Sources sacrées du Burren

Burren Irlande Sources

Sources sacrées du Burren

« Vers l’est l’aurore gagne graduellement
Où paraissent des feux se consu­mant doucement,
Fai­sant fré­mir tous ces voiles
De tulle grise et d’or.

Tan­dis que dou­ce­ment, gen­ti­ment, secrètement,
Sau­tillent les cloches fleu­ries de la matinée
Et les chœurs avi­sés des fées
Com­mencent (innom­brables!) à se faire entendre. »
James Joyce

Pays : Irlande
Région : Burren, comté de Clare
Thématique générale du parcours : Un oratoire des débuts de la christianisation et deux sources sacrées, dans un paysage calcaire, âpre – mais très fleuri au printemps (orchidées, gentianes).
Mode de déplacement : Randonnée pédestre.
Durée du parcours : Entre 4 et 5 heures.
Difficulté du parcours : Facile, accessible en famille, balisé. 9 km. Dénivelé : 150 m. Altitude maximale : 243 m. Il est instamment demandé de ne pas s’approcher du bétail, de ne pas endommager les murets de pierre et de traverser discrètement les terrains privés (il n’existe pas de servitude de passage comme en France).
Période possible : Toute l’année, mais évitez les jours de grand brouillard.

Présentation géographique

« Pas assez d’eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l’enterrer », tels sont les pro­pos prê­tés à Edmund Lud­low (vers 1617–1692), offi­cier de Crom­well, qui mena des opé­ra­tions de contre-gué­rilla dans les Bur­ren en 1651–1652.

Le mas­sif du Bur­ren (ou des Bur­ren) situé à l’ouest de l’Irlande, s’étend sur plus de 1300 km². Fait rare dans ce pays humide, ce pla­teau rocheux gigan­tesque est déser­tique. Le nom irlan­dais, Boi­reann, signi­fie « le pays pier­reux ». En effet, la carac­té­ris­tique de ce lapiaz kars­tique est de lais­ser l’eau s’infiltrer par toutes les failles, cre­vasses et fis­sures pos­sibles. Celle-ci réap­pa­raît ici ou là sous forme de résur­gences, ou ali­mente des lacs inter­mit­tents. La flore du Bur­ren est com­po­sée d’espèces alpines comme la gen­tiane bleue, arc­tiques ou médi­ter­ra­néennes. Il semble que le sur­pâ­tu­rage et un déboi­se­ment anar­chique ont très tôt ren­du le Bur­ren encore plus déser­tique en lais­sant le vent et la pluie ravi­ner les sols.

Un passage à moutons
L’itinéraire emprunte parfois des routes secondaires étroites
Paysage karstique et murets de pierres sèches
L’itinéraire est balisé
Près de Carran, la tour ruinée du clan O’Lochlainn
Le cottage de Michael Cusack

Cadre historique et culturel

L’archéologie fait remon­ter les pre­mières ins­tal­la­tions humaines dans le Bur­ren à la fin de l’ère gla­ciaire ou, du moins, au néo­li­thique. Cinq cents forts cir­cu­laires et près de 90 tombes d’origine néo­li­thique ont été trou­vés dans la région. Le magni­fique dol­men de Poul­na­brone est l’un des monu­ments emblé­ma­tiques d’Irlande. Un simple coup d’œil sur la carte au 1 :25 000 per­met de décou­vrir une éton­nante den­si­té de cairns, de tombes méga­li­thiques, d’alignements, de forts et de sources sacrées. Si les ves­tiges sont par­ti­cu­liè­re­ment nom­breux, ils ne sont pas tou­jours acces­sibles – les ronces ayant vite fait de recou­vrir les champs de fouille.

Les forts, comme ceux des îles d’Aran, ont été habi­tés de l’âge du fer jusqu’au Moyen Age.

Le Bur­ren est répu­té avoir été un centre cultu­rel dès la chris­tia­ni­sa­tion : école monas­tique de Kil­mac­duagh dès le VIIe siècle ; école de droit de Caher­mac­naugh­ten ; école « bar­dique » de Fina­var­ra, flo­ris­sante du VIe au XVIe siècle.

