Bocage et falaises : la belle lumière du Cotentin

Bocage et falaises : la belle lumière du Cotentin

Bocage et falaises : la belle lumière du Cotentin

« C’est nous que l’on entend le long de la presqu’île
Son­nant sur vos hameaux la trom­pette d’Heimdal !
Voix du sang ! voix du sol ! par­tout notre mémoire
Comme un grand Hague-Dick vous enclôt, vous étreint. »
Louis Beuve, « Toast viking », in Œuvres choi­sies, 1930

« En véri­té, sem­blables au soleil, nous vou­lons que le sur­hu­main vive.
Que ceci soit au grand Midi notre volon­té der­nière. »
Épi­taphe de la tombe de l’écrivain nor­mand Jean Mabire

Pays : France.
Région : Normandie, Cotentin.
Thématique générale du parcours : Randonnée entre bocage et falaises.
Mode de déplacement : A pied.
Durée du parcours : 4 heures.
Difficulté du parcours : Accessible en famille. Passages glissants après la pluie.
Période possible : Toutes saisons ; éviter le sentier côtier par grand vent ou tempête.

Présentation géographique

Au nord du Coten­tin, la Hague est une échine gra­ni­tique dont les falaises dominent la Manche. De petits fleuves côtiers ont créé des rias qui ont été autant de points d’eau douce recher­chés des marins. Du cap de la Hague à Cher­bourg, de rares petits ports, tels Omon­ville-la-Rogue ou Port-Racine, offrent encore un abri bien­ve­nu aux barques de pêcheurs et aux plai­san­ciers. Tout autant tour­née vers l’intérieur, cette pointe du Coten­tin est une terre boca­gère, vouée à l’élevage bovin. La construc­tion de l’usine de retrai­te­ment des déchets nucléaires de la Hague et celle de la cen­trale de Fla­man­ville ont bous­cu­lé l’économie rus­tique de la région.

Sur le sentier des douaniers
Le Hâble, port d'Omonville-la-Rogue
Le pigeonnier du manoir du Tourp

Cadre historique et culturel

Les sites par­cou­rus se situent en par­tie à l’intérieur du Hague Dike, for­ti­fi­ca­tion de terre qui ferme la pointe de la Hague. Le Hague Dike a été éle­vé en deux temps : d’abord à l’âge du bronze, puis « ren­for­cé et agran­di au IXe siècle pro­ba­ble­ment par les Vikings qui lui ont don­né une struc­ture proche de celles des grands camps danois. Des traces d’habitations médié­vales des XIVe, XVIe siècles ont été retrou­vées appuyées sur son bord inté­rieur » (Direc­tion régio­nale des affaires cultu­relles de Caen). Cet épe­ron bar­ré pro­té­geait des inva­sions venues de l’intérieur. Il en sub­siste des traces sous la forme de talus boi­sés (carte IGN, au N de Beau­mont-Hague). La val­lée de la Sabine étant suf­fi­sam­ment encais­sée pour ser­vir de fos­sé natu­rel, la levée pro­pre­ment dite ne se ver­ra pas lors de cette ran­don­née.

Le port d’Omonville-la-Rogue se situe sur la voie romaine reliant Port­bail et Corial­lo, cité antique dont la loca­li­sa­tion n’est pas cer­taine, puis à Valognes. Ce port, acces­sible même à marée basse, fut un refuge pour cor­saires et contre­ban­diers.

Poterie traditionnelle coiffant le toit
Un hêtre dans un chemin creux - qui fut une voie romaine
La ferme-manoir du Tourp
Jean-François Millet, La Ferme du Tourp
La Vallace traverse Omonville
La croix du Tourp

Au Moyen Âge, le Coten­tin est suc­ces­si­ve­ment la proie des Vikings nor­vé­giens puis des Anglo-saxons, avant de tom­ber dans l’escarcelle du duc de Nor­man­die, Guillaume le Conqué­rant. Après la guerre de Cent ans, la paix apporte la pros­pé­ri­té : s’édifient alors nombre de fermes-manoirs.

