L’antre corycien à Delphes

L’antre corycien à Delphes

L’antre corycien à Delphes

« Chan­te-moi, Muse, le cher fils de Her­méias, aux pieds de chè­vre, aux deux cor­nes, ami du bruit, qui mar­che à tra­vers les val­lées boi­sées avec les Nym­phes accou­tu­mées aux dan­ses, et qui fou­lent les som­mets des hauts rochers, invo­quant Pan, Dieu des ber­gers, à la splen­di­de che­ve­lu­re négli­gée, qui a reçu en par­ta­ge les mon­ta­gnes nei­geu­ses, et les cimes des monts, et les sen­tiers pier­reux. »
Hym­ne homé­ri­que à Pan (tra­duc­tion de Lecon­te de Lis­le, 1868)

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Pays : Grèce
Région : Phocide
Thématique générale du parcours : Dans le massif du Parnasse, à deux heures et demie de marche de Delphes, au-dessus d’un plateau qu’on découvre de la crête des Phédriades, une grotte s’ouvre au flanc de la montagne, à 1 400 mètres environ d’altitude. C’est le fameux Antre corycien, l’un des plus anciens lieux de culte européen, où étaient honorés les Nymphes et le dieu Pan, divinité de la nature intelligente féconde et créatrice. Fils d’Hermès, ainsi nommé car il était aimé de tous les autres dieux, Pan serait l’une des rares divinités appartenant à la période commune des Indo-Européens.
Delphes est une destination prisée des touristes, mais qui mérite vraiment qu’on s’y rende et qu’on y consacre du temps dans le circuit de ses vacances. L’importance du sanctuaire dans l’histoire antique, l’incroyable beauté de l’endroit et le magnétisme qui s’en dégage, les liens étroits enfin qui unissent la cité et les Français redécouvreurs du site au XIXe siècle, tout cela justifie largement deux journées à Delphes : une première pour la visite lente des vestiges et du musée archéologique, une deuxième pour flâner, ressentir les lieux, imaginer la présence des dieux derrière le voile de la modernité. Cette fiche n’a pas vocation à décrire Delphes, pas plus que d’en faire une notice historique. Elle propose d’ajouter une troisième journée à votre séjour delphique. De sortir des chemins battus, de prendre de la hauteur, dans tous les sens du terme, de gagner en profondeur — dans tous les sens là aussi !
Mode de déplacement : A pied.
Durée du parcours : Randonnée de six heures environ aller-retour, en comptant le temps sur place.
Difficulté du parcours : Accessible en famille. 900 m de dénivelé. Si l’altitude compense un peu les grosses chaleurs estivales, le massif peut aussi être enneigé en hiver.
Période possible : Toute l’année, mais de préférence au printemps.

Présentation géographique

Le mas­sif cal­cai­re du Par­nas­se culmi­ne à 2460 m. La grot­te elle-même se trou­ve à envi­ron 1450 m d’altitude au sud de l’éperon de Palio­vou­na.

Cet­te caver­ne mesu­re 60 mètres de long sur 26 mètres de lar­ge et 12 mètres de haut. Une secon­de cavi­té s’ouvre dans le fond. Un effon­dre­ment rela­ti­ve­ment récent pour­rait avoir condam­né l’accès à d’autres sal­les plus pro­fon­des.

A partir du plateau de Kroki, on quitte les paysages maritimes de Delphes pour ceux plus montagnards du Parnasse.
De belles forêts bordent le plateau de Livadi.
Delphes, la tholos du sanctuaire d’Athéna

Cadre historique et culturel

L’Antre corycien dans l’Antiquité

« L’ensemble de la région du Par­nas­se est consi­dé­ré com­me consa­cré à Apol­lon, car on y trou­ve des grot­tes et d’autres lieux qui sont hono­rés et consi­dé­rés com­me sacrés, écrit Stra­bon dans sa Géo­gra­phie (9.3.1.). La plus célè­bre et la plus bel­le d’entre elles est Kory­kion, une grot­te de la nym­phe au même nom que cel­le en Kili­kia [en Asie Mineu­re]. »

Les plus ancien­nes men­tions de l’Antre cory­cien, ou des Nym­phes qui y étaient vénérées, remon­tent au Ve siècle av. J.-C. Elles se trou­vent dans l’Ores­tie d’Eschyle, dans l’Anti­go­ne de Sopho­cle, dans les Bac­chan­tes d’Euripide et dans les His­toi­res d’Hérodote.

