Mariage

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Mariage

Le scénario nuptial est une suite d’étapes qui font alterner des rites de séparation d’avec la communauté d’origine et des rites d’agrégation à la catégorie des personnes mariées, puis des familles avec enfants. S’y ajoutent des rites de suspension ou de marge qui obligent les acteurs à n’avancer que progressivement, et avec des arrêts intermédiaires, vers l’épisode central, la cérémonie du mariage.

La date, le jour, l’heure et le lieu

Jusqu’au début du XXe siècle, la règle était que la céré­mo­nie prenne place dans une période exempte de grands tra­vaux agri­coles, de façon à per­mettre les dépla­ce­ments. Cette règle valait pour les agri­cul­teurs, mais aus­si pour toutes les autres classes sociales en rai­son de la pré­sence qua­si sys­té­ma­tique de pay­sans dans la paren­tèle.

Cer­taines dates étaient éli­mi­nées a prio­ri : le mois de mai, pour les chré­tiens parce que c’est le mois de la vierge, chez les Romains et Gal­lo-romains car ce mois était regar­dé comme néfaste ; le mois de novembre, car c’est celui des morts ; pour les chré­tiens, les périodes de jeune et d’avent.
Cer­taines périodes étaient éga­le­ment exclues : celles où les récoltes ont été insuf­fi­santes pour per­mettre d’organiser et de payer une noce ; les périodes d’émigration tem­po­raire, soit ter­restre, soit mari­time.

C’est la rare­té des dates et périodes pro­pices qui explique d’ailleurs l’existence de mariages syn­chro­niques, plus que la sur­vi­vance de mariages de groupes ou mariages com­mu­nau­taires des­ti­nés à réunir dif­fé­rents clans, comme cela s’est pra­ti­qué en Bre­tagne où, par­fois, tous les fian­cés de l’année se mariaient le même jour.
Pour ce qui concerne le jour du mariage, dans la majo­ri­té des pro­vinces fran­çaises, le jour heu­reux est le mar­di. Le jeu­di est éli­mi­né car le marié ce jour-là sera cocu (ou « Jean Jeu­di » dans le Centre). Le ven­dre­di, jour de Vénus, était un jour heu­reux dans l’Antiquité qui est deve­nu un jour mal­heu­reux pour les chré­tiens, car asso­cié à la pas­sion du Christ. Mais c’est le same­di qui est le plus usi­té, car il per­met de se repo­ser le len­de­main.

Jusqu’au Moyen Age, les mariages se célé­braient la nuit, pra­tique qui a ensuite été inter­dite pour réser­ver les noces noc­turnes aux veuves qui se rema­rient et, dans cer­taines régions, aux femmes enceintes au moment de se marier. Depuis plu­sieurs siècles, le mariage a lieu le matin ou au plus tard en début d’après-midi si le cor­tège a une longue dis­tance à par­cou­rir.
C’est le plus sou­vent au domi­cile de la fille que se tiennent les noces, mais cette tra­di­tion sup­porte beau­coup d’exceptions, liées aux niveaux de richesse des familles, à la proxi­mi­té des familles ou des terres, etc.

Le matin des noces

Comme pour tous les rites de pas­sage dans la France rurale, la céré­mo­nie est sou­vent pré­cé­dée d’une aubade à la fille et à sa famille, ain­si que des tra­di­tion­nels coups de fusil et de pis­to­let.
Depuis la chris­tia­ni­sa­tion, le mariage est un sacre­ment et les futurs époux doivent com­mu­nier, ce qui les obligent à res­ter à jeun jusqu’à l’issue de la céré­mo­nie. Jusqu’au XIXe siècle exis­tait cepen­dant la tra­di­tion de la col­la­tion dans la sacris­tie ou, en Alsace, celle qui consis­tait à faire man­ger une soupe aux futurs mariés avec la même cuillère en signe d’union.
Le matin qui pré­cède les noces est aus­si le moment où se fait la dis­tri­bu­tion des « livrées », rubans blancs ou de cou­leurs qui per­mettent de dif­fé­ren­cier (« mar­quer ») les per­sonnes invi­tées à la noce, ain­si que les gar­çons et filles d’honneur, les musi­ciens et les che­vaux.
Les « livrées » sont dis­tri­buées par les futurs époux ou les couples d’honneur.

La tenue de la mariée

Le blanc

Le blanc comme cou­leur nup­tiale n’apparaît dans les cam­pagnes qu’à la fin du XIXe siècle, sous la double influence du dogme de l’Immaculée Concep­tion et de la mode des villes que l’on peut se pro­cu­rer grâce aux cata­logues.
Aupa­ra­vant, les robes étaient de cou­leurs (avec une pré­do­mi­nance du rouge et du noir, ce der­nier l’emportant à l’époque roman­tique).

La coiffure

Jusqu’au Moyen Age, la fian­cée était conduite à l’autel les che­veux flot­tants, pour prou­ver sa pure­té.
La cou­ronne est le plus sou­vent pré­sente à toutes les époques et dans toutes les régions. Elle est très impor­tante car elle est le sym­bole d’une royau­té tem­po­raire, comme l’indique le fait que son impo­si­tion passe par une série de rites qui sont de même nature que ceux du cou­ron­ne­ment et de l’abdication d’une reine.

