Accueil | ABC | Lettre B

Lettre B

Autour de la lettre B, recueil de citations de Thomas Jefferson, Socrate, Dominique Venner, Sylvain Tesson, Andrea Palladio, Michel Tournier, Friedrich Nietzsche, Philippe Muray, Diogène Laërce…

Lettre B

Banque

Je crois que les ins­ti­tu­tions ban­caires sont plus dan­ge­reuses pour nos liber­tés que des armées prêtes au com­bat.”

Tho­mas Jef­fer­son, troi­sième pré­sident des Etats-Unis, cité par Her­vé Juvin

Le ren­ver­se­ment du monde – Poli­tique de la crise, Gal­li­mard, 2010

Beauté

Si quelqu’un vient me dire ce qui fait qu’une chose est belle, ou la viva­ci­té des cou­leurs, ou ses formes et d’autres choses sem­blables, je laisse là toutes ces rai­sons, qui ne font que me trou­bler, et je m’assure moi-même sans façon et sans art et peut-être trop sim­ple­ment, que rien ne la rend belle que la pré­sence ou la com­mu­ni­ca­tion de la beau­té pre­mière, de quelque manière que cette com­mu­ni­ca­tion se fasse, car là-des­sus je n’affirme rien, sinon que toutes les belles choses sont belles par la pré­sence de la beau­té.”

Socrate selon Pla­ton

Phé­don, 100c-100d, IVe siècle av. notre ère

Beauté

La beau­té n’est pas affaire d’argent ni de consom­ma­tion. Elle réside en tout et sur­tout dans les petits détails de la vie. Elle est offerte gra­tui­te­ment par la nature : poé­sie des nuages dans un ciel léger, cré­pi­te­ment de la pluie sur une toile de tente, nuits étoi­lées, cou­chers de soleil, pre­miers flo­cons de neige, pre­mières fleurs du jar­din, cou­leurs de la forêt….”

Domi­nique Ven­ner

Un samou­raï d’Occident — Le Bré­viaire des insou­mis, Pierre-Guillaume de Roux, 2013

Beauté

La beau­té est cette voûte sous laquelle il fait bon se tapir pour oublier le reste.”

Syl­vain Tes­son

Géo­gra­phie de l’instant, Edi­tion des Equa­teurs, 2012

Beauté

(Elle) est l’harmonie de toutes les par­ties sous quelque forme qu’elle appa­raisse, en ver­tu d’une pro­por­tion et d’une cor­res­pon­dance telles que rien ne puisse être ajou­té, retran­ché ou modi­fié sans qu’en souffre l’ensemble.”

Andrea Pal­la­dio, maître ita­lien de la Renais­sance

Les quatre livres de l’architecture, cité par Syl­vain Tes­son dans Géo­gra­phie de l’instant, Edi­tion des Equa­teurs, 2012

Beauté

La beau­té est la chose au monde la plus répan­due, mais notre regard asser­vi aux besoins quo­ti­diens ne la voit pas.”

Michel Tour­nier

Le vent Para­clet, Gal­li­mard, 1978

Beauté

La beau­té d’une race, d’une famille, sa grâce, sa per­fec­tion dans tous les gestes est acquise péni­ble­ment : elle est comme le génie, le résul­tat du tra­vail accu­mu­lé des géné­ra­tions. Il faut avoir fait de grands sacri­fices au bon goût, il faut à cause de lui avoir fait et aban­don­né bien des choses ; le dix-sep­tième siècle, en France, mérite d’être admi­ré sous ce rap­port, — on avait alors un prin­cipe d’élection pour la socié­té, le milieu, le vête­ment, les satis­fac­tions sexuelles ; il fal­lut pré­fé­rer la beau­té à l’utilité, à l’habitude, à l’opinion, à la paresse. Règle supé­rieure : on ne doit pas « se lais­ser aller » même devant soi-même.”

Frie­drich Nietzsche

Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

Beauté

Le héros était l’i­déal du Grec. Peut-on dire qu’il est sublime ? Achille est beau. Les héros, comme les dieux grecs sont beaux. Les meilleurs des Grecs sont beaux. Le sublime, me semble-t-il, appar­tient au chris­tia­nisme. Une église est sublime parce qu’elle tend vers l’in­fi­ni, comme l’i­déal chré­tien de la sain­te­té qui se réa­lise dans l’au-delà. Alors que le temple grec est beau parce que le dieu est là. Le temple est la demeure du dieu où son rayon­ne­ment se res­sent.”

Mar­cel Conche

Epi­cure en Cor­rèze, Stock, 2014

Berceau

Mais ici est mon ber­ceau ; ici est la sépul­ture de tous mes dis­pa­rus, sereins à l’ombre des croix celtes, de pierre mas­sive et lourde de signi­fi­ca­tion. C’est ici que je dois reve­nir tou­jours, fille pro­digue aux semelles légères.”

