Polychromie blanche
Qui sont les Blancs ? Une question qui ne demande ni un mot d’ordre ni une posture, mais un détour par la culture.
« Le signe des temps qui s’avancent c’est celui-ci qui nous brûle les yeux : la liquidation radicale de l’art. Elle s’opère a vue. »
Jean Cau
L’agonie de la vieille, éditions de La Table ronde, coll. La Table Ronde de combat, Les brûlots n°15, 1970
L’art en Europe s’inscrit dans une histoire longue, marquée par la permanence des formes autant que par leur transformation. Il ne constitue ni un ensemble homogène ni une simple succession de styles, mais un tissu dense d’œuvres, de traditions et de centres artistiques qui se répondent à travers le temps. De la Préhistoire aux formes contemporaines, l’espace européen a vu naître des expressions artistiques étroitement liées à son histoire intellectuelle, religieuse et politique.
Qui sont les Blancs ? Une question qui ne demande ni un mot d’ordre ni une posture, mais un détour par la culture.
Jusqu'au 26 avril 2026, le Musée des Arts Décoratifs de Paris (MAD) retrace l’aventure esthétique et l’art de vivre qui ont façonné l’Art déco.
Le musée Jacquemart-André poursuit son exploration de la révolution caravagiste avec Georges de La Tour, maître français du ténébrisme.
À travers L’Art et l’Artisanat, Morris interroge le lien entre art, travail et civilisation : quelle place accorder à la beauté dans une société juste ?
Fidèle à son engagement éthique et esthétique, l’Institut Iliade offre chaque année une tribune aux artistes : la Carte Blanche.
Quel peut donc être, pour le lectorat européen de l’an 2025, l’intérêt de cette réédition d’une œuvre si marquée par les querelles esthétiques et nationales de son temps ?
Jusqu'au 7 septembre, la Monnaie de Paris rend hommage au fondateur de l’abstraction lyrique dans le cadre de son exposition Georges Mathieu. Geste, vitesse et mouvement.
Par ses idées républicaines et son style contestataire, François Chifflart ne pouvait que déplaire à la société de son temps. Pourtant, que de talents !
Aborder l’art européen suppose de tenir ensemble plusieurs dimensions : la continuité des héritages, la diversité des écoles régionales et l’existence de ruptures réelles, parfois radicales. Dans cette perspective, l’Europe de l’Est occupe une place essentielle. Trop souvent réduite à un rôle secondaire dans les récits dominants, elle participe pourtant pleinement à l’élaboration des formes artistiques européennes.
Les premières manifestations artistiques en Europe apparaissent bien avant l’Antiquité. Les œuvres préhistoriques (peintures rupestres, sculptures, objets rituels) témoignent déjà d’un rapport structuré à l’espace, au temps et au symbolique. Ces formes, loin d’être anecdotiques, posent les bases d’une relation durable entre création artistique et représentation du monde.
L’Antiquité grecque et romaine apporte ensuite des cadres esthétiques qui exerceront une influence décisive. Proportions, recherche de l’équilibre, attention portée au corps humain et à l’architecture deviennent des références durables. Ces modèles sont diffusés à l’échelle du continent, puis réinterprétés au fil des siècles.
Le Moyen Âge ne marque pas une rupture avec cet héritage, mais une transformation profonde. L’art roman et l’art gothique développent un langage formel orienté vers la spiritualité, où architecture, sculpture et peinture participent d’un même projet de représentation. Les cathédrales européennes illustrent cette capacité à articuler technique, symbolisme et vision du monde.
À partir du XVe siècle, la Renaissance réorganise le paysage artistique européen. Elle s’appuie sur la redécouverte de l’Antiquité tout en affirmant progressivement la figure de l’artiste. Des centres urbains comme Florence, Rome ou Venise jouent un rôle déterminant dans cette évolution, favorisant l’émergence d’écoles reconnues.
Cette période ne se limite pas à l’Italie. Les Flandres, l’Allemagne, la France et l’Espagne développent leurs propres traditions picturales et architecturales. L’art européen se caractérise alors par une forte structuration géographique : ateliers, commanditaires et institutions contribuent à la diffusion de styles identifiables, sans effacer les particularités locales.
À partir de l’époque moderne, certains pays d’Europe occidentale occupent une position centrale dans la production et la diffusion artistiques. La France, l’Italie, les Pays-Bas ou encore l’Espagne s’appuient sur des institutions durables — académies, musées, commandes publiques — qui contribuent à stabiliser des hiérarchies artistiques.