C’est par­fois à la grand-mère ou à la mère, mais le plus sou­vent à la pre­mière fille d’honneur que revient la charge de poser la cou­ronne sur la tête de la future mariée. A la fin de la jour­née, c’est par­fois le mari mais le plus sou­vent les demoi­selles d’honneur qui pro­cèdent au « décou­ron­ne­ment » qui ramène l’épousée au rang de femme ordi­naire.

L’imposition et la dépose de la cou­ronne sont étroi­te­ment asso­ciées aux épingles qui per­mettent de la fixer. La tra­di­tion veut que celles-ci acquièrent un pou­voir magique par contact. Lors de son décou­ron­ne­ment, la mariée offre les pré­cieuses épingles à des femmes mariées à qui elles appor­te­ront le bon­heur et aux jeunes filles à qui elles appor­te­ront un mari.
Le voile long et blanc n’est pas une cou­tume popu­laire fran­çaise indi­gène. Il n’apparaît qu’à la fin du XIXe siècle, sous l’influence des confré­ries des « filles de la Vierge » et en ana­lo­gie au cos­tume que por­taient les femmes de Judée (et donc la mère de Jésus) lors de leur mariage.

En revanche, la cou­tume du « cro­chon », qui consiste à dis­tri­buer des petits bouts de voile porte bon­heur après la céré­mo­nie, est direc­te­ment ins­pi­rée de celle des épingles.

La ceinture

La cein­ture est un élé­ment du cos­tume de noce que l’on retrouve dans toutes les tra­di­tions des pro­vinces fran­çaises et qui concerne autant la fille que le gar­çon. Elle est tra­di­tion­nel­le­ment colo­rée et le nœud qu’elle per­met de faire ren­force magi­que­ment l’union. Jusqu’au début du XXe siècle, la cein­ture nouée était d’ailleurs tout aus­si impor­tante que l’anneau nup­tial.
La pose et la dépose de la cein­ture sont, selon les régions, l’apanage du par­rain ou de la mar­raine, des gar­çons et demoi­selles d’honneur, par­fois des parents ou grands-parents mais, quels que soient les acteurs, c’est l’idée de lien entre les époux, mais aus­si avec les parents et les amis, qui est essen­tielle.
Cette idée de lien et de trans­mis­sion est notam­ment illus­trée en Savoie par l’utilisation de la cein­ture comme attache du ber­ceau du pre­mier né.

Les chaussures

La plu­part des folk­lo­ristes constatent qu’il leur est attri­bué une sym­bo­lique sexuelle et éro­tique. Le sou­lier est signe de subor­di­na­tion, de vas­se­lage et de trans­mis­sion, mais aus­si d’abandon aux dési­rs de l’homme ; se lais­ser déchaus­ser a le même sens que se lais­ser ôter le tablier ou dénouer la cein­ture. Le sou­lier est sou­vent asso­cié à la jar­re­tière ce qui sou­ligne sa dimen­sion éro­tique.
C’est tou­jours au fian­cé d’acheter les chaus­sures de la mariée, comme c’est le cas pour la robe et l’anneau. En Ber­ry, comme dans Cen­drillon, tout le monde essaie le sou­lier à la fian­cée mais seul le fian­cé réus­sit. Dans les régions où le chaus­seur n’est pas le fian­cé lui-même, celui qui chausse la mariée reçoit un bai­ser ou un cadeau.

Dans cer­taines régions, on met du sel ou une pièce de mon­naie dans les chaus­sures de la mariée pour écar­ter le mau­vais œil, la noue­rie des aiguillettes et la sté­ri­li­té.

Dans de nom­breuses régions fran­çaises, il est de tra­di­tion de ten­ter de voler le sou­lier de la mariée, ou de le rem­pla­cer par un sabot. Dans le pre­mier cas, s’emparer du sou­lier de la mariée revient à s’emparer d’elle sym­bo­li­que­ment ; dans le second cas, en rem­pla­çant son sou­lier par un sabot, on l’empêche de « cou­rir », c’est-à-dire d’être infi­dèle à son mari.

L’association à la sexua­li­té est aus­si une asso­cia­tion à la fécon­di­té : dans diverses régions, la mariée doit trem­per l’un de ses sou­liers dans une source par­ti­cu­lière pour être sûre d’avoir un enfant dans l’année.
La cou­tume des trois pièces ou « trois as » date de l’antiquité romaine. La mariée tenait la pre­mière pièce dans sa main et la don­nait au marié. Une deuxième pièce, glis­sée dans la chaus­sure, devait être dépo­sée par la mariée sur l’autel du foyer. La troi­sième pièce devait être jetée dans un car­re­four pour éloi­gner les sor­ti­lèges et les esprits méchants.

Le cortège

Au XIXe siècle, la future mon­tait en croupe sur le che­val de son père pour aller au mariage et fai­sait de même sur le che­val de son mari une fois celui-ci célé­bré. Par­fois, la fian­cée mon­tait seule sur un che­val blanc ou dont la selle était recou­verte d’un drap blanc, que le père condui­sait à l’aller et le mari au retour.
Comme ceux des chars du cor­tège, ce che­val était déco­ré de branches vertes, de fleurs, de rubans et de cocardes.
Depuis le milieu du XIXe siècle, les deux tra­jets s’effectuent à pied, dans un ordon­nan­ce­ment très pré­cis qui varie selon les régions.