Après les Celtes et les Gaëls, vint le temps des Vikings, puis des Anglo-Nor­mands. Vers le milieu du XVIIe siècle, le pou­voir est aux mains du clan O’Loughlin (Ó Lochlainn). Le chef de la famille est alors dénom­mé « prince de Bur­ren » et les membres du clan sont enter­rés dans l’abbaye de Cor­com­roe. Si la guerre contre les Anglais a rava­gé le com­té, il a cepen­dant échap­pé à la colo­ni­sa­tion de Crom­well, très cer­tai­ne­ment à cause de l’âpreté du territoire.

La Grande Famine (1841 — 1851) touche aus­si le Bur­ren : à la mor­ta­li­té, s’ajoute l’émigration vers la Grande-Bre­tagne, les Etats-Unis, le Cana­da et l’Australie. Les des­cen­dants des colons font aujourd’hui la for­tune des cabi­nets de généa­lo­gie et des B&B. Le grand homme de Car­ran est Michael Cusack (1847 – 1906) – voir plus bas.

Le Bur­ren a éga­le­ment atti­ré les voya­geurs à la recherche des sources d’inspiration du renou­veau cel­tique ini­tié par WB Yeats et Lady Gre­go­ry au début du XXe siècle, à Coole Park et Thoor Ballylee.

Enfin, le Bur­ren a aus­si influen­cé JRR Tol­kien, qui aimait ran­don­ner en Irlande : ses pay­sages ne sont pas sans faire pen­ser à ceux du Mor­dor, que tra­versent les Hob­bits après avoir quit­té le Com­té, ou ceux des Monts Brumeux.

Croix celtiques dans le cimetière de Carron
Le dolmen de Poulnabrone
Le lit de saint Cronan
Stèle en mémoire de Michael Cusack - ou Micheal Ciosog en gaélique
Au loin, les sommets érodés du Mullaghmore et de Knockanes

Description de l’itinéraire

Lais­sez votre véhi­cule à Car­ran (ou Car­ron) sur le petit par­king en face du Cassidy’s pub, où com­mence la ran­don­née bali­sée en vio­let. Des­cen­dez la rue prin­ci­pale du vil­lage. Sur votre droite, vous trou­ve­rez une école, fon­dée en 1858. Une plaque rap­pelle le nom d’un de ses illustres ins­ti­tu­teurs : Michael Cusack (1847 – 1906), né pen­dant la Grande Famine. Défen­seur de la langue irlan­daise, il fut l’un des acteurs de la renais­sance gaé­lique et notam­ment l’un des fon­da­teurs de la Ligue Ath­lé­tique Gaé­lique, qui demeure une des plus grandes asso­cia­tions spor­tives d’amateurs : avec « un corps sain dans un esprit sain », cette ran­don­née ne peut com­men­cer sous de meilleurs auspices.

Conti­nuez sur la route pen­dant 500 m et tour­nez à droite sur une petite route que vous sui­vez sur envi­ron 1 km, jusqu’à une bar­rière métal­lique. Quit­tez pour un moment le bali­sage vio­let pour suivre la direc­tion Tem­ple­cro­nan Church. Sur votre droite, en contre­bas du pré, appa­raissent les ruines d’une cha­pelle dédiée à saint Cro­nan. Une pre­mière construc­tion du XIIe siècle a été agran­die au XVe. L’enclos monas­tique de Ter­mon com­prend aus­si des tombes, dont le « lit de saint Cro­nan », véné­ré des pèle­rins au Moyen Age. Sor­tez de l’enclos à l’ouest de la cha­pelle, tra­ver­sez la piste agri­cole et pre­nez, en face de vous, une sente qui longe le pied d’une petite falaise. Elle mène à une source sacrée (holy well), une résur­gence au pied d’une petite falaise. Son eau soigne les yeux et, au vu des nom­breux ex-voto, pié­cettes et rubans, elle est encore sollicitée.

