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Sois viril, toi, l’Européen

« Être viril, c’est être primitif », tel est le leitmotiv du féminisme institutionnel, selon lequel la virilité serait associée au machisme, c’est-à-dire à l’idée selon laquelle l’homme domine socialement la femme.

Sois viril, toi, l’Européen

À l’image d’Ulysse retrouvant Ithaque après dix années d’errance, au comble de l’infortune, il appartient au jeune Européen de retrouver son chemin, de se réapproprier cette vertu tant dévoyée qu’est la virilité. Cet essai n’est pas une tribune contre la féminité. Bien au contraire, il s’agit ici de restaurer l’ordre en chassant les prétendants de la pensée unique qui font rimer virilité avec violence et vulgarité, dans le but à peine masqué de briser le socle de notre civilisation, la famille.

« Être viril, c’est être pri­mi­tif », tel est le leit­mo­tiv du fémi­nisme ins­ti­tu­tion­nel, selon lequel la viri­li­té serait asso­ciée au machisme, c’est-à-dire à l’idée selon laquelle l’homme domine socia­le­ment la femme. Un fémi­nisme qui pro­gresse depuis son finan­ce­ment dans les années 1930 par l’industrie amé­ri­caine du tabac, allè­gre­ment sou­te­nu par les « bien-pen­sants » contem­po­rains, celui qui pro­meut l’exhibition des poi­trines pour valo­ri­ser l’image de la fémi­ni­té. Il s’agirait donc de lut­ter contre le patriar­cat qui oppres­se­rait les femmes depuis la nuit des temps.

Il est pri­mor­dial de sou­li­gner que les Anti­noos et les Eury­maques d’aujourd’hui cour­tisent la femme moderne en véhi­cu­lant ce mes­sage dans l’unique but d’affaiblir et de sou­mettre la socié­té tra­di­tion­nelle au dik­tat du mar­ché et du « pro­grès ». À défaut de vou­loir épou­ser Péné­lope, ils sou­haitent la mettre au tra­vail, pour mieux lui faire dépen­ser son salaire à grand ren­fort de publi­ci­tés pas­sion­nées. Peu importe la qua­li­té du tis­sage, du moment que la toile se vend !

Véhi­cu­ler ce mes­sage, afin d’individualiser encore un peu plus la socié­té occi­den­tale, est d’autant plus aisé qu’il est dif­fi­cile à un jeune Euro­péen contem­po­rain de défi­nir ce qu’est la viri­li­té.

Serait-ce la capa­ci­té d’un homme à col­lec­tion­ner les conquêtes char­nelles ? « J’ai fou­tu trois femmes et tiré quatre coups, dont trois avant le déjeu­ner, la qua­trième après le des­sert », se vante le roman­cier Gus­tave Flau­bert dans sa Cor­res­pon­dance per­son­nelle. Ou encore, le goût de la vio­lence, la « sacra­li­sa­tion de la force, du pou­voir, de l’appétit de conquête et de l’instinct guer­rier » (Oli­via Gaza­lé, Le mythe de la viri­li­té, un piège pour les deux sexes, Robert Laf­font, 2017) ?

Ce que le jeune Euro­péen contem­po­rain a d’autant plus de mal à entendre, c’est qu’il n’y a pas de rap­port de classe entre l’homme et la femme ; ceci est un leurre pour détour­ner l’opinion des réelles luttes sociales et une volon­té de rendre chaque être humain inter­chan­geable. Il n’y a ni supé­rio­ri­té ni éga­li­té entre les sexes, mais bien une com­plé­men­ta­ri­té natu­relle. Viri­li­té et fémi­ni­té ne s’épanouissent plei­ne­ment qu’au contact l’une de l’autre, leur expres­sion n’est pos­sible qu’ensemble. Pour com­prendre et expli­quer cela, il faut s’émanciper de la cari­ca­ture qui est faite de la viri­li­té.