C’est en 458 que les Nym­phes de l’Antre cory­cien appa­rais­sent pour la première fois dans la littérature grec­que. Dans le pro­lo­gue des Euménides (Eschy­le), la Pythie adres­se une prière d’abord aux divinités qui ont précédé Apol­lon, — la Ter­re, Thémis et Phoi­bé —, et à Apol­lon lui-même, puis à Pal­las Pro­naia, aux Nym­phes qui vivent au creux de la roche cory­cien­ne accueillan­te aux oiseaux, hantée d’êtres divins, à Bro­mios, aux sour­ces du Pleis­tos, à Poséidon et à Zeus.

Au IIIe siècle av. J.-C., Aris­to­noos de Corin­the reprend le même thème dans son hym­ne à Apol­lon : la Ter­re et Thémis se sont désis­tées de leurs droits en faveur d’Apollon, Athéna a rame­né Apol­lon à Del­phes après sa puri­fi­ca­tion dans la vallée de Tem­pe et elle y reçoit un culte sous le nom de Pro­naia ; Poséidon a aban­don­né à Apol­lon le domai­ne qui lui était consa­cré ; les Nym­phes lui ont fait don de l’Antre cory­cien ; Bro­mios lui a cédé les tor­ches de ses fêtes bien­na­les ; enfin Artémis lui a appor­té le concours de sa meu­te pour gar­der la contrée.

Ce n’est pas com­me lieu de culte, mais com­me refu­ge, que l’Antre cory­cien est cité par Hérodote (VIII, 36) : en 480, à l’approche des Per­ses, la plu­part des Del­phiens avaient fui vers les hau­teurs du Par­nas­se et mis leurs biens à l’abri dans l’Antre cory­cien.

Mais c’est l’écrivain-voyageur Pau­sa­nias (IIe siè­cle après notre ère), dans sa Des­crip­tion de la Grè­ce, qui fait de l’Antre cory­cien la des­crip­tion la plus inté­res­san­te :

« À soixan­te sta­des ou envi­ron au-des­sus de Del­phes, en mon­tant au som­met du Par­nas­se, on trou­ve une sta­tue en bron­ze, et on mon­te de là à l’antre cory­cien par un che­min pra­ti­ca­ble non seule­ment pour les gens de pied, mais enco­re pour les mulets et les che­vaux. J’ai déjà dit un peu plus haut que cet antre avait pris son nom de la nym­phe Cory­cia. De tou­tes cel­les que j’ai vues, cet­te grot­te me paraît la plus admi­ra­ble. […] Mais l’antre cory­cien dépas­se en taille ceux que j’ai pu citer, et on peut fai­re le tour de la plus gran­de par­tie de la caver­ne sans l’aide de tor­che. Le toit est suf­fi­sam­ment haut par rap­port au sol, et l’eau, per­lant de sour­ces, mais sur­tout ruis­se­lant du pla­fond a lais­sé des tra­ces de gout­tes très visi­bles sur le sol un peu par­tout dans la caver­ne. Les habi­tants autour de Par­nas­se consi­dè­rent cet endroit com­me sacré et le dédient aux cultes des Cory­ci­des mais aus­si de Pan. »

La redécouverte de l’Antre corycien

Les pre­miers suc­ces­seurs de Pau­sa­nias sur le pla­teau du Par­nas­se sont Jac­ques Spon et Geor­ge Whe­ler, qui pren­nent le même che­min le 1er février 1676. Pour se ren­dre de Del­phes à Ara­kho­va, le médecin lyon­nais et le gen­til­hom­me anglais, au lieu de remon­ter la vallée en ser­rant le pied de la mon­ta­gne, décident de mon­ter sur le Par­nas­se pour voir cet­te mon­ta­gne célèbre chantée par les poètes. Mais ils pas­sent au pied de l’Antre cory­cien sans même le savoir.