Les grands musées européens, comme le Louvre, jouent un rôle essentiel dans la conservation et la transmission de cet héritage. Ils participent également à la construction de récits historiques qui, pendant longtemps, ont privilégié certaines traditions au détriment d’autres.
Les mouvements des XIXe et XXe siècles (du romantisme à l’abstraction) prolongent cette dynamique. Des artistes tels que Claude Monet illustrent la capacité de l’art européen à renouveler ses formes tout en restant inscrit dans une continuité esthétique reconnaissable.
L’art d’Europe de l’Est ne constitue ni une exception ni une simple périphérie. Il s’est développé selon des trajectoires historiques spécifiques, souvent marquées par des contextes politiques complexes et des héritages multiples. Des régions comme l’Europe centrale, les Balkans ou l’espace slave ont produit des formes artistiques originales, en dialogue constant avec le reste du continent.
Des villes telles que Budapest, Prague ou Saint-Pétersbourg ont été des foyers intellectuels et artistiques majeurs. Elles ont vu naître des écoles picturales, architecturales et graphiques qui méritent d’être pleinement intégrées à l’histoire de l’art européen.
Au début du XXe siècle, l’Europe de l’Est participe activement aux avant-gardes artistiques. Le constructivisme, le suprématisme ou certaines formes d’abstraction géométrique témoignent d’une volonté de repenser les rapports entre art, espace et société. Ces mouvements dialoguent avec les courants occidentaux tout en développant des orientations propres.
Contrairement à une idée répandue, ces avant-gardes ne sont pas marginales. Elles influencent durablement l’architecture, le graphisme et les arts plastiques à l’échelle européenne, parfois au-delà.
« L’esthétique n’est pas un supplément gratuit (…). Tout au contraire, elle est la vérité des discours, des philosophies, et même des spiritualités. Voyez la malheureuse Église catholique, qui a produit des siècles durant quelques-unes et peut-être la plupart des œuvres artistiques, musicales, architecturales et, dans une moindre mesure, littéraires, de notre civilisation ; et considérez les tristes banderoles et les niaises affichettes dont en son épuisement conceptuel et moralisateur, laïcisant, à l’heure où elle met tant d’ardeur à trahir l’Europe qui l’a longtemps si bien servie, elle enlaidit méthodiquement les superbes édifices que nos pères ont bâti. Le style c’est l’homme : la beauté dit, sinon toujours le degré de vérité, du moins le niveau de qualité et de hauteur de la pensée. »
Renaud Camus
Forum de la Dissidence, 3 décembre 2022
La période de domination communiste en Europe de l’Est impose des cadres stricts à la création artistique. Le réalisme socialiste devient la norme officielle, orientant les sujets et les formes. Toutefois, cette contrainte n’épuise pas la production artistique de la période.
En marge des institutions, des artistes développent des œuvres plus discrètes, parfois non exposées, explorant d’autres voies esthétiques. Ces productions, longtemps peu visibles, font aujourd’hui l’objet d’un intérêt renouvelé dans les musées et les expositions spécialisées.
Depuis les années 1990, les artistes d’Europe de l’Est bénéficient d’une visibilité accrue. Leurs œuvres abordent fréquemment les thèmes de la mémoire, des transformations sociales et des héritages historiques. Ces démarches s’inscrivent dans des cadres artistiques contemporains tout en conservant des références fortes aux contextes nationaux et régionaux.
Les grandes institutions européennes consacrent désormais des expositions à ces scènes, contribuant à une meilleure connaissance de leurs spécificités.
L’Europe demeure un continent de musées et d’expositions. Qu’il s’agisse de collections permanentes ou d’événements temporaires, les œuvres européennes sont présentées dans des cadres institutionnels variés. Les musées d’Europe de l’Est, souvent rénovés ces dernières décennies, jouent un rôle croissant dans la mise en valeur des patrimoines nationaux.
Les expositions thématiques consacrées aux avant-gardes, aux écoles régionales ou aux périodes de transition permettent d’élargir la compréhension de l’art européen, au-delà des récits les plus connus.
L’art en Europe ne se laisse pas réduire à une lecture unique. Il s’est construit par strates successives, à travers des continuités et des réorientations profondes. L’Europe de l’Est, loin d’être un simple appendice, en constitue l’un des éléments structurants.
Approcher l’art européen aujourd’hui suppose de dépasser les hiérarchies figées et de considérer l’ensemble du continent comme un espace de création cohérent, traversé par des traditions fortes et des évolutions historiques complexes.
« Les artistes sont les antennes de la race. »
Ezra Pound
ABC de la lecture (ABC of reading), 1934, éditions Gallimard, coll. Idées/NRF, 1967, trad. Denis Roche