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Rester libre : retrouver la mentalité médiévale

Intervention de Laurent Obertone, le samedi 11 avril 2026 à La Maison de la Chimie. Laurent Obertone est journaliste, essayiste et écrivain. Après des études d'histoire et d'anthropologie, il a publié des romans à succès sur l'évolution de la société, la criminalité, les médias et la domestication des masses. Auteur notamment de La France Orange mécanique et de Guérilla, il est l'un des cofondateurs de la revue Furia.

Rester libre : retrouver la mentalité médiévale

Mon dernier livre, De Boue & de sang, est un roman historique, qui se déroule en pleine guerre de Cent Ans. Le lecteur est placé dans la tête d’un jeune homme de cette époque, au cœur donc de cette mentalité médiévale si particulière.

Quelle est cette mentalité et que peut-elle nous apporter ? Un premier moyen de le saisir, est l’évolution de notre rapport à la violence. La crainte du sang, la peur en général de vivre, est vectrice de captivité.

L’homme moderne est aujourd’hui désarmé, dans tous les sens du terme, incapable d’appréhender le regain de violence qui secoue notre société enrichie, le fameux « vivre ensemble », qui nous vaut une multiplication par six des coups et blessures sur les trente dernières années. 2025 a constitué le record absolu des tentatives d’homicide, des violences sexuelles et des violences physiques (chiffres SSMSI).

Si l’on se téléporte, comme je l’ai fait dans mon livre, six siècles plus tôt, on comprend vite que la manière d’appréhender la vie, la mort, ou ce qu’on appelle la violence, est radicalement différente. En 1415, les médiévaux n’avaient certes pas Emmanuel Macron, mais leur situation était autrement préoccupante. Le roi était fou, ce qui se traduisait par une guerre civile, une invasion anglaise, en plus de la peste et des malheurs des temps.

Suite à la retentissante défaite d’Azincourt, la France est en proie aux pénuries, aux écorcheurs et routiers. La mort est omniprésente. Un enfant sur deux n’atteignait pas l’âge de dix ans, y compris les enfants du roi. Donc tout le monde était prêt à voir mourir ses enfants. Et celui qui ne l’était pas devait bien s’en accommoder. Une telle situation impliquait une certaine résilience. On ne peut guère s’abandonner aux châteaux de cartes intellectuels. On a les deux pieds dans la vie. Dans le réel. On peut craindre le sang, mais pas le fuir.

Le moderne au contraire est beaucoup dans le fantasme de problèmes, se projetant sur quelques centaines de catastrophes qui ne sont pas encore là. Il voit le loup plus grand qu’il n’est. Imagine qu’il ne sera pas capable de faire face. Passe son temps à fuir. En réalité, quand les ennuis arrivent, on les gère souvent mieux qu’on ne l’imagine.

D’où peut-être l’extraordinaire vitalité des médiévaux. Ils n’étaient pas sidérés, pas résignés. Du premier des nobles au plus humble des serfs, on se battait. L’épreuve était jugée divine, permettant la transcendance. Aujourd’hui, même des croyants fervents, en cas d’impondérable, remettent en question leur foi, et résilient leur Dieu, comme un service défectueux. Pour résumer, si la situation matérielle des médiévaux était catastrophique, leur situation morale était bien meilleure.

Et cette mentalité valait tous les kits de survie.

Nous sommes nés dans le confort, élevés dans la peur de l’épreuve, dans le déni du combat, de la mort. Dans le refus de la vie. La violence nous épouvante, nous scandalise. On nous apprend à baisser les yeux. Pas répondre, appeler la maîtresse, la police. La liberté même nous fait peur, et nous voulons l’administrer à toute force.

Les crimes de sang, à l’époque médiévale, n’étaient pas perçus comme les plus graves. Il s’agissait la plupart du temps de bagarres singulières autour d’un point d’honneur. Tous les hommes étaient armés. Couteau, dague, épée. Chacun tenu d’assurer sa propre sécurité, et de défendre sa fierté. La consommation d’alcool était considérable, pour des raisons d’hygiène, parce que les eaux étaient de mauvaise qualité, notamment, dans les villes. Il valait mieux les couper à l’alcool. Il était donc périlleux de se déplacer dans une taverne. Et comme je l’ai dit, la médecine d’urgence n’était pas ce qu’elle est. C’est pour ça aussi que les batailles ou accidents faisaient tant de morts a posteriori. Mais cette violence faisait partie du paysage. On avait un taux d’homicides qui était entre dix et cinquante fois supérieur au nôtre.

