L’Europe est morte… Vive l’Europe !

L’Europe est morte... Vive l’Europe !

L’Europe est morte… Vive l’Europe !

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Dans mon précédent essai, j’ai précisé qu’il ne fallait pas sous-estimer les postures de ceux qui interpellent à la marge notre destin européen (1), qu’il s’agisse d’Alexis Tsipras dans l’instrumentalisation de la crise grecque, de Vladimir Poutine au contact de notre limes oriental et du nœud eurasien, et des réseaux Daesh – Al Qu’aida et leurs commanditaires sur le terrain de la contagion djihadiste. Tous ont obtenu finalement ce qu’ils souhaitaient. Ils ont osé, ils ont gagné ! Par Xavier Guilhou

Pour­tant nous avons l’impression de l’inverse en écou­tant nos médias et nos diri­geants. Com­me dans tou­te for­me d’expression du pou­voir, la pro­pa­gan­de prend tou­jours le des­sus sur les ten­ta­ti­ves de ratio­na­li­sa­tion et de cla­ri­fi­ca­tion des situa­tions auprès des opi­nions publi­ques. C’est ce que nous vivons depuis plu­sieurs mois avec ces suc­ces­sions de com­mu­ni­qués vic­to­rieux et ces focus média­ti­ques biai­sés qui finis­sent par occul­ter les véri­ta­bles ren­dez-vous stra­té­gi­ques qui sont devant nous (2).

Cer­tes, nous avons connu des pério­des plus agi­tées en la matiè­re. Pour autant, cet­te dés­in­for­ma­tion ambian­te (3) ne fait que nous enfer­mer dans des piè­ges redou­ta­bles, notam­ment pour l’avenir de nos socié­tés euro­péen­nes.

De tou­tes les tri­bu­la­tions de ces der­niers mois, il ne faut rete­nir que trois cho­ses :

1°) L’urgence est deve­nue rei­ne dans le pilo­ta­ge de tous les évè­ne­ments, qu’il s’agisse de Char­lie (4), de la Grè­ce, des migrants. Une cri­se en chas­sant une autre, il n’y a plus aucu­ne hié­rar­chi­sa­tion ni prio­ri­sa­tion des enjeux… Tout le mon­de, diri­geants et médias, avec leurs cor­tè­ges de « spins doc­tors », court der­riè­re l’évènement. Il n’y a plus d’anticipation stra­té­gi­que !

2°) Tsi­pras, Pou­ti­ne et Dae­sh ont d’ores et déjà gagné sur le plan tac­ti­que, avec pour le pre­mier l’obtention d’un chè­que sup­plé­men­tai­re de 80 mil­liards d’euros, pour le second la mise en œuvre d’un pro­ces­sus sépa­ra­tis­te sur l’Ukraine, et pour le troi­siè­me l’exportation de la ques­tion des réfu­giés ira­kiens et syriens sur le ter­rain euro­péen avec la bien­veillan­ce de leurs inter­mé­diai­res turcs et de leurs maî­tres d’ouvrage saou­diens (5). Ne sou­rions pas trop vite, les trois ont l’intention d’aller beau­coup plus loin sur le plan stra­té­gi­que. Le Grexit n’est pas clôt comp­te tenu de la situa­tion dans les Bal­kans. Pou­ti­ne manœu­vre en sou­ples­se, com­me pour la Cri­mée, afin de pren­dre le pilo­ta­ge d’une sor­tie de cri­se en Syrie, pro­fi­tant de la fin du man­dat d’Obama, afin de mieux contrô­ler le nœud eur­asien. Quant à Dae­sh, la pri­se de Damas et de Bag­dad, voi­re la conquê­te d’un débou­ché mari­ti­me sur le lit­to­ral médi­ter­ra­néen, res­te tou­jours à l’ordre du jour. Il n’est pas inter­dit de pen­ser que cela puis­se aller jusqu’à une éli­mi­na­tion de son « maî­tre d’ouvrage » saou­dien afin d’assoir à moyen ter­me la pri­mau­té du cali­fat sur la com­mu­nau­té sun­ni­te. Les cahiers des char­ges s’inscrivent dans un temps long alors que nos ges­ti­cu­la­tions sha­kes­pea­rien­nes génè­rent « beau­coup de bruits pour rien » et ne durent que le temps des brè­ves de l’actualité !

3°) L’Europe, cel­le issue du trai­té de l’Elysée, est en train de mou­rir de ses divi­sions inter­nes, de son impuis­san­ce et de son absen­ce de vision par­ta­gée sur son des­tin. L’Europe de Jean Monet et de Robert Schu­man est plus que mori­bon­de… L’Europe se meurt… Et l’Allemagne pré­pa­re ses funé­railles !