Le sys­tème d’agencement le plus répan­du est celui que l’on trouve notam­ment en Ile-de-France : la mariée vient en tête au bras de son père, sui­vi du marié au bras de sa mère, puis des couples d’honneur, des parents et enfin des invi­tés. Au retour, le nou­veau couple est en tête sui­vi par les couples croi­sés des accom­pa­gna­teurs (le père de la mariée avec la mère du marié et inver­se­ment), la suite du cor­tège demeu­rant iden­tique.
Les variantes sont nom­breuses : le marié tout seul en tête avec ses gar­çons d’honneur, puis la mariée avec ses filles d’honneur ; le marié, puis la mariée, cha­cun entre leurs par­rains et mar­raines ; le marié en queue de cor­tège avec sa mère ; la mère de la mariée et le père du marié fer­mant la marche ; les couples âgés au cœur du cor­tège ; un cor­tège par famille qui se rejoignent sur le lieu de la céré­mo­nie ; un cor­tège d’hommes et un autre de femmes ; etc.
Quel que soit l’ordonnancement choi­si, le cor­tège est le plus sou­vent pré­cé­dé d’un ou plu­sieurs musi­ciens dont les ins­tru­ments sont déco­rés et qui béné­fi­cient de dif­fé­rentes pré­ro­ga­tives, comme embras­ser la mariée et pou­voir boire à volon­té.

La place des plantes, des « mais » aux bouquets

Les musi­ciens sont par­fois accom­pa­gnés par des repré­sen­tants de la jeu­nesse (sou­vent un gar­çon et une fille) por­tant des cannes gar­nies de rubans et de clous dorés, des branches ou des « mais » enru­ban­nés et déco­rés.
Il s’agit là d’une sur­vi­vance des den­dro­phores, ces prêtres de l’antiquité qui ouvraient les cor­tèges en por­tant solen­nel­le­ment une branche de pin, l’arbre tou­jours vert sym­bole de la vie. Si le pin est bien pré­sent dans le folk­lore fran­çais, il peut aus­si être rem­pla­cé par du houx, du lau­rier, du roma­rin ou toute autre plante qui demeure tou­jours verte.
Jusqu’au XVIIIe siècle, la mariée et le marié tenaient cha­cun à la main un gros bou­quet, de même que ceux qui fai­saient par­tie des couples d’honneur. Le volume de ces bou­quets était impor­tant car ils étaient offerts par « l’autre par­tie » et jouaient un rôle impor­tant dans le rite d’agrégation qui vise à réunir deux clans. Au fil du temps, le bou­quet n’a plus concer­né que la mariée et a per­du de son volume pour deve­nir qua­si­ment sym­bo­lique lorsqu’il prend la forme d’une fleur (sou­vent d’oranger) à la cein­ture de la mariée et au revers gauche du marié.

La barrière

C’est un rite d’étape tra­duit dans un pas­sage maté­riel. La bar­rière, ou bar­ri­cade, a un rôle très impor­tant car elle fait par­tie de ces étapes ayant pour objet d’amener pro­gres­si­ve­ment, sans rup­ture, les inté­res­sés au but indi­vi­duel et social et au chan­ge­ment de sta­tut que repré­sente le mariage.
On peut trou­ver des bar­rières devant la porte de la mai­son de la fille à l’aller et au retour de la céré­mo­nie, devant le lieu où se célèbre le mariage, devant le cor­tège, etc. La bar­rière peut prendre la forme de bran­chages qu’il faut enjam­ber, d’une corde déco­rée de fleurs et de feuillages, d’un balai et autres objets utiles en tra­vers de la porte, d’un ruban (le plus sou­vent rouge) ten­du au tra­vers du che­min et qu’il faut cou­per ; par­fois, elle est sym­bo­li­sée par une petite table gar­nie de bou­teilles ou la simple pré­sen­ta­tion d’un bou­quet.
La bar­ri­cade (ou ce qui la sym­bo­lise) est conçue et gar­dée par les repré­sen­tants de la jeu­nesse qui veulent retar­der le départ du marié de la socié­té des jeunes vers le monde des adultes et exigent le paie­ment sym­bo­lique d’un « droit » pour effec­tuer ce pas­sage. La nos­tal­gie étant ce qu’elle est, les mariés conservent une trace des bar­rières pas­sées pour accé­der à la socié­té des adultes mariés, sous la forme d’un bout de ruban, d’une fleur, etc.
Lorsque c’est un ruban qui sym­bo­lise la bar­rière à fran­chir, la mariée doit le cou­per en petits mor­ceaux (sou­vent avec des ciseaux émous­sés, pour retar­der le « pas­sage ») qu’elle dis­tri­bue comme « livrées » aux invi­tés qui pour­ront ain­si se recon­naître et empor­ter un porte bon­heur.

La conduite au lieu de célébration

La future est menée au lieu de célé­bra­tion par la per­sonne qui en avait la charge au cours du cor­tège : père, proche parent si le père est décé­dé, par­rain, gar­çons ou demoi­selles d’honneur ou délé­gués des confré­ries de jeunes selon les cas.

La bénédiction et les objets symboliques associés

Le « pal­lium », « poêle » ou « car­ré » était d’un usage géné­ral au Moyen Age, encore très pré­sent dans les célé­bra­tions de mariage au début du XXe siècle. Il s’agit d’un dais, pri­mi­ti­ve­ment des­ti­né à pré­ser­ver le jeune couple des dan­gers « d’en haut », consti­tué d’une étoffe, par­fois pré­cieuse et par­fois simple voile, et ten­du au-des­sus de la tête des époux par les gar­çons et demoi­selles d’honneur ou les par­rains et mar­raines, soit pen­dant toute la céré­mo­nie, soit, le plus sou­vent, seule­ment lors de la béné­dic­tion finale des époux par le célé­brant lors de l’opération dite « vela­tio nup­tia­lis » ou « conju­ga­lis ».