Le som­met du Par­nas­se est atteint au mois d’août 1787 par trois Anglais, Haw­kins, Sib­thorp et Imrie, à par­tir du vil­la­ge d’Arakhova. Mais, par­mi les voya­geurs du XVIIIe siècle dont les récits ont été publiés, aucun n’a trou­vé l’Antre cory­cien et il faut atten­dre le XIXe pour que l’Antre soit offi­ciel­le­ment redé­cou­vert.

Le 27 juillet 1802, le colo­nel Lea­ke mon­te à l’Antre cory­cien, convain­cu que l’Antre et la grot­te appelée Saran­dav­li ne font qu’un. Il décrit le pla­teau du Par­nas­se et la grot­te elle-même. La découverte de la dédicace d’Eustratos à Pan et aux Nym­phes, gravée sur un rocher à l’entrée de la grot­te, lève tout dou­te sur l’identification de l’Antre cory­cien : Εΰστρατος Άλκιδάμου Άμβρύσιος συμπερίπολοι Πανί Νύμφαις. (« D’Eustratos, fils d’Alcidamos d’Ambrysos, au mer­veilleux Pan et aux Nym­phes ses com­pa­gnes »)

Abri habi­tuel des ber­gers avec leurs trou­peaux de mou­tons et de chèvres, l’Antre cory­cien a été uti­li­sé plus d’une fois au cours des siècles com­me refu­ge en cas de dan­ger. Cher­cher à s’abriter et à se cacher sous le cou­vert des bois et au creux des grot­tes de la mon­ta­gne est un réflexe natu­rel chez les pay­sans de la vallée. Pen­dant l’insurrection natio­na­le des années 1821, les habi­tants d’Arakhova se réfugient dans l’Antre cory­cien dont ils fer­ment l’entrée.

Par­mi les événements mémorables, il faut citer la visi­te du roi Othon et de la rei­ne Amélie, le 22 sep­tem­bre 1834, précédés de cent por­teurs de tor­ches.

Le pla­teau du Par­nas­se sert éga­le­ment en été à la fois de posi­tion de repli et de base d’opérations aux « bri­gands alba­nais ». Un des chefs de ban­de du Par­nas­se, Davélis, connait d’ailleurs une cer­tai­ne célébrité au milieu du XIXe siècle (l’aventure se ter­mi­ne par l’exposition de qua­tor­ze têtes à l’entrée d’Arakhova).

En 1876, le préfet de Liva­dia juge enco­re pru­dent de fai­re accom­pa­gner par une gar­de de dou­ze gen­dar­mes, d’Arakhova à l’Antre cory­cien et au som­met du Par­nas­se, le pre­mier secrétaire de la Légation de Fran­ce Hen­ri Bel­le. « Cet­te grot­te, écrit-il, est deve­nue le refu­ge habi­tuel des bri­gands du Par­nas­se. La fumée de leurs foyers a noir­ci les parois et fait éclater les colon­net­tes brillan­tes de cal­cai­re. Quel­ques tisons à demi consumés et pres­que chauds enco­re dénonçaient la présence récente de quelqu’un dans cet­te caver­ne. »

Aphrodite, Pan et Eros, Ier siècle av. J.-C., Délos, Musée national archéologique d’Athènes
Apollon, sa lyre et le corbeau - Musée archéologique de Delphes
Départ dans le haut du village de Delphes
L’Antre corycien aujourd’hui

Eta­ble à bre­bis et à chèvres, abri pour réfugiés, repai­re de bri­gands, et main­te­nant but d’excursion tou­ris­ti­que, l’Antre cory­cien n’en demeu­re pas moins entou­ré d’une aura mythi­que que n’a pas entaillé sa fouille, en 1970–71, par une équi­pe d’archéologues fran­çais diri­gée par Pier­re Aman­dry, auteur de pas­sion­nants rap­ports dis­po­ni­bles sur inter­net.

Même si la fonc­tion cultuel­le n’y est attes­tée qu’à par­tir de 1 400 avant notre ère, avec un apo­gée du VIe au IIIe siè­cle (très nom­breux ex-voto), on y a retrou­vé plus de 38 000 ans de pré­sen­ce humai­ne.

