Sortir de l’anarchie-tyrannie : sécurité et liberté
Intervention de Jean-Yves Le Gallou, le samedi 11 avril 2026 à La Maison de la Chimie. Jean-Yves Le Gallou, né en 1948 à Paris, est un essayiste, haut fonctionnaire et homme politique français. Membre du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE) en 1969, il cofonde en 1974 le Club de l'horloge avec notamment Yvan Blot et Henry de Lesquen. Après quelques années passées à l'Union pour la démocratie française (UDF), il élabore le concept de « préférence nationale » et rejoint le Front national (FN) avec Bruno Mégret en 1985. Il est président du groupe FN puis MNR au conseil régional d'Île-de-France de 1986 à 2004, et député européen de 1994 à 1999. En 2003, il crée Polémia, "réservoir à idées" (notamment dans le domaine de la réinformation) et organisateur de la cérémonie annuelle des Bobards d'or. Co-fondateur de l'Institut Iliade, il anime également l'émission de critique média I-Media sur TV Libertés.
À la fin des années 1990, le philosophe politique suisse Éric Werner voyait dans la montée de l’insécurité une occasion de renforcer les atteintes aux libertés. À ses yeux, la montée de l’insécurité ne gênait pas les dirigeants occidentaux. Bien au contraire, elle leur offrait une opportunité : celle de renforcer le contrôle des populations, permettant ainsi de leur imposer une immigration massive, le libre-échangisme mondial et la révolution des mœurs. Un tel point de vue pouvait paraître « complotiste ». Pourtant, 30 ans après, force est de constater que l’analyse d’Éric Werner sonne juste.
Ainsi en France, le volume du code pénal et du code de procédure pénale a considérablement augmenté, souvent au détriment des libertés, mais sans bénéfice aucun pour la sécurité. Même avec les meilleures intentions du monde, toute loi nouvelle est rarement une solution aux problèmes. Au contraire, elle est généralement à la source d’une aggravation du problème. Cela pour trois raisons :
- Les procédures sont devenues plus longues et plus coûteuses en temps. Or les effectifs de la justice, et encore plus ceux de la police, n’ont pas suivi, d’où une moindre capacité à traiter des affaires en nombre, par ailleurs grandissant.
- Cette embolie procédurale explique aussi la multiplication des bavures judiciaires, c’est-à-dire des poursuites scandaleusement abandonnées, voire des criminels dangereux relâchés dans la nature, à la suite d’erreurs ou de négligences de juges.
- Il y a encore plus grave encore : la conjugaison de l’augmentation des délits et des crimes d’un côté, de la quantité de temps nécessaire pour leur traitement policier et judiciaire de l’autre, conduit à mettre en place une régulation. Cela s’appelle « l’opportunité des poursuites ». En clair, il y a les faits qui sont poursuivis et ceux qui sont laissés de côté ; ce qui accorde évidemment une large place à l’arbitraire et aux pressions : pressions politiques, pressions médiatiques, pressions corporatistes. L’ensemble offrant une large marge de manœuvre à l’idéologie progressiste, puissamment installée dans la magistrature.
Le résultat est que nous vivons dans un régime que le penseur politique américain, Samuel T. Francis, a théorisé, là aussi dans les années 1990, comme le régime d’anarcho-tyrannie : un régime où l’État combine le laxisme envers les délinquants à une répression excessive des citoyens respectueux des lois. Cette démarche paradoxale débouche sur un dysfonctionnement étatique profond : l’État néglige ses fonctions légitimes, comme la protection des citoyens, tout en imposant des lois ou des mesures oppressives sans justification valable. « Fort avec les faibles et faible avec les forts », ce régime se manifeste par des exemples concrets : un propriétaire victime de squat doit attendre des années pour récupérer son bien, mais s’il agit seul pour rentrer dans ses droits, la justice le sanctionne rapidement. De même, un citoyen agressé physiquement peine à obtenir l’aide des forces de l’ordre, mais s’il se défend, il est souvent condamné pour riposte disproportionnée. La légitime défense n’étant guère reconnue. C’est aussi la répression industrialisée des infractions routières vénielles et l’impunité de délits plus graves. C’est l’existence de zones de non-droit où les racailles imposent leur loi. C’est la bienveillance lors des émeutes des quartiers de l’immigration, mais la répression féroce des opposants politiques comme les Gilets jaunes ou les Identitaires. C’est aussi la volonté couramment affirmée par les parquets de poursuivre les violences verbales, qui sont subjectives, avec plus de zèle que les violences physiques qui sont objectives. C’est la stratégie de lutte prioritaire contre les « VSS », les « V2S », les violences sexistes et sexuelles, qui met sur le même plan des paroles déplaisantes et des actes violents, eux-mêmes replacés dans un contexte idéologique diversitaire : ainsi un Afghan pourra voir le viol qu’il a commis être excusé au nom de sa culture d’origine. C’est aussi dans le traitement de la liberté d’association, de réunion ou de manifestation, la volonté de protéger davantage « l’ordre public immatériel » (sic), c’est-à-dire la Doxa diversitaire et antiraciste, que l’ordre public matériel. Dans les faits, casser, brutaliser, vandaliser, violenter est moins réprimé que tout ce qui est apparenté au blasphème idéologique. Structurellement, l’Anarcho-Tyrannie reflète une inversion des priorités étatiques, où l’ordre sert le désordre.
C’est en cela que nos libertés sont particulièrement menacées. Il faut une rupture radicale avec ces pratiques. Et d’abord il faut les faire connaitre. Les mettre en perspective. Les nommer. Livrer la bataille du vocabulaire. Faire comprendre et diffuser ce concept d’anarcho-tyrannie. Et ne pas faire confiance aveuglément à ce que les naïfs appellent « la justice de mon pays » et les gogos « l’état de droit », qui n’est autre que le cache-sexe de la dictature des juges progressistes.
Il faut aussi remettre au premier plan le souci des libertés, de la propriété et de la sécurité.
S’agissant de la sécurité, il faut concentrer les efforts de répression sur les violences physiques contre les personnes et les grands trafics et lever le pied sur le reste. Y compris sur les petits conflits privés et bien sûr les délits d’opinion.
S’agissant des libertés, il faut abroger les centaines – je dis bien les centaines – de dispositions liberticides adoptées depuis la première loi Pleven de 1972. Il faut aussi rétablir les libertés éducatives : responsabilités premières des parents, libre choix de l’école, public ou privé, privé sous contrat ou hors contrat. Et la liberté de détention d’armes.
S’agissant des libertés de propriété Il ne s’agit pas seulement de protéger les propriétaires contre les squatters, mais aussi de leur laisser la libre administration de leurs biens sans les contraintes invraisemblables imposées aujourd’hui par l’écologie punitive.
C’est donc un changement radical de perspective qu’il faut proposer. Un choc abrogatoire. Un choc de libertés.
Écoutons Georges Sorel :
« Tout homme ou toute puissance, dont l’action consiste uniquement à céder, ne peut aboutir qu’à se retrancher dans l’existence. Qui vit, résiste, qui ne résiste pas, se laisse dépecer en morceaux. »
Jean-Yves Le Gallou
Références
- Éric Werner, L’avant-guerre civile, L’Âge d’Homme, 1999
- Samuel Todd Francis, Leviathan and its enemies, 1996