La béné­dic­tion joue un rôle impor­tant dans toutes les célé­bra­tions de mariage. Elle était impé­ra­tive dans la Rome antique et n’a inté­gré les célé­bra­tions chré­tiennes qu’assez tar­di­ve­ment et en tant que cou­tume, aucune loi ecclé­sias­tique n’obligeant les chré­tiens à faire bénir leur mariage.
La béné­dic­tion concerne les nou­veaux mariés mais aus­si dif­fé­rents objets, dont les plus impor­tants sont les anneaux aux­quels elle confère un carac­tère sacré. Les femmes ne doivent d’ailleurs jamais ôter leur alliance, sauf cir­cons­tances excep­tion­nelles, alors que les folk­lo­ristes notent que les hommes n’en rece­vaient pas tou­jours et n’étaient pas obli­gés de le por­ter en rai­son des contraintes du tra­vail.

L’alliance de mariage est aujourd’hui lisse et en or, par­fois en pla­tine, mais des anneaux de fer ont par­fois été uti­li­sés durant la guerre de 1914–1918. Cette règle de l’anneau lisse est un phé­no­mène de mode deve­nu tra­di­tion. Jusqu’à une période récente, l’alliance s’ornait de deux cœurs ou d’un seul (Ven­dée), de mains entre­la­cées (Bre­tagne) ou se com­po­sait d’un fil d’or et d’un fil d’argent tor­dus ensemble (le « teur », cou­rant dans la région de Lou­viers).
C’est l’époux qui met l’anneau au doigt de la mariée, et réci­pro­que­ment lorsque la tra­di­tion veut que l’homme porte aus­si une alliance, ce qui n’a pas été le cas géné­ral dans de nom­breuses régions fran­çaises. La tra­di­tion veut que la mariée recourbe le doigt afin que l’anneau s’arrête à la deuxième pha­lange, afin « d’être la maî­tresse de la mai­son » ou de domi­ner son mari. Il arri­vait que cette cou­tume se tra­duise en véri­table lutte !
Dans plu­sieurs pro­vinces fran­çaises mais aus­si dans les pays ger­ma­niques, scan­di­naves et romans, le célé­brant bénis­sait les anneaux mais aus­si des pièces de mon­naie de cuivre, d’argent ou d’or, remise par l’homme à la femme. Il peut s’agir d’une pièce unique, por­tant par­fois le nom des mariés, ou d’un « trei­zain », soit treize pièces. Ce « denier de mariage » ne sym­bo­lise pas le « mariage par achat » par­fois tou­jours pra­ti­qué hors d’Europe, mais serait plu­tôt une adap­ta­tion par les Francs d’une cou­tume romaine signi­fiant l’engagement du nou­veau marié à faire vivre le foyer.

Après la cérémonie

Le départ du lieu de céré­mo­nie pour la mai­son ou le lieu des fes­ti­vi­tés don­nait tra­di­tion­nel­le­ment lieu à dif­fé­rentes cou­tumes.
La plus vivante est celles des « asper­sions », qui consiste à jeter sur les mariés et l’assistance des grains de blé ou d’autres céréales, le riz étant le plus pré­sent de nos jours. Cette cou­tume est sou­vent inver­sée. Dans ce cas, ce sont les mariés et leurs proches qui jettent sur l’assistance des graines, fruits, dra­gées ou pièces de mon­naie. La signi­fi­ca­tion de ces asper­sions est double. Il s’agit d’une part d’un rite magique visant à assu­rer fécon­di­té et pros­pé­ri­té aux nou­veaux époux, à l’image de la graine qui devient plante et de la plante qui devient nour­ri­ture. Il s’agit éga­le­ment d’un rite « d’agrégation col­lec­tive », le par­tage sym­bo­lique de ce qui fait vivre la com­mu­nau­té étant alors la mani­fes­ta­tion de l’intégration du nou­veau couple dans le groupe qui va désor­mais être le sien.
Après la céré­mo­nie comme avant, ces impor­tantes notions « d’agrégation » à un nou­veau groupe d’adultes et de parents après avoir quit­té la com­mu­nau­té des jeunes se tra­duit par la tra­di­tion des « bar­rages ». Mais ces « fron­tières » n’ont pas les mêmes ori­gines et signi­fi­ca­tions avant et après la céré­mo­nie. Avant la célé­bra­tion, les bar­rières étaient éri­gées et gar­dées par les repré­sen­tants des jeunes qui vou­laient retar­der le départ de deux des leurs. Après la céré­mo­nie, il s’agit plus de signi­fier l’entrée pro­gres­sive dans la com­mu­nau­té des adultes et des parents, ce qu’indique le fait que l’on fasse sou­vent ingé­rer aux mariés et aux invi­tés une soupe épi­cée, proche de « la rôtie » qui leur sera pro­po­sée avant la nuit de noce.
Dans dif­fé­rentes régions, les folk­lo­ristes notent qu’avant de se rendre sur le lieu des fes­ti­vi­tés ou à leur nou­veau domi­cile, les mariés font étape dans un lieu sacré, asso­cié aux forces tel­lu­riques. C’est le cas de nom­breuses cha­pelles construites sur d’anciens lieux de culte païens. C’est aus­si le cas avec des lieux natu­rels non chris­tia­ni­sés, tels que « la pierre des épou­sées » à Fours (Alpes Mari­times), « le désert » à Châ­teau-Thier­ry, les men­hirs, de très nom­breuses sources, des arbres remar­quables, etc.
Bien sûr, après comme avant la céré­mo­nie, les jeunes gens doivent faire le plus de bruit pos­sible pour mani­fes­ter la joie de la com­mu­nau­té, mais aus­si éloi­gner les forces du mal. De nos jours, les klaxons ont rem­pla­cé les coups de pis­to­let et de fusil, même si les chas­seurs sont par­fois mis à contri­bu­tion et si les pétards et feux d’artifice sont bien pré­sents.

