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Autour de Vézelay, eaux vives et voies romaines

« Je vous envoie un bout de plume de chouette que j’ai trouvée dans un trou de l’église abbatiale de la Madeleine de Vézelay. L’ex propriétaire de la plume et moi, nous nous sommes trouvés un instant nez à nez, presque aussi inquiets l’un que l’autre de notre rencontre imprévue. La chouette a été plus brave que moi et s’est envolée. »
Prosper Mérimée, 1834
Thématique générale du parcours : Sites antiques, châteaux et abbaye, basilique et colline de Vézelay. Ce circuit forme trois boucles qui peuvent être parcourues séparément.

Autour de Vézelay, eaux vives et voies romaines
Pays : France
Région : Bourgogne (Avallonnais et contreforts du Morvan)
Thématique générale du parcours : Sites antiques, châteaux et abbaye, basilique et colline de Vézelay
Mode de déplacement : À pied ; la majeure partie du circuit peut se faire en VTT.
Durée du parcours : Une journée et demie, en trois boucles. Prendre aussi le temps de visiter la basilique de Vézelay et le site archéologique des Fontaines Salées.
Difficulté du parcours : Chemins et sentiers, petites routes. Accessible en famille. Dénivelés modérés. Balisages variés et parfois pléthoriques.
Période possible : Toute l’année. Peut être boueux en bord de rivière. Au printemps, les sous-bois sont fleuris d’ail des ours, de muguet, etc. Visitez la basilique de Vézelay au solstice d’été, à midi (heure solaire) : un alignement de taches lumineuses apparaît sur les dalles de la nef, formant un « chemin de lumière ».

Présentation géographique

La région de Vézelay marque la frontière entre les granites du Morvan du sud et les plateaux marno-calcaires du nord. Les paysages traversés sont très variés : forêts, prairies humides, pelouses calcaires, vignes… « Longue de 80 km et rejoignant l’Yonne puis la Seine, la Cure prend sa source dans le haut Morvan (Anost). De tous temps, elle fut un moyen de transport important : dès l’époque gallo-romaine, on y transportait du vin, phénomène qui s’accentua pendant le Moyen Âge […]. Entre le XVIème et le XIXème, on y faisait flotter le bois de chauffage ravitaillant Paris. » (Table d’orientation de Vézelay).

Autour de Vézelay, le vignoble couvrait 1000 ha au Moyen Âge ; décimé par le phylloxéra au XIXème siècle, il a été réimplanté et couvre aujourd’hui environ 100 ha.

Cadre historique et culturel

Le village de Saint-Père est situé sur les rives de la Cure, près d’un ancien gué. Les premières traces d’occupation remontent à 6 000 ans avant J.-C. Au lieu dit Le Poron, ont été exhumés les restes d’une nécropole du type « champ d’urnes ». Ce site est proche des Fontaines-Salées (se visite), où ont été retrouvés 19 puits d’une eau de source chlorurée sodique, captée dès le néolithique au moyen de cuvelages de chênes évidés, soit il y a plus de 43 siècles. Bien plus tard, les Gallo-Romains y ont construit un sanctuaire et des thermes (Ier-IIIème siècles). Au XVIIIème siècle, le site a été enfoui volontairement sous des remblais pour éviter l’exploitation frauduleuse du sel. Ce qui permit aux archéologues de le redécouvrir en 1934. Un musée (autrefois à Saint-Père) a été installé sur le site. Nombreux panneaux explicatifs.

Ce site était particulièrement apprécié par les voyageurs qui empruntaient la voie romaine toute proche ; cette branche de la via Agrippa (Ier siècle avant J.-C.) allait de Lyon (Lugdunum) à Boulogne (Bononia).

Vers 860, une communauté de moniales est fondée à Saint-Père. Mais, dès 880, une invasion normande les pousse à se réfugier sur la colline qui, entourée de remparts, devient Vézelay. La légende veut qu’en 882, un abbé ait rapporté de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume les reliques de sainte Marie-Madeleine pour les sauver de l’invasion sarrasine.

Dès le XIème siècle, début des pèlerinages à Sainte-Marie-Madeleine. Vézelay devient l’un des quatre points de départ vers Saint-Jacques de Compostelle. En 1146, saint Bernard de Clairvaux y prêche la IIème croisade. En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur-de-Lion y réunissent leurs armées pour le départ de la IIIème croisade. Les conflits du début du deuxième millénaire, guerres de Cent ans et de religion, se succèdent et Vézelay tombe dans l’oubli. Pour en savoir plus sur l’histoire de la basilique, voyez la bibliographie ci-dessous.

En 1834, Prosper Mérimée alerte le roi sur l’état de dégradation de la basilique. Le jeune architecte Eugène Viollet-le-Duc consacre près de vingt ans, de 1840 à 1859, à la restauration de l’abbatiale.

Description de l’itinéraire

Ce circuit forme trois boucles qui peuvent être parcourues séparément.