La caricature, l’arme absolue de la « bien-pensance »

Cari­ca­tu­rée par le ciné­ma hol­ly­woo­dien, la socié­té spar­tiate, plus exac­te­ment la cité guer­rière de Lacé­dé­mone du VIIe au Ier siècle avant J.-C., semble conve­nir à l’image que l’on se fait de nos jours de la viri­li­té : un frustre hur­lant ne vivant que de vio­lence gra­tuite. Bien loin de ce qu’était cette cité-état hié­rar­chi­sée du Pélo­pon­nèse, dans laquelle chaque « Sem­blable » (Spartiate/homoioi) vouait un culte à la patrie, à l’esprit de sacri­fice (seul le citoyen mort au com­bat avait droit à une tombe nomi­na­tive), au sein de laquelle l’éducation était une prio­ri­té, tant pour les gar­çons (ago­gé) que pour les filles, puisque fai­sait foi l’idée selon laquelle une femme forte donne nais­sance à des enfants en bonne san­té.

Une cité dans laquelle les Sem­blables n’utilisaient ni or ni argent par sou­ci d’égalité mais payaient un impôt men­suel (orge, vin, fro­mage) pour assu­rer les repas quo­ti­diens de la com­mu­nau­té, et où le mariage était for­te­ment inci­té afin de fon­der des familles et don­ner de futurs citoyens.

Tout comme Sparte, la viri­li­té est cari­ca­tu­rée pour mieux être raillée et relé­guée au rang de l’archaïsme. Dans nos socié­tés maté­ria­listes, la viri­li­té « accep­tée » se réduit au culte du corps ou à la réus­site finan­cière, c’est-à-dire à l’aspect le plus super­fi­ciel de la nature humaine. Il est donc impor­tant que le jeune Euro­péen com­prenne ce qu’est la viri­li­té afin de retrou­ver sa place dans la cité, en se gar­dant de l’indulgence géné­ra­tion­nelle pour les futi­li­tés et les plai­sirs mal­sains, sources de désordre.

Qu’est-ce-que la virilité ?

Elle est avant tout une ver­tu phy­sique et morale, à l’origine de nom­breuses autres, mais aus­si, et sur­tout, une ver­tu fon­da­trice de la civi­li­sa­tion euro­péenne. La viri­li­té n’est en rien per­son­ni­fiée par la mus­cu­la­ture d’un man­ne­quin d’une mai­son de mode pari­sienne, mais se tra­duit par le kalos kaga­thos, le « beau et bon » des Grecs. Cet idéal antique de l’harmonie du corps (beau) et de l’esprit (bon) s’exprime éga­le­ment dans le célèbre adage de Juvé­nal : mens sana in cor­pore sano, « un esprit sain dans un corps sain ».

Le héros homérique et le modèle grec

Comme le rap­pelle Syl­vain Tes­son (Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018), le héros homé­rique pos­sède force et beau­té, puisqu’il existe un lien inal­té­rable entre la puis­sance phy­sique, la valeur morale et la beau­té des traits. « Ils ricanent bien, les Argiens aux longues cri­nières, qui pen­saient voir un cham­pion mar­cher à l’avant de ses lignes en voyant ta beau­té, toi qui n’as ni cœur ni cou­rage ! », dit Hec­tor à Pâris (Iliade, III, 39–55).

Chez Homère, la sagesse n’est pas sépa­rable de l’action et de la force. C’est ce qui cause la fin d’Achille mais le retour d’Ulysse. Cette viri­li­té, c’est le ménos homé­rique, tra­duit par Domi­nique Ven­ner comme la « force du cœur ». La viri­li­té, la vraie, celle d’Homère, celle de l’Europe, est mère de ver­tus : force, sagesse, hon­neur. C’est celle de la pai­deia grecque, de la culture de l’excellence et de la vaillance, tant sur le champ de bataille (aris­teia) que dans sa vie d’homme. « À son fils Achille, le vieux Pélée recom­man­dait de tou­jours excel­ler et de sur­pas­ser tous les autres », se sou­vient Nes­tor (Iliade, XI, 784).

Rome, la cité virile

Vir­tus, Cle­men­tia, Jus­ti­tia, Pie­tas : ces quatre termes sont gra­vés sur le bou­clier hono­ri­fique qu’Octave reçoit en 27 av. J.-C., en même temps qu’il devient impe­ra­tor sous le nom d’Auguste. Ces valeurs, piliers de la socié­té romaine, cor­res­pondent par­fai­te­ment à la tra­duc­tion de la viri­li­té, ver­tu tant morale que phy­sique. En voi­ci le texte com­plet : « Sena­tus / popu­lusque roma­nus / imp Cae­sa­ri divi F Augus­to / cos VIII dedit clu­peum / vir­tu­tis cle­men­tiae / ius­ti­tiae pie­ta­tis erga Deos / patriamque », « Le sénat et le peuple romain à l’empereur César Auguste, fils du divin consul pour la hui­tième fois, ont offert ce bou­clier pour sa vaillance, sa clé­mence, son sens de la jus­tice, son sens du devoir envers les dieux et la Patrie ».

