« Européens : transmettre ou disparaître » – Succès du 4ème Colloque de l’Institut Iliade

Européens : transmettre ou disparaître

« Européens : transmettre ou disparaître » – Succès du 4ème Colloque de l’Institut Iliade

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1200 personnes à la Maison de la chimie samedi 18 mars 2017 : des poussettes et des cheveux gris, des jeunes femmes et des jeunes hommes, un public attentif, des comptoirs où intellectuels et artistes se côtoyaient, le quatrième colloque de l’Institut ILIADE a été un formidable lieu d’échanges. En phase parfaite avec le thème : « Européens : transmettre ou disparaître ».

D’emblée, Gré­goire Gam­bier, porte-parole de l’Institut a don­né le ton : « Je ne vous remer­cie­rai pas de vou­loir res­ter vous-mêmes, car en réa­li­té vous ne faites que votre devoir, celui d’œuvrer à la construc­tion d’un sanc­tuaire “iden­ti­taire” face aux flux de la pro­pa­gande et de popu­la­tions “diver­si­taires”. » Immé­dia­te­ment sui­vi par Phi­lippe Conrad pour qui « nous devons redé­cou­vrir notre his­toire pour lut­ter contre sa décons­truc­tion volon­tai­re­ment orches­trée ».

Puis Fran­çois Bous­quet, écri­vain, a évo­qué ceux qu’il nomme des « péda­go­crates », ces dé-fai­seurs de savoirs mais aus­si le nau­frage de l’Education Natio­nale, dési­gnant un res­pon­sable cen­tral de ce car­nage moral, Bour­dieu, qu’il a qua­li­fié de « Tcher­no­byl intel­lec­tuel ».

Une table ronde menée par Char­lotte d’Ornellas a ensuite réuni Fran­çoise Can­de­lier, direc­trice d’école hors contrat du Blanc-Mes­nil (59), Jean-Paul Mon­gin de SOS Edu­ca­tion et Jean-Fran­çois Che­main, pro­fes­seur.

L’analyse, par­ta­gée, de Jean-Fran­çois Che­main est que la baisse du niveau – que plus per­sonne ne nie — est volon­taire ; le but étant d’empêcher l’individu d’acquérir des capa­ci­tés à rai­son­ner et de le rendre plu­tôt esclave de ses pul­sions pri­maires, ce qui le ren­dra plus tard plus per­méable à la mani­pu­la­tion mentale…et à la consom­ma­tion.

Pour échap­per à cette baisse du niveau sco­laire – à cet « Alz­hei­mer ter­rible » — selon Fran­çoise Can­de­lier de plus en plus de parents optent pour les écoles hors contrats qui font en sorte de conser­ver « le tré­sor du savoir ».

Une liber­té essen­tielle pour le repré­sen­tant de SOS Edu­ca­tion, Jean-Paul Mon­gin, selon qui il y a « une vio­lence tota­li­taire à vou­loir inter­dire les écoles hors contrat ».

Sou­rire aux lèvres, Char­lotte d’Ornellas a iro­ni­sé sur le fait que la veille de ce col­loque, alors qu’elle visi­tait un col­lège, Najat Val­laud-Bel­ka­cem avait dis­tri­bué des baguettes magiques aux élèves. Mani­fes­te­ment, il ne reste plus que cette option…

Fabien Niez­go­da, chro­ni­queur de la revue Elé­ments, a par­lé de la trans­mis­sion de la tra­di­tion grecque au Moyen-Age, s’appuyant sur l’ouvrage « Aris­tote au Mont-St-Michel », livre deve­nu introu­vable car non réédi­té par les édi­tions du Seuil, capi­tu­lant en rase cam­pagne devant le ter­ro­risme intel­lec­tuel.

Après la pause déjeu­ner, une vidéo d’Edouard Cha­not, cofon­da­teur de l’Ins­ti­tut Kai­ros et audi­teur de la pro­mo­tion Domi­nique Ven­ner de l’Institut Iliade  a été pré­sen­té avec pour thème le « Kalos Kagha­tos : une huma­ni­té modèle plu­tôt qu’une huma­ni­té nou­velle ».

Puis une deuxième table ronde, ani­mée par Aloy­sia Bies­sy, a eu pour thé­ma­tique la trans­mis­sion des savoirs à tra­vers le scou­tisme, les contes ou le com­pa­gnon­nage.

Pour Anne-Laure Blanc, «  le conte n’est pas for­cé­ment moral, c’est une leçon de vie. On fait appel à l’émotion plus qu’à la rai­son ». Mais « le conte a depuis tou­jours struc­tu­ré Les géné­ra­tions : tresse tem­po­relle, enfants, parents, aïeux » 

Hadrien Vico, res­pon­sable d’un mou­ve­ment scout, a sou­li­gné « Les valeurs que trans­met le scou­tisme : auto­no­mie, indé­pen­dance d’action et d’opinion, cama­ra­de­rie, assi­dui­té ».