Des rou­tes sillon­nent à pré­sent la mon­ta­gne (ouver­tu­re d’une rou­te fores­tiè­re d’Arakhova à Ago­ria­ni en 1962 et d’une rou­te d’accès à l’Antre en 1969). Dans la clairière de Kala­nia, des mai­sons ont rem­pla­cé les hut­tes de bran­cha­ges que les Del­phiens dres­saient pen­dant l’été, et des auto­cars y amènent des visi­teurs. Sur le pla­teau de Liva­di, des clôtures entou­rent les champs enco­re récemment cultivés, et du béton y pous­se. Une sta­tion de ski s’est ouver­te sur les pen­tes du Iérondovrakhos.

Depuis long­temps, on a ces­sé de chas­ser l’ours et le san­glier dans le Par­nas­se. Les loups ont dis­pa­ru des ravins et des pen­tes. On ne voit plus pla­ner au-des­sus du sanc­tuai­re les aigles et autres oiseaux de proie.

Les der­niers êtres à han­ter les bois de sapins et les grot­tes de la mon­ta­gne sont pro­ba­ble­ment les Nym­phes por­tant avec elles le sou­ve­nir du dieu Pan.

Description de l’itinéraire

« En haut des falai­ses, il y a une bel­le gran­de plai­ne, des hut­tes de ber­gers dans un lieu nom­mé Alo­na, puis, vers le Nord, des fonds de val­lons et de boca­ges de pins fort agréables, et pro­pres à la soli­tu­de que deman­de la poésie… Après ces val­lons, nous entrâmes dans une plai­ne de sept ou huit mil­les de tour, où il y avait quel­ques ter­res labourées… Notre gui­de nous mena dîner auprès d’une des plus bel­les sour­ces du mon­de… qui fait en sor­tant un ruis­seau de sept ou huit pieds de lar­ge… et va se jeter dans un étang au milieu de la plai­ne. Les Grecs appel­lent cet­te fon­tai­ne Dro­se­ni­go. » (Jac­ques Spon et Geor­ge Whe­ler, Un voya­ge en Grè­ce — 1676)

« On tra­ver­se le pla­teau dans tou­te sa lon­gueur jusqu’à un petit lac qui se dessèche en juin : c’est ici que com­men­ce une labo­rieu­se ascen­sion au tra­vers des brous­sailles et des pier­res rou­lan­tes ; on se deman­de où le gui­de va trou­ver la caver­ne ; enfin, après avoir bien exa­mi­né les lieux, il avi­se un rocher per­cé d’une ouver­tu­re tri­an­gu­lai­re. » (Puk­ler-Mus­kau, Entre l’Europe et l’Asie — 1840)

Depuis le cen­tre de Del­phes, sui­vre les tri­an­gles jau­nes du sen­tier euro­péen E4 et grim­per sur les hau­teurs des Phédriades par la Kaki ska­la (« che­min dif­fi­ci­le », aujourd’hui bien tra­cé) qui zig­za­gue jusqu’au joli pla­teau de Kro­ki ; une sour­ce cou­le dans un abreu­voir au bord du che­min. Comp­ter une heu­re.

Aban­don­ner à la hau­teur des pre­miè­res mai­sons les tri­an­gles jau­nes du E4 pour les car­rés rou­ges d’un iti­né­rai­re condui­sant vers le Par­nas­se. Atten­tion, le mar­qua­ge est par­fois approxi­ma­tif, la car­te peut s’avérer uti­le !

Emprun­ter un super­be val­lon boi­sé jusqu’à la rou­te fores­tiè­re que l’on suit sur la droi­te pour rejoin­dre la cha­pel­le de Pana­gia, lieu idéal pour une hal­te, à l’ombre de grands arbres et à proxi­mi­té d’une sour­ce cou­lant d’un robi­net. Comp­ter une autre heu­re.

Conti­nuer ensui­te la rou­te en direc­tion d’Arakhova sur envi­ron huit cents mètres, jusqu’au départ d’un sen­tier bien indi­qué sur la gau­che, au flanc de la pen­te méridionale de la mon­ta­gne Palaio­vou­na où s’ouvre l’Antre cory­cien. La mon­tée est rude, à cau­se de la rai­deur de la pen­te, de la natu­re du ter­rain et de son expo­si­tion au sud. Comp­ter une bon­ne demi-heu­re.

