Institut Iliade

Remigration

« En fait la colonisation en cours est beaucoup plus conforme à la définition et à l’étymologie du terme que celle à laquelle s’est livrée la France dans ce qui fut son empire, jadis. Colonisation de peuplement, colonisation par la masse démographique, colonisation par substitution ethnique, elle est surtout beaucoup plus grave, en cela qu’elle menace, elle, d’être irréversible, sans recours possible. Une colonisation comme celle qu’a pratiquée notre pays, une colonisation militaire, politique et administrative, on peut s’en débarrasser en un tournemain, l’histoire l’a montré. Une colonisation comme celle qu’il subit depuis des lustres, une colonisation par changement de peuple, celle-là est définitive, à moins de faire intervenir la remigration, précisément, avant qu’il soit tout à fait trop tard. »
Renaud Camus
« Lettre à Fabrice Robert », septembre 2014

La remigration, un terme revenu au centre du débat européen

Le mot « remigration » s’est installé durablement dans le débat politique et intellectuel européen. Sa diffusion n’est pas le fruit d’un hasard lexical, ni d’une simple provocation militante. Elle correspond à une évolution profonde des interrogations européennes autour de l’immigration, de la démographie, de la continuité historique des nations et de la souveraineté politique.

Longtemps marginal, le terme circule désormais dans les médias, les tribunes, les campagnes électorales et les échanges sur les réseaux sociaux. Cette visibilité accrue s’accompagne presque toujours de simplifications, d’amalgames et d’une réduction polémique du concept. Comprendre ce qu’est réellement la remigration suppose donc de revenir à ses fondements, à son origine, à ses usages concrets et aux lignes de fracture qu’elle révèle.

Définition politique et démographique de la remigration

La remigration désigne le retour, organisé et assumé politiquement, de populations immigrées ou issues de l’immigration récente vers leur pays d’origine. Elle ne se confond ni avec l’expulsion arbitraire, ni avec les procédures classiques de reconduite à la frontière, ni avec les politiques de contrôle des flux migratoires.

Dans sa définition rigoureuse, la remigration s’inscrit dans une réflexion de long terme sur les effets structurels de l’immigration de masse. Elle pose la question des stocks démographiques, de la transmission culturelle, de la cohésion nationale et des limites de l’intégration dans des sociétés déjà fragilisées.

Elle peut recouvrir plusieurs modalités, allant du retour volontaire encouragé par des politiques incitatives, jusqu’à des dispositifs juridiques plus contraignants, selon les situations et les statuts. Dans tous les cas, elle suppose un cadre politique clair et assumé, loin des discours compassionnels ou purement gestionnaires.

Les origines identitaires du concept de remigration

Le terme « remigration » ne naît pas dans les cercles institutionnels ni dans les états-majors de partis installés. Il émerge d’abord dans les milieux identitaires français, au tournant des années 2000, comme une réponse doctrinale à l’échec manifeste des politiques d’intégration.

Le Bloc identitaire joue un rôle central dans la structuration et la diffusion du concept. Pour ces courants, la question migratoire ne peut être réduite à un problème économique ou social. Elle engage l’existence même des peuples européens, leur continuité historique et leur capacité à se projeter dans le temps long.

Les identitaires formulent alors une critique globale de l’immigration de masse, perçue comme un facteur de fragmentation territoriale, de tension culturelle et de désagrégation civique. La remigration apparaît comme une hypothèse politique cohérente, visant non pas à gérer les conséquences, mais à corriger les causes.

Ce travail doctrinal, longtemps cantonné à la marge, constitue pourtant le socle intellectuel sur lequel le terme se diffusera ensuite dans un cadre beaucoup plus large.

De la sphère militante au débat public national

À partir des années 2010, la remigration quitte progressivement les cercles militants pour entrer dans le débat public. Ce passage s’accompagne d’une transformation du discours. Le terme est repris, parfois édulcoré, parfois instrumentalisé, souvent déformé par ses adversaires.

Dans ce processus, certaines figures médiatiques jouent un rôle de relais. Le cas de Éric Zemmour est emblématique. Il ne crée pas le concept, ni ne l’élabore sur le plan théorique. En revanche, il contribue à le rendre audible auprès d’un public beaucoup plus large, en l’inscrivant dans un discours de critique générale de l’immigration et de défense de l’identité nationale.

Cette médiatisation tardive provoque une réaction en chaîne. Le mot devient un marqueur politique. Il est aussitôt attaqué, caricaturé, assimilé à des intentions extrêmes, souvent sans analyse de son contenu réel. Le débat se déplace alors du fond vers le symbole.

Remigration et stratégies des partis politiques français

Dans le champ partisan, la remigration occupe une place paradoxale. Le diagnostic sur l’échec des politiques migratoires est largement partagé, y compris par des responsables politiques institutionnels. En revanche, le terme lui-même reste évité.

Le Rassemblement national illustre cette prudence lexicale. Le parti évoque régulièrement la nécessité de maîtriser l’immigration, de conditionner l’accès aux prestations sociales ou de renforcer les contrôles. Mais il se garde le plus souvent d’employer explicitement le mot « remigration », jugé trop clivant dans une stratégie électorale de normalisation.

Cette réticence révèle une tension profonde entre le diagnostic posé et les solutions réellement envisagées. La remigration, en tant que concept, oblige à sortir de la gestion à la marge et à assumer une rupture stratégique. C’est précisément ce saut politique que beaucoup hésitent encore à franchir.