La Vir­tus, qua­li­té propre du vir, le « mâle », est ini­tia­le­ment la qua­li­té phy­sique dont l’homme fait preuve au com­bat. Elle devien­dra, sous l’influence des stoï­ciens, une valeur éga­le­ment morale qui désigne le cou­rage pour accé­der à la sagesse.

La Pie­tas désigne à la fois la dévo­tion aux Dieux, le devoir à la famille et le sacri­fice à la com­mu­nau­té. Cette ver­tu est illus­trée par Cor­neille dans sa pièce tra­gique, Horace. C’est ce qu’Horace déclare à Curiace (Cor­neille, Horace, acte II, scène III) :

« Rome a choisi mon bras, je n’examine rien,

Avec une allégresse aussi pleine et sincère 

Que j’épousai la sœur, je combattrai le frère ;

Et pour trancher enfin ces discours superflus,

Albe vous a nommé, je ne vous connais plus. »

À ces ver­tus, est liée la Fides (dont l’équivalent grec est Pis­tis) fille de Jupi­ter, déesse de la loyau­té et de l’honneur, gar­dienne de l’intégrité et de l’honnêteté. À la fois fidé­li­té et confiance, foi dans la parole don­née, « elle garan­tis­sait les rela­tions entre indi­vi­dus, comme celles éta­blies par les liens d’hospitalité ou le mariage que la poi­gnée de main (dex­tra­rum iunc­tio) venait sanc­tion­ner. » (Gérard Frey­bur­ger, Fides, Étude séman­tique et reli­gieuse depuis les ori­gines jus­qu’à l’é­poque augus­téenne, Les Belles Lettres, 2009)

La morale stoïcienne

La viri­li­té est éga­le­ment per­son­ni­fiée par le stoï­cisme ou plus exac­te­ment par la consé­quence de la morale de Marc Aurèle ou encore d’Epictète. Elle est alors per­çue comme le déta­che­ment héroïque face à la mort, l’acceptation du sacri­fice. Celle que l’on trouve chez Cor­neille dans le per­son­nage d’Horace, qui a su tra­ver­ser les âges et qui trouve un écho dans l’histoire de l’Europe. C’est aus­si le sens de la der­nière lettre qu’Antoine de Saint-Exu­pé­ry écrit à son épouse Consue­lo avant de quit­ter New York :

« Des nuits blanches usées contre un travail que les angoisses non-épargnées rendent plus difficiles à réussir que le déplacement d’une montagne.

Je me sens tellement las.

Et je pars quand même, je ne puis supporter d’être loin de ceux qui ont faim, je ne connais qu’un moyen d’être en paix avec ma conscience et c’est de souffrir le plus possible.

Je ne pars pas pour mourir. Je pars pour souffrir et ainsi communier avec les miens.

Je ne désire pas me faire tuer, mais j’accepte bien volontiers de m’endormir ainsi. »

L’on retrouve, dans ces quelques mots de l’auteur de Cita­delle, l’esprit viril de l’Europe, ber­cé de la magna­ni­mi­té héri­tée à la fois de l’éthique de Marc Aurèle et des ensei­gne­ments bibliques qui ont façon­né notre civi­li­sa­tion à tra­vers les âges.

Le Christ et la justice virile

Sous l’impulsion des cou­rants les plus modernes de l’Église, le mes­sage du Christ a sou­vent été déna­tu­ré et tra­ves­ti. Pré­sen­té de nos jours comme le pro­phète de l’amour, sym­bole du « vivre-ensemble » actuel, com­plice zélé d’une immi­gra­tion mas­sive, le Christ est pré­sen­té avant tout comme le mes­sa­ger de la jus­tice, le sym­bole du sou­lè­ve­ment face à un pou­voir cor­rom­pu, celui du sacri­fice dans un com­bat juste.

