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Sources sacrées du Burren

« Pas assez d’eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l’enterrer », tels sont les propos prêtés à Edmund Ludlow (vers 1617–1692), officier de Cromwell, qui mena des opérations de contre-guérilla dans les Burren en 1651–1652.

Sources sacrées du Burren

« Vers l’est l’aurore gagne graduellement
Où paraissent des feux se consumant doucement,
Faisant frémir tous ces voiles
De tulle grise et d’or.

Tandis que doucement, gentiment, secrètement,
Sautillent les cloches fleuries de la matinée
Et les chœurs avisés des fées
Commencent (innombrables!) à se faire entendre. »
James Joyce

Pays : Irlande
Région : Burren, comté de Clare
Thématique générale du parcours : Un oratoire des débuts de la christianisation et deux sources sacrées, dans un paysage calcaire, âpre – mais très fleuri au printemps (orchidées, gentianes).
Mode de déplacement : Randonnée pédestre.
Durée du parcours : Entre 4 et 5 heures.
Difficulté du parcours : Facile, accessible en famille, balisé. 9 km. Dénivelé : 150 m. Altitude maximale : 243 m. Il est instamment demandé de ne pas s’approcher du bétail, de ne pas endommager les murets de pierre et de traverser discrètement les terrains privés (il n’existe pas de servitude de passage comme en France).
Période possible : Toute l’année, mais évitez les jours de grand brouillard.

Présentation géographique

« Pas assez d’eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l’enterrer », tels sont les propos prêtés à Edmund Ludlow (vers 1617-1692), officier de Cromwell, qui mena des opérations de contre-guérilla dans les Burren en 1651-1652.

Le massif du Burren (ou des Burren) situé à l’ouest de l’Irlande, s’étend sur plus de 1300 km². Fait rare dans ce pays humide, ce plateau rocheux gigantesque est désertique. Le nom irlandais, Boireann, signifie « le pays pierreux ». En effet, la caractéristique de ce lapiaz karstique est de laisser l’eau s’infiltrer par toutes les failles, crevasses et fissures possibles. Celle-ci réapparaît ici ou là sous forme de résurgences, ou alimente des lacs intermittents. La flore du Burren est composée d’espèces alpines comme la gentiane bleue, arctiques ou méditerranéennes. Il semble que le surpâturage et un déboisement anarchique ont très tôt rendu le Burren encore plus désertique en laissant le vent et la pluie raviner les sols.

Cadre historique et culturel

L’archéologie fait remonter les premières installations humaines dans le Burren à la fin de l’ère glaciaire ou, du moins, au néolithique. Cinq cents forts circulaires et près de 90 tombes d’origine néolithique ont été trouvés dans la région. Le magnifique dolmen de Poulnabrone est l’un des monuments emblématiques d’Irlande. Un simple coup d’œil sur la carte au 1 :25 000 permet de découvrir une étonnante densité de cairns, de tombes mégalithiques, d’alignements, de forts et de sources sacrées. Si les vestiges sont particulièrement nombreux, ils ne sont pas toujours accessibles – les ronces ayant vite fait de recouvrir les champs de fouille.

Les forts, comme ceux des îles d’Aran, ont été habités de l’âge du fer jusqu’au Moyen Age.

Le Burren est réputé avoir été un centre culturel dès la christianisation : école monastique de Kilmacduagh dès le VIIe siècle ; école de droit de Cahermacnaughten ; école « bardique » de Finavarra, florissante du VIe au XVIe siècle.

Après les Celtes et les Gaëls, vint le temps des Vikings, puis des Anglo-Normands. Vers le milieu du XVIIe siècle, le pouvoir est aux mains du clan O’Loughlin (Ó Lochlainn). Le chef de la famille est alors dénommé « prince de Burren » et les membres du clan sont enterrés dans l’abbaye de Corcomroe. Si la guerre contre les Anglais a ravagé le comté, il a cependant échappé à la colonisation de Cromwell, très certainement à cause de l’âpreté du territoire.

La Grande Famine (1841 – 1851) touche aussi le Burren : à la mortalité, s’ajoute l’émigration vers la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie. Les descendants des colons font aujourd’hui la fortune des cabinets de généalogie et des B&B. Le grand homme de Carran est Michael Cusack (1847 – 1906) – voir plus bas.

Le Burren a également attiré les voyageurs à la recherche des sources d’inspiration du renouveau celtique initié par WB Yeats et Lady Gregory au début du XXe siècle, à Coole Park et Thoor Ballylee.

Enfin, le Burren a aussi influencé JRR Tolkien, qui aimait randonner en Irlande : ses paysages ne sont pas sans faire penser à ceux du Mordor, que traversent les Hobbits après avoir quitté le Comté, ou ceux des Monts Brumeux.

