Présence de Michel Déon

Présence de Michel Déon

Présence de Michel Déon

Dans Bagages pour Vancouver, émouvant volume de mémoires, Michel Déon rappelait sa volonté, et celle de ses amis, dont le regretté Pol Vandromme, de faire respirer à ses lecteurs « un air moins malsain que celui de notre époque » tout en réintroduisant dans ses livres « le plaisir et la mélancolie de vivre, une certaine dignité devant l’œuvre de la mort. »

Christian Authier, Les Mondes de Michel Déon. Une biographie

Chris­tian Authier, Les Mondes de Michel Déon. Une bio­gra­phie

Le moins que l’on puisse dire est que l’actualité récente illustre que ce com­bat ne fini­ra jamais. La Mai­rie de Paris, pro­ba­ble­ment pour de basses rai­sons idéo­lo­giques (en réa­li­té esthé­tiques : rien de plus impla­cable que la haine du beau et du vrai), ne refuse-t-elle pas d’accorder un refuge aux cendres de l’écrivain qui, Pari­sien de nais­sance, a si bien chan­té la rue Férou et la Rhu­me­rie mar­ti­ni­quaise ? Comble de l’élégance, ledit refus est noti­fié par un scri­bouillard à peine quinze jours après le décès de Chan­tal Déon, la veuve du vieux gen­til­homme. Dieux mer­ci, la toile s’est enflam­mée, toutes géné­ra­tions confon­dues, et une cen­taine de confrères, toutes sen­si­bi­li­tés mêlées, a mani­fes­té sa conster­na­tion.

Un joli livre des édi­tions Séguier, une mai­son à l’ancienne qui publie des bijoux d’élégance (par exemple les sou­ve­nirs du cher Michel Mour­let), salue la mémoire de Michel Déon. L’auteur, Chris­tian Authier, est cri­tique au Figa­ro et roman­cier (Prix Roger Nimier) ; essayiste, il a évo­qué Clint East­wood et Patrick Bes­son. Il prend aujourd’hui la suite de Pol Van­dromme, qui, dans Le Nomade séden­taire, avait naguère salué son ami de cin­quante ans.

Les Mondes de Michel Déon, une bio­gra­phie se lit d’une traite, « comme un roman » pour user d’un truisme, par la grâce d’un style fluide et d’une empa­thie qua­si amou­reuse pour l’écrivain. Quelques cli­chés en noir et blanc illu­minent le texte, dont celui où l’on voit Michel Déon embras­ser Jacques Laurent lors de l’entrée de ce der­nier à l’Académie, ou cet autre d’un jeune sei­gneur de 1936 posant devant un Col­lege de Cam­bridge.

Authier sou­ligne le talent que pos­sède Déon d’enchanter et de désen­chan­ter dans un même élan son lec­teur par le biais de livres, oui, déchi­rants et qui donnent sou­vent l’impression d’être né trop tard. Des Gens de la nuit aux Poneys sau­vages, Déon a tra­duit ce dis­cret mais tenace déses­poir et l’on a eu tort de le qua­li­fier d’écrivain du bon­heur. Déon, écri­vain tra­gique, donc – terme tou­te­fois absent chez Authier.

Pour­tant, d’où pro­vient, lorsqu’on referme cette bio­gra­phie, l’impression de res­ter sur sa faim, comme après avoir dégus­té une pâtis­se­rie trop sucrée ? Du style consen­suel de son auteur ? De ce manque de den­si­té propre aux néo-néo-hus­sards ? De l’absence de faits nou­veaux, du carac­tère si atten­du des sources où le bio­graphe a pui­sé : ni archives, ni cor­res­pon­dance, ni articles (de L’Action fran­çaise au Figa­ro, en pas­sant aus­si par Défense de l’Occident), ni même ses trente ou qua­rante livres illus­trés ne sont conviées au fes­tin ?

Bref, il reste à écrire une grande bio­gra­phie cri­tique du grand anti­mo­derne que fut Michel Déon, écri­vain tra­gique.

Chris­to­pher Gérard
Source : archaion.hautetfort.com

Chris­tian Authier, Les Mondes de Michel Déon. Une bio­gra­phie, Edi­tions Séguier, 21 €.