Loin d’ouvrir ici un débat spi­ri­tuel, il est aus­si pos­sible de consi­dé­rer que Jésus de Naza­reth repré­sente le guide viril, celui qui bâtit, pro­tège et trans­met, héri­tier de l’excellence grecque et des valeurs romaines, face à la bas­sesse d’un pou­voir hégé­mo­nique. L’Évangile selon saint Mat­thieu (23 :23 et sui­vants) le pré­cise :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et vous négligez les choses les plus importantes de la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité.
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, tandis qu’au-dedans vous êtes pleins de rapines et d’intempérances.

« Pharisien aveugle, nettoie premièrement le dedans de la coupe et du plat afin que le dehors en devienne aussi net.

« Serpents, race de vipère, comment éviterez-vous le châtiment de la géhenne ! »

La chevalerie, la virilité au service de la féminité

Façon­née par l’héritage des héros gré­co-romains et pétrie de chré­tien­té, la che­va­le­rie euro­péenne repré­sente éga­le­ment l’idéal viril. Au-delà de l’héritage du mil­lé­naire médié­val (Ve au XVe s.), des pré­mices de l’Europe du pape Pie II dans son texte Euro­pa à la nais­sance des ter­roirs, en pas­sant par le déve­lop­pe­ment urbain et l’émergence d’une conscience de la civi­li­sa­tion com­mune occi­den­tale, et mal­gré sa légende noire fon­dée dès la Renais­sance, le Moyen-Âge nous laisse éga­le­ment un témoi­gnage de ce qu’est la viri­li­té euro­péenne, et dont la che­va­le­rie est l’incarnation.
Lors de son adou­be­ment, le che­va­lier pro­non­çait le ser­ment sui­vant (Léon Gau­tier, La Che­va­le­rie, Paris H. Wel­ter, 1895, p.62) :

« Tu croiras à tous les enseignements de l’Église et tu observeras ses commandements.

Tu protègeras l’Église.

Tu auras le respect de toutes les faiblesses et t’en constitueras le défenseur.

Tu aimeras le pays ou tu es né.
Tu ne fuiras jamais devant l’ennemi.
Tu feras aux infidèles une guerre sans trêve ni merci.
Tu t’acquitteras de tes devoirs féodaux, s’ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu.

Tu ne mentiras point et seras fidèle à la parole donnée.

Tu seras libéral et généreux.

Tu seras partout et toujours le champion du Droit et du Bien contre l’injustice et le Mal. »

Valeurs ances­trales d’excellence, d’honneur, de cou­rage et de jus­tice, dans une socié­té ber­cée d’amour cour­tois, dans laquelle la Femme cris­tal­lise les espoirs du Guer­rier, lui ins­pi­rant force et audace en le pro­té­geant par son amour.

La viri­li­té se retrouve donc au ser­vice de la fémi­ni­té : le che­va­lier est prêt à com­battre et périr héroï­que­ment pour sa Dame. « Qui aux dames ne porte hon­neur c’est qu’il n’a point d’honneur au cœur », telle est la leçon de Chré­tien de Troyes (Chré­tien de Troyes, Le roman de Per­ce­val).

Cette Dame ne jouait pas seule­ment un rôle « subal­terne » comme le vou­draient les pré­ju­gés contem­po­rains. En effet, jusqu’à la créa­tion de l’université de Paris au XIIIe siècle, où les clercs obtiennent le mono­pole du savoir, les femmes jouent un rôle majeur dans la trans­mis­sion et l’apprentissage, de Dhuo­da de Sep­ti­ma­nie et son Manuel pour mon fils, en pas­sant par Her­rade de Land­sberg, auteur de notre pre­mière ency­clo­pé­die et des pre­miers ouvrages de méde­cine et de sciences natu­relles d’Occident. Sans oublier les femmes de pou­voir, dont l’image porte les traits d’Aliénor d’Aquitaine et de Blanche de Cas­tille, ou encore les femmes d’action. Il suf­fit de citer la célèbre Jeanne d’Arc, qui trouve sa place au pan­théon des grands guer­riers fran­çais. Ce qu’exprime, jusqu’à nos jours, Le Cor, un chant de tra­di­tion :

« Dans le soir d’or résonne, résonne,
Dans le soir d’or résonne le cor.

C’est le cor du gai Du Guesclin,
Harcelant sans fin l’anglais qui le craint.

C’est le cor de Jeanne de Lorraine,
Qui sonne et s’égrène dans la nuit sereine.

