Nongqawuse, la Greta Thunberg africaine ?
Les prédictions apocalyptiques ne sont pas l’apanage de l’Europe.
« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés. »
Antonio Gramsci
Cahiers de prison (Quaderni del carcere), 1929 – 1935, trad. Monique Aymard et Françoise Bouillot, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque de philosophie, 1996
Les prédictions apocalyptiques ne sont pas l’apanage de l’Europe.
Intervention de François Bousquet, rédacteur en chef adjoint de la revue Eléments lors du colloque « Européens : transmettre ou disparaître » le 18 mars 2017 à Paris.
Peut-on être catholique aujourd'hui et refuser la submersion migratoire de l'Europe ?
3e anniversaire du sacrifice volontaire de Dominique Venner pour sortir les peuples européens de leur dormition.
Avec « Immigration, la catastrophe – que faire ? », le responsable de la fondation Polémia, haut-fonctionnaire, intellectuel et homme politique français, livre un opus de plus de 400 pages qui sonne l’alarme.
Les attaques islamistes de janvier 2015 à Paris et juillet 2016 à Nice constituent à l’évidence un événement. Tant au sens historique que politique et métapolitique – c’est-à-dire total, culturel, civilisationnel.
Les crises politiques ne constituent pas des accidents isolés dans l’histoire européenne. Elles forment un régime ordinaire de fonctionnement du politique, un moment où les équilibres se défont, où les routines institutionnelles se grippent, et où le rapport entre gouvernants et gouvernés devient instable. Loin d’être marginales, elles participent pleinement à la structuration des États, des partis et des systèmes de pouvoir.
Dans un monde marqué par l’accélération des transformations économiques, technologiques et géopolitiques, les crises politiques tendent à se multiplier, à se superposer et à s’inscrire dans des processus longs, bien au-delà des événements spectaculaires qui les rendent visibles dans l’espace public.
« La modernité n’est pas en crise, la modernité est un régime de crise à part entière. »
Baptiste Rappin
De l’exception permanente : Théologie de l’organisation Vol 2, Les éditions Ovadia, coll. Les carrefours de l’être, 2018
En sciences sociales, la crise politique ne se confond ni avec la simple alternance électorale, ni avec la contestation sociale ordinaire. Elle désigne un moment de désajustement profond du système politique, où les règles du jeu ne produisent plus d’adhésion suffisante.
Le sociologue Michel Dobry a proposé une définition devenue centrale dans son ouvrage Sociologie des crises politiques. Il y décrit la crise comme une « conjoncture fluide », c’est-à-dire une période durant laquelle les frontières habituelles entre acteurs, institutions et secteurs deviennent poreuses. Les alliances se recomposent, les hiérarchies se brouillent, et les décisions politiques cessent d’obéir aux logiques ordinaires.
Dans ce cadre, la crise politique n’est pas seulement une rupture : elle est aussi un révélateur. Elle met au jour des tensions latentes, des contradictions structurelles, et des déséquilibres accumulés parfois depuis des décennies.
On peut distinguer plusieurs formes de crises politiques, qui se combinent fréquemment.
Elles se manifestent par des blocages durables : conflits entre exécutif et parlement, instabilité gouvernementale chronique, usage contesté des mécanismes constitutionnels. La France a connu ce type de situation à plusieurs reprises, notamment lors des cohabitations ou des périodes de majorité relative.
Lorsque les partis politiques ne parviennent plus à structurer le débat public ni à canaliser les attentes sociales, la défiance s’installe. Le citoyen ne se reconnaît plus dans l’offre politique existante, ce qui fragilise la légitimité du système dans son ensemble.
Certaines mobilisations dépassent le cadre revendicatif pour remettre en cause directement l’autorité politique. Mai 68 demeure un exemple canonique : contestation étudiante et ouvrière, paralysie de l’État, remise en question de l’ordre social et symbolique.
Elles combinent dimensions économique, sociale, politique et parfois géopolitique. La crise grecque, le Brexit ou encore la gestion de la pandémie de Covid-19 relèvent de cette catégorie.
L’histoire européenne est jalonnée de crises politiques majeures. Dès l’Antiquité, la République romaine connaît une succession de conflits internes, de réformes avortées et de guerres civiles qui conduisent à l’Empire. La crise n’est pas ici un effondrement soudain, mais un processus de décomposition progressive.
La Révolution française marque un tournant décisif. Elle illustre la capacité d’une crise politique à refonder entièrement un ordre national : disparition de la monarchie, invention de nouvelles institutions, redéfinition de la souveraineté. Cette crise fondatrice irrigue encore aujourd’hui l’imaginaire politique français et européen.