L’Europe est désormais allemande

Le cou­ple fran­co-alle­mand, un peu plus ébran­lé lors de cha­que cri­se, ne peut plus cacher aujourd’hui cet­te frac­tu­re qui devient de plus en plus expli­ci­te entre deux Euro­pe : cel­le incar­née par la domi­na­tion alle­man­de et cel­le fra­gi­li­sée par les det­tes et défi­cits publics insou­te­na­bles des pays médi­ter­ra­néens (caté­go­rie à laquel­le appar­tient la Fran­ce qu’on le veuille ou non). Cet­te frac­tu­re majeu­re ne se suf­fi­sant pas à elle-même, il faut ajou­ter la mena­ce sis­mi­que intro­dui­te par les Bri­tan­ni­ques avec la pers­pec­ti­ve d’un Brexit en 2016. Quel que soit le résul­tat de ce réfé­ren­dum, il ne pour­ra que por­ter un coup fatal aux ins­ti­tu­tions de Bruxel­les. Et si le Brexit est vali­dé par les urnes, il ne fera que scel­ler l’acte de décès de l’Europe des pères fon­da­teurs. Autant le Grexit consti­tuait une mena­ce par le bas, notam­ment pour l’Euro via la ques­tion des det­tes, autant le Brexit consti­tue une mena­ce par le haut autre­ment plus dan­ge­reu­se avec une remi­se en cau­se sur le fond de la légi­ti­mi­té du pro­ces­sus euro­péen. N’oublions pas que le poids poli­ti­que, éco­no­mi­que et finan­cier du Royau­me-Uni est autre cho­se que celui de la Grè­ce.

Cer­tes l’Europe en a vu d’autres et s’est for­gée fina­le­ment de cri­se en cri­se, mais actuel­le­ment nous som­mes confron­tés depuis quel­ques mois à une cri­se exis­ten­tiel­le. Il ne s’agit pas d’une cri­se tech­ni­que. Par ailleurs, il faut être conscient que tout ce caphar­naüm se joue avec en arriè­re-plan des pro­ces­sus pro­fonds de décons­truc­tion de nos valeurs chré­tien­nes, de déman­tè­le­ment de nos fac­teurs de com­pé­ti­ti­vi­té (6) et d’autodestruction de nos réfé­ren­tiels civi­li­sa­tion­nels, ce qui nuit à la robus­tes­se et à la capa­ci­té de rési­lien­ce du pro­ces­sus euro­péen.

Dans les faits, l’Europe qui émer­ge depuis six mois n’a plus rien à voir avec cel­le du « plus jamais ça ». Désor­mais, il est pré­fé­ra­ble de par­ler du des­tin de l’Allemagne et de son Mit­te­leu­ro­pa, que de celui de l’Europe. Il s’exprime de façon de plus en plus expli­ci­te au tra­vers du per­son­na­ge lis­se et « léthar­go­cra­te » (7) d’Angela Mer­kel. Cer­tes, l’Allemagne doit fai­re face à la bru­ta­li­té du stress grec, qui a confié à une escoua­de de trots­kis­tes déter­mi­nés le soin de racket­ter une fois de plus les Euro­péens. Elle doit anti­ci­per le jeu sub­til rus­se, notam­ment sur le plan de sa dépen­dan­ce éner­gé­ti­que. Elle doit conte­nir au Sud l’instabilité des Bal­kans et à l’Est l’intransigeance de son gla­cis qui, des pays bal­tes à l’Ukraine, n’arrête pas de jouer un dou­ble-jeu entre Ber­lin et Washing­ton pour obte­nir tou­jours plus de garan­ties sécu­ri­tai­res et finan­ciè­res (8). Mais tout ceci est dans les gènes de l’histoire alle­man­de, cel­le du Saint empi­re romain ger­ma­ni­que et des Rei­ch suc­ces­sifs (9). « Chas­sez le natu­rel, il revient au galop » (10), dixit le dic­ton popu­lai­re. Il en est de même sur le plan de l’histoire : igno­rez les pul­sions des peu­ples et elles frap­pe­ront à vos por­tes.

Bien enten­du, la bien­séan­ce qui règne dans nos socié­tés étri­quées et apeu­rées inter­dit de pen­ser ain­si. Pour­tant nous n’en som­mes qu’au tout début et l’Allemagne n’a pas fini de nous sur­pren­dre sur le plan his­to­ri­que. C’est ce que les Fran­çais n’ont tou­jours pas com­pris depuis Mit­ter­rand face à l’Ostpolitik de Kohl au moment de la chu­te du Mur. Ce n’est pas le cas des Bri­tan­ni­ques qui ne ces­sent d’anticiper, avec les suc­ces­seurs de Mada­me That­cher, le retour d’une real­po­li­tik qua­si bis­mar­ckien­ne des éli­tes alle­man­des ain­si que le réveil des vieilles allian­ces secrè­tes du Gotha euro­péen (11). C’est ce que crai­gnent éga­le­ment les conseillers les plus avi­sés à Washing­ton, il suf­fit d’écouter la der­niè­re inter­ven­tion de Geor­ges Fried­man au Chi­ca­go Coun­cil on Glo­bal Affairs (12).

