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Lettre A

Autour de la lettre A, recueil de citations de Ernst Jünger, Héraclite, Napoléon Bonaparte, Homère, Oswald Spengler, Erik L’Homme, Ernst von Salomon, Jean Mabire, Alain Daniélou, Alain de Benoist, Karen Blixen, Louis Pauwels…

Lettre A

A genoux

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.”

Étienne de La Boé­tie

Dis­cours de la ser­vi­tude volon­taire, 1549

Abîme

Un abîme nous sépare de ceux qui se battent pour un bien-être maté­riel.”

Ernst Jün­ger

Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, Payot, 1932

Absents

Ils entendent sans com­prendre et sont sem­blables à des sourds. Le pro­verbe s’applique à eux : pré­sents ils sont absents.”

Héra­clite

fr.34, 576–480 av. notre ère

Abstractions

L’ha­bi­tude des faits les plus vio­lents use moins le cœur que les abs­trac­tions : les mili­taires valent mieux que les avo­cats.”

Napo­léon Bona­parte

Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

Achille

Déesse, chante-nous la colère d’A­chille, de ce fils de Pélée, colère détes­table, qui valut aux Argiens d’in­nom­brables mal­heurs et jeta dans l’Ha­dès tant d’âmes de héros, livrant leurs corps en proie aux oiseaux comme aux chiens : ain­si s’ac­com­plis­sait la volon­té de Zeus. Com­mence à la que­relle où deux preux s’af­fron­tèrent : l’A­tride, chef de peuple, et le divin Achille.”

Homère

Iliade, Chant I, invo­ca­tion, vers 800–725 avant notre ère

Acte

Tout acte modi­fie l’âme de celui qui agit.”

Oswald Spen­gler

Ecrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques, Pen­sées, édi­tions Coper­nic, 1980

Actes

Il arrive un moment où il ne sert à rien de par­ler. Seuls comptent alors les actes. Ces actes parlent pour toi.”

Erik L’Homme

Les Maîtres des Bri­sants, T1 Chien-de-la-lune, Gal­li­mard jeu­nesse, 2004

Action

Par l’action, on devient autre. On s’arrache à soi. On se change en chan­geant le monde.”

Ernst von Salo­mon, cité par Roger Sté­phane

Por­trait de l’aventurier, Gras­set, 2005

Action

Au début était l’action.”

Johann Wolf­gang von Goethe

Faust pri­mi­tif (ou pre­mier Faust), 1808

Action violente

Aucune action vio­lente n’est pos­sible si elle n’est pré­cé­dée d’une intense cam­pagne d’explication. Les esprits doivent être déjà gagnés à la cause, sans même s’en rendre compte, quand sur­git, au grand jour, l’opportunité.”

Jean Mabire

Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

Actions de grâce

Une vie qui n’est pas un rite per­pé­tuel d’actions de grâce n’est pas une vie réus­sie.”

Alain Danié­lou

Les Contes du Laby­rinthe, 1988

Activité humaine

C’est dans la pra­tique qu’il faut que l’homme prouve sa véri­té, c’est-à-dire la réa­li­té et la puis­sance de sa pen­sée.”

Karl Marx

Thèses sur Feuer­bach, 1845

Adolescence

Il y a tou­jours une part de notre ado­les­cence à laquelle nous ne sur­vi­vons pas.”

Alain de Benoist

Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

Afrique

Les Afri­cains ne connaissent qu’un seul moyen pour réta­blir l’é­qui­libre infi­ni­ment chan­geant des cir­cons­tances. Il faut concé­der une répa­ra­tion. Comme l’eau qui afflue là où le niveau a bais­sé, ils cherchent à com­bler les trous creu­sés par le des­tin, et les motifs d’un acte ne les inté­ressent qua­si­ment pas. Si quel­qu’un sur­prend son enne­mi en pleine nuit et lui tranche la gorge, ou si on écrase un pas­sant impru­dent en abat­tant un arbre, les consé­quences sont les mêmes. La socié­té a subi un pré­ju­dice qu’il faut répa­rer le mieux pos­sible. L’A­fri­cain ne se sou­cie pas de la ques­tion de res­pon­sa­bi­li­té ou d’in­té­rêt, soit qu’il consi­dère que cela ris­que­rait de se révé­ler une tâche inter­mi­nable, soit parce qu’il juge que cela ne le concerne pas. En revanche, il se plonge dans des cal­culs com­plexes pour déter­mi­ner com­ment un crime ou un acci­dent sera répa­ré par un tel nombre de chèvres ou de mou­tons.”

Karen Blixen

La ferme afri­caine, 1937

Agir

Toute action est objet de doute. Et cepen­dant, tu es là pour agir. Tu as été mis au monde pour ce com­bat. Com­bats donc, puis­qu’il le faut ! Mais garde les mains blanches. Gagne, mais sois indif­fé­rent à la vic­toire. Agis, mais sans t’ar­ra­cher aux fruits de l’ac­tion. Plon­gé dans ce bruit et cette fureur, mais avec une part de toi hors de ce monde, dans la séré­ni­té. Agis, déta­ché de l’ac­tion, en chef de guerre et roi de paix.”

