Les funérailles

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Les funérailles

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Il existe de nombreux rites autour du passage d’un individu du monde des vivants vers celui des morts.

Comme pour l’adolescence et le mariage, on retrouve les trois subdivisions fondamentales qui caractérisent les rites de passage : les rites de séparation qui accompagnent le départ du défunt du monde des vivants pour celui des morts ; les rites de marge qui concernent la période assez courte durant laquelle la famille du mort est en marge de la société normale et le défunt pas encore intégré au monde des morts ; enfin, les rites d’agrégation qui attestent que vivants et morts ont trouvé leur place dans leurs mondes respectifs.

L’accompagnement de l’agonie

La mort subite est tou­jours pré­fé­rée à une longue ago­nie et l’on trouve dans le folk­lore fran­çais un très grand nombre de rites dont l’objectif est d’abréger les souf­frances : enle­ver les plumes des oreillers, mettre un joug sous la tête de l’agonisant, pla­cer le lit paral­lè­le­ment aux poutres du pla­fond, lui poser les pieds nus sur le sol, faire dire une messe spé­ciale, lui faire boire l’eau d’une source sacrée, payer une femme qu’elle aille en pèle­ri­nage jusqu’à un lieu sacré recon­nu pour sa capa­ci­té à aider les mori­bonds, invo­quer saint Lan­gui, saint Va et saint Vient, ou encore saint Tire-à-lui.
Dès qu’il était cer­tain que le malade, l’accidenté ou le vieillard ne sur­vi­vrait pas, il était de cou­tume, dans toutes les régions fran­çaises, d’allumer un cierge, un « rat de cave » ou un « calel » ou « cha­leil » (lampe à huile de type romain, très pré­sente dans le Péri­gord et le Quer­cy) à côté du mori­bond. La flamme était le plus sou­vent éteinte au moment du décès et l’on fai­sait alors cou­ler quelques gouttes de cire sur le front du mort pour faci­li­ter la sépa­ra­tion de l’âme et du corps. Elle n’était par­fois éteinte qu’au moment où le mort quit­tait sa mai­son. Elle était par­fois ral­lu­mée pen­dant la céré­mo­nie.

La prière et, pour les catho­liques, le sacre­ment de l’extrême onc­tion, sont insé­pa­rables de la période de sépa­ra­tion que consti­tue l’agonie. Mais les adieux plus pro­fanes avaient aus­si leur place, sous forme de visites au mou­rant et à sa famille et de veillées réunis­sant par­fois tout un vil­lage dans la mai­son de l’agonisant jusqu’à ce que la mort ai fait son œuvre.

La disparition d’un vivant et les « rites de marge »

Dès le décès sur­ve­nu, s’ouvre une « période de marge » durant laquelle la famille du mort est momen­ta­né­ment extraite de la vie sociale nor­male et qui est carac­té­ri­sée par des com­por­te­ments par­ti­cu­liers et dif­fé­rents inter­dits.

Arnold Van Gen­nep parle de « trêve de la mort » pour résu­mer cette assez courte période durant laquelle les morts réunissent les hommes : les que­relles fami­liales ou de voi­si­nage sont momen­ta­né­ment mises de côté, tous les membres de la com­mu­nau­té pro­posent leur aide aux proches du défunt et chantent ses louanges en oubliant volon­tai­re­ment ses défauts et les griefs à son égard.

Les inter­dits sont nom­breux durant cette période qui s’étend du constat du décès au repas de funé­railles. Tous les habi­tants de la mai­son du mort doivent immé­dia­te­ment ces­ser tout tra­vail, et c’est la com­mu­nau­té qui les rem­place, mani­fes­tant ain­si sa soli­da­ri­té. On arrête les hor­loges et les montres pour sus­pendre le temps durant la période où l’âme du mort erre entre le monde des vivants et celui des morts, période qui s’arrête avec l’inhumation. Les cloches et son­nettes sont ren­dues muettes pour per­mettre la médi­ta­tion. On voile les miroirs et tous les objets brillants car ils peuvent per­tur­ber l’âme qui hésite entre les deux mondes. Ceux qui ont des sta­tues les voilent éga­le­ment comme le fai­saient les Romains, pour que la repré­sen­ta­tion des corps magni­fiques de vivants n’empêche pas les proches de pen­ser à la mort.