Le XIXᵉ siècle est dominé par les révolutions nationales et libérales. Les soulèvements de 1848 révèlent la montée en puissance du peuple comme acteur politique central et la fragilité des monarchies traditionnelles. Le XXᵉ siècle, quant à lui, montre jusqu’où une crise politique peut conduire lorsqu’elle est captée par des régimes autoritaires ou totalitaires.
Dans le monde actuel, les crises politiques prennent souvent des formes moins spectaculaires mais plus durables. Elles s’inscrivent dans un temps long, fait de désaffiliation progressive, de perte de confiance et de fatigue démocratique.
La mondialisation, loin d’effacer les cadres nationaux, les met sous tension permanente. Les décisions économiques se prennent à des niveaux supranationaux, tandis que les citoyens continuent de penser leur appartenance politique à l’échelle nationale. Cette dissociation alimente une crise de lisibilité du pouvoir.
La France offre un terrain d’analyse privilégié. La Ve République, conçue pour assurer la stabilité, semble aujourd’hui confrontée à ses propres limites. Le rôle central du président, la marginalisation du Parlement et l’affaiblissement des corps intermédiaires nourrissent une impression de dépossession politique.
Les mouvements des Gilets jaunes, la contestation des réformes sociales ou encore les débats récurrents sur l’usage de l’article 49-3 illustrent cette tension constante entre efficacité gouvernementale et légitimité démocratique.
Des figures politiques comme François Hollande ou François Bayrou ont régulièrement souligné la fragilité du lien civique et la nécessité de repenser le fonctionnement des partis et des institutions.
Le parti politique, longtemps pilier de la vie démocratique, traverse une crise profonde. Érosion de l’adhésion militante, professionnalisation excessive, dépendance accrue à la communication : autant de facteurs qui affaiblissent sa fonction de médiation entre société et État.
Cette crise du parti favorise l’émergence de mouvements plus personnalisés, structurés autour d’un leader, mais aussi de formes d’engagement plus diffuses, parfois extérieures au cadre institutionnel.
Les crises politiques contemporaines se jouent largement dans l’espace public. Les médias, les réseaux sociaux et les plateformes numériques accélèrent la circulation de l’information, mais aussi celle de la défiance. Le débat politique devient plus émotionnel, plus fragmenté, souvent déconnecté de toute analyse de fond.
Cette transformation du rapport au politique contribue à une instabilité permanente : chaque décision gouvernementale peut devenir le déclencheur d’une nouvelle crise.
Les travaux publiés sur des plateformes académiques comme Cairn montrent que les crises politiques doivent être étudiées comme des configurations complexes, où interagissent institutions, acteurs, discours et contraintes matérielles.
L’analyse contemporaine insiste sur la nécessité de dépasser les lectures purement conjoncturelles pour comprendre les logiques profondes à l’œuvre : transformation du système productif, crise de l’État-nation, recomposition du monde géopolitique.
L’Union européenne elle-même n’échappe pas à ces dynamiques. Confrontée à des crises successives – financières, migratoires, sanitaires, géopolitiques – elle peine à produire un récit politique mobilisateur. Le déficit de légitimité démocratique, souvent dénoncé, renforce la distance entre institutions européennes et citoyens.
Pourtant, l’histoire européenne montre que les crises peuvent aussi être des moments de refondation. Encore faut-il qu’elles soient pensées, analysées et assumées comme telles, et non simplement gérées dans l’urgence.
Crises politiques et avenir des sociétés européennes
Les crises politiques ne sont ni des anomalies ni des parenthèses. Elles constituent un mode de fonctionnement récurrent des sociétés européennes. En révélant les fragilités du système politique, elles ouvrent aussi des espaces de transformation.
Comprendre ces crises, c’est accepter de regarder en face les tensions du monde contemporain : fracture entre élites et citoyens, épuisement des formes politiques traditionnelles, incertitude sur l’avenir national et européen. C’est à ce prix seulement que les sociétés pourront transformer la crise en levier, plutôt qu’en symptôme d’un délitement durable.
« La condition nécessaire pour surmonter les crises en cours consiste à renverser la table et à balayer l’idéologie mortifère aujourd’hui dominante, à affirmer les identités des patries charnelles et des nations et la communauté civilisationnelle correspondant à notre vieille Europe brisée par le sombre XXe siècle. »
Philippe Conrad
Relever le défi migratoire, rendre à l’Europe son identité, allocution au troisième colloque de l’Institut Iliade, Paris, Maison de la Chimie, 9 avril 2016