Le monde interpelle l’Allemagne sur son avenir européen

Le mon­de inter­pel­le l’Allemagne sur son ave­nir euro­péen. Cré­dit : Be Good via Shu­ter­sto­ck

Le monde interpelle l’Allemagne sur son avenir européen

Cet­te recon­fi­gu­ra­tion des jeux d’acteurs au sein de l’Europe est nor­ma­le. Elle répond, au-delà des urgen­ces du moment qui éprou­vent sa soli­da­ri­té, sa cohé­sion et son lea­der­ship, à des mou­ve­ments de fond géos­tra­té­gi­ques que plus per­son­ne ne peut désor­mais igno­rer.

Le pre­mier chan­ge­ment majeur est géné­ré depuis 2009 par la poli­ti­que étran­gè­re d’Obama, face à l’inexorable ascen­sion de la Chi­ne, qui conduit les Etats-Unis à repo­si­tion­ner une très gran­de par­tie de leurs inté­rêts sur le Paci­fi­que nord. Cer­tes, les Etats-Unis ne remet­tent pas en cau­se pour autant leur domi­na­tion sur l’Atlantique nord. Mais cela se tra­duit par un désen­ga­ge­ment pro­gres­sif et signi­fi­ca­tif du Pro­che et Moyen-Orient et par le retour d’une poli­ti­que qua­si pro­tec­tion­nis­te sur le conti­nent amé­ri­cain (13). Per­son­ne ne peut fina­le­ment repro­cher aux Amé­ri­cains de met­tre un ter­me à 15 années d’aventures mili­tai­res entre Kaboul et Bag­dad où des « boys » sont morts pour un résul­tat ambi­gu. L’Amérique ne sait tou­jours pas si elle a gagné ou per­du les guer­res d’Irak et d’Afghanistan…

En revan­che, elle a com­pris que l’engagement à ses côtés des Euro­péens (hors les Bri­tan­ni­ques qui ont payé le prix fort) a été rela­tif et qu’elle ne peut plus por­ter à bout de bras, en plus de son des­tin, celui de ces vieux pays qui n’ont plus envie d’assumer leurs res­pon­sa­bi­li­tés sur le plan inter­na­tio­nal.

De cet­te stra­té­gie décou­le deux effets des­truc­teurs pour l’Europe. Il y a tout d’abord l’abandon de ce rôle de régu­la­teur que les Amé­ri­cains assu­maient sur le Pro­che et Moyen-Orient, et qui incons­ciem­ment, voi­re consciem­ment pour cer­tains, nous arran­geait bien… C’est le cas notam­ment avec la dédia­bo­li­sa­tion de l’Iran et la fin de leur sou­tien à l’Arabie saou­di­te (14).

Ensui­te, il y a la néces­si­té pour les Etats-Unis de ver­rouiller pour les pro­chai­nes décen­nies les deux espa­ces stra­té­gi­ques que consti­tuent sur le plan du com­mer­ce mon­dial les deux débou­chés mari­ti­mes de l’Europe du Nord et de l’Asie du Sud-Est (15). Le contrô­le de ces deux débou­chés est vital pour main­te­nir leur lea­der­ship mon­dial. Tel est l’enjeu de la signa­tu­re des deux trai­tés de libre échan­ge, TTIP (16) et TPP (17) qui se négo­cient actuel­le­ment dans l’opacité la plus tota­le sans aucu­ne consul­ta­tion des peu­ples concer­nés. Le dos­sier ira­nien et la signa­tu­re de ces par­te­na­riats sont les deux obses­sions d’Obama pour essayer de ter­mi­ner en beau­té son man­dat.

Mais en aban­don­nant ce théâ­tre du Pro­che et Moyen-Orient au pro­fit du Paci­fi­que nord, les Etats-Unis lais­sent der­riè­re eux une mul­ti­tu­de de boî­tes de Pan­do­re meur­triè­res. Seuls David Came­ron et Vla­di­mir Pou­ti­ne ont com­pris la natu­re et l’importance des consé­quen­ces sous-jacen­tes, notam­ment pour le conti­nent euro­péen. Il suf­fit sim­ple­ment de consi­dé­rer les chaos libyen et syrien pour mesu­rer le niveau des désas­tres diplo­ma­ti­ques et sécu­ri­tai­res engen­drés face à des contex­tes régio­naux qui auraient pu et dû être trai­tés avec beau­coup plus de sub­ti­li­té et d’intelligence.