Les justices réprimaient plus sévèrement les atteintes aux biens, aux mœurs ou à la foi, ces atteintes à l’ordre social. Les sanctions étaient fortes et spectaculaires. Sociales, parce que la société existait, avait un sens. Et les actes avaient des conséquences réelles et immédiates, parce que les responsabilités pesaient lourd, parce que les individus étaient plus libres. C’est tout le sens du libre-arbitre. Cela rendait les torts plus grands, la vie plus dure, mais les réussites plus belles. Les médiévaux avaient plus de pouvoir direct sur leur vie. De fait ils vivaient. Ils avaient une incidence réelle sur leur devenir.

La société médiévale est plus équilibrée qu’on ne l’imagine. Il y a encore des contre-pouvoirs à cette époque. Le paysan même ne regardait pas les choses lui échapper. Il se révoltait souvent contre l’impôt, avec vigueur. Et le pouvoir réprimait avec plus de vigueur encore. Bref. Le médiéval était agissant, réaliste, ne laissait pas la vie se faire sans lui.

Il pouvait exister sans être absorbé par un système administratif sans visage. La liberté façonnait l’existence, la réputation, ce n’était pas que le choix entre deux restaurants, ou deux articles soldés. Si on a de l’estime pour sa personne, si l’on veut jouir d’une réputation honorable, on s’efforce toujours d’être et de faire mieux, et pas d’imiter stérilement. Bref. Cette époque indocile rendait le héros possible. D’où qu’on vienne, on pouvait avoir cet impact sur le sort des siens. Voire sur le devenir de la nation.

C’est dans un tel contexte qu’a pu exister Jeanne d’Arc. Elle est bien plus qu’une opération de propagande, ou qu’un miracle individuel. Ce qui a surtout compté, dans sa réussite météorique, c’est la mentalité des hommes autour d’elle, des combattants résilients, aventureux, convaincus.
Qui forment une minorité déterminée, de celles qui mènent l’histoire.

Jeanne a un bilan militaire contrasté. De toute sa carrière militaire, elle n’a pas donné le moindre coup d’épée. Mais elle avait sa force de volonté. C’est sa dimension sacrificielle qui va motiver les troupes. Avec un projet clair, elle va s’appuyer sur des hommes de guerre, qui partagent cette dimension sacrificielle, une mythologie guerrière tout à fait antique. On parle beaucoup d’honneur, d’héroïsme. La noblesse, la chevalerie, le pouvoir, la réputation s’articulent autour de cette valeur cardinale.

Qu’est-ce que l’honneur ? Un principe moral d’action. Une façon d’être et d’agir qui nous vaut l’estime d’autrui et un sentiment de dignité morale. On choisit de s’affronter et si besoin d’affronter le monde entier pour se rendre meilleur.

La dignité n’étant pas un droit de l’Homme, mais le devoir de tout homme digne de ce nom. Tout mensonge, toute lâcheté, toute trahison, toute vilénie, tout manquement à la parole donnée, à un comportement chrétien déshonore et déconsidère l’individu. De même que toute faiblesse et excessive docilité.

Il s’agit de se gouverner.

L’attachement à ces valeurs a permis une longue et forte stabilité. S’il n’y a plus d’honneur, il n’y a plus de honte. Donc plus de gouvernance, plus de dignité. Tout devient négociable, plus rien n’est moral. Et plus rien ne mérite d’être maintenu, à commencer par sa patrie, son honneur et sa lignée. D’un point de vue moderne, l’honneur ne vaut pas cher. Ce n’est pas un placement rentable. Beaucoup de choses passent avant. Et en fait, à peu près tout.

D’un point de vue médiéval, c’est l’inverse. On plaçait l’honneur avant le reste. Avant la vie. Parce qu’on avait le sens de la réputation, du devoir, du lignage. Voire du sacrifice. C’est le thème le plus courant de la littérature de l’époque. Mieux vaut périr dignement que vivre lâchement. Ce sont des postures, évidemment. Sur le champ de bataille, les choses sont forcément moins évidentes. Mais les postures traduisent des valeurs. Des mentalités.

La chose était plus saillante encore chez nos ancêtres les Gaulois, dont les auteurs grecs et romains nous racontent comment les guerriers se mettaient torse nu pour la bataille, cherchant à défier leur adversaire le plus fort en combat singulier. Pour montrer à quel point leur bravoure passait avant toute considération tactique et calculatrice.