La réception des nouveaux mariés

Elle se fai­sait tra­di­tion­nel­le­ment dans la mai­son de la famille de la jeune épouse, mais les contraintes contem­po­raines rendent dif­fi­cile le res­pect de cette cou­tume.

« La bienvenue »

L’arrivée des jeunes époux est mar­quée par « la bien­ve­nue », de vin et d’eau qui doivent être bus dans le même verre, de pain, de sel et par­fois d’œufs qui sont par­ta­gés avant d’être consom­més. Il s’agit clai­re­ment d’une tra­di­tion qui évoque la « confar­re­tio » romaine en usage dans les mariages des patri­ciens seule­ment, dou­blée d’un nou­veau rite d’agrégation au nou­veau groupe d’appartenance.
L’importance de l’agrégation se retrouve dans le par­tage d’une soupe sym­bo­lique qui signi­fie que les per­sonnes qui en ont goû­té ont le droit de par­ti­ci­per au repas de noces consé­cu­tif, comme l’indique le fait que c’est la belle-mère qui offre la soupe à sa bru. Dans cer­taines régions, les folk­lo­ristes notent que cette offrande de soupe se double e la remise d’un balai ou d’un trous­seau de clés.

Le « mai »

Dans dif­fé­rente régions, il est éga­le­ment d’usage de dres­ser dans la cour de la ferme ou se tien­dra le repas de noces un « mai », mat por­tant en son som­met une cou­ronne de feuillage ou une « bou­sine » ou bou­teille pleine d’eau sur laquelle le marié et les « noceux » tire­ront des coups de feu jusqu’à la faire explo­ser et pro­vo­quer une nou­velle asper­sion fécon­da­trice.
Le « mai » est le plus sou­vent entou­ré de fagots qui seront ensuite enflam­més pour un feu de joie.

L’œuf

L’œuf, sym­bole de renais­sance cyclique et de fécon­di­té, est éga­le­ment sou­vent pré­sent dans les tra­di­tions popu­laires fran­çaises.

Le plus sou­vent, le père ou la mère de la mariée met un œuf dans la main de l’époux qui doit le lan­cer par-des­sus le toit de la mai­son tout en tenant la clenche de la porte. S’il fait pas­ser l’œuf par-des­sus le toit, il sera maître dans son ménage. Dans le pays mes­sin, l’œuf est pré­sen­té à la mariée qui doit le jeter par-des­sus son épaule.

Le balai

La pré­sence d’un balai en tra­vers de la porte du domi­cile des nou­veaux mariés est attes­tée dans la qua­si-tota­li­té des régions de France. Cette cou­tume du balai par­ti­cipe du rite d’agrégation. Le balai est un obs­tacle sym­bo­lique de plus à fran­chir pour pas­ser d’un état à un autre, quit­ter une famille pour une autre.

Le balai est par ailleurs mis en tra­vers de la porte pour sym­bo­li­ser les tâches ména­gères que la jeune mariée devra assu­rer et dont elle doit mon­trer qu’elle en est capable en uti­li­sant le balai aus­si­tôt après l’avoir enle­vé du seuil pour entrer dans son nou­veau domi­cile. Selon les régions, le balai pou­vait être accom­pa­gné d’une que­nouille, d’un seau, d’une mar­mite, voire même d’un ber­ceau mais, quels que soient les objets dépo­sés sur le seuil, ils doivent tous être ramas­sés et ran­gés, le fait de les enjam­ber por­tant mal­heur.

Le repas de noce

Le lieu de repas

Il était rare que le repas se tienne dans la mai­son de l’une ou l’autre des familles, faute de place, et ce sont le plus sou­vent les granges qui étaient uti­li­sées.
En été, le fes­tin se tenait sur l’ère de bat­tage ou sous des tentes. Lorsque le repas se tenait en plein air, il arri­vait que l’on creuse des tran­chées au bord des­quelles s’asseyaient les invi­tés ; dans ce cas, il n’y avait pas de table et cha­cun posait son écuelle sur sa cuisse.

Il exis­tait aus­si des amé­na­ge­ments moins rus­tiques, consis­tant à plan­ter des piquets dans le sol et à clouer des planches des­sus pour faire des bancs, puis à fixer des échelles hori­zon­ta­le­ment sur d’autres piquets plus hauts pour en faire des tables après les avoir recou­vertes de planches et napées de draps.