On jette l’eau avant d’occulter tous les réci­pients pour ne pas être « infec­té » par les fautes que l’âme y a lais­sées en s’y lavant, avant de quit­ter le monde des vivants. Chez les Romains, l’âme venait se laver dans du lait, qui était éga­le­ment jeté dans les cam­pagnes fran­çaises. Enfin, par­tout en France, on ouvrait une fenêtre de la mai­son pour per­mettre à l’âme de quit­ter la chambre mor­tuaire.
Lorsque le mort éle­vait des abeilles, un membre de la famille va tou­jours solen­nel­le­ment leur annon­cer la mort de leur maître. Dans plu­sieurs régions fran­çaises, l’annonce du décès se fai­sait aus­si aux che­vaux, aux chiens et aux chats et, en Péri­gord, tous les ani­maux étaient ali­gnés dans la cour de la ferme pour qu’ils assistent au départ du maître afin d’éviter que n’advienne un nou­veau mal­heur. Dans le Nord de la France, tous les ani­maux arbo­raient un crêpe de deuil. Cette vision bien peu chré­tienne en fait, qui consiste à ne pas consi­dé­rer que les humains seraient radi­ca­le­ment dif­fé­rents des autres vivants parce qu’ils seraient les seuls à avoir une âme, s’étendait par­fois aux végé­taux. Dans le Nord et les Vosges, on infor­mait le lau­rier (tou­jours vert, et donc sym­bole de vie) et on lui fai­sait por­ter le deuil en l’entourant d’un crêpe noir. Dans le San­terre et la Thié­rache, on tra­çait une croix à la chaux sur le tronc des pom­miers pour les pré­ser­ver de la mort. Dans la Bresse, on infor­mait tout le jar­din avant de cou­per toutes les fleurs aus­si­tôt après le décès…

La tra­di­tion du « lamen­to » des pleu­reuses (par­fois rému­né­rées) se main­tient dans le sud de l’Europe, mais a dis­pa­ru en France, y com­pris en Corse et au Pays Basque (les « élé­gies ») où elle était encore bien vivante il y a quelques décen­nies.
Au sein d’une com­mu­nau­té tra­di­tion­nelle, un décès ne concerne pas que les proches du mort mais la com­mu­nau­té toute entière qui doit en être aver­tie. Les volets fer­més et la sus­pen­sion d’un drap noir pour les per­sonnes mariées ou blanc pour les céli­ba­taires visent à signa­ler cet évé­ne­ment à la com­mu­nau­té.
Vient ensuite le départ du mort de sa mai­son, qui prend la forme d’un cor­tège.

Les rites d’agrégation du mort au nouveau monde qu’il a rejoint

La période de deuil est le temps qui sépare le départ de celui qui est mort du moment où la vie peut reprendre son cours nor­mal. C’est aus­si la période qui, pour le mort, va de son arri­vée dans le monde des morts au moment où il y aura trou­vé sa place. C’est seule­ment lorsque le deuil est « levé » que le mort se trouve véri­ta­ble­ment « éli­mi­né » du monde des vivants et que la vie nor­male peut reprendre son cours.
Le repas consé­cu­tif aux funé­railles est pré­sent dans toutes les civi­li­sa­tions. Ce n’est pas l’indice d’un « culte des morts », mais un sym­bole de soli­da­ri­té sociale, qui peut être géné­rale lorsque tout le vil­lage est convié, ou res­treinte lorsqu’il ne concerne que les proches. Comme pour le mariage ou la célé­bra­tion d’une nais­sance, par­ta­ger un repas sym­bo­lise l’union des sur­vi­vants, mais dans le cha­grin et non dans la joie, et célèbre la conti­nui­té de la vie indi­vi­duelle et col­lec­tive.

L’annonce du décès

Plus encore qu’une nais­sance ou un mariage, un décès inté­resse les com­mu­nau­tés fami­liale, ter­ri­to­riale, sociale, reli­gieuse ou phi­lo­so­phique, pro­fes­sion­nelle, etc., à laquelle appar­te­nait le mort.

Divers pro­cé­dés se sont suc­cé­dé au fil du temps pour annon­cer le décès à ces com­mu­nau­tés.

Les annonces indi­vi­duelles étaient autre­fois faites par les « crieurs des morts » ou « clo­che­teurs des morts », qui ont pro­gres­si­ve­ment lais­sé la place aux faire-part por­tés à domi­cile puis envoyés par voie pos­tale.