De Pierre-Perthuis vers Cure (et retour) – 2 h 30 environ

En entrant dans le village de Pierre-Perthuis, descendez vers la rivière (départ pour les canoës kayaks) et laissez votre véhicule près du vieux pont. Traversez le pont de Ternos, aussi appelé pont « romain », construit en 1770. Remarquez ses pavés et ses chasse-roues, et, le surplombant, l’arc cintré du pont moderne.

Prenez à droite, le long de la Cure (GR 13). Laissez à main droite les ruines d’un ancien moulin. Le moulin hydraulique seigneurial de Gingon daterait de 1325 et a appartenu à Vauban. Il a cessé toute activité en 1925. Vous passez ensuite le long d’une retenue d’eau, due au petit barrage de Malassis (traversée impossible). Après une brève remontée dans les bois, empruntez une petite route à droite. Vous pouvez monter vers la statue de Notre-Dame de la Lumière, œuvre du sculpteur avallonnais Pierre Vigoureux (1951). Notre Dame de la Lumière est la patronne de la production électrique, de l’industrie et du cinéma.

Quittez le GR pour traverser la Cure et le village du même nom. Celui-ci a conservé la chapelle et les tours de défense d’une abbaye fondée au XIIème siècle (propriété privée bien visible de la route).

Continuez sur la petite route qui passe devant l’église. Quand elle rejoint la D127, traversez au niveau d’un abribus. Vous longez bientôt le château de Domecy – ancienne maison forte du XVème aux quatre tours à bretèche – qui monte la garde entre les terres de Bourgogne et du Nivernais.

Vous allez fouler, sur près de 2 km, la via Agrippa : aujourd’hui, c’est d’abord une petite route, puis une large piste forestière stabilisée, puis une ancienne piste avec des fondrières doublée d’un sentier en sous-bois ; une seule certitude : c’est une voie romaine, c’est donc tout droit ! Vous franchissez enfin le petit pont sur le rû de Bazoches (1851) pour retrouver le parking.

Il vous reste à découvrir le village de Pierre-Perthuis, construit sur le site d’un château fort (XIIème – XIIIème siècles) qui commandait le défilé. Cette importante place-forte de l’Avallonnais a été prise et reprise plus de seize fois. Il n’en demeure qu’une porte et quelques éléments architecturaux. Cherchez la plaque à la mémoire du maréchal de Vauban, seigneur de Pierre-Perthuis.

De Pierre-Perthuis vers Saint-Père (et retour) – 2 h 30 environ – Ajoutez une heure pour visiter le site des Fontaines Salées et 45 minutes pour l’AR vers la Pierre Percée

En entrant dans le village, descendez vers la rivière et laissez votre véhicule près du vieux pont. Remontez dans le village que vous traversez (voir ci-dessus).

Juste derrière l’hôtel-restaurant des Deux Ponts (excellente table !), prenez le GR 13 (chemin empierré) en direction de Foissy-les-Vézelay, que vous traversez (colombier, lavoir). Le GR13 continue dans les vignes, où la trace se perd un peu mais, en zigzaguant, vous parvenez au sommet du mont Liboeuf, avant de redescendre sur Saint-Père. Belles vues sur la colline de Vézelay.

Dans Saint-Père, visitez l’église Notre-Dame : cet édifice gothique a été classé dès 1840 et restauré par Eugène Viollet-le-Duc – qui n’a pas eu la main très légère. Un vitrail est dédié à saint Vincent, patron des vignerons. Vous verrez aussi, dans le village, les ruines de l’église Saint-Pierre.

Deux options :

  • Prenez la D958 en direction de Pierre-Perthuis pour aller visiter le site archéologique des Fontaines Salées (route très passante, attention).
  • Si vous préférez revenir découvrir ce site en voiture et marcher plus au calme, traversez la Cure et prenez la D36 à droite. Vous la quittez au camping pour prendre, à droite, une piste agricole (balisage jaune de PR) qui vous mène à la D353 que vous prenez à droite. Du pont moderne (1874) qui franchit la Cure à Pierre-Perthuis, belle vue sur le pont de Ternos.
  • Option 2bis : au sortir de la piste agricole, après 500 m sur la D353, une petite route, à droite, conduit à la Roche Percée, voûte naturelle qui domine la Cure (environ 1 km AR). Cette arche naturelle, due à l’érosion, a donné son nom au village : Petra Pertuisa, devenu Pierre-Perthuis. Attention : la sente qui remonte le long de la Cure ne permet pas de revenir vers Pierre-Perthuis, elle se heurte à l’imposante pile du grand pont qui domine la rivière. Reprenez la D353 et passez sur ce pont. Superbe vue plongeante sur le pont « romain ».
De Saint-Père vers Vézelay (et retour) – 1 h 30 de marche, sans compter la visite de Vézelay

Afin de mieux comprendre ce qu’était un pèlerinage, nous vous invitons à laisser votre véhicule à Saint-Père pour gravir la « colline éternelle » par les anciens chemins. Stationnez sur le parking en face de la mairie et suivez le balisage du GRP vers le chemin Saint-Christophe. Sans doute croiserez-vous des pèlerins en route pour Compostelle.