Louis Pau­wels

Com­ment devient-on ce que l’on est ?, Stock, 1978

Agitation

L’agitation des vents pré­serve les eaux du lac de crou­pir.”

Frie­drich Hegel, cité par Eric Bran­ca

3 000 ans d’idées poli­tiques, Chro­nique édi­tions, 2014

Aïeux

Non seule­ment la démo­cra­tie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses des­cen­dants.”

Alexis de Toc­que­ville

De la démo­cra­tie en Amé­rique, 1835

Aller (de l’avant)

Redou­ter l’échec, c’est redou­ter le ridi­cule, il n’y a rien de plus mes­quin. Aller de l’avant – c’est jus­te­ment ne pas craindre de deve­nir la risée de ses sem­blables.”

Emil Cio­ran

Cahiers, 1957–1972

Alpinisme

Je pour­suis un autre che­min, en alti­tude, ma mys­tique s’émerveille des vrais chefs d’œuvre et s’étonne de pou­voir regar­der, entendre, sen­tir la nature. Vous avez lais­sé votre intel­li­gence, ce tyran stu­pide, tirer un épais rideau devant vos yeux, vous ne pou­vez donc pas voir que vous êtes entou­rés de vraies mer­veilles. Vous avez lais­sé cette com­pagne impor­tune dire quelques mots futiles au sujet des mys­tères du monde, vous croyez donc en être arri­vés à domi­ner tout mys­tère, vous croyez les avoir réso­lus scien­ti­fi­que­ment, selon des lois et vous êtes fiers, espèces de fous, de ne plus vous éton­ner de rien. Vous ne pres­sen­tez même pas que vous pos­sé­dez les clefs qui vous per­met­tront de déchif­frer ces mil­lions de runes, les plus fines impres­sions, les mil­liers de sen­ti­ments dif­fé­rents de votre cœur. Si vous vous entraî­nez à retrou­ver sans cesse ce pou­voir d’émerveillement, à obéir en vous aux impres­sions les plus légères et les plus nuan­cées, à ampli­fier les sons, comme si vous aviez un micro­phone, et à vous éle­ver de l’obscurité à la lumière, — alors vous par­vien­drez à l’âme des choses et vous pour­rez écou­ter la parole de Dieu. Mais tous les concepts géné­raux, tout le pauvre voca­bu­laire avec lequel l’intelligence humaine bor­née croit appré­hen­der l’inépuisable uni­vers, vous devez les fou­ler au pied avec mépris. Chaque vision, chaque vue dif­fé­rente de la mon­tagne, chaque petite plante, chaque coup d’aile du chou­cas, chaque regard humain, le silence sacré de ce lever de soleil sur le col du Mönch, vous devez les res­sen­tir comme quelque chose d’unique, comme quelque chose qui n’a jamais exis­té aupa­ra­vant, comme un miracle inouï, et vous lais­ser impré­gner de leurs par­ti­cu­la­ri­tés. Alors votre vie ne sera plus qu’une chaîne de révé­la­tions et vous vous serez méta­mor­pho­sés en enfants naïfs, en dieux grecs.

De nou­veau un autre monde, atten­du avec curio­si­té. Nous n’avons pas la sur­prise de décou­vrir des hori­zons loin­tains ; nous sommes au contraire à l’entrée du petit jar­din enchan­té de Lau­rin. […]

Voi­là ce que j’ai trou­vé pour la pre­mière fois dans la mon­tagne et ce que je cherche désor­mais en connais­sance de cause : l’unité infi­nie et l’harmonie des forces et des élé­ments de la nature, tout comme l’harmonie des forces, des pul­sions, des sen­ti­ments de mon moi pro­fond et l’harmonie de ces deux ensembles l’un envers l’autre. Pen­dant que notre civi­li­sa­tion accul­tu­rée dis­perse et dés­unit tout, c’est en mon­tagne, dans cette vaste nature qui aspire au divin, que chaque indi­vi­dua­li­té peut se fondre dans le cos­mos. Ce n’est pas une petite har­mo­nie super­fi­cielle, à trois sous. Les pics les plus bizarres, les pré­ci­pices les plus affreux, les hur­le­ments de la tem­pête, les ava­lanches des­truc­trices se mêlent en une par­faite uni­té avec le plus doux des rayons de soleil, le plus léger voile de brume, l’insecte minus­cule, la fleur qui brille en silence sur le rocher. […]

L’alpinisme nous per­met de fon­der un homme com­plet, il nous sort de l’arbitraire bar­bare pour nous éle­ver vers une har­mo­nie sœur de l’harmonie grecque. Pen­dant près de deux mil­lé­naires, le corps a été offi­ciel­le­ment mépri­sé et assu­jet­ti comme un prin­cipe mau­vais, la pen­sée mona­cale avait dis­so­cié le corps et l’esprit. Nous qui vou­lons être à la pointe de la moder­ni­té, nous sommes reve­nus bien en deçà, nous sommes joyeux d’appartenir à la terre. Nous pou­vons de nou­veau, comme les Grecs ingé­nus, nous réjouir ouver­te­ment de la beau­té phy­sique et de l’action impé­tueuse.”