La décoration

Lorsque que le repas se tenait dans une grange, celle-ci était déco­rée de feuillages et de draps blancs sur les­quels on épin­glait des fleurs et bran­chages.
Quel que soit le lieu choi­si pour le repas, la déco­ra­tion donne tou­jours une place impor­tante aux cou­ronnes de fleurs, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à « la belle cou­ronne » que l’on sus­pend au-des­sus de la tête de la mariée ou que l’on fixe ver­ti­ca­le­ment sur un drap der­rière elle.
Cette cou­tume de la cou­ronne a dis­pa­ru dans la plu­part des régions au XIXe siècle, au pro­fit d’un gros bou­quet qui est, lui aus­si, sus­pen­du au-des­sus de la mariée ou ins­tal­lé près d’elle.

L’organisation des tables

La règle géné­rale est qu’il y ait une « table d’honneur » à laquelle figurent les mariés et leurs parents, les gar­çons et filles d’honneur et les nota­bi­li­tés. Mais les mariés étaient géné­ra­le­ment sépa­rés et non à côté, gar­çons et filles d’honneur ayant pour objec­tif de les empê­cher de se rap­pro­cher, tou­jours pour sym­bo­li­ser le dif­fi­cile pas­sage de la com­mu­nau­té des jeunes à celle des époux et parents.
Per­pen­di­cu­lai­re­ment à cette table, deux autres sont ins­tal­lées pour for­mer un « U ». Celle de droite est réser­vée aux « vieux » et celle de gauche aux « jeunes ».

Le repas

Dans le folk­lore fran­çais, la règle de base était que le repas de noce ne com­prenne pas les ali­ments des « jours ouvrables », notam­ment les pommes de terre (mais par­fois tous les légumes) et que l’on pri­vi­lé­gie les ali­ments car­nés, qu’il s’agisse de gibier ou de viande d’élevage. Le pain de ménage est rem­pla­cé par du pain blanc et, dans toutes les pro­vinces fran­çaises on sert aux convives de nom­breux mets sucrés.

Côté liquides, il est d’usage de ser­vir les invi­tés jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus…

Les noces pay­sannes réunis­sant sou­vent plus d’une cen­taine de per­sonnes, leur coût était très éle­vé, ce qui conduit à cher­cher à expli­quer de telles dépenses : cer­tains eth­no­graphes ont vu dans ces fêtes l’équivalent du « pot­latch » des indiens d’Amérique qui consiste à redis­tri­buer pério­di­que­ment les richesses accu­mu­lées pour main­te­nir la cohé­sion du groupe ; mais d’autres sou­lignent qu’organiser un très grand mariage (jusqu’à 800 per­sonnes en Bre­tagne au XIXe siècle) est aus­si une affaire com­mer­ciale, les invi­tés étant tenus de ver­ser leur écot aux mariés et à leurs parents.

Les rites magiques durant le repas

L’envol des oiseaux

Jusqu’au XIXe siècle, le début du repas était très sou­vent mar­qué par la remise à la mariée d’un cof­fret, d’une sou­pière ou d’un panier conte­nant des pigeons ou des colombes qui s’envolaient dès que l’on en sou­le­vait le cou­vercle.

La signi­fi­ca­tion de cette cou­tume est mul­tiple : perte de la liber­té ou de la vir­gi­ni­té, éloi­gne­ment des amis d’enfance, envol vers un nou­veau nid…

Le vol du soulier

Le vol du sou­lier de la mariée est une cou­tume que l’on retrouve dans dif­fé­rentes régions fran­çaises. Il est le fait des jeunes qui mani­festent ain­si leur sou­hait que la mariée ne quitte pas leur com­mu­nau­té.

La jarretière

Pour cer­tains auteurs, les rites liés à la jar­re­tière de la mariée serait une sur­vi­vance des noces grecques et romaines, où la jeune mariée por­tait une tunique échan­crée lais­sant voir une jar­re­tière ornée de pierres pré­cieuses et de perles qu’elle dépo­sait sur l’autel de Juno Pro­nu­ba. Pour d’autres, les mariées grecques et romaines ne por­taient qu’un ban­deau ou un fil rouge autour du cou pour se pré­ser­ver du mau­vais esprit. Cette pré­cau­tion est tou­jours en vigueur dans les pays musul­mans, mais c’est un fil bleu qui est uti­li­sé.
S’il n’est pas cer­tain que l’actuelle jar­re­tière soit une sur­vi­vance de ces rites antiques, il est en revanche clair que le rite du vol ou de la vente aux enchères de la jar­re­tière dans le folk­lore fran­çais a une signi­fi­ca­tion magique en plus d’une signi­fi­ca­tion éro­tique évi­dente. En effet, dans le cas du vol (évi­dem­ment simu­lé), la jar­re­tière est décou­pée en petits mor­ceaux qui sont remis aux convives et, lorsque la jar­re­tière devient la pos­ses­sion de celui qui l’a ache­té aux enchères, c’est un ruban qui la sym­bo­lise qui est décou­pé. Cette dis­tri­bu­tion d’éléments ayant été au contact de la peau d’une jeune fille qui vient juste de se marier a un carac­tère hau­te­ment magique, comme la dis­tri­bu­tion des épingles du voile de la mariée aux demoi­selles d’honneur, le par­tage dudit voile, le don de sa cou­ronne, etc.

