • Roger Eraud, Les Airaud et Chabot de la baronnie de Vouvant. Texte dactylographié dont un exemplaire déposé aux AD-85., 1987
  • J.-M. Gandriau, Vouvant, Histoire et légende – Its history and legends, 1987
  • Louis-Christian Gautier, Les Sentiers d’Emilie en Vendée, Rando Editions, 2003

Accès et données GPS

La forêt de Mervent-Vouvant est située entre La Châtaigneraie au nord et Fontenay-le-Comte au sud, communes reliées par la D 938ter. Cette dernière agglomération peut être atteinte par cars SNCF à partir des gares de La Rochelle (17) au sud, Niort (79) à l’est, et Luçon (85) à l’ouest. De Fontenay, le GR du « Pays de Mélusine » part de l’ancien pont ferroviaire qui enjambe la Vendée au nord de l’agglomération (boulevard du maréchal de Lattre de Tassigny) pour rejoindre le circuit 1 au Pont de Diet puis le 2 au Pont du Déluge. Compter une dizaine de kilomètres.

Matériel spécifique, équipement

Des chaussures de marche, de préférence à tige montante, voire des bottes de caoutchouc en fonction de la saison et des conditions atmosphériques. Selon celles-ci, on se munira de vêtements imperméables ou/et chauds, dans tous les cas peu fragiles. Lorsque le soleil brille, un couvre-chef est recommandé pour les parties hors-forêt. Prévoir de la boisson et éventuellement de quoi « grignoter énergétique ».

Art de vivre

Chaque saison a ses charmes mais l’amateur de solitude évitera les « ponts », surtout par temps ensoleillé. En automne et hiver, l’on peut avoir le plaisir de rencontrer une chasse à courre, et plus particulièrement en septembre et dans l’ouest du massif forestier entendre bramer les cerfs. Les promeneurs discrets rencontreront peut-être des chevreuils sous bois et le bocage, qui a (un peu) moins qu’ailleurs souffert du remembrement et conserve des haies, refuge d’une avifaune diversifiée. Le musée de Fontenay-le-Comte, situé auprès de l’église médiévale Notre-Dame, présente des collections intéressantes, en particulier sur le plan archéologique.

Cartographie

  • Carte IGN au 1 :25000 Fontenay-le-Comte (N° 1427 E)
  • Topo guides : outre celui Les Sentiers d’Emilie en Vendée (Rando-éditions), ceux qui seront disponibles.

Liens

Le site de l’Office de Tourisme de Fontenay-le-Comte (www.tourisme-sudvendee.com) donne toutes indications utiles y compris la possibilité de télécharger des circuits de randonnée.

A Mervent (hameau de La Jamonière) écomusée des « Amis de la forêt ». Visites payantes d’une heure (avril à la mi-novembre) : se renseigner au 02 51 00 00 87.

Années où ces itinéraires ont été parcourus

Hiver 2015.

La forêt de Mervent, domaine de la fée Mélusine

La présence de la fée Mélusine est appuyée par les ouvrages de Jean d’Arras et de Couldrette, publiés à la charnière des XIVe et XVe siècles.

Raymondin, neveu du comte de Poitiers, ayant tué accidentellement celui-ci lors d’une chasse, errait désespéré dans une forêt lorsqu’il rencontra une merveilleuse jeune fille auprès d’une fontaine. Celle-ci, qui se nommait Mélusine, lui proposa de l’épouser en lui promettant qu’elle lui apporterait une incroyable prospérité. Mais elle fixait une condition : son époux devrait s’abstenir de la voir chaque samedi. Raymondin accepta, et elle lui bâtit nuitamment de nombreux châteaux, comme par enchantement. Elle lui donna aussi des enfants dont l’un fut surnommé Geoffroy la Grand’Dent, car celle-ci « issait » de sa bouche telle la défense d’un sanglier. Suivit un autre fils, Fromont, beau, et pieux au point de se faire moine à l’abbaye voisine de Maillezais. Ce que Geoffroy, pourtant croisé, ne put supporter : « On ne pourra pas me reprocher d’avoir un moine pour frère ! » Et sous le coup de la colère, il brûla Maillezais avec ses religieux dont son frère. Quant à Mélusine, son mari conseillé par un parent jaloux la surprit un samedi dans son bain : « Jusqu’au nombril elle avait l’apparence d’une femme, et elle peignait ses cheveux ; à partir du nombril, elle avait une énorme queue de serpent… » La fée dut quitter son époux mortel et s’envola de la tour qu’elle avait bâtie : celle de Mervent selon Jean d’Arras, de Vouvant d’après Couldrette. Mais elle revenait nuitamment pour s’occuper de ses enfants, et depuis elle hanterait la forêt après avoir annoncé par ses cris la mort d’un membre de la famille des Lusignan.

Or la légende et l’histoire se mêlent : la fée Mélusine se confondrait avec Eustache Chabot, décédée en 1229 (ou 1202), femme très savante pour l’époque, et épouse d’un Lusignan auquel elle apporta en dot Vouvant et Mervent. Son fils Geoffroy II de Lusignan incendia bien l’abbaye de Maillezais, ce qui lui valut d’être excommunié en 1229. Repenti, il est censé avoir été inhumé à Vouvant, prieuré de celle-ci, en 1248 : la « preuve » étant un fragment de sa pierre tombale que l’on peut voir dans le mur de l’absidiole N-W de l’église… sauf que l’analyse de son écriture la fait dater du milieu du XIe siècle.

Le sujet est inépuisable : un auteur contemporain, Roger Eraud, envisageant même l’existence d’une « base de Normands » dans le lieu, voit en Mélusine « une havfrue (sirène) peignant sa blonde chevelure » et dans ses fils la représentation du panthéon nordique. Le même suppose l’existence d’une « immense forêt… peut-être vouée à une déesse d’origine germanique, Ermen ou Hermin, dissimulée sous la forme de St. Hermine et peut-être dans l’Hermenault » (localités situées à l’ouest du massif forestier).