Esthétique européenne : Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

Esthétique européenne : Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

Esthétique européenne : Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)

L’Histoire romaine de Tite-Live et les Viris illustribus d’Aurelius Victor nous narrent le combat de trois frères romains contre trois frères albains.

L’épisode se situe au milieu du VIIe s. av. J.-C., sous le règne de Tul­lus Hos­ti­lius, troi­sième roi de Rome. La cité est alors en conflit contre celle d’Albe-la-Longue, pour mettre un terme aux hos­ti­li­tés, les auto­ri­tés décident que trois héros de chaque camp s’affronteront dans un com­bat à mort.

Les Romains choi­sissent les Horaces et les Albains les Curiaces. Seul Publius Hora­tius sur­vi­vra, et tue­ra l’une de ses sœurs en ren­trant chez lui, la voyant pleu­rer l’un des Curiaces, son époux. Il sera jugé pour crime par l’assemblée du peuple, mais sau­ra se défendre en arguant que nul Romain ne devrait pleu­rer un enne­mi de Rome, sur­tout quand la per­sonne devrait pleu­rer deux de ses frères et remer­cier Mars de la sur­vie du troi­sième. Son père, de plus, sup­plia l’assemblée de ne pas lui reti­rer son der­nier fils et un qua­trième enfant. Le père devra alors puri­fier sa famille par des rituels et son fils sera condam­né à pas­ser sous le joug afin de lui rap­pe­ler qu’il doit agir sui­vant les lois de Rome, qui inter­disent le meurtre entre membres d’une même famille, mais acquit­té de la peine de mort pour la mora­li­té de son geste.

Nous sommes ici en plein néo-clas­si­cisme : pein­ture d’histoire, mes­sage moral aus­tère, thème antique et cou­leurs pri­maires au pre­mier plan, sui­vant l’exemple du Pous­sin, peintre le plus esti­mé alors en France. L’architecture du fond, du clas­si­cisme le plus simple, découpe la scène en trois par­ties. Elle est d’ordre dorique, l’ordre mâle. Le groupe viril de droite s’oppose à la cou­lée molle des femmes, tan­dis qu’au milieu prend place le pater fami­lias invo­quant le Ciel face au salut romain de ses trois fils. Ce mani­feste du néo-clas­si­cisme rompt avec l’esthétique mou­ve­men­tée et sen­suelle du moment, au pro­fit d’une sim­pli­ci­té et d’une froi­deur mas­cu­lines. Dans quelques années écla­te­ra la Révo­lu­tion qui, dans ses ten­dances les plus extrêmes, aux­quelles David adhé­re­ra, mar­que­ra une volon­té de retour aux temps de la monar­chie spar­tiate ou de la répu­blique romaine, de patrio­tisme exal­té et de cruau­té morale.

Gas­pard Valènt, pour le SOCLE. Source : lesocle.hautetfort.com

Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David (1785)