Un été avec Homère…

Un été avec Homère…

Un été avec Homère…

Un été avec Homère… Quelle belle idée, n’est-ce pas ? Mais, me direz-vous, pourquoi justement ne pas se « contenter » de lire l’Iliade et l’Odyssée plutôt qu’une nouvelle « analyse » sur les œuvres du divin aède ?

C’est que ce livre ne donne pas envie de décou­vrir Homère. Ou plu­tôt, il ne doit pas s’adresser à un lec­teur qui ne s’est jamais plon­gé dans les chants homé­riques, dans cette « nour­ri­ture de l’âme euro­péenne » comme l’écrit, le dit, Syl­vain Tes­son.

Mais c’est un livre, ou plu­tôt un recueil d’une série d’émissions radio­dif­fu­sées l’été der­nier sur France Inter, qui nous invite à relire Homère, à se replon­ger dans le fra­cas des com­bats des héros achéens et troyens devant les murs de la cité de Priam, à repar­tir avec Ulysse au cours de ses aven­tures pour retrou­ver son royaume… Et pour nous aider à mieux vivre

Cette invi­ta­tion com­mence dès l’esthétique d’Un Été avec Homère.

La cou­ver­ture sobre, à l’iconographie immé­dia­te­ment recon­nais­sable, fait d’emblée réson­ner nos esprits à l’heure de la Grèce antique et mytho­lo­gique.

Son for­mat “poche” per­met de l’emporter par­tout, en fai­sant un par­fait petit bou­quin à glis­ser dans son sac, qu’il soit à dos, de voyage ou de tra­vail.

Un été avec Homère…Plai­sir des yeux enfin, au cours de la lec­ture, grâce au choix très poé­tique d’imprimer en un beau bleu les extraits de l’Iliade et de l’Odys­sée par­se­mant les dif­fé­rents cha­pitres.

Un bleu qui rap­pelle le ciel et la mer de Médi­ter­ra­née, “le soleil, et peut-être […] les yeux d’Homère”, et sans nul doute un bleu fai­sant écho aux yeux des déesses aux bras blancs ou cas­quées, à ceux d’Hélène aux longs che­veux, à ceux de la fière Péné­lope…

Orga­ni­sé en courts cha­pitres clas­sés par thèmes (les ori­gines des chants homé­riques, leur géo­gra­phie, le des­tin, l’ordre, les dieux et la liber­té, l’hubris, la guerre, la beau­té…), leur rythme en est vif et effi­cace.

Je vous invite d’ailleurs à ouvrir le livre au hasard, et à y lire le cha­pitre sur lequel vous êtes tom­bé. Car Syl­vain Tes­son ne cherche pas à démon­trer, mais à mon­trer la beau­té, la por­tée, la sagesse intem­po­relle de l’Iliade et l’Odyssée.

S’inscrivant à la suite de Vir­gile, Racine, Nietzsche, d’Ormesson (sans oublier Domi­nique Ven­ner), il sou­ligne que cha­cun trou­ve­ra quelque chose de dif­fé­rent à la lec­ture de l’Iliade et de l’Odyssée.

Et sans doute que cha­cun trou­ve­ra, selon sa sen­si­bi­li­té du moment, selon le moment de sa vie, un sens nou­veau, une autre pro­fon­deur, un écho plus moderne que « le jour­nal de la veille » avec ses propres pré­oc­cu­pa­tions ou les sou­bre­sauts du monde.

Pour autant, si l’Iliade et l’Odyssée sont des chefs d’œuvre « uni­ver­sels », Syl­vain Tes­son rap­pelle de manière très claire qu’ils ne peuvent réson­ner plei­ne­ment que pour un Euro­péen.

Il est d’ailleurs assez réjouis­sant que les mes­sages véhi­cu­lés par Syl­vain Tes­son soient pas­sés sur France Inter, car ils sont loin d’être « uni­ver­sels », mais alors pas du tout !

Par exemple, dans le cha­pitre “Aimer les îles”, l’auteur assène que “Les îles ne com­mu­niquent pas. Voi­là l’enseignement homé­rique : la diver­si­té impose que cha­cun conserve sa sin­gu­la­ri­té. Main­te­nez la dis­tance si vous ten­tez à la sur­vie du divers !”

Voi­là qui ne peut que déton­ner (voire éton­ner) alors que Le Camp de Saints se joue sous nos yeux, accla­més jus­te­ment par les radios d’Etat…

Syl­vain Tes­son voyage ain­si entre le monde mytho­lo­gique et le monde actuel, ose des rap­pro­che­ments entre le cou­rage des héros antiques et les guer­riers kurdes, parle de la folie, de l’irrespect des hommes pour la nature (et pour les dieux), nous invite à dan­ser dans le monde d’ici, sous la lumière du soleil, et ne pas s’égarer dans l’espoir d’un mirage, de chi­mères d’un monde à venir, rap­pelle que “la guerre est notre mère” mais aus­si que seul l’ordre et l’harmonie sont à recher­cher…

Bon voyage sur les rivages enso­leillés de la mytho­lo­gie !

Harald S.

Un Été avec Homère, Syl­vain Tes­son, édi­tions des Équa­teurs, mai 2018, 253 p.