Clau­dine Vin­ce­not

Confi­dences des deux rivages, édi­tions Anne Car­rière, 1999

Besoin

La vraie opu­lence, c’est le manque de besoin.”

Hen­ri Vin­ce­not

La pie saoule, édi­tions Denoël, 1956

Bien

Notre temps est si ron­gé de bonnes inten­tions, si dési­reux de faire le bien qu’il voit le mal par­tout.”

Phi­lippe Muray

Après l’Histoire, Gal­li­mard, 2007

Bivouac

C’est que le bivouac dérange l’Etat car il est une manière de ne jamais être là où celui-ci nous attend.”

Syl­vain Tes­son

Petit trai­té sur l’immensité du monde, édi­tions des Equa­teurs, 2005

Bonheur

Le sou­ve­rain bien est le bon­heur ou « euthy­mie », très dif­fé­rent du plai­sir, contrai­re­ment à ce qu’ont cru ceux qui l’ont mal com­pris, atti­tude dans laquelle l’âme est en repos et calme, et ne se laisse trou­bler par aucune crainte, super­sti­tion, ou affec­tion.”

Dio­gène Laërce

Vie et doc­trine des phi­lo­sophes illustres, IIIe siècle de notre ère

Bonheur

Nous ne lut­tons pas pour que le peuple devienne heu­reux. Nous lut­tons pour lui impo­ser une des­ti­née.”

Ernst von Salo­mon

Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1931

Bonheur

L’homme cherche sa propre den­si­té et non pas son bon­heur.”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry

Cita­delle, 1948

Bonheur

Nous avions soif d’éclairs et d’actions, nous res­tions bien loin du bon­heur des débiles, bien loin de la « rési­gna­tion »… Notre atmo­sphère était char­gée d’orage, la nature que nous sommes s’obscurcissait – car nous n’avions pas de che­min. Voi­ci la for­mule de notre bon­heur : un oui, un non, une ligne droite, un but…”

Frie­drich Nietzsche

L’Antéchrist, 1895

Bonheur

Le bon­heur c’est d’être pré­sent à ce que l’on fait.”

Alexandre Pous­sin et Syl­vain Tes­son

La marche dans le ciel, édi­tions Robert Laf­font, 1998

Bonheur

Le bon­heur est un état bien plus noble que la souf­france : quand l’humanité avait une cer­velle saine, les dieux qu’elle créa, elle les fit heu­reux.”

Hen­ry de Mon­ther­lant, cité par Alain de Benoist

Ce que pen­ser veut dire, édi­tions du Rocher, 2017

Bons guerriers

Ain­si, quand sur le champ de bataille, la trom­pette appelle à l’assaut, les bons guer­riers dans leur ago­nie s’arrachent encore au sol où ils gisent.”

Ernst Jün­ger

Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Boréens

Tous les bustes « clas­siques » semblent reprendre les mêmes traits et donnent aux gale­ries des musées une atmo­sphère de réunion de famille. Tous ces hommes sont dif­fé­rents. Et pour­tant ils appa­raissent tous parents. Les rois aux por­tiques des cathé­drales gothiques res­semblent trait pour trait aux guer­riers et aux ath­lètes de l’éternelle Hel­lade. Qui a voya­gé dans les pays nor­diques a sou­dain retrou­vé, en regar­dant jouer les enfants, le sou­rire de l’ange de Reims. Par­fois même au détour d’un sen­tier, sur un che­min brû­lé de soleil, dans un décor d’oliviers tour­men­tés et de caillasses blan­châtres, resur­git du fond des âges un lumi­neux visage d’Atlante ou de Van­dale.”

Jean Mabire

Thu­lé, le soleil retrou­vé des hyper­bo­réens, Robert Laf­font, 1978

Bourgeois

Aris­to­crates et pay­sans accep­taient que leurs fils allassent à la mort. Le bour­geois, lui, « planque » ses enfants car le cou­rage ou l’obéissance héroïque ne sont pas son lot. Pour l’aristocrate : « Si mon fils est un lâche, mon nom est souillé ». Et pour le pay­san : « Si je ne défends pas ma terre, l’ennemi l’annexera ». Pour le bour­geois : « Si mon fils est tué, qui héri­te­ra de mon or et qui pren­dra la suc­ces­sion de mon com­merce ? »”

Jean Cau

Les écu­ries de l’Occident, La Table Ronde, 1973

Bourgeois

Celui qui recherche un maxi­mum d’approbation pour un mini­mum de risques.”

Mon­ther­lant, selon Hen­ri Vin­ce­not

Rem­part de la Misé­ri­corde, édi­tions Anne Car­rière, 1998

Bourgeois

Le bour­geois ne pré­tend pas que les choses aillent bien ; tout ce qu’il affirme, c’est qu’elles ne peuvent aller mieux.”

Emma­nuel Berl

Mort de la pen­sée bour­geoise, 1929

Bourgeoisie

Le sublime est mort dans la bour­geoi­sie et celle-ci est donc condam­née à ne plus avoir de morale.”