Les annonces col­lec­tives étaient faites au tra­vers de la son­ne­rie du glas, son­né par un homme pour un homme et par une femme pour une femme. Dans cer­taines régions de France (notam­ment la Nor­man­die), on son­nait le glas pour annon­cer non un décès, mais le pro­chain pas­sage de vie à tré­pas d’un mori­bond, et deman­der à la com­mu­nau­té de prier pour lui. Lorsque l’église était dotée de plu­sieurs cloches, celles-ci son­naient dif­fé­rem­ment selon la « qua­li­té » du défunt (homme, femme ou enfant, mort à la guerre, riche ou pauvre …). De nos jours, le glas ne sonne le plus sou­vent que pour accom­pa­gner un mort à sa der­nière demeure, donc au moment des obsèques, pour appe­ler au recueille­ment, à la prière, voire à la célé­bra­tion d’un rite par­ti­cu­lier comme c’était le cas au XIXe siècle dans l’ile de Molène où cha­cun ces­sait son tra­vail lorsque le glas son­nait, et jetait une poi­gnée de sable dans la direc­tion de la mai­son du mort.

Les affi­chettes appo­sées sur les murs et les inser­tions dans les jour­naux sont d’autres façons d’annoncer un décès.

La veillée mortuaire

La visite au mort et à sa famille dis­pa­raît en même temps que les décès au domi­cile.

Elle était rela­ti­ve­ment nor­mée par l’Eglise et les ser­vices de pompes funèbres : pour les plus riches, signa­li­sa­tion de la mai­son par un drap noir sur­mon­té des ini­tiales du mort ; pour les chré­tiens, un bol d’eau bénite et du buis béni lors de la fête des Rameaux sont mis à la dis­po­si­tion des visi­teurs ; pour tous, un cahier per­met de recueillir signa­tures et mots de condo­léances.

Dans cer­taines régions de Bre­tagne, la chambre mor­tuaire était ten­due de quatre draps blancs, par­fois ornés de feuillages et de fleurs, pour la trans­for­mer en cha­pelle ardente ; dans le Nord, les draps noirs domi­naient, le blanc étant réser­vé aux céli­ba­taires et aux enfants.

C’est dans ce lieu spé­cia­le­ment amé­na­gé, débar­ras­sé des miroirs et objets de luxe, que se tenait la veillée funé­raire.

Le plus sou­vent, celle-ci n’était triste qu’à son début. En effet, dans les socié­tés pay­sannes, la mort est regret­table, mais c’est sur­tout un fait natu­rel et nor­mal. Pour les chré­tiens des pays latins ain­si que dans le nord de la France, la mort d’une jeune fille avant l’âge de vingt ans était même per­çue comme une béné­dic­tion. Enfin, durant les guerres, la mort d’un jeune homme au com­bat était res­sen­tie comme un hon­neur pour sa famille et, au-delà, pour ses dif­fé­rentes com­mu­nau­tés d’appartenance. La veillée funèbre a donc avant tout une fonc­tion de rite social qui renou­velle la soli­da­ri­té consan­guine et ter­ri­to­riale. Comme le dit un pro­verbe amié­nois : « Il n’y a rien comme le feu et la mort pour remettre les gens ensemble ».

Sa dimen­sion magique a aujourd’hui lar­ge­ment dis­pa­ru, ou, du moins, n’est plus per­çue comme telle. Veiller le mort de son décès jusqu’à sa mise en terre ou sa cré­ma­tion demeure cepen­dant une façon de faci­li­ter son pas­sage d’un monde à l’autre et d’empêcher que des forces obs­cures ne nuisent au défunt, mais aus­si aux vivants. Dans la conti­nui­té de la tra­di­tion gal­lo-romaine, les proches montent la garde sans dor­mir auprès du mort et les bou­gies qui sont auprès doivent être allu­mées les unes aux autres sans dis­con­ti­nui­té.
Enfin, durant la veillée mor­tuaire, la porte d’entrée de la mai­son du mort doit demeu­rer ouverte, afin que l’âme du défunt puisse s’en aller, que la conta­gion mor­telle s’évapore et que qui­conque le désire puisse par­ti­ci­per à ce devoir social.