Les résul­tats sont d’ores et déjà catas­tro­phi­ques sur les pour­tours de la Médi­ter­ra­née orien­ta­le et leurs effets seront dura­bles. Ces chaos génè­rent pour le moment des pous­sées migra­toi­res vers l’eldorado euro­péen, dont nous ne mesu­rons pas enco­re l’ampleur. Elles sont faci­li­tées par ces trous noirs que nous avons contri­bué à ins­tal­ler au sein du mon­de ara­bo-musul­man avec la créa­tion de zones de non droit abso­lu où tou­tes les for­mes de maf­fio­si­tés et de cri­mi­na­li­tés les plus abjec­tes règnent. Il en est de même pour la Rus­sie sur son flanc sud qui ne ces­se de payer un prix très éle­vé face au dji­ha­dis­me cau­ca­sien. Cet aban­don de pou­voir des Etats-Unis pour ne conser­ver qu’un ver­nis de puis­san­ce face à la Chi­ne est lourd de consé­quen­ces. Le résul­tat des pro­chai­nes élec­tions amé­ri­cai­nes sera cru­cial pour savoir si le corps poli­ti­que se replie sur ses inté­rêts immé­diats en ter­mes de « busi­ness » et s’il confir­me cet aban­don incar­né par Oba­ma. Cela signi­fie aus­si pour les Euro­péens qu’ils ne devront comp­ter que sur eux-mêmes. Très rapi­de­ment, cet­te ques­tion majeu­re de notre des­ti­née euro­péen­ne va s’inviter dans les deux pro­chai­nes élec­tions de 2017 en Alle­ma­gne et en Fran­ce… C’est ce qu’ont com­pris les Alle­mands avec la Grè­ce et les migrants… C’est ce que n’ont tou­jours pas com­pris les Fran­çais qui pra­ti­quent allè­gre­ment le déni de réa­li­té !

Le second mou­ve­ment de fond est géné­ré par les BRICS (18) sous l’impulsion de la Rus­sie, mais aus­si plus dis­crè­te­ment de la Chi­ne et de l’Inde qui ont des véri­ta­bles visions pour le pro­chain demi-siè­cle. Tous ces pays dits émer­gents ont enga­gé depuis une bon­ne décen­nie des opé­ra­tions consi­dé­ra­bles pour repren­dre, entre autres, le contrô­le des grands flux éco­no­mi­ques du conti­nent euro-ara­bo-afri­cain au tra­vers de trois actions majeu­res, notam­ment en ter­mes d’infrastructures, ain­si qu’en ter­mes d’IDE (inves­tis­se­ments directs étran­gers), pour redy­na­mi­ser la rou­te de la soie, la rou­te des Indes ain­si que le conti­nent afri­cain (19). De cet­te stra­té­gie émer­gent des négo­cia­tions croi­sées, mais sans les Occi­den­taux, via de mul­ti­ples pla­te­for­mes (20) ou via de nou­vel­les for­mes d’alliances avec entre autres la Tur­quie, l’Iran et l’Egypte qui devien­nent les nou­veaux pivots stra­té­gi­ques du Pro­che et Moyen-Orient (21).

Nous som­mes de fait confron­tés au retour des puis­san­ces cen­tra­les qui pro­fi­tent du vide lais­sé par l’administration d’Obama pour s’imposer de plus en plus com­me régu­la­tri­ces des jeux inter­na­tio­naux. Ce retour des puis­san­ces cen­tra­les se tra­duit en pre­mier lieu par une volon­té de « dédol­la­ri­ser » les échan­ges mon­diaux. Ceci expli­que pour­quoi cer­tains lob­bies amé­ri­cains sont aus­si déter­mi­nés à éli­mi­ner Vla­di­mir Pou­ti­ne de la scè­ne inter­na­tio­na­le en tant qu’instigateur d’une dyna­mi­que tota­le­ment inac­cep­ta­ble pour les cer­cles du pou­voir à Washing­ton et les finan­ciers de Wall Street.

Le troi­siè­me chan­ge­ment géos­tra­té­gi­que est dimen­sion­né par l’ouverture des rou­tes mari­ti­mes sur le Pôle Nord, le dou­ble­ment des pas­sa­ges sur l’espace Caraï­bes (Pana­ma et Nica­ra­gua) (22) et la réno­va­tion du canal de Suez (23). Ces nou­vel­les rou­tes mari­ti­mes sont déjà en train de modi­fier en pro­fon­deur les jeux d’acteurs sur l’hémisphère nord et à ter­me sur l’Océan indien. De fait, les Etats-Unis vont avoir de plus en plus de mal à mar­gi­na­li­ser ou à conte­nir ceux qui sont concer­nés par ces oppor­tu­ni­tés his­to­ri­ques. Cer­tes les Amé­ri­cains peu­vent don­ner enco­re l’illusion, avec l’arme du dol­lar, qu’ils maî­tri­sent les grands flux moné­tai­res, et que tout est ver­rouillé grâ­ce à leur puis­san­ce mili­tai­re en ter­mes de pro­jec­tion de for­ces aéro­na­va­les, à leur maî­tri­se de la stra­to­sphè­re et à leur contrô­le abso­lu des sys­tè­mes d’information. Mais il ne faut pas sous-esti­mer la déter­mi­na­tion des peu­ples qui ont envie de jouer un nou­veau rôle dans l’histoire mon­dia­le et qui veu­lent s’imposer de nou­veau sur des espa­ces régio­naux stra­té­gi­ques. La Rus­sie nous en fait la démons­tra­tion quo­ti­dien­ne­ment. La poli­ti­que de contain­ment des puis­san­ces mari­ti­mes anglo-saxon­nes, qui a per­mis, notam­ment à la Gran­de-Bre­ta­gne puis aux Etats-Unis de domi­ner le mon­de depuis la fin du XVIIIe siè­cle, com­men­ce à attein­dre ses limi­tes face aux mas­ses cri­ti­ques démo­gra­phi­ques et éco­no­mi­ques qui sont cel­les de ce début de XXIe siè­cle sur le Paci­fi­que et l’océan Indien.