Georges Sorel

Réflexions sur la vio­lence, 1908

Bourgeoisisme

Le bour­geoi­sisme, qui s’oppose à l’esprit popu­laire comme à l’esprit aris­to­cra­tique, domine la socié­té mar­chande et la civi­li­sa­tion occi­den­tale : morale de l’intérêt, recherche indi­vi­dua­liste du bien-être immé­diat, réduc­tion du lignage à l’héritage maté­riel, esprit de cal­cul, concep­tion négo­ciante de l’existence, igno­rance du don, pré­ser­va­tion par­ci­mo­nieuse de la vie, refus du risque et de l’aléa, esprit d’entreprise limi­té à l’accroissement de richesse, désir de sécu­ri­té, ten­dances cos­mo­po­lites, indif­fé­rence aux attaches, aux enra­ci­ne­ments et aux soli­da­ri­tés avec son propre peuple, déta­che­ment envers tout sen­ti­ment reli­gieux de nature col­lec­tive ou gra­tuite, igno­rance com­plète du sacré.

Le petit-bour­geois moderne, figure domi­nante de la socié­té actuelle, appa­raît « bran­ché » mais tra­hit un extra­or­di­naire confor­misme. Il est à la fois la cible et l’acteur prin­ci­pal de l’ahurissement intel­lec­tuel et des dis­po­si­tifs idéo­lo­giques de mise-au-pas régen­tés par le soft-tota­li­ta­risme d’aujourd’hui.”

Guillaume Faye

Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­feste de la Résis­tance euro­péenne, L’AEncre, 2001

Boussole

La tra­di­tion […] n’est pas le pas­sé. C’est même ce qui ne passe pas. Elle nous vient du plus loin, mais elle est tou­jours actuelle. Elle est notre bous­sole inté­rieure, l’étalon des normes qui nous conviennent et qui ont sur­vé­cu à tout ce qui a été fait pour nous chan­ger.”

Domi­nique Ven­ner

Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Brame (du cerf)

Le cycle mys­té­rieux de la chute et du refait sai­son­nier de ses bois l’assimile à l’arbre de vie. La sève qui nour­rit sa ramure sur­git des mêmes sources que la semence inépui­sable dont il inonde le ventre des biches à la sai­son du brame. Dans le refait de ses bois, dans l’ivresse du rut et dans le com­bat contre ses rivaux, il est la fécon­di­té incar­née, l’image vivante de la per­pé­tuelle regé­né­ra­tion de la nature. Depuis les temps les plus recu­lés, sa majes­té, sa ramure et sa fer­ti­li­té ont acquis un pou­voir sans égal sur l’imagination des hommes.”

Domi­nique Ven­ner

Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, Plon, 2006

Bulle protectrice

Un demi-siècle après la fin de la Seconde Guerre mon­diale, les Euro­péens de l’Ouest, les Amé­ri­cains du Nord et quelques autres pri­vi­lé­giés, ici et là dans le monde, vivent pro­vi­soi­re­ment comme abri­tés dans une bulle de bien-être, tan­dis qu’alentour le reste de l’univers est sou­mis à la vio­lence, à la pré­ca­ri­té, à la faim … Durant leur longue exis­tence natio­nale, les Fran­çais ont sou­vent béné­fi­cié de cette sorte de « bulle » pro­tec­trice. Leur posi­tion géo­gra­phique, à l’extrémité occi­den­tale de la pénin­sule eur­asia­tique, a joué en leur faveur comme la mer pour les Anglais ou l’Océan pour les Euro-Amé­ri­cains depuis le XVIIe siècle. Après les conquêtes vikings, la France n’a plus connu la menace d’une inva­sion, ce qui est bien autre chose qu’une guerre dynas­tique, un conflit de bor­nage fron­ta­lier ou une petite guerre autour d’une ville qu’on se dis­pute entre voi­sins. Pen­dant plus de mille ans, les vraies fron­tières de la France furent défen­dues par d’autres sur l’Ebre, l’Oder ou le Danube. La France n’avait pas à se sou­cier de mon­ter la garde face au « désert des Tar­tares ». Ses rois avaient la lati­tude d’adresser des sou­rires au Sul­tan dans le dos des che­va­liers polo­nais ou autri­chiens qui tenaient la menace otto­mane éloi­gnée de Paris. Loin des Sar­ra­sins, des Mon­gols ou des Turcs, dans leur jar­din abri­té et soi­gneu­se­ment des­si­né, les Fran­çais purent culti­ver à loi­sir cet art de vivre unique en son genre, déli­cat, aimable et froid, ces jeux de l’esprit ordon­nés autour du scep­ti­cisme, de l’ironie et de la rai­son, dont ils se sont tant fait gloire.”

Domi­nique Ven­ner

Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

But

Le but ne jus­ti­fie peut-être rien, mais l’action délivre de la mort. Les hommes duraient par leur navire.”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry

Vol de nuit, 1931