Le bris de vaisselle et de verrerie

L’idée selon laquelle cas­ser un usten­sile qui sert à man­ger et à boire porte bon­heur est très répan­due. C’est géné­ra­le­ment en fin de repas que les mariés cassent de façon volon­taire des assiettes ou des verres (tou­jours blancs), mis­sion qui est par­fois confié à un gar­çon d’honneur qui fait sem­blant de tré­bu­cher en appor­tant un verre sur une assiette à la mariée.
Ce rite porte bon­heur a éga­le­ment un aspect divi­na­toire, le nombre de mor­ceaux de l’objet cas­sé étant uti­li­sé pour pré­dire le nombre d’enfants du jeune couple.

La présentation et la distribution du gâteau de noces

L’arrivée du gâteau dans la salle du fes­tin, puis son par­tage entre les convives est, depuis très long­temps, le point culmi­nant d’un moment de « com­mu­nion ali­men­taire fami­liale et sociale » que l’on retrouve dans toutes les régions de France.
Au fil du temps, les gâteaux régio­naux ont pro­gres­si­ve­ment lais­sé la place à la désor­mais tra­di­tion­nelle pièce mon­tée, tou­jours sur­mon­tée de figu­rines repré­sen­tant les mariés, et dont les choux qui la com­posent doivent être scru­pu­leu­se­ment par­ta­gés.

Du bal à la nuit de noce

Le bal de noces

Si le bal était obli­ga­toire dans tous les mariages de l’ancienne France, il arri­vait sou­vent qu’il se déroule sans musi­ciens, l’assistance les rem­pla­çant (« menant le branle ») par ses chants ou des accom­pa­gne­ments vocaux sans paroles.
La règle géné­rale en France est que c’est la mariée qui doit ouvrir le bal, par­fois avec son mari, d’autres fois avec son père, le pre­mier gar­çon d’honneur ou le gagnant d’une des com­pé­ti­tions qui ont accom­pa­gné la fête.
La mariée se doit éga­le­ment de faire un tour de danse avec cha­cun des invi­tés impor­tants et accep­ter de se faire embras­ser.

L’escapade des mariés

Tout au long du bal, gar­çons et demoi­selles d’honneur empêchent les jeunes mariés de se retrou­ver, à la fois pour retar­der leur pas­sage dans la com­mu­nau­té des parents et pour « amu­ser la gale­rie », voire obte­nir quelques pièces en échange d’un peu de tran­quilli­té. Ce contexte fait que les jeunes époux doivent « s’échapper ».
Lorsque les mariés ne quittent pas la noce ensemble et subrep­ti­ce­ment, leur départ vers le lieu de leur nuit de noce est très solen­nel. Il se fait en cor­tège en par­tant de « bûchers du soir », sem­blables à ceux qui sont allu­més pour le sol­stice d’été (les « johan­nées », par allu­sion à la Saint Jean) et en sui­vant un che­mi­ne­ment illu­mi­né par des lan­ternes.

La nuit de noce

Dans l’aristocratie mais aus­si la pay­san­ne­rie, la cou­tume consis­tant à sépa­rer les jeunes époux pen­dant les 3 pre­mières nuits de leur mariage semble avoir été assez res­pec­tée au XIXe siècle en France, selon Van Gen­nep. Il s’agissait tout à la fois de per­mettre un pas­sage pro­gres­sif d’un état à un autre (les jeunes empêchent les mariés de se retrou­ver dans l’intimité) et de res­pec­ter « les nuits de Tobie » (Tobie n’aurait hono­ré Sarah qu’après 3 nuits de prière).

L’institution des « nuits de chas­te­té », lorsqu’elle existe, reporte à plus tard cer­taines scènes typiques du scé­na­rio matri­mo­nial : désha­billage de la mariée et pré­pa­ra­tion pour la nuit par les demoi­selles d’honneur, par­fois preuves de sa vir­gi­ni­té, apport de la « rôtie » consom­mée avec les gar­çons et demoi­selles d’honneur et, enfin, départ rituel des invi­tés…
Le rituel de la « rôtie » était pré­sent dans toutes les régions de France jusqu’au milieu du XXe siècle où il a pro­gres­si­ve­ment dis­pa­ru à la suite de plaintes en jus­tices éma­nant de per­sonnes qui y voyaient de l’indécence, alors que cette cou­tume a sim­ple­ment pour objet de prou­ver à la com­mu­nau­té que les mariés sont bien pas­sés de l’état de jeunes gens à celui d’adultes et futurs parents.
Le scé­na­rio est pra­ti­que­ment tou­jours le même. Pen­dant le repas ou le bal, les mariés s’éclipsent et les convives font sem­blant de ne s’en aper­ce­voir que deux heures envi­ron après leur départ. Puis la jeu­nesse s’organise en bandes pour cher­cher l’endroit où se sont réfu­giés les mariés. Lorsque la chambre nup­tiale est décou­verte, tout le cor­tège y entre, bous­cule par­fois les mariés, défait le lit et autres débor­de­ments qui expliquent les cri­tiques dont fut l’objet cette tra­di­tion. Les mariés doivent ensuite ingur­gi­ter ou au moins goû­ter la rôtie, sorte de soupe très épi­cée conte­nant par­fois de l’alcool. Les gar­çons et demoi­selles d’honneur goûtent ensuite à cette mix­ture qui por­te­ra bon­heur à ceux qui veulent se marier.
Par­mi les dérives de la rôtie, on note l’habitude prise dans cer­taines cam­pagnes de rem­pla­cer la soupe épi­cée par un mélange de cho­co­lat, de vin blanc et de papier ser­vi dans un pot de chambre… Même si cer­tains eth­no­logues y ont vu un ava­tar d’un sys­tème magique avé­ré consis­tant à ingur­gi­ter ses propres déjec­tions pour écar­ter le mau­vais œil, il semble bien que cette évo­lu­tion regret­table n’ait que la bêtise et la perte de sens pour rai­sons.
Quoi qu’il en soit, ces rituels, pré­sents sous diverses formes dans toutes les civi­li­sa­tions, indiquent que la perte de la vir­gi­ni­té ne suf­fit pas à faire pas­ser une femme de la caté­go­rie des jeunes filles à celle des femmes et futures mères. La preuve en est que, contrai­re­ment à ce qui est sou­vent pen­sé, la recherche de traces de sang sur les draps et l’exposition de ces der­niers est plus une légende qu’autre chose, du moins en France et en Europe. Ce qui importe n’est ni la vir­gi­ni­té de la future mariée ni sa déflo­ra­tion par son mari, mais que ce pas­sage de la socié­té des jeunes à celle des adultes soit socia­li­sé, comme l’est éga­le­ment le pas­sage de l’enfance à l’adolescence ou la période des fian­çailles. Van Gen­nep sou­ligne que « le mariage est en fait une ini­tia­tion, non seule­ment à l’amour, puis à la mater­ni­té, mais aus­si à un nou­vel état fami­lial et social qui com­porte des droits et des devoirs, eux aus­si nou­veaux ».