La victoire ou la vie importait moins que la démonstration de vaillance homérique.

On s’amuse de l’angoisse d’un Strabon quand il décrit les banquets de guerriers gaulois. Le géographe s’avère incapable de distinguer si ces hôtes turbulents sont en train de discuter normalement ou de se quereller mortellement. Il sait que ça finira, pour une raison futile, en bain de sang, car toute atteinte à l’honneur exigeait réparation immédiate. Les Gaulois semblaient faire peu de cas de la vie, ce qui échappait à l’entendement des Grecs et des Romains, qui, pourtant, par leurs valeurs fortes, incarnaient aussi une liberté aboutie, ou plutôt une captivité choisie, motivée. La liberté étant ici entendue comme le choix d’une rude discipline morale, visant à sublimer une nature admise et tragique.

Entre le Gaulois et le moderne, il y a un gouffre. Et le médiéval, prêt lui aussi à mourir pour l’honneur, avait au moins la prudence de revêtir une armure. Il constitue une sorte d’intermédiaire entre les deux mondes.

On constate à travers ces siècles une évolution de notre esprit de sacrifice. Là où le médiéval se sacrifiait pour la patrie, l’héritage, la réputation, le devoir, les siens, le moderne va tout sacrifier à son récit, à sa leçon bien apprise, son petit catéchisme républicain. Le discours payant, que le maître attend. Qui consiste à mourir sans offenser l’ennemi. Vous n’aurez pas ma haine, etc. Voilà le bon point, le susucre, la petite bouffée de dopamine de la morale supérieure. C’est le prix de la captivité et du déshonneur. C’est le refus de notre nature, la croyance totalitaire en l’être façonnable pour son bien, en sa liberté dans l’indignité.

Cette attitude de perdant ne concerne pas seulement le gauchiste illuminé. Même les plus lucides d’entre nous, de nos jours, font montre de bien peu de résilience et de combativité. « Tout est foutu ». Vous avez déjà entendu ça. Quand on pense comme ça, c’est qu’on est déjà foutu. On est une part du problème. « Tout désespoir en politique est une sottise absolue », disait Charles Maurras. Et c’est encore plus vrai dans la vie. Renoncer, c’est faire à l’ennemi et à l’adversité le don de sa tête. On capitule. Et on appelle les autres à capituler. Le défaitisme n’est jamais éloigné de la trahison. Il n’est de pire fléau. Car rien n’est plus important dans la guerre que le mental. C’est le mental du siège brisé d’Orléans qui va entraîner l’éclatante victoire de Patay, ouvrant la route au sacre de Reims.

Jeanne est alors prudemment reléguée à l’arrière-garde. Et c’est l’avant-garde française de La Hire notamment, qui va balayer, en forte infériorité numérique, le corps de bataille anglais, et les fameux archers, écrasés, ne s’en remettront jamais.

La chevalerie française vengeait ainsi Azincourt et restait ce qu’elle était, à savoir la première force militaire du monde occidental. Mais plus pour longtemps. Car en renforçant le pouvoir du roi, par le sacre de Reims, elle contribua hélas à sa perte.

Paradoxalement, ce qui va mettre fin à la guerre de Cent Ans, c’est l’amoindrissement des hommes de guerre, par le développement de l’État central, par une armée soldée permanente, la généralisation de l’artillerie, l’affaiblissement de la noblesse. Les châteaux devenus obsolètes. Les seigneurs un peu moins puissants. Les chevaliers aussi, avec eux leur force idéalisée, aussi crainte que vitale. Le héros anglais de la guerre de Cent Ans, lord Talbot, sera écrasé à Castillon, en 1453, par l’artillerie des frères Bureau. Ce qui signera la fin de la guerre. On a coutume de dire que notre dernier chevalier est Bayard, sans peur et sans reproche, abattu d’un coup d’arquebuse dans le dos, quelques décennies plus tard, en Italie.