La mise en bière

Le cer­cueil doit tou­jours être fabri­qué avec du bois neuf. Le mort y était ins­tal­lé dans un lin­ceul, cou­tume qui a lais­sé la place à des habits de ville ou de céré­mo­nie pour mani­fes­ter l’importance de ce grand pas­sage, mais aus­si contri­buer à la fier­té de sa famille.
La cou­tume consis­tant à mettre dans le cer­cueil des objets sym­bo­liques est pré­sente dans de nom­breuses civi­li­sa­tions et était habi­tuelle chez les Gal­lo-romains. Elle est la trace d’une croyance dans une forme de vie très proche de celle qui vient de s’éteindre. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on met­tait des pièces dans la bouche ou la main du mort. Cette sur­vi­vance de « l’obole » qu’il fal­lait don­ner à Cha­ron dans l’antiquité grecque pour pas­ser le fleuve Aché­ron qui sépare le monde des vivants des Champs Ely­sées avait, comme sou­vent, était chris­tia­ni­sée et pré­sen­tée comme un don pour saint Pierre, « sacris­tain du para­dis », ou un moyen d’assurer que des messes seraient dites pour le repos de l’âme du défunt.
Le folk­lo­riste La Ches­naye signale une cou­tume ven­déenne et bre­tonne consis­tant à mettre dans le cer­cueil une hache de pierre, une pierre polie ou une pierre à aigui­ser. Il inter­prète cette cou­tume en la reliant clai­re­ment au paga­nisme et à l’époque néo­li­thique : « Celui qui trouve, aux envi­rons de Dinan, dans son champ, une manière de hache ou de cou­teau en pierre est assu­ré de sa part de para­dis. Les haches sont les outils des fées qu’elles ont lais­sé dans les champs afin d’en éloi­gner tout mal et de les faire fruc­ti­fier ».

Paul Sébillot indique que, tou­jours en Bre­tagne, il était habi­tuel de dépo­ser dans le cer­cueil un col­lier de pierres plus ou moins polies ou taillées, d’origine pré­his­to­rique ou fabri­qué pour la cir­cons­tance, nom­mé « gou­gad pate­reu » (« gor­gée de grains ») et doté d’un pou­voir de pro­tec­tion.

Dans l’ancienne France on lais­sait éga­le­ment leurs jouets aux enfants et leurs armes aux sol­dats. L’Eglise a pro­gres­si­ve­ment réus­si à rem­pla­cer ces objets par des cha­pe­lets, images pieuses et médailles qui cor­res­pon­daient mieux à une éter­ni­té faite de prières plu­tôt que de pour­suite de l’activité ter­restre.

Le convoi funéraire

La tra­di­tion veut que le mort sorte de chez lui par la grande porte et « les pieds devant ». Avant la créa­tion des Pompes funèbres, muni­ci­pales ou com­mer­ciales, l’organisation du convoi reve­nait aux socié­tés de péni­tents, à des asso­cia­tions béné­voles dites « Cha­ri­tés », ou encore à cer­taines per­sonnes dési­gnées par la com­mu­nau­té et qui jouaient le même rôle que les orga­ni­sa­teurs de cor­tèges de noce.

Les « Cha­ri­tés » sub­sistent dans cer­taines régions fran­çaises, en lien ou non avec l’Eglise, et l’on note même dans les grandes villes l’apparition d’organisations béné­voles du même ordre qui prennent en charge les obsèques des sans domi­cile fixe et des per­sonnes sans famille, en fai­sant publier des annonces de décès dans les jour­naux et en les accom­pa­gnant au cime­tière ou au cre­ma­to­rium.

Lorsque le mort est accom­pa­gné en convoi à pied, ce qui dis­pa­raît avec l’éloignement des cime­tières des centres des villes, la cou­tume est que le cer­cueil soit por­té par quatre ou six hommes qui ne peuvent être des parents proches, mais des parents éloi­gnés, amis et voi­sins.

Dans dif­fé­rentes régions fran­çaises, il est encore habi­tuel de faire faire au mort le tour de ses pro­prié­tés avant de le conduire à sa der­nière demeure.

Pour ce der­nier voyage, le plus sou­vent, les por­teurs déposent le cer­cueil sur un char tiré par des che­vaux ou des bœufs (aujourd’hui, un cor­billard), et ne le reprennent sur leurs épaules qu’à l’arrivée sur le lieu d’ensevelissement ou de cré­ma­tion. Durant le tra­jet, la paren­tèle proche suit, aujourd’hui par couples mais autre­fois les hommes pré­cé­dant les femmes. Viennent ensuite les parents éloi­gnés et les voi­sins et amis.

Dans plu­sieurs régions de France, l’itinéraire uti­lise les « che­mins des morts » et non les routes les plus récentes : le « camin mour­tau » en Com­braille, « lou cami dei morts » en Péri­gord, le « streat an Ankou » dans la Cor­nouaille ou un che­min arti­fi­ciel maté­ria­li­sé par de la paille et des branches (« la jon­chée des morts ») en Wal­lo­nie, en Flandre, dans la Soule et le Mor­van. L’utilisation de ces che­mins réser­vés aux morts aurait plu­sieurs expli­ca­tions : la tra­di­tion, qui veut que le mort suive le même che­min que ses ancêtres ; le sou­hait que le mort ne puisse pas retrou­ver le che­min de la mai­son qu’il occu­pait de son vivant ; le désir de ne pas faire pas­ser la mort, répu­tée conta­gieuse, sur les che­mins uti­li­sés par les vivants, qu’ils soient humains ou ani­maux.