Eugen Gui­do Lam­mer

Jung­born (Fon­taine de Jou­vence), tra­duc­tion Anne-Laure Blanc (non édi­tée), selon l’édition Rother Ver­lag de 1935

Altérité irréductible

Il ne s’agit pas d’un choc des civi­li­sa­tions, mais d’un affron­te­ment, presque anthro­po­lo­gique, entre une culture uni­ver­selle indif­fé­ren­ciée et tout ce qui, dans quelque domaine que ce soit, garde quelque chose d’une alté­ri­té irré­duc­tible.”

Jean Bau­drillard

Power Infer­no, édi­tions Gali­lée, 2002

Ambition

Les ambi­tieux secon­daires n’ont jamais que des idées mes­quines.”

Napo­léon Bona­parte

Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

Âme

Non, chère âme, n’aspire pas à la vie immor­telle, épuise plu­tôt le champ du pos­sible.”

Pin­dare

IIIe Pythique, Ve siècle av. notre ère

Âme

L’âme qui habite aujourd’­hui en moi est faite de par­celles qui sur­vé­curent à des mil­liers de morts.”

Mau­rice Bar­rès

Un homme libre, 1889

Âme

Pour s’affranchir des forces obs­cures et des pou­voirs vils, il faut que l’âme se tienne en bride.”

Ernst Jün­ger

Le nœud gor­dien (Der Gor­dische Kno­ten), 1953

Âme européenne

Médi­tant sur l’âme euro­péenne dans ce qui la dis­tingue de l’Orient proche ou loin­tain, Ernst Jün­ger a iso­lé comme révé­la­trice la libre déter­mi­na­tion d’Alexandre tran­chant l’immobilité du nœud gor­dien. Si l’Asie épouse les éner­gies du monde, l’Europe est ten­tée de s’en empa­rer pour les sou­mettre à sa volon­té. L’une est asso­ciée à la force appa­rem­ment tran­quille de l’eau, l’autre à celle du feu. En Occi­dent, l’éthique et la phi­lo­so­phie n’échappent jamais à la volon­té. L’une et l’autre ne sont pas seule­ment des che­mins vers la sagesse, mais une construc­tion de soi par l’exercice du corps, de l’âme et de l’esprit, comme dans un gym­nase, ce lieu de l’éducation grecque qui a per­du­ré jusqu’à nous mal­gré ses alté­ra­tions. Il n’est donc pas sur­pre­nant que l’histoire, théâtre de la volon­té, ait été une inven­tion euro­péenne.”

Domi­nique Ven­ner

His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Américain

Pre­nez un petit mar­chand de Rouen ou de Lyon, avare et sans ima­gi­na­tion, et vous aurez un Amé­ri­cain.”

Sten­dhal

Lucien Leu­wen, 1836

Amertume

[…] Une sub­tile souf­france, l’amertume de l’homme dont le bon­heur est per­du.”

Ernst Jün­ger

Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Amitié

Il ne peut y avoir de véri­table ami­tié qu’entre gens de bien […], ceux qui agissent notoi­re­ment avec droi­ture, hon­nê­te­té, loyau­té et géné­ro­si­té. Ceux dont la fer­me­té de carac­tère exclut toute cupi­di­té, avi­di­té, intem­pé­rance, ceux qui ont sui­vi la nature, le meilleur guide qui soit vers le bon­heur…”

Cicé­ron

De l’amitié, env. 44 av. notre ère

Amour courtois

Dame suis vôtre et le serai
Vôtre fus depuis bien long­temps
Vous fûtes ma pre­mière joie
Serez ma joie jusqu’à la fin
Tant que la vie le dure­ra.”

Ber­nard de Ven­ta­dour

XIIe siècle

Anarchiste

Lorsque l’anarchiste, comme porte-parole des couches sociales en déca­dence, réclame, dans une belle indi­gna­tion, le « droit », la « jus­tice », les « droits égaux », il se trouve sous la pres­sion de sa propre incul­ture qui ne sait pas com­prendre pour­quoi au fond il souffre, — en quoi il est pauvre en vie… Il y a en lui un ins­tinct de cau­sa­li­té qui le pousse à rai­son­ner : il faut que ce soit la faute à quelqu’un s’il se trouve mal à l’aise… Cette « belle indi­gna­tion » lui fait déjà du bien par elle-même, c’est un vrai plai­sir pour un pauvre diable de pou­voir inju­rier — il y trouve une petite ivresse de puis­sance. Déjà la plainte, rien que le fait de se plaindre peut don­ner à la vie un attrait qui la fait sup­por­ter : dans toute plainte il y a une dose raf­fi­née de ven­geance, on reproche son malaise, dans cer­tains cas même sa bas­sesse, comme une injus­tice, comme un pri­vi­lège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres condi­tions. « Puisque je suis une canaille tu devrais en être une aus­si » : c’est avec cette logique qu’on fait les révo­lu­tions. Les doléances ne valent jamais rien : elles pro­viennent tou­jours de la fai­blesse.”