L’Allemagne doit choisir pour l’Europe

Face à tous ces élé­ments de fond, l’Europe se trou­ve à la croi­sée des che­mins. Soit elle joue l’alignement abso­lu sur les Etats-Unis en pri­vi­lé­giant la stra­té­gie d’élargissement qui lui est déjà impo­sée depuis 20 ans par l’Otan et une sou­mis­sion sans conces­sion à l’impérialisme mari­ti­me et moné­ta­ris­te amé­ri­cain. Soit elle déci­de de jouer son des­tin en sin­gu­la­ri­sant sa poli­ti­que étran­gè­re, en affir­mant une véri­ta­ble défen­se com­mu­ne et sur­tout en adop­tant col­lec­ti­ve­ment et démo­cra­ti­que­ment une vision stra­té­gi­que du futur.

Dans le pre­mier cas, elle devra accep­ter de ren­trer dans un dur­cis­se­ment sécu­ri­tai­re sur le gla­cis euro­péen et devra signer sans réflé­chir le TTIP. Elle aura a prio­ri l’assurance d’une conti­nui­té en ter­mes de confort et de train de vie en se confor­mant aux stan­dards amé­ri­cains dans tous les domai­nes. Dans cet­te hypo­thè­se, elle devrait ain­si pou­voir assu­rer ses acquis. Elle sera une « bel­le endor­mie » qui paie­ra très cher le prix de sa sou­mis­sion face au nou­vel adver­sai­re dési­gné par le com­plexe mili­ta­ro indus­triel amé­ri­cain qu’est deve­nu Pou­ti­ne… Cela ne vau­dra qu’à la condi­tion que les Amé­ri­cains ne remet­tent pas en cau­se, de façon uni­la­té­ra­le et bru­ta­le, l’ensemble du pro­to­co­le… ou que leur pro­pre matri­ce ne soit pas elle-même mise en dif­fi­cul­té, notam­ment du fait de leurs det­tes abys­sa­les.

Dans le second cas, en refu­sant de signer le TTIP, l’Europe, consi­dè­re­rait et admet­trait qu’il n’y a plus d’assurance (cf. l’Otan) et qu’il n’y aurait pas de sur­croit de réas­su­ran­ce du sys­tè­me (cf. la conver­gen­ce des ban­ques cen­tra­les euro­péen­nes sur la poli­ti­que de la FED). Dans cet­te pers­pec­ti­ve, elle devra recon­si­dé­rer le plus rapi­de­ment pos­si­ble tou­tes ses stra­té­gies d’alliance et assu­mer de nou­vel­les pri­ses de ris­ques au regard des grands ren­dez-vous qui sont devant nous. Elle devra renouer notam­ment, et sans délai, avec la Sain­te Rus­sie de Vla­di­mir Pou­ti­ne et remet­tre sur la table la ques­tion des accords Euro­pe – Eur­asie en vue de gérer conjoin­te­ment le gigan­tes­que chan­tier que consti­tue l’optimisation des débou­chés por­tuai­res de l’Europe du Nord ain­si que la ges­tion de leurs hin­ter­lands vers les rou­tes de la soie et de l’Inde. Il convien­dra aus­si, sur le flanc Sud, de relan­cer le pro­ces­sus de l’Union pour la Médi­ter­ra­née avec en arriè­re-plan une véri­ta­ble stra­té­gie vis-à-vis du conti­nent afri­cain. Cela nous obli­ge­ra à tra­vailler dif­fé­rem­ment avec les Chi­nois, les Indiens, les Sud-Afri­cains, Maro­cains et Egyp­tiens pour inven­ter d’autres modè­les de déve­lop­pe­ment pour le XXIe siè­cle.