Prenez le temps de visiter la basilique de Vézelay, chef-d’œuvre de l’art roman, lieu initiatique et chemin de lumière. Dans la vieille ville, partez à la découverte des plaques qui rappellent le souvenir des personnalités ayant vécu à Vézelay, de Théodore de Bèze à Romain Rolland. Pour redescendre vers Saint-Père, prenez le sentier qui longe le bas de remparts (balisages multiples). Vous passez devant un grand abreuvoir et sa source. Suivez les balisages jusqu’au village de Saint-Père.

Activités connexes

  • Le Musée de l’œuvre Viollet-Le-Duc, derrière la basilique de Vézelay, conserve les sculptures romanes déposées lors des premières restaurations.
  • Site archéologique des Fontaines-Salées : saintpere.fr
  • Château de Bazoches, demeure du maréchal de Vauban : chateau-bazoches.com
  • Château de Chastellux : chateau-de-chastellux.com

Cartographie

  • IGN Top 25 n° 2722 ET « Avallon Vézelay – Parc naturel du Morvan
  • IGN TOP75025 Morvan : une carte routière avec 5 extraits de cartes au 1 :25 000, dont un extrait couvre les deux boucles au nord et au sud de Saint-Père.
  • Thomas Rettstatt : Bourgogne, de la Loire à la Saône, les 50 plus belles randonnées, Guide Rother

Bibliographie

  • La basilique de Vézelay, histoire, description : bourgogneromane.com
  • Musée de l’œuvre Viollet-Le-Duc : un document pédagogique : artsculture.ac-dijon.fr
  • Henri Vincenot, Le Pape des escargots, 1972
  • Henri Vincenot, Les Étoiles de Compostelle, 1982
  • Jules Roy, Vézelay ou l’amour fou, 1990
  • Nombreux guides de pèlerinage.

Accès

Vézelay est à moins de 30 minutes de l’autoroute A6 (sorties Nitry ou Avallon). Si vous arrivez par la D957, arrêtez-vous à la Croix de Montjoie (318 m), d’où se découvre la colline de Vézelay.

Matériel spécifique, équipement

Bonnes chaussures de randonnée. Carte, boussole, en-cas et boisson. Ravitaillement possible à Vézelay et à Saint-Père.

Art de vivre

Vous êtes en Bourgogne.

Liens

Année où cet itinéraire a été parcouru

Mai 2017

« Gilbert n’aurait jamais osé espérer cet honneur. Vézelay, pour le Bourguignon qu’il était, c’était La Mecque. Il y était venu avec son grand-père, en carriole, pour la sainte Madeleine, tous les 22 juillet de son enfance, et il se souvenait de son émerveillement lorsque, passé la montée du Crot, on attaquait la descente sur Saint Père et que, d’un seul coup, à la Montjoie, on découvrait le tertre sacré couronné de cette longue basilique bloquée, à chaque extrémité, par ses tours carrées, dressées très haut dans le ciel d’été. Le grand-père, alors, arrêtait Cocotte et, debout, se découvrait noblement et criait : « Montjoie ! » […]

Ce qu’il vit là, et qu’il n’avait jamais vu, n’ayant jamais feuilleté un livre d’art depuis les pèlerinages de sa petite enfance, l’intimida tellement qu’il ne put dormir les trois première nuits.

Ces tourbillons de plis enchaînés les uns aux autres donnaient au Christ central un mouvement tellement majestueux que jamais Gilbert n’aurait osé les imiter. Il resta confondu devant ce rythme éblouissant de spirales. Toute une journée, il resta immobile dans le narthex et lorsqu’il ressentit véritablement un vertige, il ne put s’empêcher de penser à la Gazette. Oui, tous ces personnages dansaient ! Ils dansaient sous la conduite du plus grand d’entre eux, celui qui jaillissait de la mandorle. Les autres sautillaient, comme impatients de le suivre, mais lui tournait, dansant littéralement, sans qu’aucun doute fût possible.

Et tout à coup, à force de le regarder fixement, Gilbert le vit tourbillonner. Il lui avait suffit pour cela de fixer simultanément les deux spirales de plis : celle du genou et celle de la hanche. Les spirales secondaires, celle du coude gauche et celle de l’épaule droite, se mirent en mouvement à leur tour, comme des remous, dans une eau profonde, entrainant d’autres remous en sens inverse, créant de larges et lentes interférences, frangées de clapotis.

Oui, cette danse de pierre évoquait l’eau, le tourbillon de la vie. Ou plutôt elle était la vie et le mouvement du monde. »

Henri Vincenot, Le Pape des escargots.