C’est le cor du preux Bayard,
Qui dans le brouillard rallie les fuyards. »

Cette socié­té virile lais­sait plei­ne­ment place à l’expression de la fémi­ni­té. Elle trouve éga­le­ment un écho chez les gen­tils­hommes du XVIIe siècle, repré­sen­tés dans la lit­té­ra­ture par le bel­li­queux Cyra­no (Edmond Ros­tand, Cyra­no de Ber­ge­rac) :

« Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?

Un serment fait d’un peu plus près, une promesse

Plus précise, un aveu qui se veut confirmer,

Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer,

C’est un secret qui prend la bouche pour l’oreille,

Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,

Une communion ayant un goût de fleur,

Une façon d’un peu se respirer le cœur,

Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme ! »

Nous sommes loin de l’image véhi­cu­lée aujourd’hui, héri­tée de la pen­sée des « Lumières », de son mépris du pas­sé, de la tra­di­tion et de sa néga­tion de l’héroïsme, source des dérives actuelles. N’est-il donc pas temps de renouer avec l’héritage che­va­le­resque de l’Europe ?

La virilité vertueuse dans une société sans valeurs

« Il vaut mieux se mettre tout le monde à dos que de se mettre à plat ventre », expli­quait Domi­nique Ven­ner. Pour se réap­pro­prier cet esprit che­va­le­resque de viri­li­té, le jeune Euro­péen doit balayer du revers de la main les cou­rants de réflexion actuels.

Sous l’impulsion de maîtres à pen­ser comme Michel Fou­cault, consi­dé­ré comme l’auteur en sciences humaines le plus cité au monde (The Times Higher Edu­ca­tion Guide), cosi­gna­taire, à ses heures per­dues, avec Sartre, Beau­voir, Der­ri­da et d’autres, d’une péti­tion sou­hai­tant dépé­na­li­ser les rela­tions sexuelles avec les mineurs, la socié­té contem­po­raine pro­meut l’interchangeabilité de chaque être humain, la théo­rie du genre et la figure de l’« autre », doc­trines mor­ti­fères pour le modèle tra­di­tion­nel et l’équilibre de la civi­li­sa­tion euro­péenne. Il devient donc vital de res­ter, ou de rede­ve­nir, ce que nous sommes, de conser­ver notre nature et notre sta­tut d’homme et de retrou­ver notre place dans la cité et le groupe.

La virilité face à la technique

Selon Hei­deg­ger, nous sommes dans le qua­trième âge, celui de la tech­nique, ce que Den­nis Gabor tra­duit en ces termes : « Tout ce qui est tech­ni­que­ment fai­sable, pos­sible, sera fait un jour, tôt ou tard. » Une cita­tion sou­vent men­tion­née comme la « loi de Gabor ». Pour illus­trer cette pen­sée, l’on peut citer l’expérience Bio­sphère II qui eut lieu dans le désert de l’Arizona entre 1987 et 1991, avec pour objec­tif de recréer l’écosystème ter­restre de façon arti­fi­cielle.

À l’échelle de la vie quo­ti­dienne, cette volon­té de repous­ser tou­jours plus loin les limites de la nature se retrouve dans les plai­sirs mal­sains et le désordre, dans la volon­té de trans­gres­ser tou­jours un peu plus la morale, atti­tudes encou­ra­gées par l’individualisme dog­ma­tique, le libé­ra­lisme d’un Locke qui place l’être humain au-des­sus de tout, et sur­tout au-des­sus du groupe et de la nature. À l’opposé de ce qu’était l’homme grec, sym­bole de viri­li­té, qui pui­sait sa liber­té dans le droit à par­ti­ci­per à la vie publique en votant sur l’agora et en ayant sa place dans la com­mu­nau­té, signe de sa citoyen­ne­té.

Trou­vant racine au cœur de la Révo­lu­tion de 1789, de l’assassinat du roi de France et de la désa­cra­li­sa­tion de Dieu jusqu’au long pro­ces­sus de sou­mis­sion de l’Occident par la liqui­da­tion du « mâle blanc » et de l’avènement des mino­ri­tés dans les socié­tés euro­péennes contem­po­raines, la des­truc­tion de la figure du Père semble être la source de la folie actuelle et du manque de repères et de cadre qui pousse chaque être humain à se croire unique et donc « libre » d’assouvir ses moindres dési­rs au détri­ment de l’ordre de la cité. Être humain qui, à l’ère de la tech­nique, tend à deve­nir une simple banque de don­nées inter­chan­geable.