Construction médiatique de l’opposition à la remigration

Le traitement médiatique de la remigration participe largement à sa disqualification. Dans une partie de la presse généraliste, le terme est présenté comme un tabou absolu, sans que ses défenseurs soient réellement entendus.

Des journaux comme Libération inscrivent la remigration dans un récit idéologique hostile, en la réduisant à une intention de rejet ou d’exclusion. Le mot devient un épouvantail, utilisé pour disqualifier l’ensemble du discours sur l’immigration.

À l’inverse, certaines tribunes publiées dans Le Figaro tentent parfois d’aborder la question sous un angle plus analytique, en soulignant les impasses des politiques actuelles et la nécessité de penser des solutions de fond. Cette différence de traitement médiatique contribue à structurer une opposition binaire, au détriment d’un débat rationnel.

Les critiques juridiques et universitaires de la remigration

Les critiques adressées à la remigration s’articulent autour de plusieurs axes récurrents. Sur le plan juridique, la compatibilité du concept avec le droit national, le droit européen et le droit international est souvent mise en avant. Les questions de nationalité, de droit du sol et de protection des droits individuels occupent une place centrale dans ces objections.

Sur le plan universitaire et politique, des figures comme Marion Jacquet-Vaillant développent une critique plus globale. Elles dénoncent une lecture jugée simplificatrice des phénomènes migratoires, contestent l’approche démographique et rejettent toute analyse fondée sur la notion de continuité civilisationnelle.

Ces critiques, bien que discutables, structurent une partie importante du débat. Elles rappellent que la remigration ne peut être pensée sans un travail juridique précis et sans une réflexion sur ses modalités concrètes de mise en œuvre.

Les soutiens à la remigration et leurs motivations

Les soutiens à la remigration ne forment pas un bloc homogène. Ils regroupent des responsables politiques, des intellectuels, des démographes et de nombreux citoyens confrontés aux transformations de leur environnement quotidien.

Leur point commun réside moins dans une idéologie que dans un constat. Les politiques menées depuis plusieurs décennies n’ont pas tenu leurs promesses. L’intégration de masse n’a pas produit l’unité annoncée. Les tensions culturelles, territoriales et sociales se sont accrues.

Pour ces soutiens, la remigration constitue une option politique parmi d’autres, mais une option désormais impossible à évacuer. Elle permet de poser clairement la question de la souveraineté démographique et de redonner une cohérence aux politiques migratoires.

Enjeux démographiques et cohésion nationale

La dimension démographique est au cœur de la réflexion sur la remigration. Les évolutions observées dans de nombreux pays européens montrent une transformation rapide des équilibres de population, en particulier dans les grandes métropoles et certains territoires périphériques.

Ces mutations ont des conséquences directes sur la cohésion nationale. Concentration communautaire, fragmentation culturelle, affaiblissement du sentiment d’appartenance commune sont autant de phénomènes régulièrement documentés. La remigration est présentée par ses partisans comme un moyen de freiner ces dynamiques et de restaurer des cadres collectifs stables.

Ses détracteurs soulignent, à l’inverse, la complexité des situations individuelles et les risques de tensions supplémentaires. Ce désaccord illustre l’ampleur des enjeux et la difficulté de toute solution simpliste.

La remigration dans le débat européen

La France n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays européens, la question se pose sous des formes différentes. En Allemagne et en Autriche, le débat porte souvent sur le retour volontaire et les incitations économiques. En Europe centrale, l’accent est mis sur la prévention de l’immigration de masse plutôt que sur sa correction a posteriori.

Ces approches divergentes montrent que la remigration n’est pas un modèle unique, mais une famille de réponses politiques adaptées aux contextes nationaux. Partout, cependant, elle traduit une même inquiétude face aux transformations démographiques et culturelles rapides.

Remigration et basculement du débat politique européen

La diffusion du terme « remigration » marque un tournant. Elle signale la fin d’un consensus implicite selon lequel l’immigration serait un phénomène nécessairement positif et irréversible. Elle oblige à réintroduire des questions longtemps évacuées, celles de l’identité, de la transmission et du temps long.

Qu’on l’approuve ou qu’on la rejette, la remigration s’impose désormais comme un concept structurant du débat européen. Elle ne relève ni du slogan ni de la provocation gratuite. Elle constitue une grille de lecture politique qui oblige à penser l’avenir des nations européennes au-delà des ajustements techniques et des discours moralisateurs.

« Ceux qui crachent sur la France doivent partir vers les pays d’où ils viennent. La remigration, c’est la migration du retour. Il y eut, pour la France, une illustration traumatisante d’une telle remigration. C’est en 1962 : l’Algérie jette à la mer un million de Français installés depuis un siècle en terre algérienne. On peut souhaiter que la migration inverse soit moins traumatisante et moins brutale. […] La remigration vaut pour ceux qui, chez nous, mettent le désordre ou cultivent une mélancolie mâtinée de mépris. Les choses se feront naturellement. À la condition que nous assumions notre identité, que nous levions toute ambiguïté sur nos fiertés et notre assurance sur l’avenir. Alors le malaise changera de côté. Et ceux qui ne s’y retrouvent plus partiront, comme la moitié des Italiens ou des Polonais, avant-guerre, ont quitté la France, malgré nos racines communes. »
Philippe de Villiers
Les cloches sonneront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016