Frie­drich Nietzsche

Cré­pus­cule des idoles (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888

Anarque

S’il prend ses dis­tances à l’égard du pou­voir, celui d’un prince ou de la socié­té, cela ne veut pas dire qu’il refuse de ser­vir, quoi qu’il advienne. D’une manière géné­rale, il ne sert même pas plus mal que tous les autres, et par­fois mieux encore, quand le jeu l’amuse. C’est seule­ment du ser­ment, du sacri­fice, du don suprême de soi qu’il s’abstient.”

Ernst Jün­ger

Eumes­wil, 1977

Anarque

L’anarque peut ren­con­trer le monarque sans contrainte ; il se sent l’égal de tous, même par­mi les rois.”

Ernst Jün­ger

Eumes­wil, 1977

Anciens Grecs

De toutes les races d’hommes, la plus accom­plie, la plus belle, la plus enviée, la plus sédui­sante, la plus entraî­nante vers la Vie…”

Frie­drich Nietzsche

La Nais­sance de la Tra­gé­die, 1872

Ancrages

Pour­tant un peuple, une socié­té ne sau­raient vivre sans un ter­ri­toire pour eux sacré. Nous avons besoin, nous les humains, de lieux d’appartenance, de familles, de patries, et tant pis si c’était un slo­gan de Pétain. Nous avons besoin de nous iden­ti­fier à des ter­ri­toires où naissent nos langues et où gisent nos morts, où gran­dissent des enfants qui nous res­semblent et où dorment tout vivants les sou­ve­nirs de notre exis­tence pas­sée. Nous ne sommes pas des êtres de nulle part, de purs cos­mo­po­lites, d’absolus citoyens du monde, comme la vul­gate bran­chée vou­drait nous le faire croire. À moins de deve­nir fous, il nous faut des ancrages, car ce sont eux qui nous iden­ti­fient et nous per­mettent de vivre une vie com­plète. La patrie est l’un de ces ancrages, qui ne peut être sup­pri­mé au pro­fit d’une vani­teuse citoyen­ne­té du monde […].”

Voir aus­si : Ter­ri­toire

Chan­tal Del­sol, “14 juillet 2014, l’étrange fête natio­nale”

Le Figa­ro, 14 juillet 2014

Anglais

Les Anglais sont un peuple de pirates qui, après avoir pillé le monde, ont com­men­cé à s’ennuyer.”

Emil Cio­ran

Des larmes et des saints, 1937, 1986 (trad.)

Antiaméricanisme

La quête d’un indis­pen­sable anti­dote contre l’économie de la cupi­di­té et la pré­ten­tion psy­cho­lo­gique des Etats-Unis à exer­cer une domi­na­tion sans par­tage.”

Patrick Buis­son

La cause du peuple, Per­rin, 2016

Antiquité

Ce n’est pas dans le pre­mier moment d’une émo­tion très vive que l’on jouit le plus de ses sen­ti­ments. Je m’avançais vers Athènes avec une espèce de plai­sir qui m’ôtait le pou­voir de la réflexion ; non que j’éprouvasse quelque chose de sem­blable à ce que j’avais sen­ti à la vue de Lacé­dé­mone. Sparte et Athènes ont conser­vé jusque dans leurs ruines leur dif­fé­rent carac­tère : celles de la pre­mière sont tristes, graves, soli­taires, celle de la seconde sont riantes, légères, habi­tées. À l’aspect de la patrie de Lycurgue, toutes les pen­sées deviennent sérieuses, mâles et pro­fondes ; l’âme for­ti­fiée semble s’élever et s’agrandir. Devant la ville de Solon, on est comme enchan­té par les pres­tiges du génie ; on a l’idée de l’homme consi­dé­ré comme un être intel­li­gent et immor­tel. Les sen­ti­ments de la nature humaine pre­naient à Athènes quelque chose d’élégant qu’ils n’avaient point à Sparte. L’amour de la patrie et de la liber­té n’étaient point pour les Athé­niens un ins­tinct aveugle mais un sen­ti­ment éclai­ré, fon­dé sur ce goût du beau dans tous les genres que le ciel leur avait si libé­ra­le­ment dépar­ti ; enfin, en pas­sant des ruines de Sparte aux ruines d’Athènes je sen­tis que j’aurais vou­lu mou­rir avec Léo­ni­das et vivre avec Péri­clès.”

Fran­çois-René de Cha­teau­briand

Iti­né­raire de Paris à Jéru­sa­lem, 1811

Apatride et asexué

Je me désole de l’idée qu’on est en train de fabri­quer – et je pèse mes mots – un petit Fran­çais qui sera demain une sorte de consom­ma­teur à l’américaine, éle­vé dans l’hédonisme, le consu­mé­risme, une sorte de petit consom­ma­teur asexué et apa­tride. On est en train avec le mariage pour tous de tuer la filia­tion, bio­lo­gique, à terme, c’est ça qu’on veut d’ailleurs. Des gens comme Atta­li le disent très bien, très fort. Et puis apa­tride parce qu’à par­tir du moment où il n’y a plus le prin­cipe de sou­ve­rai­ne­té et qu’il n’y a plus la trans­mis­sion…”

Phi­lippe de Vil­liers

inter­view à BFM-TV, 12 novembre 2014

Apollon

Je m’acquittais de l’un des devoirs de ma des­ti­née : j’allais saluer Apol­lon au milieu de ses ruines, Apol­lon de qui, pour une faible part, je relève.”