Afin d’apprendre le renon­ce­ment, gage de lon­gé­vi­té pour la civi­li­sa­tion, et de renouer avec la nature, l’homme doit assu­mer sa propre nature et sa place dans le groupe, pré­ser­ver la filia­tion.

La viri­li­té se révèle donc être la force qui per­met à l’homme de ne pas tom­ber dans la folie de ses pul­sions et de ses envies, afin de retrou­ver sa place dans le clan, de renouer avec ses racines et d’échapper au règne de la tech­nique, et demain, au trans­hu­ma­nisme.

La virilité au service de la famille et de la cité

« Table tou­jours ser­vie au pater­nel foyer, Cha­cun en a sa part et tous l’ont tout entier », évoque Vic­tor Hugo (Ce siècle avait deux ans, Les Feuilles d’au­tomne, 1831). Aujourd’hui, com­ment faire face aux ten­ta­tives tou­jours plus viles de déna­tu­rer, si ce n’est de détruire, la pater­ni­té, et de fac­to la famille, dans les mœurs contem­po­raines, à grands ren­forts de pro­créa­tion médi­ca­le­ment assis­tée (GPA) et autre ges­ta­tion pour autrui (GPA) ?

En effet, le pater fami­lias reste le maillon à abattre par la « bien-pen­sance » car il reste le sym­bole de la viri­li­té, de la viri­li­té phy­sique, intel­lec­tuelle et morale, plus encore, le pilier de la famille, le refuge de la résis­tance dans une socié­té occi­den­tale à bout de souffle, subis­sant la déli­ques­cence idéo­lo­gique de ses élites et l’oppression gran­dis­sante de l’afflux mas­sif de popu­la­tions exté­rieures dans un com­bat démo­gra­phique qui s’avère déses­pé­ré. Face à l’individualisme, au nihi­lisme, au liber­ta­risme et au Big Data géné­ra­li­sé, le père de famille est le sym­bole de l’identité, de l’inscription dans une lignée et de la trans­mis­sion d’un héri­tage iden­ti­taire et idéo­lo­gique ; il est res­pon­sable de la lon­gé­vi­té de son sang et de son his­toire.

Le père repré­sente l’autorité légi­time. À lui d’être l’éducateur et l’exemple, afin de cana­li­ser les pul­sions de l’enfant et de l’éduquer selon un idéal impo­sant la droi­ture, l’excellence, le kalos kaga­thos. C’est le moment de citer le célèbre poème pro­gram­ma­tique de Rudyard Kipling :

« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties sans un geste et sans un soupir.

Si tu peux être un amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, pourtant lutter et te défendre.

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles sans mentir toi-même d’un mot.

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi.

Si tu sais méditer, observer et connaître sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, 

Penser sans n’être qu’un penseur.

Si tu peux être dur sans jamais être en rage.
Si tu peux être brave mais jamais imprudent.

Si tu sais être bon, si tu sais être sage, sans jamais être moral ni pédant.

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front.

Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront.

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire seront à tout jamais tes esclaves soumis.

Et ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,

Tu seras un homme mon fils. »

Le père, et le mari, est aus­si et sur­tout le pro­tec­teur. Le rem­part face aux dérives les plus sombres d’une socié­té déca­dente qui pro­meut, entre autres, la sexua­li­sa­tion de l’enfant et qui laisse ses tra­di­tions civi­li­sa­tion­nelles se faire bafouer par des doc­trines archaïques, avi­lis­sant en pre­mier lieu la femme.

La viri­li­té, ver­tu euro­péenne façon­née par notre his­toire, ne s’exprime que lorsque la fémi­ni­té rayonne ! Rap­pe­lons-nous la leçon d’Héraclite : « La nature aime les contraires, c’est ain­si qu’elle pro­duit l’harmonie. »

Être viril, pour l’Européen éga­ré au royaume de la fal­si­fi­ca­tion, de l’artificialité, de la vul­ga­ri­té et de la lai­deur, c’est pos­sé­der l’arme qui lui ser­vi­ra à demeu­rer homme, à défendre sa civi­li­sa­tion, sa terre, sa famille et son héri­tage.