Quant au maître arti­san alle­mand, Harald Bosch, il a rap­pe­lé que « la trans­mis­sion n’est pas seule­ment intel­lec­tuelle » et que « le com­pa­gnon­nage c’est accep­ter de trans­mettre le meilleur pour que le métier per­dure ».

Le chef d’entreprise Phi­lippe Chris­tèle est ensuite inter­ve­nu pour par­ler de la trans­mis­sion en entre­prise : « l’entreprise réap­prend cer­taines réa­li­tés : ponc­tua­li­té, cour­toi­sie, tra­vail com­mu­nau­taire, com­plé­men­ta­ri­té ».

Mathilde Gibe­lin et Anne Trew­by, du mou­ve­ment des Anti­gones, ont ensuite par­lé de la femme, de son corps, de ses cycles, du foyer, centre fami­lial de la trans­mis­sion quand il n’est pas acca­pa­ré par le sup­port de pro­pa­gande et d’abrutissement qu’est la télé­vi­sion. « Michéa nous l’expliquait, le sys­tème édu­ca­tif enseigne l’ignorance pour que nous res­tions consom­ma­teurs ».

L’intervention de l’écrivain irlan­do-bruxel­lois, Chris­to­pher Gérard, avait pour thème « Pai­deia, la trans­mis­sion comme acte révo­lu­tion­naire », la pai­deia signi­fiant « l’éducation » en grec ancien. « On veut nous pri­ver de l’héritage grec au nom de l’amnésie pro­gram­mée de notre socié­té », or « l’héritage est un lien qui rend libre », a t-il décla­ré, enjoi­gnant le public à par­ti­ci­per acti­ve­ment à la recons­truc­tion de notre civi­li­sa­tion.

Puis Jean-Fran­çois Gau­tier a offert un cours de musi­co­lo­gie grâce auquel nous avons notam­ment appris que Louis XIV était si féru de musique et de danse qu’il a accor­dé à ces deux dis­ci­plines « une place majeure » qu’il avait à cœur de trans­mettre à ses deux filles nées de son union avec la Mon­tes­pan. Il a racon­té com­ment notre patri­moine musi­cal a été remi­sé aux oubliettes alors que « l’art sacré fut une pépi­nière de talents », com­ment 1789 avait aus­si rati­boi­sé ce tré­sor-là, com­ment des par­ti­tions de chants régio­naux patiem­ment col­lec­tées sous Napo­léon III ont fini leur vie empous­sié­rés depuis des lustres aux Archives Natio­nales dans un oubli reten­tis­sant.

« Nous devons évi­ter le grand rem­pla­ce­ment démo­gra­phique mais aus­si musi­cal, musique euro­péenne, musique poly­pho­nique », a-t-il rap­pe­lé inter­ro­geant : « face à ce pas­sé musi­cal illustre, com­ment se fait-il que la France soit deve­nue une ignare ? »

Un jeune par­ti­ci­pant aux for­ma­tions de l’Iliade, Thi­baut Cas­sel, a pris sa suite pour décla­mer un poème d’Alfred de Vigny « La Mort du loup », une pres­ta­tion magis­trale qui lui a valu des applau­dis­se­ments nour­ris.

Le nor­ma­lien Lio­nel Ron­douin, a par­lé de ces enfants éle­vés dans des foyers où il y a des livres et de ces autres éle­vés dans des foyers sans livres, avant d’évoquer la mémoire d’Ernest Lavisse, cet amou­reux de la France char­nelle, qui disait que « l’Histoire ne s’apprend pas par cœur, elle s’apprend par le cœur ».

Sur le modèle du manuel Lavisse Lio­nel Ron­douin a pro­po­sé de rédi­ger « Un récit civi­li­sa­tion­nel des Euro­péens ». Rap­pe­lant que les grandes avan­cées de l’humanité qui ont véri­ta­ble­ment chan­gé la vie des hommes sont nées en Europe : les grandes décou­vertes, les vais­seaux d’exploration scien­ti­fique, le per­fec­tion­ne­ment des hor­loges, la méca­nique, la phy­sique, la chi­mie moderne, la révo­lu­tion indus­trielle, la machine à vapeur, les pro­grès de la méde­cine, l’abolition de l’esclavage… (inté­gra­li­té de son inter­ven­tion : http://institut-iliade.com/colloqueilaide-le-recit-civilisationnel-de-leurope/)

Le court métrage de l’ILIADE « Euro­péen, le soleil revient » a ensuite été pré­sen­té.

Enfin, Jean-Yves Le Gal­lou a conclu cette jour­née en dénon­çant la socié­té du « der­nier homme » vivant dans le rica­ne­ment et la déri­sion, abreu­vé de para­dis arti­fi­ciels et de télé­vi­sion. Avant de conclure « le temps du der­nier homme pas­se­ra, le temps de l’homme euro­péens revien­dra ». Un homme qui doit retrou­ver sa mémoire iden­ti­taire. Et selon la triade homé­rique, défi­nie ain­si par Domi­nique Ven­ner,  se don­ner « la nature comme socle, la beau­té comme hori­zon, l’excellence comme but ».

Jean-Yves Le Gal­lou