Mau­rice Bar­rès

Une enquête aux pays du Levant II, 1923

Apparences

[…] L’esprit sait res­sen­tir aus­si ce que l’écrin des appa­rences enferme d’éternel.”

Ernst Jün­ger

Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Appel

Éle­vés dans une ère de sécu­ri­té, nous avions tous la nos­tal­gie de l’inhabituel, des grands périls. La guerre nous avait donc sai­sis comme une ivresse. C’est sous une pluie de fleurs que nous étions par­tis, gri­sés de roses et de sang. Nul doute que la guerre ne nous offrît la gran­deur, la force, la gra­vi­té. Elle nous appa­rais­sait comme l’action virile : de joyeux com­bats de tirailleurs, dans les prés où le sang tom­bait en rosée sur les fleurs. Pas de plus belle mort au monde… Ah sur­tout, ne pas res­ter chez soi, être admis à cette com­mu­nion !”

Ernst Jün­ger

Orages d’acier (Der Kampf als inneres Erleb­nis), 1922

Appel de la forêt

La ten­ta­tion éré­mi­tique pro­cède d’un cycle immuable. Il faut d’abord avoir souf­fert d’indignation dans le cœur des villes modernes pour aspi­rer à une cabane fumant dans la clai­rière. Une fois anky­lo­sé dans la graisse du confor­misme et enkys­té dans le sain­doux du confort on est mûr pour l’appel de la forêt.”

Syl­vain Tes­son

Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

Apprendre

Celui-là seul sait, qui com­prend qu’il doit tou­jours recom­men­cer à apprendre, et qui, sur la base de cette com­pré­hen­sion, s’est avant tout mis en état de tou­jours pou­voir apprendre.”

Mar­tin Hei­deg­ger

Intro­duc­tion à la méta­phy­sique (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, 1958 (trad.)

Arbre

L’arbre est bien­fai­sant aux dieux et aux hommes, il les domine et les abrite et son mur­mure chante les légendes divines et les hymnes. Les Gau­lois n’avaient pour temples que les forêts et sou­vent ils com­bat­taient cou­ron­nés de ver­dure pour empor­ter sur eux la force des arbres. Au retour du com­bat, les vain­queurs dépo­saient dans les bois sacrés leurs tro­phées, les glaives, les bou­cliers et les casques […] sous les nou­veaux dieux, ces mys­tères déchus, dont s’effrayait la nou­velle pié­té, devinrent le sab­bat des sor­ciers et l’on racon­ta mille fables. Le sou­ve­nir des forêts sacrées fit naître aus­si les forêts enchan­tées dont les romans de che­va­le­rie sont pleins […]. Et la Vierge Marie fré­quen­ta les arbres que n’habitaient plus les dryades.”

Johan­nès Tho­mas­set

Pages bour­gui­gnonnes, Ed. L’homme libre, 2001

Arbre de la grâce

« Car le sur­na­tu­rel est lui-même char­nel
Et l’arbre de la grâce est raci­né pro­fond
Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond. »

Charles Péguy

Eve, 1913

Arbres

Les arbres aux racines pro­fondes sont ceux qui montent haut.”

Fré­dé­ric Mis­tral

Les Iles d’or (Lis Isclo d’or), 1875

Arbres

[…] Il existe des asso­cia­tions entre les arbres de la même espèce, comme dans une famille humaine du même sang, qui s’aident réci­pro­que­ment en échan­geant des élé­ments vitaux à tra­vers leurs racines, et se pro­tègent les uns les autres des intem­pé­ries avec leurs branches.”

Mario Rigo­ni Stern

Sen­tiers sous la neige, édi­tions La Fosse aux Ours, 2000

Ardeur

Et dût la terre se bri­ser comme un bou­let,
Notre migra­tion est flamme et blanche ardeur.”

Ernst Jün­ger

Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen), 1939

Aristocrate

Qu’est-ce qu’une aris­to­crate ? C’est une femme que la vul­ga­ri­té n’atteint pas bien qu’elle en soit cer­née.”

Muriel Bar­be­ry

L’Elégance du Héris­son, Gal­li­mard, 2007

Aristocratie

Les qua­li­tés propres à l’aristocratie sont dif­fi­ciles à décrire, parce qu’elles viennent du cœur et de l’âme plus que du seul intel­lect ou de la seule « rai­son morale ». De même que l’aristocratie relie le peuple aux dieux, elle relie le ciel à la terre, comme l’arbre du monde dans les anciennes mytho­lo­gies. Elle relie aus­si le visible à l’invisible, le fini à l’infini, ce qui se décrit à ce qui ne peut pas se dire. Elle montre les choses mais elle ne les dit pas.”