Reve­nez sur vos pas jusqu’à la bar­rière métal­lique, où vous repre­nez, à main droite, le sen­tier bali­sé en vio­let. Il se pour­suit par une piste agri­cole jusqu’au som­met de la col­line. Le sen­tier dis­pa­raît dans les dalles cal­caires, et le bali­sage suit au mieux les hauts murs de pierre sèche. Ces dalles cal­caires sont une des par­ti­cu­la­ri­tés des pay­sages des Bur­ren. Arri­vée à l’extrémité nord du pla­teau, la trace oblique très net­te­ment à droite, vers le sud-est. Les balises vio­lettes ont beau être judi­cieu­se­ment pla­cées, sou­vent sur des pierres dres­sées, il faut res­ter très atten­tif afin de ne pas se retrou­ver à tra­ver­ser des buis­sons épi­neux, signe de la recon­quête des her­bages aban­don­nés. L’itinéraire rejoint, juste avant la route, une seconde source sacrée, Saint Fachtan’s holy well, abri­tée dans une petite construc­tion de pierre sur­mon­tée d’une croix de bois. Véné­rée bien avant la chris­tia­ni­sa­tion, cette source est tou­jours l’objet de pèle­ri­nages : elle est, elle aus­si, répu­tée soi­gner les yeux. Aux offrandes de pierres colo­rées, de coquillages et de pièces de mon­naie ont suc­cé­dé des rubans noués aux arbustes qui entourent la source. A 30 m à l’ouest se dressent des construc­tions en pierre sèche de forme cir­cu­laire. Ce sont des « sta­tions de péni­tence », que les pèle­rins édi­fiaient avant d’en faire inlas­sa­ble­ment le tour en priant.

Le sen­tier conti­nue paral­lè­le­ment à la route sur envi­ron 1,75 km. Il passe notam­ment près d’une résur­gence qui semble cap­tée et qui donne nais­sance à un petit maré­cage – cette source sau­vage n’a pas été consa­crée. Le sen­tier rejoint la route au niveau d’un car­re­four. Pre­nez à droite, et pas­sez devant les bâti­ments d’un centre de recherches universitaires.

Si vous sou­hai­tez vous récon­for­ter d’un thé et de quelques pâtis­se­ries irlan­daises, pre­nez plu­tôt la route au droit de la source de saint Fach­tan, puis 800 m après, sur votre gauche, une petite route qui mène à la « Bur­ren Par­fu­me­ry », par­fu­me­rie, jar­din aro­ma­tique et salon de thé. Il vous res­te­ra à reve­nir sur la route pour rejoindre le centre de recherches, puis le vil­lage de Car­ran. Selon les sai­sons, vous pour­rez obser­ver le tur­lough de Car­ran : le sol étant cal­caire, ce lac inter­mit­tent se rem­plit ou se vide au gré des pluies.

La source de Saint-Cronan
La source de Saint-Fachtnan
Tea time dans le jardin de la parfumerie
Visage sculpté sur la chapelle de Saint-Cronan - XIIe siècle

Activités connexes

Cartographie

Ord­nance Sur­vey n° 51, au 1:50 000.
Atten­tion : la topo­ny­mie, par­fois en anglais, sou­vent en gaé­lique, est un peu complexe.

Bibliographie

Tony Kir­by, The Bur­ren & the Aran Islands, A Wal­king Guide, Col­lins Press Guide, 2014 (des­crip­tion des iti­né­raires, cro­quis, etc.). Route 2, Car­ran Loop (la loca­li­sa­tion de la source sacrée de Saint Cro­nan est erronée).

Accès

De France, avion pour Dublin, Gal­way ou Limerick/Shannon. Puis loca­tion de voi­ture ou trans­ports publics. La ran­don­née débute dans le vil­lage de Car­ran (ou Car­ron), au cœur du mas­sif des Bur­ren, au nord de Corofin.

Matériel spécifique, équipement

Tenue de ran­don­née adap­tée à la sai­son. Bous­sole néces­saire pour vali­der le bali­sage – ou y sup­pléer. Eau et vivres de randonnée.

Art de vivre

Le pub de Car­ran et ceux de Coro­fin offrent des plats robo­ra­tifs et orga­nisent régu­liè­re­ment des ses­sions de musique tra­di­tion­nelle, sur­tout en fin de semaine.

Liens

Année où cet itinéraire a été parcouru

Juillet 2016