L’Epiphanie

L’Epiphanie

L’Epiphanie

L’Epiphanie, du grec epihenia « apparition », qui célébrait à l’origine la Nativité (Noël n’ayant été fixé au 25 décembre qu’en 350 en Occident), honorait au XVe siècle le souvenir du baptême du Christ, mais aussi son premier miracle (eau changée en vin aux noces de Cana) et l’adoration des sages (mages).

Julius Schnorr von Carolsfeld, Les Noces de Cana (1820)

Julius Schnorr von Carols­feld, Les Noces de Cana (1820). Cré­dit pho­to : DR

Elle a lieu 12 jours après Noël. Six jours après Noël et six jours avant l’Epiphanie, se déroule le pas­sage à la nou­velle année. L’Epiphanie fut donc long­temps fêtée le 6 jan­vier mais pour plus de com­mo­di­té, l’Eglise catho­lique la célèbre le dimanche qui suit le 1er jan­vier.

L’Epiphanie fut long­temps consi­dé­rée comme la date du sol­stice d’hiver (Noël le fut aus­si) et don­nait lieu à d’importantes célé­bra­tions reli­gieuses. C’est le 6 jan­vier notam­ment que les dieux solaires orien­taux ou grecs étaient fêtés, comme Osi­ris et Dio­ny­sos.

L’Epiphanie, fête des Rois, com­mé­more l’adoration des « Rois » mages pour Jésus, sa recon­nais­sance en tant que Mes­sie. La fête des Rois cor­res­pond par ailleurs au début du car­na­val.

Les Rois mages représentent la fonction sacerdotale de l’ancienne Perse

Les Rois mages repré­sentent la fonc­tion sacer­do­tale de l’ancienne Perse. Cré­dit pho­to : DR. Tableau de Zano­bi Stroz­zi, cir­ca 1440, Flo­rence.

Les Rois mages repré­sentent la fonc­tion sacer­do­tale de l’ancienne Perse, fon­da­men­ta­le­ment indo-euro­péenne, dans le culte de Mithra. Le Christ reprend ici les attri­buts de Mithra, appe­lé « sol invic­tus », asso­cié à la renais­sance de la lumière, le soleil. La repré­sen­ta­tion ori­gi­nelle des rois mages, éloi­gnée de celle, per­ver­tie, de notre époque, mon­trait ces per­son­nages coif­fés du bon­net phry­gien rouge — rouge comme le feu et le soleil auro­ral.

Le bon­net phry­gien, coiffe de feutre qui repré­sente un casque, était por­té par les pha­lan­gistes d’Alexandre le Grand, sous forme de casque, et était aus­si uti­li­sé dans les armées de l’ancienne Perse. Ce bon­net est for­mé par la double spi­rale, repré­sen­ta­tion uni­ver­selle de la force vitale, de ce qui donne la vie et forme le monde. Dans ses résur­gences (comme pen­dant la Révo­lu­tion fran­çaise), on en a per­du la forme essen­tielle qui don­nait à ce bon­net toute sa signi­fi­ca­tion.

La tra­di­tion de la fève des rois pour­rait être d’origine païenne. Cer­tain y voient une trans­po­si­tion des Satur­nales romaines, fête d’inversion des rôles afin de déjouer les jours néfastes de Saturne, divi­ni­té chto­nienne, célé­brée fin décembre. Lors des Satur­nales, les Romains dési­gnaient un esclave comme « roi d’un jour ». Au cours du ban­quet (au début ou à la fin des Satur­nales, selon les dif­fé­rentes époques de la Rome antique), au sein de chaque grande fami­lia, les Romains uti­li­saient la fève d’un gâteau comme « bul­le­tin de vote » pour élire le « Satur­na­li­cius prin­ceps » (Maître des Satur­nales ou Roi du désordre). Cela per­met­tait de res­ser­rer les affec­tions domes­tiques et don­nait au « roi d’un jour » le pou­voir d’exaucer tous ses dési­rs pen­dant la jour­née (comme don­ner des ordres à son maître), avant d’être mis à mort, ou plus pro­ba­ble­ment de retour­ner à sa vie ser­vile à l’issue de celle-ci.

L’historien et huma­niste Etienne Pas­quier a décrit dans ses Recherches les céré­mo­nies qui s’observaient en cette occa­sion : « Le gâteau, cou­pé en autant de parts qu’il y a de conviés, on met un petit enfant sous la table, lequel le maître inter­roge sous le nom de Phé­bé (Phœ­bus ou Apol­lon), comme si ce fût un qui, en l’innocence de son âge, repré­sen­tât un oracle d’Apollon. À cet inter­ro­ga­toire, l’enfant répond d’un mot latin : domine (sei­gneur, maître). Sur cela, le maître l’adjure de dire à qui il dis­tri­bue­ra la por­tion du gâteau qu’il tient en sa main, l’enfant le nomme ain­si qu’il lui tombe en la pen­sée, sans accep­tion de la digni­té des per­sonnes, jusqu’à ce que la part soit don­née où est la fève ; celui qui l’a est répu­té roi de la com­pa­gnie encore qu’il soit moindre en auto­ri­té. Et, ce fait, cha­cun se déborde à boire, man­ger et dan­ser. »

C’est cet usage qui est pas­sé jusqu’à nous. On en retrouve la trace non seule­ment dans le rituel de la galette des Rois, mais aus­si dans la fête des Fous médié­vale et des « rois et reines » des car­na­vals actuels.

La galette ressemblait à l’origine à une brioche en forme de couronne

La galette res­sem­blait à l’origine à une brioche en forme de cou­ronne. Cré­dit pho­to : DR

La galette, qui res­sem­blait à l’origine à une brioche en forme de cou­ronne (ce qui est tou­jours le cas dans le Sud de la France), n’est appa­rue qu’après. Sa forme ronde et sa cou­leur dorée en fai­saient un sym­bole solaire évo­quant le « dieu » soleil, les jours qui se remettent à ral­lon­ger et le réveil pro­chain de la nature. Elle est mar­quée de croi­sillons, comme les filets qui cap­turent la vie sans la bles­ser, et repré­sentent toute la vie que l’on cap­ture avec le Livre de la Connais­sance. Ils sont une autre forme de l’Odal, une rune qui est aus­si une liga­ture.

La fève repré­sen­tait sou­vent le « Petit Jésus ». Dans la recons­ti­tu­tion popu­laire de la crèche, on le voit allon­gé sur la paille for­mant un soleil rayon­nant tout autour de lui, figu­rant la nais­sance du soleil. Donc, on va cher­cher l’Enfant solaire à l’intérieur du Livre de la Connais­sance (la pâte feuille­tée de la galette), autre­ment dit la dimen­sion solaire de notre être que nous avons le devoir de faire gran­dir.

Aujourd’hui, on peut voir dans la tra­di­tion de la galette, dans laquelle se cache la fève qui dési­gne­ra le roi ou la reine du jour, une trans­po­si­tion de la recon­nais­sance d’un roi au sens des mages, autant que les rémi­nis­cences d’une tra­di­tion popu­laire de trans­gres­sion.

Sources : Paul-Georges San­so­net­ti, Eliane Novi­na­da

Illus­tra­tion : William Bou­gue­reau, La jeu­nesse de Bac­chus (1884). Cré­dit : DR