Alain de Benoist

Les idées à l’endroit, Edi­tions Libres-Hal­lier, 1979

Armes

Et voi­là qu’ils pleu­raient de joie en cares­sant leurs sabres ! Leurs armes oubliées, rouillées, avi­lies, mais qui leur appa­rurent comme une viri­li­té per­due, car seules elles per­mettent à l’homme de créer le monde. Et ce fut le signal de la rébel­lion, laquelle fut belle comme un incen­die !
Et tous, ils mou­rurent en hommes !”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry

Cita­delle, 1948

Armée

Je me sens peu de goût pour défendre les mili­taires indé­fen­dables. Leurs insuf­fi­sances sont les causes pre­mières de l’antimilitarisme. Il me suf­fit d’éveiller mes propres sou­ve­nirs. Durant les trente mois pas­sés sous l’uniforme pen­dant la guerre d’Algérie, j’ai connu peu d’hommes de qua­li­té. En fait de guer­riers, j’ai sur­tout ren­con­tré des fonc­tion­naires timo­rés. Cette armée était une remar­quable machine à tuer les voca­tions. Chez les cadres, en dehors de ful­gu­rantes excep­tions, la mol­lesse du carac­tère, l’apathie intel­lec­tuelle et même le débraillé phy­sique sem­blaient la règle. En des­sous, se traî­nait en mau­gréant un bétail sale et avi­né. Cette cari­ca­ture d’armée était à l’image de la socié­té. Les choses ne se sont pas amé­lio­rées.

Mais il y avait des excep­tions. Là, bat­tait le cœur véri­table de l’Armée. Les paras n’étaient pas seuls à don­ner le ton. Il arri­va qu’au sein du régi­ment « cul de plomb » le plus loque­teux, une com­pa­gnie, voire une sec­tion tran­chât, par la seule grâce d’un offi­cier ou d’un sous-offi­cier dif­fé­rent. Ceux-là avaient trans­for­mé les bidasses en hommes. Tel est le miracle de la socié­té mili­taire, si malade fût-elle. Tout y est pos­sible pour des tem­pé­ra­ments forts et ima­gi­na­tifs.

Depuis trente ans et plus, l’armée pro­pose aux lec­teurs de ses affiches « un métier, un ave­nir ». Du temps de Mont­luc ou du Maré­chal de Saxe, les ruti­lants ser­gents-recru­teurs pro­met­taient l’aventure et la gloire. Rien n’interdirait d’actualiser. Quand elle a des chefs capables, l’Armée offre aux jeunes hommes tout juste sor­tis de l’adolescence les grandes vacances des ser­vi­tudes civiles. Plus de profs, plus de patrons, plus de fac­tures ni de per­cep­teur. L’anti-« métro-bou­lot-dodo ». Le plai­sir d’être jeunes, souples, agiles et forts. Le régi­ment, c’est la bande, avec ses rites et ses lois.

Dans les socié­tés indus­trielles bour­geoises ou socia­listes qui sécrètent un égal ennui, l’homme de guerre, dans son iso­le­ment, son inso­lence, est seul à por­ter une part de rêve. A condi­tion d’être lui-même, le sol­dat de métier exerce une fas­ci­na­tion à laquelle même ses détrac­teurs n’échappent pas. Mais qu’il s’abandonne au cou­rant, à la fai­blesse d’être ordi­naire, qu’il dépose ses orgueilleuses pré­ro­ga­tives, il n’est plus qu’un fonc­tion­naire de sta­tut médiocre et mépri­sé. Les mili­taires qui veulent assu­mer leur condi­tion se trouvent néces­sai­re­ment en rup­ture avec l’esprit des socié­tés uti­li­taires sou­mises aux seuls impé­ra­tifs éco­no­miques. Les hommes de guerre viennent d’un autre temps, d’un autre ciel. Ce sont les der­niers fidèles d’une aus­tère reli­gion. Celle du cou­rage et de la mort.

Ils sont de l’espèce qui se rase pour mou­rir. Ils croient à la rédemp­tion de l’homme par la ver­tu de l’exercice et du pas caden­cé. Ils cultivent la forme phy­sique et la belle gueule. S’offrant le luxe de réveils pré­coces dans les matins gla­cés et des marches haras­santes pour la joie de s’éprouver. Ce sont les der­niers poètes de la gra­tui­té abso­lue.

Le pri­vi­lège moral de l’armée réside tout entier dans une dif­fé­rence accep­tée, entre­te­nue, culti­vée. Sa phi­lo­so­phie tra­gique ne tourne pas aux vents de la mode ou des majo­ri­tés poli­tiques. Elle ne varie jamais. Elle est propre à son état, à sa des­ti­na­tion qui est la guerre. Guerre clas­sique ou guerre sub­ver­sive, car sa voca­tion est de veiller sur la Cité, même quand celle-ci s’abandonne. Les divi­sions sibé­riennes qui bri­sèrent l’offensive alle­mande devant Mos­cou, en décembre 1941, ne devaient rien à Marx, mais beau­coup à Clau­se­witz. Si les troupes nord-viet­na­miennes ont conquis Sai­gon, ce n’est point le fait de leurs ver­tus com­mu­nistes, mais de leurs qua­li­tés mili­taires. En revanche, on peut juger des effets de la mode per­mis­sive du libé­ra­lisme avan­cé sur la risible et inutile armée hol­lan­daise.