Si l’Europe n’est pas capa­ble de pren­dre à bras le corps ces deux enjeux, elle sera très vite lami­née par le dji­ha­dis­me et sub­mer­gée par tous les pro­blè­mes huma­ni­tai­res, sécu­ri­tai­res, sani­tai­res et migra­toi­res de l’Afrique. Vla­di­mir Pou­ti­ne, com­me le roi du Maroc, Moham­med VI, ou le Maré­chal Sis­si, n’arrêtent pas de nous inter­pel­ler à leur maniè­re sur l’urgence d’une réécri­tu­re d’un des­tin com­mun autour du nœud eur­asien et de l’espace médi­ter­ra­néen. Il en va de la sur­vie de l’Europe vieillis­san­te. Qu’attendons-nous ? D’avoir enfan­té de nou­veaux désas­tres poli­ti­co-mili­tai­res et des tra­gé­dies humai­nes sup­plé­men­tai­res pour y réflé­chir ?

L’Allemagne aujourd’hui, à la dif­fé­ren­ce de la Fran­ce qui se com­plait dans son indo­len­ce, sa det­te et ses défi­cits publics, est conscien­te qu’elle est face à des ren­dez-vous his­to­ri­ques. Soit elle cour­be l’échine com­me lui enjoi­gnent de le fai­re les Amé­ri­cains et elle impo­se à ses core­li­gion­nai­res euro­péens une sou­mis­sion abso­lue à Washing­ton et à ses lob­bies. Soit elle déci­de, com­me le fait actuel­le­ment le Japon, de sor­tir de cet­te culpa­bi­li­té, qui lui a été assé­née par Yal­ta et Nurem­berg, et for­te de tous ces suc­cès, ceux de l’Ostpolitik, de la recons­truc­tion de l’Europe cen­tra­le, de sa par­ti­ci­pa­tion non négli­gea­ble à la sor­tie de cri­se sur les Bal­kans, de ses rela­tions par­ti­cu­liè­res avec la Rus­sie (24), elle inven­te un nou­veau jeu avec un pilo­ta­ge fort et appro­prié du ter­mi­nal de la mer du Nord et de la Bal­ti­que avec ses hin­ter­lands sur le Mit­te­leu­ro­pa qui sont par­mi les plus riches du mon­de.

Ce choix orien­tal pour l’Allemagne, com­me celui d’une relan­ce au Sud du pro­ces­sus de l’Union pour la Médi­ter­ra­née (qui devrait être por­tée par la Fran­ce…) ne pour­ront se fai­re qu’avec des diri­geants d’une autre trem­pe que l’actuel cou­ple fran­co-alle­mand. Le pilo­ta­ge des cri­ses grec­ques et migra­toi­res mon­tre que nous n’avons mal­heu­reu­se­ment que des pos­tu­res pru­den­tiel­les de sociaux-démo­cra­tes sans enver­gu­re. Les médias abu­sent de super­la­tifs flat­teurs pour qua­li­fier leurs non déci­sions alors que les his­to­riens n’en retien­dront même pas la tra­ce.

L’Europe peut-elle renaître de ses cendres ?

Tout pas­se par la néces­si­té de renouer avec la volon­té de pou­voir et de puis­san­ce. L’Europe meurt actuel­le­ment de ses divi­sions, de ses inco­hé­ren­ces et de son impuis­san­ce. Elle ne peut se redres­ser et se trans­for­mer, voi­re se trans­fi­gu­rer, qu’en affir­mant avec ses voi­sins une vision maté­ria­li­sée par des stra­té­gies auda­cieu­ses, dura­bles et incar­nées par ces valeurs qui furent tou­jours les sien­nes, cel­les de la Chré­tien­té. Aujourd’hui, le spec­ta­cle conster­nant mais inévi­ta­ble des murs sur son flanc bal­ka­ni­que pour conte­nir les flux de migrants (25), mais aus­si des dis­cus­sions inter­mi­na­bles avec la Grè­ce et l’Ukraine pour abou­tir à des impas­ses finan­ciè­res et géo­po­li­ti­ques ingé­ra­bles, sans comp­ter ces chaos géné­rés sur le sud de la Médi­ter­ra­née sans qu’il n’y ait la moin­dre anti­ci­pa­tion de nos éli­tes, mon­tre com­bien nous som­mes deve­nus repus, irres­pon­sa­bles et incon­sé­quents. Ces cer­cles vicieux peu­vent débou­cher sur une implo­sion du sys­tè­me, avec la mul­ti­pli­ca­tion de guer­res civi­les sur les mar­ges, voi­re à l’intérieur de cet espa­ce Schen­gen qui est en train de voler en éclat.

Les gran­des ques­tions à se poser et peut-être les seules à se poser sont les sui­van­tes : est-ce que l’Allemagne a envie de jouer une tel­le stra­té­gie de refon­te du des­tin de l’Europe avec la Fran­ce ?