Le sentier d'accès à l'Antre corycien
François Boucher, Mercure confie Bacchus aux Nymphes, 1734, Wallace Collection, Londres
Les oliviers noirs des gorges du Pleistos

Activités connexes

N’hésitez pas à consa­crer deux jours à la visi­te de Del­phes, sites et musée.

Cartographie

La seule car­te sérieu­se est pro­po­sée par la mai­son d’édition grec­que Ana­vis­si (« Mt Par­nas­sos », 1 :35 000) ; on peut la trou­ver sur pla­ce à Athè­nes dans la librai­rie épo­ny­me (au 32 de la rue Vou­lis, près de Syn­tag­ma) ou la com­man­der au Vieux Cam­peur (s’y pren­dre à l’avance).

Bibliographie

Les rap­ports de Pier­re Aman­dry et de ses com­pa­gnons sur la cam­pa­gne de fouilles des années 1970, ain­si que d’autres tex­tes en rap­port avec l’Antre cory­cien, sont acces­si­bles sur inter­net : persee.fr

Accès

Del­phes se trou­ve à envi­ron deux heu­res et demie d’Athènes et de Patras. Des bus assu­rent une des­ser­te régu­liè­re.

Matériel spécifique, équipement

De bon­nes chaus­su­res, une bous­so­le, un cha­peau et un petit sac à dos pour empor­ter de l’eau. Une lam­pe de poche pour scru­ter les détails géo­lo­gi­ques.

Art de vivre

Il y a de nom­breux hôtels dans la vil­le moder­ne de Del­phes (dépla­cée au XIXe siè­cle à l’écart du site archéo­lo­gi­que pour per­met­tre les fouilles !), ain­si qu’un cam­ping de bon­ne tenue à deux kilo­mè­tres en direc­tion d’Itéa (l’ancienne Kir­rha, le port anti­que de Del­phes où débar­quaient les pèle­rins). Nom­breux res­tau­rants et taver­nes. Epi­ce­ries. Les tex­tes et bali­sa­ges grecs sont géné­ra­le­ment dou­blés du tex­te en anglais.

Liens

Musée archéo­lo­gi­que de Del­phes : odysseus.culture.gr

Année où cet itinéraire a été parcouru

2016

« Chan­te-moi, Muse, le cher fils de Her­méias, aux pieds de chè­vre, aux deux cor­nes, ami du bruit, qui mar­che à tra­vers les val­lées boi­sées avec les Nym­phes accou­tu­mées aux dan­ses, et qui fou­lent les som­mets des hauts rochers, invo­quant Pan, Dieu des ber­gers, à la splen­di­de che­ve­lu­re négli­gée, qui a reçu en par­ta­ge les mon­ta­gnes nei­geu­ses, et les cimes des monts, et les sen­tiers pier­reux.
Il va, çà et là, par­mi les hal­liers touf­fus, tan­tôt char­mé par un cours d’eau tran­quille ; ou bien il retour­ne aux rochers escar­pés, et, gra­vis­sant la plus hau­te cime, il regar­de ses bre­bis.
Sou­vent, il par­court les gran­des mon­ta­gnes cou­ver­tes de pier­res blan­ches, et sou­vent il court le long des col­li­nes, tuant les bêtes fau­ves qu’il a vues de loin.
Quel­que­fois, seul, le soir, au retour de la chas­se, il tire un doux chant de ses roseaux, et l’oiseau qui, dans le feuilla­ge du prin­temps fleu­ri répan­dant sa plain­te, fait enten­dre le chant le plus sua­ve, ne l’emporterait pas sur lui.
Alors les har­mo­nieu­ses Nym­phes Ores­tia­des, l’accompagnant en fou­le vers la sour­ce aux eaux pro­fon­des, chan­tent, et l’écho réson­ne au som­met du mont et dans la mol­le prai­rie où le safran et l’hyacinthe, fleu­ris et odo­rants, se mêlent à l’herbe. Et le Dieu, agi­tant les pieds, bon­dit çà et là dans le choeur, ayant sur le dos la peau san­glan­te d’un lynx, et char­mant son âme de ces doux chants. […] »

Hym­ne homé­ri­que à Pan (tra­duc­tion de Lecon­te de Lis­le, 1868)

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