L’écologie, une troisième voie pour un renouveau de la droite européenne
L'écologie politique, actuellement perçue comme le domaine réservé de la gauche, pourrait conférer à la droite européenne une nouvelle dynamique.
La droite européenne s’impose aujourd’hui comme l’un des pôles structurants du paysage politique du continent. Elle ne constitue ni un bloc homogène ni une famille idéologique unifiée, mais un ensemble de traditions, de partis et de courants issus d’histoires nationales distinctes.
L'écologie politique, actuellement perçue comme le domaine réservé de la gauche, pourrait conférer à la droite européenne une nouvelle dynamique.
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« Être de gauche ou être de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile. Toutes deux sont en effet des formes d’hémiplégie morale ».
Conservatisme, souverainisme, libéralisme de droite et courants identitaires coexistent, parfois s’opposent, mais partagent des lignes de fracture communes avec le centre libéral et la gauche progressiste. Depuis une quinzaine d’années, et plus nettement encore à l’issue des élections européennes de 2024, ces droites connaissent une recomposition profonde. L’affaiblissement des partis de gouvernement traditionnels, la montée des formations nationales et la progression de l’extrême droite modifient les équilibres internes du Parlement européen. Les rapports de force évoluent, les groupes politiques se fragmentent, tandis que les questions de souveraineté, d’identité, de démocratie et de frontières s’imposent au cœur du débat public européen.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de crises successives (économique, migratoire, sanitaire, géopolitique) qui ont mis à l’épreuve les fondements du projet européen. Elle révèle une défiance croissante à l’égard des institutions communautaires et une demande politique de plus en plus marquée en faveur des États, des peuples et des nations.
Parler de « droite européenne » impose d’emblée une précision : il n’existe pas une droite européenne, mais des droites européennes. Leur histoire est d’abord nationale. La droite française ne s’est pas construite sur les mêmes bases que la droite allemande, italienne ou hongroise. Certaines sont issues du conservatisme classique, d’autres du libéralisme économique, d’autres encore de traditions nationalistes ou souverainistes.
Pendant longtemps, la droite dominante au niveau européen a été celle des partis démocrates-chrétiens et libéraux-conservateurs, rassemblés principalement au sein du Parti populaire européen (PPE). Cette droite de gouvernement a accompagné la construction européenne, parfois avec réticence, mais sans remise en cause fondamentale du projet communautaire. Elle a soutenu l’élargissement de l’Union, la monnaie unique et l’approfondissement du marché intérieur.
À partir des années 2010, un basculement s’opère. La crise financière, puis la crise migratoire de 2015, enfin la pandémie et la guerre en Ukraine, fragilisent les équilibres politiques établis. Une partie croissante de l’électorat de droite se détourne des partis traditionnels, jugés trop technocratiques ou trop alignés sur les institutions européennes.
Ce mouvement bénéficie d’abord aux partis souverainistes et identitaires, souvent classés à l’extrême droite par les médias et les institutions européennes. Leur discours s’articule autour de quelques axes récurrents : critique de l’immigration extra-européenne, défense de l’identité nationale, rejet du fédéralisme bruxellois, dénonciation du « déficit démocratique » de l’Union européenne.
En Europe centrale et orientale, ces partis sont parfois devenus des forces de gouvernement. En Hongrie, le parti Fidesz, dirigé par Viktor Orbán, incarne une droite nationale assumée, hostile au multiculturalisme et à l’ingérence de Bruxelles dans les affaires internes des États. En Italie, l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni marque une normalisation institutionnelle de courants longtemps marginalisés.
En Europe occidentale, ces forces progressent aussi, même lorsqu’elles restent dans l’opposition. En France, le Rassemblement national s’est imposé comme la première force politique lors des élections européennes de 2024. Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté de Geert Wilders a bouleversé les équilibres politiques traditionnels. En Allemagne, l’AfD s’est durablement installée dans le paysage électoral, en particulier dans les Länder de l’Est.