De ce point de vue, la guerre de Cent Ans est un pas vers la modernité. Le premier dieu des hommes va peu à peu devenir l’État. Le Léviathan associé aux progrès techniques, qu’il va accaparer. Jusqu’à sa consécration par la Révolution et la République. L’État va peu à peu défaire et corrompre tous les contre-pouvoirs. La noblesse, le clergé. Puis les corporations, le peuple, etc. Il va confisquer la fiscalité, la force, l’administration du droit. Son emprise sur les âmes est devenue immense. C’est un dieu jaloux. Il ne tolère aucune concurrence. Même pas familiale ou religieuse. On lui a absolument tout délégué. À commencer par notre sécurité. Et jusqu’à notre souveraineté. Il gère tous les aspects de notre vie. On naît sous son matricule. On lui appartient. Il définit strictement le champ de nos insignifiantes libertés. On est volontaire dans cette servitude. À son profit devenu exclusif. On travaille pour lui, et il ne nous le rend pas. Notre situation s’apparente à celles d’animaux d’élevage.

L’effondrement de la morale ne libère pas, bien au contraire. Il nous rend captifs, non d’une quête de grandeur et d’excellence, mais d’un abandon grégaire à nos instincts détraqués. Il est difficile et coûteux d’échapper à cette gravitation générale de la bêtise et de la facilité.

Le moderne ne se préoccupe guère de liberté, qu’il confond allègrement avec ses dépendances et distractions. Il a tout délégué à un maître. Il a vendu son âme au divertissement. Sa morale à l’air du temps. Certains pensent que les médiévaux étaient moins libres que nous. Oui, ils travaillaient aussi pour leur seigneur. Mais pas pour Nagui, Léa Salamé, Jack Lang, SOS Racisme, France Inter ou Salah Abdeslam.

Et on n’a pas la sécurité. Même pas le contrôle des frontières. Voilà notre réalité. Et on a une fiscalité qui n’a jamais été aussi lourde. Tout ce système fonctionne sur un déni massif de liberté. Un refus de la vie, des responsabilités. Et on nous force à le financer.

Surtout, on n’a plus de prise sur notre destin. On a un bulletin de vote. Big Brother nous a réduit à ça. Ce ne sont plus les héros qui vont infléchir le sens de l’histoire, ce sont des administrateurs. Nous ne sommes même plus des sujets. Là où le Dieu de Jeanne prônait l’ardeur, le combat, la force, la résistance, l’État prône la docilité, l’acceptation, la soumission. Il a asséché et désarmé les hommes. Avec leur complicité active et leurs enfants sacrifiés, à la dette, à la folie migratoire, à cet ensauvagement qu’on nomme « insécurité ». Au démantèlement de la patrie, de l’identité, de l’être, qui est la base de toute existence, consubstantielle à la liberté. Le moderne, pour résumer, ne veut plus se gouverner.

Or la liberté n’existe que si elle se gouverne elle-même. Alors, dans un tel contexte, le miracle est-il possible ? Une Jeanne d’Arc pourrait-elle renaître aujourd’hui ? Nous libérer ?

D’abord, elle aurait contre elle tout l’appareil, qui est encore plus perfide que l’Anglais. Ce système contrôle quasi l’intégralité des canaux de l’information. Sa propagande est industrielle. Big Brother est omniscient, omnipotent, omniprésent. C’est lui qui produit le récit, fabrique ses divinités. Le système est hautement corrupteur. Il est doué pour pousser en avant les rebelles de papier, tous ceux qui ne demandent jamais que davantage d’État, de taxes, d’interdits. Tout ce qui terrifie ses agents est la libération de la parole, c’est-à-dire des pensées, des mentalités. Des hommes.

Des héros ont bien existé depuis Jeanne d’Arc, mais pour des actes aux conséquences restreintes, limitées souvent à eux-mêmes. Il n’est plus question de changer l’ordre des choses. Le destin de la nation. C’est aussi ce qui est dur à vivre, qui est même déshonorant. On subit, on ne fait rien, parce qu’on est persuadé qu’on ne peut rien faire. C’est faux, mais on a intégré cette croyance. Et ce qui est vrai, c’est que si une Jeanne d’Arc aura du mal à exister de nos jours, c’est avant tout parce que nos esprits n’y sont plus prêts.

La leçon de Jeanne, et des anciens, c’est que le sauveur ne peut exister que si les esprits sont prêts à être sauvés. Il ne suffit pas de se proclamer digne ou méritant, de se montrer à la messe le dimanche. Il faut agir, il faut prouver. « Bataillez, disait Jeanne, et Dieu donnera la victoire. » Il ne suffit pas d’espérer. Il faut se battre.