L’après mariage

Le pas­sage d’un monde ou d’un sta­tut à un autre implique des degrés mon­tants jusqu’à la céré­mo­nie, puis des degrés des­cen­dants.
Les rites de len­de­main de noces, ou rites « post­li­mi­naires », qui peuvent par­fois s’étendre sur une semaine ou plus, ont pour objec­tif de ren­for­cer tout ce qui a été exé­cu­té pré­cé­dem­ment.

On retrouve un sché­ma com­mun dans la plu­part des régions de France. Après la « rôtie », les invi­tés reprennent la fête jusqu’à l’aube, moment où leur est ser­vie la célèbre soupe à l’oignon. Après un court temps de som­meil, les mariés retrouvent les noceux pour assis­ter à une messe ou une céré­mo­nie en hom­mage aux morts des deux familles, moment impor­tant dans la mesure où il sou­ligne l’importance de la lignée et ren­force l’union des deux socié­tés fami­liales dont sont issus les mariés. Van Gen­nep sou­ligne que, par ce rituel, dis­pa­ru après la Pre­mière Guerre mon­diale, « cha­cun des mariés est solen­nel­le­ment inté­gré dans la paren­té illi­mi­tée de l’autre ». Il convient de noter que si cette « messe aux morts » a dis­pa­ru le len­de­main du mariage, la mémoire des anciens est encore assez sou­vent évo­quée, soit lors de la céré­mo­nie de mariage, soit pen­dant le ban­quet.
Dans dif­fé­rentes régions, la fin de mati­née est consa­crée à une pro­me­nade en cor­tège, à pied ou en char, en tenue de ville ou dégui­sé, mais tou­jours les mariés en tête, dans les alen­tours du lieu où s’est tenue la noce. Il s’agit de relan­cer la fête mais aus­si, pour celui des deux époux qui n’est pas ori­gi­naire de la région, de faire connais­sance avec les hommes et les femmes qui y vivent, de se faire accep­ter par toute une com­mu­nau­té.
Le déjeu­ner qui suit est un « degré des­cen­dant » en même temps qu’une façon de bien trai­ter ceux qui ont fait un long che­min. Il était tra­di­tion­nel­le­ment réa­li­sé avec les restes du dîner, aux­quels s’ajoutaient par­fois des vic­tuailles quê­tées de mai­son en mai­son lors du « cor­tège de ter­mi­nai­son » mati­nal. L’ambiance est beau­coup moins pro­to­co­laire, le seul céré­mo­nial étant, outre l’évocation éven­tuelle des morts, la béné­dic­tion du nou­veau couple par le père du marié.
A l’issue du repas, il est de cou­tume de ne pas lais­ser repar­tir les invi­tés les mains vides et de leur don­ner une part d’une brioche géante, spé­ci­fi­que­ment confec­tion­née, qu’ils par­ta­ge­ront avec ceux qui n’étaient pas à la noce une fois de retour chez eux. Au-delà de la poli­tesse on a clai­re­ment affaire à une appli­ca­tion du pro­cé­dé dit du « cro­chon » ou « de la part pour le tout », c’est-à-dire à un rite de par­ti­ci­pa­tion sociale à dis­tance.
Le pre­mier ou le second dimanche après les noces avait lieu le « retour » ou les « répé­tailles ». Ces noms dési­gnent un nou­veau repas qui réunit les proches parents des mariés ain­si que les gar­çons et demoi­selles d’honneur, mais dont le coût était cette fois sup­por­té par le jeune couple. Il y avait dans cette pra­tique une dimen­sion éco­no­mique claire (rendre sym­bo­li­que­ment ce que l’on a reçu), mais aus­si un sym­bole de l’intégration des jeunes mariés dans la socié­té des adultes et des parents. Lorsque le voyage de noce a fait son appa­ri­tion, il n’a pas fait dis­pa­raître le « retour », mais l’a sim­ple­ment repor­té après l’escapade des nou­veaux mariés.

Source : Manuel de folk­lore fran­çais contem­po­rain, par Arnold Van Gen­nep, 1943, réédi­tion Robert Laf­font, coll. Bou­quins, 1999