Description de l’itinéraire

Laissez votre véhicule à Carran (ou Carron) sur le petit parking en face du Cassidy’s pub, où commence la randonnée balisée en violet. Descendez la rue principale du village. Sur votre droite, vous trouverez une école, fondée en 1858. Une plaque rappelle le nom d’un de ses illustres instituteurs : Michael Cusack (1847 – 1906), né pendant la Grande Famine. Défenseur de la langue irlandaise, il fut l’un des acteurs de la renaissance gaélique et notamment l’un des fondateurs de la Ligue Athlétique Gaélique, qui demeure une des plus grandes associations sportives d’amateurs : avec « un corps sain dans un esprit sain », cette randonnée ne peut commencer sous de meilleurs auspices.

Continuez sur la route pendant 500 m et tournez à droite sur une petite route que vous suivez sur environ 1 km, jusqu’à une barrière métallique. Quittez pour un moment le balisage violet pour suivre la direction Templecronan Church. Sur votre droite, en contrebas du pré, apparaissent les ruines d’une chapelle dédiée à saint Cronan. Une première construction du XIIe siècle a été agrandie au XVe. L’enclos monastique de Termon comprend aussi des tombes, dont le « lit de saint Cronan », vénéré des pèlerins au Moyen Age. Sortez de l’enclos à l’ouest de la chapelle, traversez la piste agricole et prenez, en face de vous, une sente qui longe le pied d’une petite falaise. Elle mène à une source sacrée (holy well), une résurgence au pied d’une petite falaise. Son eau soigne les yeux et, au vu des nombreux ex-voto, piécettes et rubans, elle est encore sollicitée.

Revenez sur vos pas jusqu’à la barrière métallique, où vous reprenez, à main droite, le sentier balisé en violet. Il se poursuit par une piste agricole jusqu’au sommet de la colline. Le sentier disparaît dans les dalles calcaires, et le balisage suit au mieux les hauts murs de pierre sèche. Ces dalles calcaires sont une des particularités des paysages des Burren. Arrivée à l’extrémité nord du plateau, la trace oblique très nettement à droite, vers le sud-est. Les balises violettes ont beau être judicieusement placées, souvent sur des pierres dressées, il faut rester très attentif afin de ne pas se retrouver à traverser des buissons épineux, signe de la reconquête des herbages abandonnés. L’itinéraire rejoint, juste avant la route, une seconde source sacrée, Saint Fachtan’s holy well, abritée dans une petite construction de pierre surmontée d’une croix de bois. Vénérée bien avant la christianisation, cette source est toujours l’objet de pèlerinages : elle est, elle aussi, réputée soigner les yeux. Aux offrandes de pierres colorées, de coquillages et de pièces de monnaie ont succédé des rubans noués aux arbustes qui entourent la source. A 30 m à l’ouest se dressent des constructions en pierre sèche de forme circulaire. Ce sont des « stations de pénitence », que les pèlerins édifiaient avant d’en faire inlassablement le tour en priant.

Le sentier continue parallèlement à la route sur environ 1,75 km. Il passe notamment près d’une résurgence qui semble captée et qui donne naissance à un petit marécage – cette source sauvage n’a pas été consacrée. Le sentier rejoint la route au niveau d’un carrefour. Prenez à droite, et passez devant les bâtiments d’un centre de recherches universitaires.

Si vous souhaitez vous réconforter d’un thé et de quelques pâtisseries irlandaises, prenez plutôt la route au droit de la source de saint Fachtan, puis 800 m après, sur votre gauche, une petite route qui mène à la « Burren Parfumery », parfumerie, jardin aromatique et salon de thé. Il vous restera à revenir sur la route pour rejoindre le centre de recherches, puis le village de Carran. Selon les saisons, vous pourrez observer le turlough de Carran : le sol étant calcaire, ce lac intermittent se remplit ou se vide au gré des pluies.

Activités connexes

Cartographie

Ordnance Survey n° 51, au 1:50 000.
Attention : la toponymie, parfois en anglais, souvent en gaélique, est un peu complexe.

Bibliographie

Tony Kirby, The Burren & the Aran Islands, A Walking Guide, Collins Press Guide, 2014 (description des itinéraires, croquis, etc.). Route 2, Carran Loop (la localisation de la source sacrée de Saint Cronan est erronée).

Accès

De France, avion pour Dublin, Galway ou Limerick/Shannon. Puis location de voiture ou transports publics. La randonnée débute dans le village de Carran (ou Carron), au cœur du massif des Burren, au nord de Corofin.

Matériel spécifique, équipement

Tenue de randonnée adaptée à la saison. Boussole nécessaire pour valider le balisage – ou y suppléer. Eau et vivres de randonnée.

Art de vivre

Le pub de Carran et ceux de Corofin offrent des plats roboratifs et organisent régulièrement des sessions de musique traditionnelle, surtout en fin de semaine.

Liens

Année où cet itinéraire a été parcouru

Juillet 2016