A-t-elle déjà pris la déci­sion de jouer seule son retour dans l’Histoire en pri­vi­lé­giant une stra­té­gie orien­ta­le d’alliance avec la Rus­sie, lais­sant les pays médi­ter­ra­néens assu­mer leur pro­pre des­tin ? Est-ce que par ailleurs la Fran­ce, qui est déjà dans un ali­gne­ment qua­si incon­di­tion­nel avec les USA, a envie de pren­dre des ris­ques alors qu’elle n’a que des coups à pren­dre notam­ment en ter­mes de gou­ver­nan­ce et de conti­nui­té de son modè­le social ? Enfin, est ce que les Amé­ri­cains ne seront pas ten­tés de sanc­tua­ri­ser une fois de plus l’Europe en la divi­sant, et en s’attaquant éga­le­ment à Pou­ti­ne, afin de repren­dre le contrô­le des actifs stra­té­gi­ques de la Rus­sie, com­me ils ont essayé de le fai­re sous Elt­si­ne…? Les jeux sont ouverts ! Et rien n’est joué d’avance ! Les pro­chai­nes élec­tions aux Etats-Unis, en Alle­ma­gne et en Fran­ce seront déci­si­ves. Dans cet agen­da, n’oublions pas que le maillon le plus fai­ble dans tous les domai­nes res­te la Fran­ce !

Pour autant, l’Europe peut très bien renai­tre tel un phé­nix (26) sous l’effet de l’adversité. Mais pour sur­vi­vre et se trans­for­mer il lui fau­dra adop­ter d’autres ins­ti­tu­tions et sur­tout une autre poli­ti­que moins bureau­cra­ti­que et plus démo­cra­ti­que. Les métho­des et dik­tats de ces der­niers mois ne sont plus sou­te­na­bles et admis­si­bles pour les peu­ples qui sont spo­liés et mépri­sés par les tech­no­cra­tes de Bruxel­les et les ban­quiers de la hau­te finan­ce anglo-saxon­ne. Il lui fau­dra quit­ter cet­te matri­ce de l’Ecole de Chi­ca­go qui a mar­qué un demi-siè­cle d’unité doua­niè­re et empê­ché tou­te émer­gen­ce poli­ti­que. Il lui fau­dra sur­tout retrou­ver ses raci­nes chré­tien­nes et huma­nis­tes en réin­ven­tant une autre rela­tion Etat-nation avec une géo­gra­phie appro­priée à un vivre ensem­ble serein et res­pon­sa­ble.

Pour le moment la géo­gra­phie impo­sée essen­tiel­le­ment par l’Otan, qui domi­ne le pro­ces­sus euro­péen d’élargissement, quel­le que soit sa per­for­man­ce sur le plan sécu­ri­tai­re et quel­le que soit la néces­si­té d’une allian­ce entre Occi­den­taux, n’est plus via­ble comp­te tenu de ses déri­ves actuel­les sur le gla­cis orien­tal de l’Europe. Il serait plus que temps de sor­tir de tous ces pro­ces­sus mal­sains d’allégeance à des inté­rêts autres que ceux des Euro­péens. Il est deve­nu vital de retrou­ver notre iden­ti­té et de choi­sir des répon­ses auda­cieu­ses afin de léguer aux futu­res géné­ra­tions autre cho­se que des tra­gé­dies annon­cées (27).

Pour repren­dre Bos­suet (28), « Dieu se rit des priè­res qu’on lui fait pour détour­ner les mal­heurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les atti­rer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y sous­crit, quoi­que ce soit avec répu­gnan­ce ».

L’Europe meurt, ce n’est pas de la fau­te des autres, nous som­mes les seuls pro­mo­teurs de son ago­nie. Espé­rons que tous ces évè­ne­ments pour­ront nous per­met­tre de renouer au sein de nos socié­tés avec un peu plus de luci­di­té, de cou­ra­ge, de res­pon­sa­bi­li­té et de volon­té pour fai­re face aux défis et enjeux qui frap­pent à nos por­tes.

Xavier Guil­hou

Sour­ce : www.xavierguilhou.com, essai du mois de sep­tem­bre 2015.