Le peintre Jean-Fran­çois Millet (1814–1875) est né à Gru­chy, dans le modeste hameau de Gré­ville. Après avoir tra­vaillé à la ferme tout en béné­fi­ciant d’un fond de culture clas­sique, il est envoyé à 20 ans à Cher­bourg pour y apprendre le métier de peintre. En 1837, il rejoint Paris et l’école des Beaux-Arts, qu’il quitte en 1839. Il alterne de longs séjours entre le Coten­tin et Bar­bi­zon ; s’il devient le chef de file de l’école dite « de Bar­bi­zon » et si ses tableaux les plus connus sont des évo­ca­tions de la vie pay­sanne fran­ci­lienne (Le Semeur, Des Gla­neuses, L’Angélus), il a aus­si peint des marines et des pay­sages coten­ti­nois à la « belle lumière » : La mer près de Gru­chy, Le bout du vil­lage, etc. Peintre « réa­liste », Jean-Fran­çois Millet est aus­si un témoin pri­vi­lé­gié de l’âme nor­mande, qui a su cap­ter la beau­té du geste simple, l’ancrage du pay­san dans sa terre, l’harmonie entre l’homme et la nature.

Description de l’itinéraire

Le cir­cuit démarre dans le bourg d’Omonville-la-Rogue, au nord du Coten­tin. Lais­sez votre véhi­cule sur le par­king du port du Hâble. Le sen­tier (bali­sé « les sen­tiers de la Hague, cir­cuit 2 ») démarre der­rière l’école de voile et la mai­son du canot de sau­ve­tage. Il longe la Val­lace, un petit fleuve côtier, puis il tra­verse le vil­lage. De nom­breuses mai­sons portent, sur leur toit, les pote­ries tra­di­tion­nelles de la région. Lais­sez l’église (XIIIe-XVIIe siècles) à main droite. Remon­tez la route prin­ci­pale (D45) sur envi­ron 400 m, pour prendre un che­min à droite ; res­tez sur le che­min du haut – l’ancienne voie romaine –, ne des­cen­dez pas vers la Val­lace, mais sui­vez le bali­sage entre bois de hêtres et pâtures. Le cours d’eau a ali­men­té jusqu’à cinq mou­lins à grain, et per­met­tait aus­si de rouir le lin et le chanvre. Les ruines des mou­lins ne sont guère visibles dans les ron­ciers. Le sen­tier rejoint la D45 au car­re­four de la croix du Tourp ou croix « des trente Anglais », belle croix de che­min sous son chêne. Le manoir du Tourp est une ancienne ferme sei­gneu­riale typique de la Manche. For­ti­fié sous Louis XIII, il date dans sa forme actuelle du XVIIe siècle. L’activité agri­cole a ces­sé en 1994 et les bâti­ments ont été res­tau­rés et trans­for­més en centre cultu­rel.

Après votre visite, conti­nuez sur le che­min agri­cole, tra­ver­sez le ruis­seau de l’Épine et remon­tez vers la Mai­son d’Éculleville, demeure sei­gneu­riale du XVIIIe siècle, dont on aper­çoit les toits. Après avoir tra­ver­sé le vil­lage d’Éculleville, entrez dans l’enclos du cime­tière qui entoure la petite église (XVe siècle). C’est là que reposent l’écrivain nor­mand Jean Mabire (1927–2006), son épouse Jean­nine et leur fils cadet Nor­dhal.