La liberté n’est pas un droit. Elle ne se demande pas, n’est jamais garantie. Elle se conquiert. Se défend tous les jours, à chaque instant. L’homme libre se doit d’opposer toute sa force et sa résolution à toute tentative de le réduire et de le posséder. Peut-être que des temps médiévaux reviendront, avec l’effondrement de l’État, par exemple. Avec la guerre. Et il faudra bien faire avec. Et la vie reconnaîtra à ce moment-là les siens.

En attendant – au lieu d’attendre –, ne doit-on pas redevenir un chevalier mental ? Un médiéval dans l’âme. C’est la bonne nouvelle. Vous pouvez jouer chez vous. Vous le devez. Ce sera toujours utile, indépendamment de tout ce qui peut se passer.

On ne va pas se balader avec une épée à la taille en centre-ville, parce qu’on aurait des ennuis avec les forces républicaines. Mais on peut incarner, réincarner un esprit chevaleresque, idéal et indocile. Retrouver le sens du devoir et de la fierté. Recréer de véritables contre-pouvoirs. Médiatiques, et surtout spirituels. Si on ne le fait pas, si on n’essaie pas, on n’est pas légitime pour critiquer la marche des choses. Parce qu’on se contente de marcher avec elles, même en traînant des pieds.

Le captif, le perdant, est celui qui ne maintient plus. Parce qu’il ne peut plus, ou ne veut plus. Ou peut-être même ne voit pas et ne sait plus.

Bien sûr, ce n’est pas facile. On pense à Don Quichotte. Le chevalier d’après le temps des chevaliers. Un homme qui paraît obsolète, anachronique. Mais peut-être que ce n’est pas lui le problème. Peut-être que lui est encore un homme plein dans un monde devenu vide. L’état d’esprit médiéval, c’est être héros à plein temps. Une flamme dans la nuit. Un exemple. Dans tous nos choix de vie. Pas juste une heure par jour, pour les réseaux, pour la pose. Il s’agit de ré-acquérir notre pleine souveraineté mentale.

La liberté n’est pas une mode, une imitation, une singerie. Un concours d’abjections. On ne peut plus se contenter d’une vague intention. D’une image projetée. Rester dans la pourriture du rêve, comme disait Saint-Exupéry. Il faut revoir en profondeur notre façon d’être et de penser. La seule réforme valable, c’est la nôtre. Et plus l’épreuve est difficile, plus grands seront nos mérites. C’est une façon stimulante de voir les choses.

On survit en incarnant des valeurs qui paraissent anachroniques mais ne le seront jamais tant qu’un seul homme sera encore là pour les défendre. Ces valeurs ne sont pas des caprices du geste médiéval. Ce sont les valeurs normales des Européens dignes de ce nom, depuis la nuit des temps, qui ont permis la transmission à travers les siècles. Notre civilisation.

S’il n’en reste qu’un, débrouillez-vous pour être celui-là.

On doit reprendre tout ce qu’on a abandonné. À commencer par la transmission. On doit préparer nos enfants à ce monde. Les préparer à tout, à commencer par le pire.

« Bien sûr, assurait James Garfield, je désapprouve la guerre. Mais si elle est livrée à ma porte, le livreur me trouvera chez moi. » Clémenceau disait à peu près la même chose. « De bonne foi, nous voulons la paix […]. Mais enfin si on nous impose la guerre, on nous trouvera. »

Je ne parle pas ici de géopolitique. C’est un principe clé de la vie.

Il faut être prêt à tout, ne jamais accepter de subir. On n’en serait pas là si on avait un tel état d’esprit, apte à tout perdre et sacrifier, sauf l’honneur.

Si on n’a plus cette force d’âme, on ne diffère guère des modernes aplatis. Complices de notre grand sacrifice collectif pour un délire sectaire.

Il est plus qu’urgent et utile de puiser dans la mentalité et l’exemple des Anciens, de nos ancêtres, qui eux ont accompli leur mission, ont réussi à maintenir, à transmettre un héritage immémorial solide, dans les pires conditions. Et notre responsabilité, qui est immense, est d’en faire au moins autant. On sait que ce n’est pas gagné. On est défaillant, pour l’instant. Mais il y a six cents ans, après la défaite de Verneuil, avant l’arrivée de Jeanne d’Arc, les choses n’étaient vraiment pas gagnées non plus.

Donc la première urgence, notre mission, votre mission, c’est de réarmer les esprits. De livrer enfin bataille. De renouer avec une mentalité libératrice. Et pourquoi pas de contribuer, parmi les premiers rangs, les premières lignes, à ranimer ce qui fit notre légende.

Laurent Obertone