Notes

  1. essai du mois de février 2015 : « Grè­ce, Ukrai­ne, Ter­ro­ris­me, ils n’oseront pas ! »
  2. édi­to de Sophie de Men­ton : « Panur­gis­me com­pas­sion­nel »
  3. essai du mois de décem­bre 2014 : « Peur et dés­in­for­ma­tion »
  4. essai du mois de jan­vier 2015 : « Al Quaida/ pour­quoi Char­lie ? »
  5. arti­cle de Pier­re Cones­sa : « Réfu­giés syriens : le cynis­me des pays du Gol­fe », Diplo­web, 12 sep­tem­bre 2015.
  6. La diver­gen­ce des stra­té­gies éner­gé­ti­ques au sein de l’Europe depuis Fuku­shi­ma est au cen­tre des confron­ta­tions éco­no­mi­ques, notam­ment entre la Fran­ce et l’Allemagne (cf. « Géo­po­li­ti­que de l’énergie : l’équilibre du mon­de bou­le­ver­sé » – Dos­sier Les Echos 01/04/2014).
  7. l’interview du phi­lo­so­phe alle­mand Peter Slo­ter­dijk, « Mer­kel, une fem­me sans qua­li­tés », Le Point n° 2244 du 10 sep­tem­bre 2015.
  8. le trai­te­ment de la det­te ukrai­nien­ne et les livrai­sons d’armes sur ces der­niers mois.
  9. Le Saint-Empi­re romain ger­ma­ni­que (Hei­li­ges Römi­sches Rei­ch) fut un conglo­mé­rat de ter­ri­toi­res de 962 à 1806 avec à sa tête un empe­reur élu des Romains. Il a été appe­lé a pos­te­rio­ri l’« Ancien Rei­ch » (Altes Rei­ch), et ensui­te le « Pre­mier Rei­ch » (Ers­tes Rei­ch). L’Empire alle­mand de 1871–1918 a été appe­lé le « Deuxiè­me Rei­ch » (Zwei­tes Rei­ch). Le régi­me nazi a été appe­lé le « Troi­siè­me Rei­ch » (Drit­tes Rei­ch). Cf : Pier­re Béhar, Du Ier au IVe Rei­ch. Per­ma­nen­ce d’une nation, renais­san­ces d’un État, Des­jon­què­res, coll. « Le Bon Sens ».
  10. « Natu­ram expel­les fur­ca, tamen usque recur­ret», Hora­ce.
  11. arti­cle d’Arnaud Blin « Vers une nou­vel­le real­po­li­tik » Diplo­web, 5 sep­tem­bre 2015.
  12. Inter­ven­tion de Geor­ge Fried­man, CEO de Strat­for, au Chi­ca­go Coun­cil on Glo­bal Affairs le 4 février 2015 : « Euro­pe : des­ti­ned for conflict ? » (You­Tu­be)
  13. Arti­cle de Maya Kan­del « Les Etats-Unis sous Oba­ma : désen­ga­ge­ment ou hégé­mo­nie mas­quée », Diplo­web, 17 décem­bre 2013, et com­men­tai­re de car­te par Pier­re Royer « Etats-Unis, tha­las­so­kra­tor mais pas tha­las­so­cra­tie » Diplo­web, 26 octo­bre 2012 :
  14. arti­cle de Pier­re Gui­diè­re : « L’Arabie saou­di­te n’est plus ce qu’elle était… », Diplo­web, 5 juin 2015.
  15. car­to­gra­phie : « Les 100 pre­miers ports de mar­chan­di­ses dans le mon­de » et « Enjeux mari­ti­mes », publié par Le Marin et Les Echos – numé­ro spé­cial 2015.
  16. TTIP : Trans­at­lan­tic Tra­de and Invest­ment Part­ner­ship.
  17. PTP : Par­te­na­riat Trans-Paci­fi­que
  18. BRICS : Bré­sil, Rus­sie, Inde, Chi­ne, Afri­que du sud.
  19. le déve­lop­pe­ment des IDE chi­nois, indiens, mais aus­si bré­si­liens sur le conti­nent afri­cain.
  20. les mul­ti­ples confé­ren­ces de Shan­ghai, SADC, SAARC, Forum IBAS (Inde, Bré­sil, Afri­que du sud), ASEAN …
  21. Syl­via Delan­noy, Géo­po­li­ti­que des pays émer­gents, aux édi­tions PUF mars 2012.
  22. http://www.marine-oceans.com/economie-maritime/902-une-alternative-terrestre-au-canal-de-panama– et http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/canal-du-nicaragua-vs-canal-de-155733
  23. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/08/06/20002–20150806ARTFIG00005-l-egypte-inaugure-son-nouveau-canal-de-suez-et-affiche-ses-ambitions.php
  24. sur le dos­sier Nor­th Stream : http://fr.sputniknews.com/trend/nord_stream
  25. Lire, sur la situa­tion hon­groi­se : Ce que j’ai vou­lu tai­re, de San­dor Marai, Albin Michel, 2014.
  26. Le phé­nix, ou phœ­nix (du grec ancien φοῖνιξ / phoî­nix, « pour­pre »), est un oiseau légen­dai­re, doué de lon­gé­vi­té et carac­té­ri­sé par son pou­voir de renaî­tre après s’être consu­mé sous l’effet de sa pro­pre cha­leur. Il sym­bo­li­se ain­si les cycles de mort et de résur­rec­tion.
  27. Jean Ras­pail, Le camp des saints, Robert Laf­font 1973.
  28. « His­toi­re des varia­tions des égli­ses pro­tes­tan­tes », dans Œuvres com­plè­tes de Bos­suet vol XIV, Jac­ques Béni­gne Bos­suet, éd. L. Vivès (Paris), 1862–1875, p. 145.

Illus­tra­tion : hui­le sur toi­le de Valen­tin Serov, L’Enlèvement d’Europe, 1910, Gale­rie Tre­tia­kov, Mos­cou. Cré­dit : domai­ne public.

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