Le sen­tier redes­cend jusqu’au ruis­seau de la Sabine où tour­naient quatre mou­lins. La Sabine for­mait une pro­tec­tion natu­relle dans le pro­lon­ge­ment du talus du Hague Dike. Vous rejoi­gnez ain­si le Hameau les Ducs (mai­sons anciennes), puis, après un kilo­mètre d’une petite route, le Hameau Gru­chy. Vous y êtes accueillis par un buste du peintre Jean-Fran­çois Millet (1814 – 1875), né dans une modeste mai­son du hameau trans­for­mée en musée. Hors sai­son, il se dégage un charme cer­tain du site. Le sen­tier des­cend vers le GR223. Atten­tion, la des­cente est raide et sou­vent glis­sante. Le sen­tier de doua­niers longe le lit­to­ral, les seules remon­tées pos­sibles se situent au droit du Hameau les Ducs et au fond de la baie de la Quer­vière. Vous remar­que­rez ici ou là les ruines de gabions, petits abris de 2 m sur 1,5 m, qui ser­vaient d’abri aux doua­niers. Le Mur Blanc est un amer qui a été construit en 1887 pour ser­vir de repère aux marins. Juste avant la petite plage de la Quer­vière, il est pos­sible d’accéder à une crique de galets abri­tée du vent. Les ruines de la ferme de la Coten­tine ont été bien déga­gées et des pan­neaux expliquent son his­toire. Elle est men­tion­née sur la carte de Cas­si­ni, au milieu du XVIIIe siècle, mais son exis­tence est sans doute anté­rieure, dans la mesure où elle est proche du manoir du Tourp. Mise à mal pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, elle est res­tée à l’abandon.

Le fort d’Omonville, qui domine la falaise, est une pro­prié­té pri­vée. Construit en 1520, il fut aban­don­né puis recons­truit au XIXe siècle. Il ser­vit de sta­tion d’écoute pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale.

Le GR vous ramène au port du Hâble.

Cimetière d'Eculleville, la tombe de Jean Mabire
L'église d'Eculleville
Jean-François Millet, Le bout du hameau de Gruchy, 1866 (Musée des beaux-arts de Boston)
Gruchy, buste de Jean-François Millet
L'église d'Omonville
Jean-François Millet, Bateau de pêche, 1871 (Musée des beaux-arts de Boston)

Activités connexes

Mai­son natale de Jean-Fran­çois Millet, à Gru­chy : musees-normandie.fr

Le GR 223, « sen­tier des doua­niers » ou « sen­tier du lit­to­ral », est à par­cou­rir dans son inté­gra­li­té (446 km), ou du moins entre Urville-Naque­ville et le nez de Jobourg.

À Cher­bourg, visi­tez la Cité de la mer, aqua­riums et musée mari­time : citedelamer.com

Cartographie

IGN 1110 E au 1:25.000 (cer­taines infor­ma­tions de l’édition révi­sée en 1988 sont péri­mées)

Bibliographie

  • Jean Mabire, Pêcheurs du Coten­tin, éd. Heim­dal, Bayeux, 1975
  • Jean Mabire, Des poètes nor­mands et de l’héritage nor­dique, Edi­tions AntéE, 2003
  • Le Hague Dike : beaumonthague.fr (PDF)
  • Une bio­gra­phie de Jean-Fran­çois Millet : atelier-millet.fr

Accès et données GPS

À Beau­mont-Hague (18 km à l’ouest de Cher­bourg), prendre la D45E1, puis la D45 vers Omon­ville-la-Rogue ; tra­ver­ser le vil­lage jusqu’au port du Hâble (par­king).

Matériel spécifique, équipement

Chaus­sures de ran­don­née légères, carte. Les télé­phones por­tables ne passent pas tou­jours ; si vous êtes seul, pre­nez un sif­flet et ne vous aven­tu­rez pas dans les rochers.

Art de vivre

En sai­son, fruits de mer et toute l’année, pois­sons et pro­duits fer­miers locaux.

Liens

Le manoir du Tourp (espace cultu­rel, spec­tacles, hôtel­le­rie, res­tau­ra­tion) : letourp.com

Année où cet itinéraire a été parcouru

Sep­tembre 2017.