De bons apôtres nul­le­ment inno­cents prêchent, au nom des mœurs nou­velles, la répu­dia­tion par l’Armée de ce qui lui reste d’esprit mili­taire. C’est bien visé. De cette façon, il n’y aurait plus de Défense. Plus la socié­té change, plus l’Armée évo­lue dans ses arme­ments, sa stra­té­gie, son orga­ni­sa­tion, plus l’esprit mili­taire doit être ren­for­cé. Il est la seule réponse jamais inven­tée par l’homme face à la guerre. Pour les gar­diens des empires et des nations, Sparte la divine, chère au vieil Homère, reste le maître éta­lon”.

Domi­nique Ven­ner

revue Item, décembre 1977

Art du commandement

Comme chaque fois que des hommes sont com­man­dés par une brute bruyante, il y eut pagaïe. Les imbé­ciles sont tou­jours sévères et la sévé­ri­té engendre tou­jours l’indiscipline.”

Hen­ri Vin­ce­not

Les che­va­liers du chau­dron, édi­tions Denoël, 1960

Artémis

Déesse de la sylve et de la nuit, dea sil­va­rum, comme la nomme Ovide, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Diane-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­trice de la nature sau­vage et l’incarnation de la chasse. Deux fonc­tions com­plé­men­taires dont la jux­ta­po­si­tion antique est constante. Contrai­re­ment à Aphro­dite, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revanche la déesse des enfan­te­ments, la pro­tec­trice des femmes enceintes, des femelles pleines, des enfants vigou­reux, des jeunes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillures de l’âge. Son image s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la nature. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reuse de Jean-Jacques Rous­seau ou des pro­me­neurs du dimanche. Ils la savaient redou­table aux faibles et inac­ces­sible à la pitié. C’est par la force que Diane-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royaume invio­lable de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tègent la nature. La ven­geance de la dea sil­va­rum est celle de l’ordre du monde mis en péril par une pul­sion exces­sive, l’hubris, la déme­sure.”

Voir aus­si : Diane

Domi­nique Ven­ner

Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, Plon, 2000

Ascèse

Toute grande impul­sion nou­velle, toute révo­lu­tion et toute réforme, toute élite nou­velle est le fruit d’une ascèse et de la pau­vre­té volon­taire ou impo­sée, celle-ci étant avant tout renon­ce­ment à la sécu­ri­té du sta­tu quo.”

Carl Schmitt

La notion de poli­tique, 1933

Athéna

Toi seule es jeune, ô Cora ; toi seule es pure, ô Vierge ; toi seule es saine, ô Hygie ; toi seule es forte, ô Vic­toire. Les cités, tu les gardes, ô Pro­ma­chos ; tu as ce qu’il faut de Mars, ô Aréa ; la paix est ton but, ô Paci­fique. Légis­la­trice, source des consti­tu­tions justes ; Démo­cra­tie, toi dont le dogme fon­da­men­tal est que tout bien vient du peuple, et que, par­tout où il n’y a pas de peuple pour nour­rir et ins­pi­rer le génie, il n’y a rien, apprends-nous à extraire le dia­mant des foules impures. Pro­vi­dence de Jupi­ter, ouvrière divine, mère de toute indus­trie, pro­tec­trice du tra­vail, ô Erga­né, toi qui fais la noblesse du tra­vailleur civi­li­sé et le mets si fort au-des­sus du Scythe pares­seux ; sagesse, toi que Zeus enfan­ta après s’être replié sur lui-même, après avoir res­pi­ré pro­fon­dé­ment ; toi qui habites dans ton père, entiè­re­ment unie à son essence ; toi qui es sa com­pagne et sa conscience ; éner­gie de Zeus, étin­celle qui allumes et entre­tiens le feu chez les héros et les hommes de génie, fais de nous des spi­ri­tua­listes accom­plis.”

Ernest Renan

Prière sur l’Acropole, 1865

Athéna

Athé­na appa­raît comme celle qui médite. Vers quoi le regard médi­ta­tif de la déesse est-il tour­né ? Vers la borne, la limite.”

Domi­nique Ven­ner

Un samou­raï d’Occident – Le Bré­viaire d’un insou­mis, Pierre-Guillaume de Roux, 2013

Athéniens

Lorsque les Athé­niens ne vou­lurent plus contri­buer à la socié­té, mais essen­tiel­le­ment rece­voir de la socié­té, lorsque la liber­té qu’ils sou­hai­taient consis­tait à être libé­rés de toute res­pon­sa­bi­li­té, alors Athènes ces­sa d’être libre.”

Edward Gib­bon

His­toire de la déca­dence et de la chute de l’Em­pire romain (The Decline and Fall of the Roman Empire), 1776–1788

Aube

Paris. L’aube. Le ciel de l’empereur Julien.”

Gil­bert Lely

Ver­daine de Tren­te­livres, 1936

Audace

La for­tune sou­rit aux auda­cieux.”

Vir­gile

L’Enéide, Ier siècle av. J.-C.