Les élections européennes de 2024 constituent un moment clé pour comprendre l’état actuel de la droite européenne. Dans de nombreux pays, les partis de droite et d’extrême droite arrivent en tête ou réalisent des scores historiquement élevés. Ce phénomène ne se limite pas à un espace géographique précis : il concerne l’Europe du Nord, du Sud, de l’Est comme de l’Ouest.
Plusieurs facteurs expliquent ce résultat. Le premier est la lassitude d’une partie des électeurs face aux grandes coalitions centristes qui dominent les institutions européennes depuis deux décennies. Le second tient à la centralité des thèmes identitaires et migratoires, sur lesquels les droites nationales apparaissent plus audibles que les partis traditionnels. Le troisième facteur est la défiance croissante envers les élites politiques et administratives européennes.
Au Parlement européen, ces résultats se traduisent par un renforcement des groupes situés à droite de l’échiquier politique. Les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et le groupe Identité et démocratie (ID) enregistrent une progression significative en nombre de sièges, même s’ils restent divisés entre eux.
La droite européenne est aujourd’hui répartie entre plusieurs groupes parlementaires, aux orientations distinctes.
Cette fragmentation empêche, à ce stade, l’émergence d’une droite européenne unifiée capable de peser durablement sur la majorité parlementaire.
La montée de la droite et de l’extrême droite a néanmoins des effets concrets sur les politiques européennes. Sur la question migratoire, par exemple, les positions se sont durcies. La Commission européenne a été contrainte d’intégrer des préoccupations sécuritaires et de contrôle des frontières qui étaient auparavant marginalisées.
Sur le plan institutionnel, la critique du fédéralisme gagne du terrain. Même au sein du PPE, certains partis plaident désormais pour un recentrage des compétences de l’Union et une plus grande autonomie des États membres. Le discours sur la souveraineté nationale n’est plus l’apanage des partis dits extrêmes.
En revanche, sur les questions économiques et géopolitiques, les divergences restent fortes. La droite européenne peine à formuler une ligne commune sur la politique industrielle, la relation avec les États-Unis ou la gestion du conflit russo-ukrainien.
La répartition politique de la droite européenne varie fortement selon les pays. En Europe centrale, la droite nationale est souvent hégémonique. En Europe du Sud, elle progresse dans un contexte de crise sociale et économique persistante. En Europe occidentale, elle s’impose davantage comme une force de contestation que comme une force de gouvernement, à l’exception notable de l’Italie.
Cette diversité nationale complique toute tentative d’unification idéologique. Les intérêts d’un parti hongrois, italien ou français ne coïncident pas nécessairement, notamment sur les questions budgétaires ou diplomatiques.
La question centrale demeure celle de l’unité. La droite européenne peut-elle dépasser ses clivages internes pour constituer une alternative crédible au centre libéral et à la gauche progressiste ? Pour l’instant, la réponse est incertaine.
Les divergences stratégiques sont profondes. Certains partis cherchent la respectabilité institutionnelle et l’intégration dans le jeu parlementaire européen. D’autres privilégient une posture de rupture, voire de confrontation directe avec les institutions de l’Union.
À cela s’ajoutent des désaccords idéologiques réels : rapport à la Russie, à l’économie de marché, à l’État-providence, ou encore aux libertés publiques. Ces fractures limitent la capacité de la droite européenne à parler d’une seule voix.
La droite européenne, sous toutes ses formes, est désormais une composante durable du paysage politique continental. Sa progression électorale traduit des évolutions profondes des sociétés européennes : inquiétudes identitaires, fatigue démocratique, rejet de la technocratie et demande de souveraineté.
Pour autant, cette montée en puissance ne débouche pas mécaniquement sur une prise de contrôle des institutions européennes. La fragmentation interne, les logiques nationales et l’isolement de certains partis freinent la constitution d’un véritable pôle de pouvoir.
L’avenir de la droite européenne dépendra de sa capacité à dépasser la seule logique protestataire pour proposer un projet politique cohérent, articulant identité, démocratie et coopération européenne. À défaut, elle restera une force d’influence et de contestation, puissante dans les urnes, mais limitée dans l’exercice du pouvoir.