Les rites de séparation

La sépa­ra­tion d’avec celui qui a rejoint le monde des morts prend la forme de dif­fé­rents « rites d’étape » car, comme pour tous les autres grands pas­sages, les choses doivent se faire pro­gres­si­ve­ment. Si les rites ne sont pas tous accom­plis, ou s’ils sont bâclés, l’âme du mort revien­dra par­mi les vivants, le plus sou­vent sous forme d’animal ailé, mais aus­si de feux fol­lets.

Les folk­lo­ristes notaient au XIXe siècle la sys­té­ma­ti­sa­tion d’un défi­lé (nom­mé « hon­neurs ») des par­ti­ci­pants aux obsèques devant le cer­cueil, devant la famille ran­gée par ordre de paren­té.
Lorsque le mort est inhu­mé, les par­ti­ci­pants à la céré­mo­nie défilent devant la fosse et y jettent une poi­gnée ou une pel­le­tée de terre. Ce rite est attes­té depuis les Celtes. Le jet de fleurs dans la tombe se géné­ra­lise cepen­dant. Au XIXe siècle, il exis­tait sur­tout dans les régions de mon­tagne et concer­nait des fleurs et plantes sau­vages. En Gironde, on a dépo­sé une bou­teille de vin dans la tombe jusqu’à une période récente…
Dans cer­taines régions, le départ des vivants du cime­tière s’est long­temps accom­pa­gné de coups de fusil, cou­tume qui sub­siste en Corse et dans les milieux mili­taires.
Les funé­railles s’achèvent le plus sou­vent par un repas. Il s’agit bien sûr de remer­cier les par­ti­ci­pants et de les dédom­ma­ger pour le temps de tra­vail qu’ils ont consa­cré au mort. Mais il s’agit aus­si de réta­blir les rela­tions entre les vivants après l’exclusion du mort de la com­mu­nau­té. Arnold Van Gen­nep sou­ligne que « le repas funé­raire est un véri­table repas de com­mu­nion, au même titre que le repas de bap­tême ou de noce ; il sym­bo­lise les liens de paren­té, de voi­si­nage et d’amitié qui unissent les membres d’un groupe social res­treint, liens que les cir­cons­tances ordi­naires de la vie tendent sans cesse à relâ­cher, sinon même à détruire ».
Géné­ra­le­ment, le repas de funé­railles est maigre, sans des­sert ni liqueurs. Mais cette règle sup­porte des excep­tions dans de nom­breuses régions fran­çaises.

Le deuil

L’éloignement du mort ne marque pas, pour les vivants, un retour immé­diat à la vie nor­male. Les proches du défunt sont astreints au res­pect du deuil, une étape inter­mé­diaire plus ou moins longue carac­té­ri­sée par dif­fé­rentes obli­ga­tions.
On relève deux grands types d’obligations : d’une part, le res­pect d’interdits tels que la fré­quen­ta­tion des fêtes et la pra­tique de la danse pen­dant une période don­née ; de l’autre, le port d’une tenue spé­ciale ou de cou­leurs par­ti­cu­lières qui ont une fonc­tion « publi­ci­taire », au sens de rendre public le deuil auprès des per­sonnes qui l’ignoreraient. Il est à noter que, pas plu que le blanc n’a tou­jours été la cou­leur asso­ciée au mariage, le noir n’a pas tou­jours été la cou­leur du deuil : c’est le rouge qui était uti­li­sé en Anjou, le bleu gris en Savoie et, pour les hommes, le port de la barbe et des che­veux longs dans le Poi­tou ain­si qu’en Corse. A l’inverse, les femmes cou­paient ou cachaient leurs che­veux durant la période de deuil dans dif­fé­rentes régions, dont la Corse où elles devaient même cou­per leurs tresses.

Pour le pre­mier anni­ver­saire de la mort d’un membre d’une famille, celle-ci orga­ni­sait une céré­mo­nie dite de « bout de l’an », qui prend encore aujourd’hui la forme d’une messe et qui marque la fin du deuil, c’est-à-dire la réin­té­gra­tion des proches du mort dans la socié­té nor­male des vivants.

Source : Manuel de folk­lore fran­çais contem­po­rain, par Arnold Van Gen­nep, 1943, réédi­tion Robert Laf­font, coll. Bou­quins, 1999

Cré­dit pho­to : meli­na1965 via Fli­ckr (cc)