Au dehors

Notre place est dehors, notre place est à l’air libre, sous la nuit claire, l’arme au bras, tan­dis qu’au ciel scin­tillent les étoiles. Que les autres pour­suivent leurs fes­tins. Nous autres, au dehors, dans une garde ten­due, fer­vente et sûre, nous sen­tons déjà l’aube, dans l’allégresse de nos cœurs.”

José Anto­nio Pri­mo de Rive­ra, 1934, cité par Oli­vier Gri­mal­di

Pré­sence de José Anto­nio, Les Bou­quins de Syn­thèse natio­nale, 2013

Aurore

Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on ren­contre une autre aurore.”

Georges Ber­na­nos

confé­rence, 1945

Autant en emporte le vent

Ce livre [fait] renaître les blanches plan­ta­tions dans leur écrin de magno­lias et de chèvre­feuille, les jeunes filles à cri­no­line, les plan­teurs galants et les gen­tils­hommes sai­sis par l’angoisse d’un des­tin inexo­rable. Mais au-delà de l’évocation fidèle d’une époque ter­rible, et de la trame roma­nesque atta­chante, c’est la nos­tal­gie fré­mis­sante qui sourd tout au long des pages. Nos­tal­gie d’un monde irré­mé­dia­ble­ment condam­né, mais auquel on ne cesse de rêver comme à un para­dis per­du. Car si le Sud est mort, il conti­nue de vivre dans le cœur des hommes géné­reux.”

Domi­nique Ven­ner

Le blanc soleil des vain­cus – L’épopée sudiste et la guerre de Séces­sion (1607–1865), La Table Ronde, 1975

Autorité

La dis­so­lu­tion de l’autorité n’a pas conduit à la liber­té, mais à de nou­velles formes de domi­na­tion.”

Chris­to­pher Lasch

La culture du nar­cis­sisme, 1979

Avancer

Si j’avance, sui­vez-moi ; si je meurs, ven­gez-moi ; si je recule, tuez-moi.”

Hen­ri de La Roche­ja­que­lein

Dis­cours aux sol­dats de l’Armée catho­lique et royale, 1794

Avenir

Ce n’est pas dans la mol­lesse, mais dans la fer­me­té de l’esprit et la réso­lu­tion du cœur que sera engen­dré notre ave­nir.”

Domi­nique Ven­ner

His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, édi­tions du Rocher, 2002

Avenir

La seule inven­tion véri­table est de déchif­frer le pré­sent sous ses aspects inco­hé­rents et son lan­gage contra­dic­toire. Mais si tu te laisses aller aux bali­vernes que sont tes songes creux concer­nant l’avenir, tu es sem­blable à celui-là qui croit pou­voir inven­ter sa colonne et bâtir des temples nou­veaux dans la liber­té de sa plume. Car com­ment ren­con­tre­rait-il son enne­mi et, ne ren­con­trant point d’ennemi, par qui serait-il fon­dé ? Contre qui modè­le­rait-il sa colonne ? La colonne se fonde, à tra­vers les géné­ra­tions, de son usure contre la vie. Ne serait-ce qu’une forme, tu ne l’inventes point mais tu la polis contre l’usage. Et ain­si naissent les grandes œuvres et les empires.

Il n’est jamais que du pré­sent à mettre en ordre. A quoi bon dis­cu­ter cet héri­tage ? L’avenir, tu n’as point à le pré­voir mais à le per­mettre.”

Antoine de Saint-Exu­pé­ry

Cita­delle, 1948

Avenir

L’avenir est quelque chose qui se sur­monte.”

Georges Ber­na­nos

La liber­té pour quoi faire ?, 1953

Aventure

A vingt ans, l’aventure de la guerre et des conju­ra­tions fut offerte à ceux de ma géné­ra­tion qui le vou­lurent. Peu y étaient pré­pa­rés. Rares furent ceux qui purent chan­ger cette occa­sion en des­tin. Au moins ceux-là ont-ils vrai­ment vécu, même et sur­tout ceux qui en mou­rurent.”

Domi­nique Ven­ner

Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Aventure

L’aventure n’est morte que dans l’esprit de ceux qui n’ont aven­tu­ré nulle part ni leur esprit ni leur corps.”

Syl­vain Tes­son

Car­nets d’aventures, La Guilde euro­péenne du raid, Presses de la Renais­sance, 2007

Aventure humaine

Oui, nous vivons une période dif­fi­cile où il est tou­jours ques­tion de droit et jamais de devoir et où la res­pon­sa­bi­li­té qui est l’once de tout des­tin, tend à être occul­tée. […] Mal­gré tout cela, il faut croire à la gran­deur de l’aventure humaine. Il faut savoir, jusqu’au der­nier jour, jusqu’à la der­nière heure, rou­ler son propre rocher. La vie est un com­bat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. […] Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n’est sacri­fié, rien n’est obte­nu.”

Hélie Denoix de Saint Marc

Que dire à un jeune de 20 ans, 2010

Aventures

Un des grands mal­heurs de la vie moderne, c’est le manque d’imprévu, l’absence d’aventures.”

Théo­phile Gau­tier, “Mala­ga”

Voyage en Espagne, 1843